Une philisophie de la révolution par les masses populaires
Le socialisme socialisme de Mao Tsé-Toung a voulu être une synthèse entre des changements radicaux et un réalisme typiquement chinois. Cette synthèse, c'est la révolution conçue comme un mouvement ininterrompu par lequel l'homme réforme sa vision du monde et crée ainsi une civilisation nouvelle. Car, pour Mao, la formation d'un Etat moderne et puissant serait sans lendemain si elle ne s'a ...
Le socialisme socialisme de Mao Tsé-Toung a voulu être une synthèse entre des changements radicaux et un réalisme typiquement chinois. Cette synthèse, c'est la révolution conçue comme un mouvement ininterrompu par lequel l'homme réforme sa vision du monde et crée ainsi une civilisation nouvelle. Car, pour Mao, la formation d'un Etat moderne et puissant serait sans lendemain si elle ne s'accompagnait pas de la naissance d'une civilisation qui soutienne cet Etat et le justifie en lui conférant sa finalité.
Face à l'ancienne Chine, dominée par le mandarinat et l'humble soumission des gouvernés aux gouvernants, la "voie nouvelle" se présente comme prolétarienne, militante et critique: ces trois caractères font son originalité.
I. - LE PRIMAT DU PEUPLE
C'est au peuple, dans sa grande majorite paysanne, que Mao a confie la tache de
batir la sociête nouvelle, socialiste par sa base economique, proletarienne dans
son esprit. Ce'socialisme est d'ailleurs tres mitige: les moyens de productions,
en effet, appartiennent a l'Etat, aux collectivites locales - provinces, communes
populaires, villages - et, dans une certaine mesure, aux families. Mais ces structures,
etablies par le pouvoir politique, demeurent fragiles, si elles ne sont pas
animees par un ,esprit correspondant,.c.a.d. des idees et des attitudes concretes.
Or la longue periode de la guerre revolutionnaire a fait eclore, dans un moment qui
les exigait, ces "be-Eta quaZit4 de Vdme pnaltakienne", qui sont celles des
pauvres et des opprimes : oubli de soi, service mutuel, devouement, ingenuosit6,
affrontement de toutes les difficultes, mort comprise, existance frugale. Le monde
que determine cet esprit proletarien est rude, austere, voue au travail avec toute
l'endurance, la patience, la tenacite et la competence que le travail exige; l'interet
publique qui dolt avoir la primaute sur toutes les formes de l'interet prive;
et tout ce qui se fait dolt y etre marque de l'esprit de pauvreté. Pour Mao Ts-6-
Toung, le proletariat n'est pas une classe economique: it est un "esprit", qui dolt
demeurer tel, meme lorsque les conditions materielles de l'existence approcheront
de l'abondance, C'est en ce sens qu'il faut comprendre ce qu'il n'a jamais cess6
de repeter: la Chine ne changera pas de couleur. Elle ne reviendra pas au monde de
la possession et a l'esprit de jouissance.
Mais croire que les structures economiques, la technique et l'ensemble des forces
materielles peuvent engendrer, par leur simple jeu, cette morale nouvelle, c'est,
au yeux de Mao Tse-Toung, commettre l'erreur capitale du "revisionisme". Lorsqu'
it dit, avec Marx, que l'existence sociale determine la conscience, it entend qu'
elle définit la conscience a promouvoir et par d'autres moyens. L'entreprise socialiste
consiste precisêment a la promouvoir, c.a.d. a faire naitre un peuple
nouveau a partir du peuple donne. Or, si le pouvoir politique s'etablit par la
force, un peuple nouveau ne se forme pas de cette maniere mais par la vertu de
l'"education".
Le socialisme de Mao, c'est un grand effort d'education qui releve essentiellement
du peuple lui meme auquel on demande d'agir selon cette morale nouvelle. De meme
(*) Auteur de Za. Phitcpsophie de Mao ^W-Toung,
Edition Privat-, Toulouse 1971.
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que, dans le passe, le peuple suivait la "voie confuceenne", ainsi, aujourd'hui it est
est conic a suivre la "voie nouvelle", a l'incarner dans la vie de tous les jours
et, peu A peu, a, la faire devenir civilisation. Le socialisme de Mao Tse-Toung,
c'est avant tout uneecole", dans laquelle le. peuple est a la fois le maitre et
l'eleve.
Naturellement, l'immense population chinoise a besoin d'atre organises et dirigee
dans cette entreprise, et ces taches relevent du parti. Mais le parti, s'il definit les
les interats a long termes et les stapes du mouvement, ne decide pas de Ventreprise
elle–mame. Au contraire, it doit atre le premier a s'y soumettre, le premier
a realiser pour lui-mame les traits de la societe nouvelle; et cela au nom
de sa dignite eavant-garde du proletariat" et de sa fonction, dont l'instrument
principal est l'exemple, non le commandement.
Certes, le parti et les membres du parti se distinguent du peuple ordinaire, mais
par des exigences et non par des privileges. S'ils cedaient a la tentation de se
reconstituer en " classe dirigeante", de se separer du peuple, de se situer audessus
de lui, it perdraient le droit de diriger le pays, comme, dans l'ancien
temps, une dinastie pouvait perdre le "mandat du ciel". Une telle eventualite
n'est pas impensable: elle a justifiee la revolution culturelle. "Notte cia a
nous , disait Mao Tse-Toung, c' est peuple chinoie.
II.- L'ESPRIT DE LUTTE
Mao n'a jamais cache que son entreprise se heurtait a des obstacles et des resistances.
Le fait lui apparait meme necessaire et souhaitable. Dans l'univers, en
effet, tout °belt A la loi de la contradiction et de la lutte, unique moteur du
mouvement et du progres. Absolu omnipresent, la lutte qui penetre tout de part en
part exige un esprit militant.
Pour conquerir le pouvoir politique, premiere etape de l'entreprise it a fallu mener
une guerre longue et couteuse. Pour consolider ce pouvoir et continuer l'oeuvre
it faut encore mener une guerre, mais d'un genre nouveau, plus ffurnoise et plus
complexe que la premiere et qui. comme elle, connaitra succes et revers, offensive
et defensive. La guerre du temps de paix a l'"esprit" comme champ de bataille et
comme enjeu. C'est que le peuple n'est pas tout a fait un peuple nouveau et it ne
le sera pas immediatement.L'ancienne civilisation n'est pas morte en lui et, de
ses racines millenaires, surgissent sans cesse et sous mille formes ces fleurs
veneneuses que Mao appelle les "tendances capitalistes".
De plus, une minorite, franchement hostile au socialisme, tout au moins a ce socialisme,
intrigue pour miner l'entreprise et reprendre ou prendre le pouvoir afin
de revenir a l'ordre ancien des choses. Leur astute est utilise les insuffisances
du peuple pour se glisser dans les rangs revolutionnaires et jusqu'au sein du
parti, de telle sorte que contradictiors et difficult& se retrouvent partout, de
la base au sommet.
Cette situation n'est pas un accident de l'histoire, mais la nature de la societé
socialiste qui demeure une societé de "classes" dans laquelle cohabitent et luttent
deux esprits, deux "voles " deux morales. C'est pourquoi la vigilance s'impose.
Si le peuple, sous la direction du parti ne prend pas l'initiative de la
lutte quotidienne et sans merci contre ses "ennemis", ceux-ci profiteront de sa
negligence pour passer a l'offensive : le principe de l'initiative, qui a fait ses
preuves pendant la guerre, ne peut etre abandonne.
Ces conceptions, chez Mao, ont tout la portee d'une philosophic de l'histoire :
pense, en effet, que ce qui a et re acquis par ja lutte ne peut etre conserve et developpe
que par la lutte. Vivre dans un temps de paix ne doit pas faire tomber dans
le pacifisme; le peuple nouveau ne peut deposer les armes mais en prendre d'autres,
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adapt -6es aux nouvelles formes de lutte et en tout cas, l'esprit, lui, demeure le
meme, un esprit militant.
Une telle vision de la societe socialiste encore divisee est d'autant plus importante
pour Mao Tse-Toung qu'elle est le garant du progres et du succes final de
l'entreprise. La presence des"ennemis", en effet, permet de mobiliser le peuple en
permanence, de l'unifier dans une commune volonte orient -6e sur une cible . Mao
Tse-Toung a toujours rapport -6 la victoire a l'unite comme a sa cause directe, et
l'unite se realise, en depit des divergences episodiques, quand it est possible
de designer un ennemi et un danger.
III.- UN SOCIALISME CRITIQUE
Envers la minorite l'ennemis declares, la
contrainte et meme la violence sont justifiees:
c'est l'exercice de la dictature du proletariat
.
Pourtant, la lutte n'atteint pas ainsi le
phenomene a sa racine qui est, comme it a
ete dit, la permanence de l'ancienne civilisation
au sein du peuple et dans l'esprit de
chaque individu. Des conceptions, des habitudes
de vie, des idees qui touchent a tour
les domaines de l'existence, subsistent et
se manifestent, se mettent a travers de l'entreprise
socialiste. Comme elles proviennent
du fond des ages, on ne peut pas attendre
qu'elles disparaissent par elles-meemes;
.faut les "detruire " si l'on veut que la civilisation
nouvelle implante peu a peu ses racines.
Sur ce terrain, la lutte est aussi ardue et
complexe que sur les autre; mais elle ne
peut pas se mener par les armes de la force et de la contrainte. Seules les id-6es
peuvent etre utilisees contre des idées. La lutte prend ici la forme originate de
la "grande critique r6volutionnaire de masse" qui, malgre sa formulation negative,
constitue une tache en realise positive. En effet, c'est en critiquant, non des
individus, mais des manieres de penser et d'agir que le peuple s'eduque lui-meme
qu ' il apprend a reconnattre ce qui est bon c.a.d. ce qui est conforme a la civilisation
nouvelle, et ce qui est mauvais, c-A.d. ce qui s'y oppose. De cette maniere
it se forme aux luttes futures dont les aspects seront toujours nouveaux, mais
dont le contenu demeurera le meme: l'influence des choses anciennes.
Et a mesure que par la critique le peuple prend conscience de l'effet pernicieux
de la vision du monde passee et decadente, it la rejette en la remplacant par la
vision nouvelle et progressiste. De cette maniere encore, it realise toujours
plus profondement son unite interne et vivante, ii devient le grand peuple revolutionnaire
anime eune "pensee" unique. Car la lutte comme la critique ne sont pas
concues par Mao Tse-Toung comme des exercices de rhétoridue; elles se deroulent
au sein de l'action quotidienne; elles sont meme a ses yeux, la nature meme
de l'action. Et c'est ainsi qu'il a compris la cefebre remarque de Marx: la philosophie
be doit pas se contenter d'expliquer le monde,elle doit le transformer. Et
le monde a transformer, ,c'est d'abord le monde humain, l'esprit d'un chacun. Par
s la et par la seulement se realisera la transformation du monde materielle. Pour
Mao Tse-Toung le revisionnisme, c'est precisement le contraire: croire que la
transformation du. monde materielle entrainera celle de l'homme.
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IV.- UNE SOCIETE REVOLUTIONNAIRE
Ainsi engagee dans la lutte et dans la critique permanentes, la societe socialiste
en gestation se definit comme une societe "revolutionnaire " . La revolution,pense
Mao Tse-Toung, n'est pas un moment particulier de la vie d'un peuple, mais la nature
de son entreprise sociale et par consequent, son caract&re permanent.
Cela signifie que, pour lui, le "desequilibre" est un etat normal, le veritable
facteur de progras; les periodes d'equilibre et de paix ne pouvant etre que transitoires
et ephémeres. Il s'agit toujours d'echapper a la tentation du confort et
de la securite, c'est nouveau opiums du peuple que les "ennemis " savent manipuler
pour resister au renouvellement. En fin de compte, la revolution telle que l'entend
Mao Tse-Toung est un etat d ' esprit; elle n ' a rien a voir avec la destruction inconsiderde
des biens materielles et encore moins avec la negation de l'heritage du
passé ,ou de l'apport des autres peuples.Elle ne pretend pas non plus changer I'
homme, mais bien changer un "certain homme", celui qui se determine par l'appat
du gain, des honneurs et du profit, pour faire apparaitre l'homme qui se determinera
par des valuers contraires.
Tout le problême du socialisme rGside dans cet amenagement des rapports sociaux
sur de nouvelles bases et dont Mao Tse-Toung attend qu ' il entraine la naissance
d'une Chine moderne, puissante, Gconomiquement prospare et culturellement avancee
Il est permis de douter du succes de l'entreprise sous tous ses aspects. Mao Tse-
Toung lui-meme ne s'est pas fait illusion et c'est pourquoi il a tellement insists
sur l'esprit de lutte. Mais it savait aussi que le peuple chinois sera pendant
longtemps, et peut-titre toujours, un peuple pauvre, meme dans un Etat prosp6re
et, a la limite, riche. Or, il etait capital de persuader ce peuple qu'il est le
plus heureux de la terre dans la societe nouvelle. Et pour cette tache, it savait
qu'il pouvait compter sur la fierte, l'ingeniosite, le savoir faire et la patience
des millions de chinais.
l'a dit lui-meme et sa reflection met en lumiere le fond meme de sa pens -6e qui
unit revolution et nationalisme: les memes qualites du peuple qui ont fait la
grandear de la Chine imperiale peuvent seules faire la grandeur de la Chine nouvelle.
Pour ce qui est de sa vie interieure,la Chine socialiste n'est . pas sortie
du cadre global de l'Empire. Et ce n'est pas sans raison que le seul philosophe
quotidiennement critique soit Confucius. C'est lui, en effet, qu'il s'agit de
remplacer par la "voie" nouvelle. La voie confuceenne pretendait définir ta civilisation;
la "voie" nouvelle se.veut elle aussi-exemplaire.
Que le socialisme de Mao Tse-Toung ait integre des elements marxistes, c'est un
fait indiscutable; qu'il soit marxiste reste sujet a examen. Il est chinois en
tout cas, et il vehicule plus de traditions chinoises qu'il ne l'avoue lui-meme.
in: Le Monde, lo/9/1976
ANGOLA :
M. Neto se felicite de
la contribution de l'Eglise
l'independance.
(:'est avec un certain retard qu'on
cu connaissance des propos que le
president de la Republique angolaise,
M. Agostinho Neto, a tenus
aux évèques du pays versus • lui
rendre visite en mars, au moment de
leur reunion pleniere dans la
capitale du pays.
Ce qui ressort de cc disc ours est la
bonne volonte du iiouv eau gottvernement,
que le premier ler cliaigcaut
.fu pays — chef du M.P.L.A. au
pouvoir — a term ,1 mono et a
l'Eglise d' Angola. Apt IS's avail
rappels' qu'au (ours .dc diverses
rencontres avec ses leplesentants en
province les nouvelles ,tutol i [es ont
eu -,.st se leliciter de la ( (-)11a hot anon
de 1 'Eglise « pa lir realiser l'objet tif
fondarnental du pays. qui est
l'independance », at titude qui
avail, au temps de Foci_ upation
co lonials, ;Anentt" (et :tins de ses
membres A etre « ern AY (-501111eS OU
assigne.s a residence », M. Neto a
j01.11('! Je Pe 11.Se gLiti partir de ces
bases le turps de l'Eglise est en train
de se rerimweler. II a one nouvelle
direction, one direction plus angolaise,
dirai-je, non par la couleur de
(cox qui dingo-it aujourd'hui
l'Eglise, nulls parce q SOnt plus
enracines en .:Ingola (...) Je pense
que 'IOUS potwons avoir pleine
•conf lance qui l'Eglise continuera
contribuer ti la reconstruction de
notre pays que cette contribution
de Vos Excellences sera la plus
large possible ». (.-)
1.C. I. 1 OW406
- tar
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