Marie-Paule Maurer, Marcel Bamberg
Bilinguisme et intégration sociale: la quadrature du cercle?
Les enfants étrangers dans nos écoles
Malgré les efforts faits par le MENJ et les communes depuis quelques années, le problème de la scolarisation des enfants de migrants est toujours et restera à moyen terme le problème central de l'école luxembourgeoise. Les limites des mesures de détail prises jusqu' ici nous semblent résider avant tout dans le fait qu'elles se situent à l'intérieur d'un modèle de scolarisation qui n'est ...
Malgré les efforts faits par le MENJ et les communes depuis quelques années, le problème de la scolarisation des enfants de migrants est toujours et restera à moyen terme le problème central de l'école luxembourgeoise. Les limites des mesures de détail prises jusqu' ici nous semblent résider avant tout dans le fait qu'elles se situent à l'intérieur d'un modèle de scolarisation qui n'est pas adapté à la situation linguistique des enfants de migrants: ces mesures risquent d'être peu efficaces ou d'échouer dans la mesure où elles ne trouvent pas de continuation dans le
système scolaire pris dans son ensemble.
Comme la commission de la Chambre des Députés (1) , nous sommes d'avis "qu'une adaptation de notre système scolaire à la situation actuelle (6 savoir 6 la presence
massive d ' enfants de migrants dans notre systeme scolaire) dolt se faire sans tar—
der " . Mais cette adaptation ne saurait consister comme par le passe dans une serie
de mesures ponctuelles, isolees, non agencees et souvent laissees 6 l'initiative des
communes et des enseignants. Il nous semble imperatif de developper d'abord un mode—
le d'ensemble de scolarisation des enfants de migrants dans lequel des mesures de
detail trouvent une concretion et un fil rouge. Dans cet article, nous nous proposons
de faire deux objectifs: 1) analyser brievement la situation actuelle de la
scolarisation des enfants de migrants dans le " modele luxembourgeois " ; 2) proposer
un autre modele de scolarisation.
zl faut dire d'abord que le " modele luxembourgeois
d ' integration des enfants de migrants " est un modele
de scolarisation concu pour les enfants luxembourgeois
et comme tel, et c'est normal, il ne
tient compte que de la situation linguistique des
enfants luxembourgeois. Si les milieux officiels
aiment citer en exemple la reussite scolaire de
certains enfants de migrants en invoquant les vertus
" integrationnistes " de notre systeme scolaire,
une telle position nous semble cynique du fait
qu'une telle reussite est exceptionnelle et detourne
l ' attention du nombre considerable d'enfants de
migrants victimes de notre modele d'integration. Si
notre societe a ete confrontee a un pourcentage
eleve de travailleurs migrants des la fin du 19e
siecle, l'arrivee massive d ' enfants de migrants
(Italiens d'abord, Portugais plus turd) dans nos
ecoles date seulement des annees 60 (la loi sur la
possibilite de reunification des families a ete
votee en 1963). Nos ecoles n'etaient pas du tout
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preparees a cette situation nouvelle, et bien que,
20 ans apres, on ne puisse plus qualifier la situation
de nouvelle, on ne s ' est toujours pas mis
d ' accord sur un modele de scolarisation des enfants
de migrants.
Le principe de base implicite du " modele luxembourgeois
d'integration des enfants de migrants"
consiste a attendre que cette integration se fasse
toute seule, tout au plus soutenue par quelques
mesures ponctuelles. En outre, on s ' efforce d'ignorer
ou, si cela n'est pas possible, de bagatelliser
le probleme. Une formulation qui traduit assez bien
cet etat d'esprit officiel se trouve dans une publication
recente du MEND ( " Bildung and Migration in
Luxemburg " , 1, Teil, octobre 1985): " Il n ' est guere
douteux que les enfants strangers nes au Luxembourg
n'ont guere plus de difficultes, au debut de leur
scolarisation, que les enfants luxembourgeois. La
plupart (des enfants strangers) ont une maltrise
de la langue luxembourgeoise deja relativement bonne,
ont frequents une classe prescolaire et devraient
donc disposer a peu pres des memes conditions
prealables que les enfants luxembourgeois.
(p.49, notre traduction)
Une telle affirmation dans une publication officielle
nous semble relever plutOt de l ' auto—justification
que de la description de la realite. En effet,
les difficultes des enfants de migrants déjà
au debut de leur scolarite sont si evidentes qu'il
faut avoir des raisons bien solider pour refuser de
les voir. D'ailleurs d ' apres une enquete faite par
l'Institut Pedagogique en 1978 aupres des enseignants
de l'enseignement primaire, plus de 50% des
enfants portugais ont des difficultes graves en
premiere annee d'etudes, alors que le pourcentage
correspondant pour les enfants luxembourgeois est
de 12% "seulement".
Mais la position du MEN est interessante parce qu'
elle met l'accent, et a juste titre, sur le lien
etroit qui existe, a l'interieur du " modele luxembourgeois
" entre la connaissance du luxembourgeois
et une scolarisation normale ou sans echec. En effet,
it n'y a pas de doute que c'est essentiellement
l'allemand qui est la pierre d'achoppement
pour les enfants de migrants. Or, si l'on connait
les exigences elevees en allemand des l'enseignement
primaire (cf. " Sollwissensstand " pour la fin
de la 6e primaire), si l'on considere en outre qu'
aucun apprentissage systematique de cette langue
n'est fait et que les enfants de migrants ne font
aucun usage extrascolaire de l'allemand, on ne
saurait s ' etonner des difficultes insurmontables
des enfants de migrants en allemand. Pour les enfants
luxembourgeois (pour lesquels il a ete congu)
un tel modele fonctionne sans trop de difficultes,
puisque la maitrise du luxembourgeois leur sert de
tremplin pour l'allemand. Pour les enfants de migrants
au contraire, la connaissance du luxembourgeois
tres imparfaite dans les meilleurs des cas et
quasi nulle pour bien des enfants, ne saurait qu'
exceptionnellement etre une base suffisante pour
l ' apprentissage " automatique " de l'allemand. Si
l ' on prend en consideration le role de l'allemand
A la foil comme langue vehiculaire aussi bien que
comme instrument de selection, le modele luxembourgeois
n'est nullement adapts a la situation linguistique
des enfants de migrants: loin de fonctionner
comme modele d'integration, it mene souvent
a une voie sans issue pour les enfants de migrants.
Afin de sortir de cette impasse, il est imperieux
de reconsiderer le " modele luxembourgeois " afin de
l ' adapter, comme l'exiqe la Commission de la Chambre
des Deputes, a la situation nouvelle. Or, ce
qui a premiere vue semble bloquer toute tentative
de sortir de l'impasse, ce sont les exigences de
principe qui sont a la base de notre systeme scolaire
et qu'il serait utopique de vouloir mettre en
question. Il s'agit des principes de l'integration
et du bilinguisme: " La Commission retient les conclusions
suivantes: 1) L'unite de l'ecole luxembourgeoise
doit etre sauvegardee. Etrangers et
luxembourgeois doivent avoir la possibilite d'acceder
a la profession de leur choix par une meme
stole luxembourgeoise (principe de l'integration).
2) Le bilinguisme est un acquis resultant de notre
situation geographique et historique. Il fait par—
tie integrante de notre identite culturelle et doit
donc etre sauvegarde." (p. 15)
Ces deux principes sont generalement invoques pour
justifier le modele de scolarisation existant, avec
la presupposition implicite que le modele existant
est la seule concretisation possible de ces principes.
Or, jusqu'ici on s'est borne a titer le bilinguisme
et l'integration comme si leur signification
etait univoque et sans en faire une analyse de
detail, susceptible de nous faire sortir de l'impasse.
Le principe de l'integration
Dans son commentaire la Commission motive ce principe
de la fagon suivante: " L'ecole doit engager un
brassage des cultures a partir d'une base commune
entire les communautes luxembourgeoise et etrangeres...
La base commune que doit creer l'ecole primaire
doit cependant etre adaptee a tous les enfants.
" Si l i on prend en consideration l'importance
dune integration sociale des strangers pour l'avenir
de notre societe, on ne peut que soutenir avec
force ce principe et insister pour que l'ecole
fasse tout son possible pour faciliter cette integration
des enfants de migrants dans l'ecole et
ainsi dans la societe.
Or, on est en droit de poser la question si la scolarisation
des enfants de migrants dans le modele
actuel favorise bien cette integration d'une fagon
optimale.
Le modele existant n'est integrationniste que dans
un sens tres superficiel: tout ce qu'on fait pour
integrer les enfants de migrants, c'est de les
mettre ensemble avec les enfants luxembourgeois
dans les memes classes et de les scolariser de la
meme fagon, sans pour autant se soucier outre me—
sure des conditions de depart differentes ni des
difficultes qu'ils rencontrent dans notre systeme
scolaire.
in: La Croix 30.11.84
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Ce modele nous semble peu integrationniste au sens
reel du terme, et cela pour deux raisons principales:
1) l' " integration " des enfants de migrants
dans des classes oU les exigences en allemand sont
demesurees par rapport 6 leurs connaissances risque
den faire de " mauvais eleves " accumulant echecs et
redoublements, rejetes souvent par les enfants luxembourgeois
comme " outsiders " , n'allant a l'ecole
qu'A contrecoeur. Ils developperont des rancunes 6
l'egard dune ecole et d'une societe qui ne leur
offrent pas de chances reelles de qualification et
d'integration tout en ayant la pretention de leur
offrir une egalite des chances. 2) La culture des
enfants de migrants n'a jusqu'ici pas de place dans
notre systeme scolaire, de sorte que " le brassage
des cultures " dont parle la Commission de la Chambre
correspond en realite a une adaptation forcee
et unilaterale des enfants de migrants a notre culture.
Consideree ainsi, l'integratiion des enfants
de migrants, dont aiment se vanter les defenseurs
du " modele luxembourgeois " , nous semble gravement
compromise par les structures memes du systeme
scolaire.
Un modele d'integration scolaire reelle comme condition
de l ' integration sociale future des enfants
de migrants doit, a notre avis, etre base necessairement
sur la reconnaissance et la mise en pratique
de trois principes fondamentaux:
1) la garantie, pour chaque enfant, de la possibilite
reelle (et non seulement theorique) dune scolarisation
positive, c'est-e-dire sans echecs repetes
ou continus; cela implique la reconnaissance de
la situation linguistique particulierement difficile
des enfants de migrants et la creation de
structures d'accueil n'exigeant des enfants de migrants
en matiere de competences linguistiques que
ce qu'ils peuvent reellement atteindre (voir notre
modéle).
2) la reconnaissance, dans notre systeme scolaire,
de l'importance dun enseignement interculturel
(au-dela de la necessite d'un apprentissage de la
longue maternelle a l'interieur de l'horaire scolaire):
un tel enseignement interculturel nous
semble le meilleur moyen de favoriser chez les
enfants de migrants une identification avec notre
ecole dans la mesure ot) les apports de la culture
des enfants de migrants y sont reconnus et
valorises.
3) La garantie, pour cheque enfant de la possibilite
reelle d'une qualification professionnelle.
Comme l'exige la Commission de la Chambre: "La connaissance
insuffisante dune langue ne devrait pas
etre le facteur decisif qui empeche un eleve, luxembourgeois
ou etranger, acceder d l'apprentissage
d'une formation. " (p.16) Or, c'est malheureusement
ce qui est la regle pour les enfants de migrants:
c'est la maitrise insuffisante de l'allemand
qui les prive d'une qualification professionnelle.
Il nous semble donc primordiale de revenir
une redefinition de la place de l'allemand
et des exigences en allemand dons lo scolarisation
des enfants de migrants. Il y vu de l'avenir
des jeunes etrangers et de notre societe: une veritable
integration des enfants de migrants duns
notre ecole et dans notre societe ne sera accomplie
quo le jour nb les enfants de migrants auront les
memes chances de qualification professionnelle que
les enfants luxembourgeois.
Le principe du bilinguisme
Dons les discussions sur le bilinguisme franco-allemand,
le probleme est generalement pose en termes
absolus: bilinguisme, oui nu non? Dons ces conditions
la reponse ne peut etre qu'affirmative: le bilinguisme
est un elememt important de notre identite
culturelle et de notre realite economique et
politique, et il n'y a par consequent aucun moyen
d'y renoncer. Or, poser le probléme en ces termes
absolus nous semble poser un faux probleme, car la
question nest pas: bilinguisme, oul ou non?, mais
quel bilinguisme et, plus precisement, quel bilinguisme
pour les enfants de migrants? Theoriquement
on pourrait envisager pour les enfants de migrants
un bilinguisme langue maternelle-frangais: malgre
l ' attrait evident de cette alternative, nous n'allons
pas la considerer ici parce qu'elle nous
semble parfaitement irrealiste dons la situation
actuelle. Donc, la question du bilinguisme pour les
enfants de migrants reste pertinente. Pour y repondre,
il est indispensable de voir ce qu'il en est
du fameux bilinguisme des luxembourgeois. ll fout
bien reconnaitre que notre bilinguisme a nous est
loin d'être parfait: malgre de longues annees
d ' apprentissage intensif du frangais, le niveou de
competence en frangais de la pluport des luxembourgeois
est tout au plus mediocre, si l'on excepte
une partie des eleves du secondoire "classique".
Competence assez bonne en allemand, competence tout
au plus mediocre en frangais, voile qui semble earacteriser
assez bien le Luxembourgeois moyen, et
pourtant nous n'hesitons pas a nous qualifier de
bilingues.
Peut-on exiger davantage des enfants de migrants?
Avec la difference toutefois que pour eux les competences
seraient inversees: bon niveau de competence
en frangais, niveau foible satisfaisant en
allemand - voila qui nous semble realiste comme
objectif atteindre pour les enfants de migrants.
Une telle differentiation des competence, entre enfanmtsb
oluurxgeeois et enfants de migrants est e
notre avis lo seule fagon d ' avoir des chances de
maintenir notre bilinguisme. Si lo Commission de la
Chambre estime quo pour les enfants de migrants "le
bilinguisme franco-allemand constitue un critere de
selection impitoyable pour l'acces a une formation
professionnelle" (p.16), cette assertion nest
vroie que dons le modele de bilinguisme existant.
Si duns l ' enseignement technique on remplace pour
les enfants de migrants l'allemand par le frangais
comme longue vehiculaire, si en plus l'on inverse
pour eux les exigences en allemand et en frangais,
le bilinguisme franco-allemand ne sera plus pour la
pluport des enfants de migrants l'obstacle principal
é une qualification professionnelle.
Evidemment un tel bilinguisme differencie nest pas
facile realiser: notre modele propose une solution.
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Les alternatives: notre option
Les differents modeles que nous allons examiner ne
concernent que l'enseignement primaire, la conception
tent pour l'enseignement prescolaire que pour
l'enseignement postprimaire restant identique pour
chaque modele.
Notre education prescolaire pourrait continuer 6
fonctionner comme 6 present avec toutefois quelques
modifications:
— generalisation de la possibilite de frequenter
une classe enfantine des l'3ge de trois ans
— apprentissage du luxembourgeois generalise 6
toute les classes
— cours en langue maternelle.
Tout le monde est d'accord 6 souligner l'importance
de la maitrise de la langue maternelle pour le developpement
de l'enfant. Aussi estimons—nous qu'il
faut prevoir un enseignemnet en langue maternelle
et cela des le jardin d'enfants. Il est clair qu'6
notre avis, cet apprentissage doit tenir so place 6
l'interieur de l'enseignement primaire egalement.
Meme si dons la suite nous n'en parlons plus, cela
reste une exigence implicite que nous formulons
envers tout modele scolaire.
Les trois modeles alternatifs que nous allons
presenter se construisent autour de trois langues
d ' alphabetisation differentes.
Modele "langue maternelle":
Les enfants de migrants apprennent 6 lire et 6
ecrire duns leur langue maternelle. Les avantages
de ce modele sautent aux yeux:
— L'acquisition de la lecture et de l'ecriture se
fera beaucoup plus facilement si l'enfant connait
la langue qu i ll doit apprendre 6 decoder.
— Puisqu'il a ainsi plus de chances de reussite,
developpera une attitude positive envers l i enseignement.
— Ses parents comprennent ce qui est appris 6
l'ecole et soutiendront probablement mieux leur enfant
dons ses efforts.
— C'est le seul modele qui permette aux enfants de
migrants d'acquerir une parfaite maltrise de leur
langue maternelle et ils reussiront d'autant plus
aisement l'apprentissage dune deuxieme langue.
Mais cette solution comporte egalement des desavantages
certains:
— Meme si on peut eviter la formation dun ghetto
complet pour les enfants de migrants en prevoyant
un certain nombre d'activites communes avec les
classes autochtones, en education musicale, artistique
et sportive par exemple, on favorisera malgre
tout une scission entre les deux populations. Une
telle mesure n'amenera sUrement par une meilleure
integration des immigres dons un proche avenir.
— Les enfants de migrants pourront debuter avec
l'apprentissage de l'allemand ecrit au plus tot en
deuxieme annee — le mieux serait de commencer
seulement en troisieme annee leurs debuts en
francais pourront se situer en quatireme annee
d'etudes. Ainsi les enfants de migrants devront
apprendre A lire et 6 ecrire en trois langues
differentes dens l'espace de six ans, ce qui semble
difficile a realiser. Si, par contre, on debute
avec l'apprentissage du frangais en deuxieme primaire
et de l'allemand en quatrieme annee, tout en
reduisant fortement les exigences duns cette derniere
langue, les enfants auront plus de chances de
reussir ce programme, mais aucun des enfants de
migrants ne saura atteindre le meme niveau en allemand
que les eleves luxembourgeois. On pourra
egalement renoncer completement a l'apprentissage
de l'allemand, mais par la on augmentera d'autant
plus le hiatus entre etrangers et autochtones.
— Ce modele ne sera jamais generalisable sur une
plus grande echelle, il ne ppurra fonctionner que
dons les grands centres pour des nationalites largement
representees au Luxembourg. Des transports
scolaires ne resoudront pas ce probleme; si on peut
faire parcourir des distances relativement grandes
a des adolescents, la meme chose severe impossible
pour de jeunes enfants.
Modele francophone:
La . deuxieme solution, l ' alphabetisation en fran—
ca-Is, comporte un certain nombre d'avantages:
— Elle peut s l adresser 6 tous les immigres dont la
langue maternelle est d'origine latine, ainsi qu'6
ceux d'expression frangaise.
— Une partie des avantages du modele " longue maternelle
" pourront se retrouver dens une moindre
mesure ici. Pour les immigres la langue de communication
au Luxembourg est le frangais, donc ce n'est
pas seulement pour eux une longue qui est plus facile
a apprendre, mais aussi une langue qui a une
importance vitale et non pas uniquement scolaire.
Les desavantages de ce modele sont egalement comparables
a ceux du modele reposant sur la langue maternelle:
— Meme si l'ecole n'impose aux enfants de migrants
en dehors de la langue d'alphabetisation
qu'une seule longue supplementaire, l'allemand,
semble evident que dens ce modele aussi les enfants
de migrants n'ont aucune chance d'atteindre en
allemand le meme niveau que les enfants autochtones.
Si on veut donc offrir une possibilite de
qualification professionnelle a ces enfants, il
faudra prevoir un enseignement post—primaire special
pour eux — nous allons y revenir.
La solution preconisee par ce modele prevoit donc
une ecole a part pour les enfants de migrants du
debut a la fin de la scolarite obligatoire. Comme
nous l'avons deja dit plus haut, cette solution ne
favorisera sUrement pas l'integration ni actuelle,
ni future des enfants etrangers. Un deuxieme desavantage,
pour le moins tout aussi grave, entache
ces modeles separatistes: les ecoles pour enfants
de migrants seront frequentees exclusivement ou
presque par des enfants de couche sociale inferieure
et beaucoup d'experiences faites a Vetranger
montrent que pour des raisons multiples, de
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telles ecoles finissent toujours par avoir une
qualite inferieure celles destinees aux couches
socilales moyennes nu superieures.
Notre modele
La troisieme solution essaie de faire un compromis
entre toutes les exigences contradictoires:
1) Les entants immigres et autochtones devront
etre separes le moins possible et, parallelement,
on devra permettre aux etrangers qui le souhaitent
de profiter de toutes les possiblilites de qualification
offertes aux Luxembourgeois (principe d'integration).
2) Tous les enfants apprendront nos deux longues
scolaires, ce qui ne veut pas dire que tous devront
atteindre le meme niveau de competence ( principe
du bilinguisme)
L'alphabetisation en francais
Les premiers apprentissages devront se faire en
commun, donc en allemand. Les enfants seront alphabetises,
comme dans le passe, dans une langue qui
leur est tres difficile. Le nouvel abecedaire facilite
déjà ceci, de meme le fait que les contenus
de l'ancienne premiere annee d'etudes ont ete etenduo
sur les deux premieres annees. Il faudra neanmoins
prevoir encore un certain nombre d'ameliorations:
meilleure adaptation des "Sprachprcdekte"
des enfants etrangers et aides apportees au personnel
enseignant qui est suppose faire un enseignement
differencie avec le Simsalabim.
Differentiation externe a partir de la 3e annee
primaire
Les classes continueront fonctionner comme par le
passe, seul l'enseignement de l'allemand se fera en
deux groupes: un niveau A (competence elevee en allemand
oral et ecrit) sera destine aux enfants luxembourgeois
et a ceux des enfants de migrants qui
veulent continuer leurs etudes dans l'enseignement
secondaire classique; un niveau B (competence elevee
en allemand oral, competence plus reduite en
allemand ecrit) regroupera les enfants de migrants.
Nous prevoyons donc un enseignement d'allemand
different pour les enfants de migrants, different A
la fois dans sa methodologie, ses contenus et ses
finaliltes. Ceci ne veut pas dire que l'enseignement
de l'allemand niveau A n ' ait pas besoin dune
reforme serieuse. Par contre il est illusoire de
penser resoudre le probleme par des programmes
d'allemand revises, tant que ceux-ci s'orientent
exclusivement vers les Luxembourgeois.
Une scission entre enfants luxembourgeois et
enfants de migrants nous semble inevitable d ce
moment de la scolarite. On a observe qu i a partir de
la troisieme annee primaire un grand nombre d'enfants
perdent definitivement pied: du jour au lendemain
les exigences en allemand augmentent de facon
exponentielle. A present ils sont supposes connaitre
beaucoup d'elements qu i lls n'ont jamais upprix
en classe et en meme temps le degre de difficulte
de l'enseignement l'ecole-meme augmente
considerablement.
Enseignement post-primaire
Comme nous ne voulons pas mener les enfants de migrants
dans une voie sans issue, il faudra tenir
compte dans l'enseignement post-primaire de leurs
connaissances reduites en allemand. I] n i y a aucune
raison voluble qui lie l'apprentissage d'un metier
6 la parfaite maitrise de cette langue, on n'a
qu ' a penser aux milliers de frontalilers beiges ou
frangais qui travaillent au Grand-Duche. Il faudra
donc que la majeure partie des formations offertes
par l ' enseignement technique puissent se faire
avec le frangais comme langue vehiculaire. Le MENJ
planifiera les differentes filieres francophones,
en accord avec les dircteurs des lycees techniques.
Comme les distances ne sont jamais tres
grandes dans notre pays, il suffira de prevoir
pour chaque formation un seul etablissement.
L'enseignement de la langue allemande au lycee
technique devra poser peu de problemes puisque
dejA actuellement differents niveaux y sont prevus.
Pour les eleves se destinant 6 l'enseignement
secondaire classique malgre des connaissances reduites
en allemand, un certain nombre de mesures
d'aide devront etre prevues: une annee d'apprentissage
intensif de l'allemand pourra eventuellement
leur permettre de rattraper une partie de
leur retard dans cette branche avant leur entree
dans l i enseignement secondaire classique. Cela ne
suffira sürement pas et on pourra prevoir au
moms un lycee (DU ils jouiront dun enseigment
special en allemand pendant les trois premieres
annees. Un appui approprie completera ces mesures.
Par ailleurs le MENJ devrait conclure des accords
avec la France et la Belgique afin que nos eleves
francophones puissent poursuivre leurs etudes secondaires
dans ces pays. Des bourses seront accordees
aux concernes.
Notre modele est incoherent sur plusieurs points,
mais il a le grand avantage de donner des chances
reelles de qualification aux enfants de migrants
tout en respectant les premisses posees par nos
deputes. Il ne s'agit pas dun modele definitif
mais pluta dune base de discussion qui permettra
peut-etre de sortir de l'impasse. Les reactions
et suggestions de tous les interesses seront
les bienvenues.
Marcel Bamberg
Marie-Paule Maurer
ISERP/Walferdange
(1) voir rapport de la Commission de l'Ed. Nat.
et des Affaires Culturelles de la Chambre des
Deputes du 3 fevrier 1983, No 2682
26 88 22 5 Marcel Bamberg, Marie-Paule Maurer Bilinguisme et intégration sociale: la quadrature du cercle? Les enfants étrangers dans nos écoles Jugend Schule Ausländer Luxemburg Beitrag
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