Cannes 1990: la fête du cinéma
Puisque, faute de place, il faut bien se limiter à un
nombre assez restreint de films dans ce compte rendu,
nous avons choisi d'évoquer ici les films qui
ont constitué, à nos yeux, les plus belles surprises
d'un festival qui fut un crû exceptionnel, en espérant
qu'ils seront bientôt disponibles pour être
presentée à Luxembourg.
Pour une fois, la critique est presque unanime:
...
Puisque, faute de place, il faut bien se limiter à un
nombre assez restreint de films dans ce compte rendu,
nous avons choisi d'évoquer ici les films qui
ont constitué, à nos yeux, les plus belles surprises
d'un festival qui fut un crû exceptionnel, en espérant
qu'ils seront bientôt disponibles pour être
presentée à Luxembourg.
Pour une fois, la critique est presque unanime:
Cannes 1990 a vraiment celebre la fete du cinema.
Personne ne s'y attendait plus, tellement les deux derfliers
ffeessttiivvaallss,, et Berlin 1990, etaient mediocres, les
palmes ("Pelle", "Sex, lies and videotapes") accueillies
sans grand enthousiasme, trop bonnes pour etre
huees, trop denuees de surprise pour Writer le prix
supreme. Le plaisir s'est done avere d'autant plus intense
qu'on n'y croyait déjà presque plus et lorsqu'a
la proclamation du palmares, Bernard Bertolucci a
annonce que la palme etait attribuee au formidable
"Wild at Heart" de David Lynch, notre joie etait a son
comble grace a un jury qui, fait plutOt rare a Cannes,
a ose etre a la hauteur d'un cr11 exceptionnel et ne
s'est pas estime oblige de faire des concessions diplomatiques.
(*)
La selection officielle ne fut pas la seule a beneficier
de la nouvelle vitalite du cinema mondial. Les sections
paralleles, Quinzaine des Realisateurs en tete,
purent egalement presenter quelques bijoux, dont un
certain nombre de premiers films. Rares furent les
vrais deceptions.
(*)Sur France-Inter, Gerard
Lefort (de Liberation) a emis
plus lard l'hypothese que ce
beau palmares s'expliquait en
partie par le pourcentage inhabituellement
eleve de femmes
(4 femmes pour 6 hommes)
dans le jury. Cette these ne peut
bien sfir que nous plaire mais
nous semble quand meme
quelque peu risquee. Cela dit,
est vrai qu'il s'agissait de
quatre personnalites fortes
(Anjelica Huston, Fanny
Ardant, Mira Nair et Francoise
Giroud).
juli 1990
53
1111111.1111.11=11.111n
La critique est
presque
unanime:
Cannes 1990
a vraiment
celebre la fête
du cinema.
Personne ne
s'y attendait
plus, apres
les derniers
festivals
mediocres.
MEMINIIIMI111111111n1
"Come see the Paradise" (Competition) en dtait une.
Si nous mentionnons ici ce film execrable d'Alan
Parker, ce n'est que pour regretter que le rdalisateur
anglais travaillant aux Etats- Unis, surestime depuis
"Midnight Express", a rdussi a gächer un sujet aussi
fort que l'existence de camps de concentration aux
Etats-Unis pendant la deuxieme guerre mondiale.
Apres Pearl Harbour, les Amdricains ont en effet rassembld
tous les Japonais et les descendants d'immigr.&
japonais dans des camps. En l'espace de quelques
jours, ces hommes et ces femmes ont ate obliges
de se debarrasser de tous les biens accumulds parfois
au cows d'une vie entiere et d'aller vivre, dans des
conditions plutOt prdcaires, dans le desert. Apres la
guerre, its ontdü recommencer a zero, a partir de rien.
Cet episode, pas tres reluisant, de 1 'histoire des Etats-
Unis n'a, a ma connaissance, jamais dtd traitd au cinema
(**). On peut malheureusement parier qu'apres
le film de Parker, aucun auteur n'y touchera plus de
sitOt. Parker a en effet reussi a melodramatiser Iotalement
le sujet et a le noyer dans une musique larmoyante
oil se perd toute tentative d'analyse critique
et historique: un syndicaliste americain aime une Japonaise,
l'epouse et en a un enfant; pendant la guerre,
sa femme et sa fille sont emprisonnees dans un camp
tandis qu'il rejoint l'armee. Parker ne reussit meme
pas son histoire d'amour. A force de ne vouloir blesser
personne et ne surtout pas choquer qui que ce soil
(ni Japonais ni Americains de tous bords), ii finit par
ennuyer tout le monde. Meme Dennis Quaid est incredible
dans ce film ridicule jusqu 'a la derniere
image (la retrouvaille des epoux).
Parlons plutOt de choses agreables. Hasards de la programmation,
nous avons vu des le premier jour du
festival deux films sur la decouverte de la sexualite
par un jeune garcon. L'un est tunisien et sensuel, l'autre
anglais et cruel.
Le premier s'appelle "Halfaouine". Ii a dte realise
par le critique tunisien Ferid Boughedir qui a fait déjà
deux documentaires sur le cinema africain. "Halfaouine"
est son premier film de fiction. Coup d'essai
mais coup de maitre. Le hdros en est un gamin d'une
douzaine d'anndes qui aimerait beaucoup savoir ce
que les femmes cachent sous leurs robes. A vrai dire,
la question lui a dtd souffide par deux adolescents
mais elle finit par obseder le bambin qui usera de
toutes les ruses pour decouvrir ce fabuleux secret.
"Comment paler le plus justement possible d'Enfance
et de Sexualitd en Terre d'Islam, au moment oil
les interdits reviennent, plus rigides que jamais?"
Boughedir a voulu montrer qu'au-delA des clichés et
des lois des intdgristes, le Maghreb est aussi une terre
sensuelle et belle. II depeint les relations hommesfemmes
sous un jour inhabituel a nos yeux et atteint,
dans ses meilleurs moments (les visites au ham mam),
la sensualite qui imprdgnait un film comme "Noce en
Galilee". DrOle et souvent emouvant, respectueux et
chaleureux envers les habitants du quartier de Tunis
qui donne son titre au film (Halfaouine), il n'esquive
pas pour autant la critique sociale et politique et, premier
film presente apres "Dreams" d'Akira Kurosawa
(film d'ouverture) plagait d'emblez le festival
sous un signe de bonne augure. (Quinzaine des Rdalisateurs)
Le deuxieme film s'appelle "The Reflecting Skin",
est signe Philip Ridley et se trouve diametralement
oppose a l'oeuvre de Boughedir. Dans l'Amerique
puritaine des annees d'apres-guerre, la sexualite est
en effet chose autrement plus traumatisante. Le live
du film, si l'on connait sa signification, crde déjà un
malaise. Le grand frere du hems, revenu de la guerre
qu'il a faite sur "les Iles" (du Pacifique) montre au
petit Seth une photo sur laquelle on voit un bad. "Sa
peau dtait comme un miroir", explique-t-il au gamin
fascind. Nous comprenons peu a peu qu'il est question
de la bombe atomique et que le grand frere souffre
de quelques retomb&s. Dans ce monde qui vient
d'inventer (et d'utiliser) la plus terrible bombe de
tous les temps, comment un enfant pourrait-il grandir
normalement? A 1 'image d'une humanite devenue
monstrueuse, tous les habitants du petit village oil
habite Seth semblent dótraquds: la mere est a moitie
folle, le pere se suicide par le feu, le shdrifest curieusement
muffle et pour couronner le tout, un groupe
de jeunes pervers s'amuse a violer et a assassiner les
enfants de la region. Ii n'est somme toute pas tres
dtonnant dans ces conditions que Seth prenne sa voisine
pour une vampire et le cadavre d'un nouveau-ne
a moitie &yore par les vers pour un ange. "The Reflec
ting Skin" crde une atmosphere malsaine mais bizarrement
envoiltante et peut etre compare au film
plus ancien de Robert Mulligan "The Other" qui mettait
dgalement en scene des enfants "monstrueux".
Fort bien filmé et ddfinitivement a part, ce film derangeant
ne faisait finalement qu'annoncer la violence
toute aussi malsaine de "Wild at Heart". (Semaine
de la critique)
"Halfaouine" et "The Reflecting Skin" sont le premier
film de fiction de leur auteur respectif. Ii en va
de meme pour "December Bride" de Thaddeus
O'Sullivan qui, comme son prdnom ne l'indique pas,
est irlandais. "December Bride" raconte avant tout
une tres belle histoire, celle d'une fern me simple mais
intelligente qui, dans l'Irlande du debut du siècle, sait
ce qu'elle veut et aussi ce qu'elle ne veut pas: simple
servante au debut, elle a fini par trouver sa place entre
deux freres. Elle entretient des relations sexuelles
avec les deux hommes, refusant malgrd la pression
conjuguee de sa mere, du cure et de tout le village,
d'epouser l'un d'eux, meme apres la naissance de ses
deux enfants. O'Sullivan ne proclame rien, ne demontre
rien et n'a aucune lecon a donner. De marine,
son heroine n'agit pas par conviction ou pa principe
mais pace qu'elle vit comme elle le sent. Profonddment
ancre dans la beaute rude des paysages de l'Ulster,
ce film pale en toute simplicite de "la terre, de
l'hdritage et de la religion, mais en veritd, c'est un
film sur l'amour, la beaute et le sexe aussi" (O'Sullivan).
Rarement, on a vu un aussi beau role de femme
(interpret& par Saskia Reeves) au cinema. On a dvoque
a son sujet "Jules et Jim" et il est vrai que
roIne de Truffaut et la fermiere de O'Sullivan ont un
lien de parente lointain, mais alors que la premiere
vit dans un milieu tres intellectuel et dans un certain
sens plus tolerant, "December Bride" est situe dans
un milieu catholique sdvere. Voila pourquoi sans
doute, son personnage principal nous semble plus
fort et le film de O'Sullivan presque plus touchant
que celui de Truffaut. (Quinzaine des Rdalisateurs)
(**) Francis Coppola y fait cependant
allusion dans "Tucker"
et Spielberg evoque la grande
peur du "Orli jaune" dans
1941.
54
nr 121
NMI "INN. ---,'",81111111111- 11.11n741149MINIEBIliMIIIMINNII AN.
Le lendemain de la projection de "December Bride",
la Quinzaine nous reservait encore une merveilleuse
surprise. "To Sleep with Anger" est le cinquieme
long ravage de Charles Burnett, Noir annericain qui
produit des films de maniere independante depuis
pres de quinze ans. Bien qu'aucun de ses films ne soit
jamais sorti au Luxembourg, il jouit d'une certaine
renonnmee aupres de la critique europeenne qui l'a
catalogue "cindaste de la middle- class noire". "To
Sleep with Anger" se passe precisement dans cette
petite-bourgeoisie noire, a mi-chemin entre les
tonnes vieilles traditions et la nouvelle maniere de
vivre des youpies. Gideon est un brave retraite qui a
cru bon d' inc ulquer certains principes a ses fils. Alors
que le premier suit les traces du pere, le cadet est en
revanche la bete noire (si j'ose dire) de la famille.
Pourtant, Junior a un bon metier, mais ii ne croit plus
aux vieilles superstitions qui ont cours chez ses parents.
Arrive Harry, un ancien ami de Gideon que
celui-ci n'a plus vu depuis longtemps. Accueilli
bras ouverts dans la famille, Harry s' incruste, et apres
avoir diverti tout le monde, devient de plus en plus
inquiétant, bouscule les habitudes de ses hetes, Mourne
le cadet de ses preoccupations, raconte des
histoires &ranges (il parait qu'il a tue un homme jad
is) et finit par remettre en cause les valeurs de Gideon.
Danny Glover (le collegue de Mel Gibson dans "Lethal
Weapon") devait jouer un role secondaire mais
a la lecture du scenario ii s'est enflamme pour le personnage
du fabuleux conteur d' histoire qu'est Harry.
Il l'interprete avec tout le charme et la malice, mais
aussi la dangereuse seduction necessaires. Comme la
famille de Gideon, nous sommes d'abord amuses
avant d'être indisposes et finalement embarrasses par
ce drele de bonhomme qui semble avoir quelques
vieux comptes a regler avec les gens du voisinage. II
est toujours dangereux de parier dans un film sur le
pouvoir d'envoiltement d'un personnage aussi evidemment
hors du commun. Charles Burnett l'a reussi
et, bien que ses personnages soient profondement ancree
dans la culture noire des Etats-Unis, nous nous
identifions pleinement avec cette famille plutet ordinaire
aux prises avec un evenement extraordinaire.
Sans coups de theAtre, avec une mise en scene sobre
mais tits drele, il eleve ce petit film au rang d'oeuvre
de grande qualite et merite de trouver enfin le chemin
des salles luxembourgeoises.
"The Match Factory Girl" n'a pas ete presente dans
le cadre du festival mais au marche international du
film. Ii s'agit d'un film bizarre du Finlandais Aki
Kaurismaki (le frere de Mika Kaurismaki dont on a
vu a Luxembourg "Helsinki Napoli"). L'histoire
qu'il raconte est triste a en pleurer. C'est celle une
jeune fille qui ne recoit aucune tendresse de la part
2:21=t7IrtiLaer
juli 1990
55
de ses parents. Elle travaille dans une usine d'allumettes
(d'oa le titre du film) et ne semble pas avoir
d'ami. II faut dire qu'elle n'est pas vraiment belle et
elle ne fait rien pour s'arranger. Mais un jour, elle
achete une belle robe, va dans un bistrot et se fait
embarquer par un homme qui, au petit matin, ne
songe bien Ovidemment pas a etablir des relations
plus durables avec sa "conquete". Enceinte, elle se
fait repousser par ses parents et par le coupable.
Alors, elle decide de se venger, a sa maniere.
Tourne dans un style tits epure, presque muet (il faut
dire que la fille n'a personne a qui parler), choisissant
dans chaque scene d'en dire le moins possible, sans
la moindre emotion dans la mise en scene, ce film est
antithese parfaite du melodrame. Le plus extraordinaire
est peut-etre qu'en refusant d'etaler le moindre
sentiment a recran, Kaurismaki nous touche Otrangement
et r6ussit finalement mieux que quiconque
traduire le vide sentimental et l'affreuse solitude de
son personnage tout en introduisant une sorte d'humour
ravageur et amer. On voit mal comment Aki
Kaurismaki (qui ressemble physiquement a FaBbinder
et semble partager son pessimisme) pourra pousser
plus loin ce style. "The Match Factory Girl" est
en tout cas un film unique, une sorte d'objet non identifie
dans le cinema scandinave.
A cots des grosses productions traditionnelles, la Selection
officielle pr6sentait aussi quelques oeuvres
plus marginales. Tel est le cas de "La captive du
desert" de Raymond Depardon, presents dans une
seule seance (au lieu des deux habituelles). Depardon
ne voulait pas indisposer les "pingouins" (entendez
les invites aux seances du soir oi la tenue de soirée
est obligatoire), parait-il. Ii a peut-etre eu raison car
il faut beaucoup de patience pour suivre jusqu'au
bout un film dans lequel il ne se passe pas grandchose
mis a part la detention d'une femme dans le
desert, sa captivite effective et les barreaux qui sont
dans sa tete. Notre patience est cependant amplement
rócompens6e: "La captive du desert" (vaguement inspir6
de l'affaire Claustre sur laquelle Depardon-pho
tographe a fait un reportage) est un film formidable
qui pule de l'infini, du temps et de l'espace et aussi
du choc entre deux cultures que tout sêpare. Sandrine
Bonnaire y est exemplaire et n'a jamais ete aussi
bonne depuis "Sans toit ni loi". Depardon avait déjà
filme le desert dans "Une femme en Afrique". II recidive
ici en epurant encore l'image et le son tout en
abandonnant regocentrisme parfois agacant du premier
film.
Gageons que les "pingouins" n'etaient pas tres
l'aise non plus en voyant "Hidden Agenda" de Ken
Loach. Loach fait partie de ces cineastes anglais qui
ont renouvelë le cinema britannique dans les anndes
70 avant de tomber quelque peu dans l'oubli au cours
de la décennie suivante. II revient aujourd'hui avec
un film dans lequel il a abandonne certaines de ses
exigences formelles mais qui fonctionne comme un
veritable film-pamphlet contre le gouvernement de
Margaret Thatcher (qui est décidement rennemie juree
des cineastes britanniques, voir les declarations
faites a ce sujet par Stephen Frears). Un employe
d'une association humanitaire (style Amnesty International)
y est assassins froidement alors qu'il se rendait
a un rendez-vous avec un membre de l'IRA. Un
policier enquete et decouvre que les services secrets
britanniques emploient des methodes illegales (et
meurtrieres), non seulement pour combattre l'IRA
mais aussi, a l'occasion, pour se debarrasser d'un adversaire
politique.
C'est ce que Liberation appelle "la these du complot"
en semblant accuser Loach de paranoia aigue. N'empeche
qu'il y a des \fern& qui, si elles ne sont pas
toujours bonnes a entendre, doivent etre dites. L'utilisation
de methodes anticonstitutionnelles par les
services secrets anglais pour combattre l'IRA (dont
Loach justifie les objectifs sans prendre position sur
le probleme de la violence employee par les Irlandais)
n'est mise en doute par personne, si ce n'est
quelques journalistes anglais conservateurs qui ont
transforms la conference de presse de Ken Loach en
requisitoire contre le realisateur. L'un d'eux (et pas
des moindres, parait-il) est meme alle jusqu'a ecrire
que le film avait ete siffle dans la projection de presse,
ce qui est rigoureusement faux! Les Britanniques ont
d'ailleurs fait des pieds et des mains pour empecher
la projection du film a Cannes, sans succes heureusement.
Ces reactions de la part des Britanniques justifient
amplement, si C 'etait necessaire, ce film fort et
sans concessions, qui manque un peu de subtilite
mais offre en revanche l'avantage d'être parfaitement
accessible a un grand public.
Pour finir en beaute, evoquons encore les films qui
ont regu les deux grands prix de ce festival. L'un est
naturellement "Wild at Heart" (Palme d'Or). L'autre
porte un titre assez redhibitoire: "Bouge pas, meurs
et ressuscite" ("Zamri oumi voskresni") et il a recu
la Camera d'Or, recompensant la meilleure premiere
oeuvre du festival. Son realisateur, le Sovietique Vitali
Kanevski a pourtant déjà 55 ans, mais il a passé
plusieurs annees en prison d'abord, puis clans un
psychiatrique. On dit que c'est Alan Parker qui,
apres avoir vu le film lors d'un sejour en Union Sovietique,
l'a apporte a Gilles Jacob, Mega general
du festival de Cannes, qui l'a finalement presents
dans la section "Un certain regard". Si cette histoire
est vraie, nous pardonnerons bien volontiers a Parker
son execrable contribution au festival (voir plus haut)
car, pour etre mauvais realisateur, il n'en est pas
moins excellent spec tateur. Comme dit Philippe Garnier
(encore dans Liberation): "On n'est pas press de
voir un film comme ca avant longtemps. On soupconne
aussi que meme si Vitali Kanevski fait d'autres
films, ils ne seront jamais plus comme celui-ci". Kanevski
ne fait pourtant que raconter son enfance juste
apres la guerre, sujet rabAche s'il en est. Mais voilA,
personne n'a jamais raconte son enfance comme Kanevski.
Peut-etre puce que personne n'en avait aussi
gros sur le coeur. Situ& dans un camp de prisonniers
politiques oC sa mere etait gardienne, a proximite
d'un camp de prisonniers japonais, plongee clans la
boue et la gadoue, l'enfance de Kanevski avait tout
du cauchemar et pourtant, avec les yeux des enfants,
tout est a la fois encore plus dur et plus innocent.
Alors Kanevski y va sans se gener, inventant presque
par megarde un style jamais vu, qui part du realisme
le plus sordide pour deboucher sur le surrdalisme hal-
56
forum nr 12
lucinant, telle une "Guerre des boutons" qui virerait
a la "Nuit du chasseur" " (Gamier), appelant toutes
sortes de reminiscences mais ne ressemblantà aucun
autre film. Sans souci de la logique parfois, passant
de la poesie a la folie pure (la scene dans laquelle le
gamin fait derailler un train est proprement ahurissante),
Kanevski filme comme s'il en allait de sa vie,
nous surprenant a chaque instant. Et meme si le spectateur
risque de se perdre clans ce film dóroutant, on
en sort abasourdi, etonne, conquis. Kanevski fut la
revelation d'un festival dans lequel les bonnes surprises
ne manquaient pourtant pas.
Nous ne nous attarderons plus guere ici sur "Wild at
Heart" dont j'aurai le loisir de dire tout le bien que
j'en pense a sa sortie (prevue pour l'automne). Je repeterai
seulement ce que j'ai déjà ecrit ailleurs et ce
que je suis prete a soutenir devant tous les grincheux
et les bien-pensants qui, a l'instar de Claude-Marie
Tremois dans Telerama, s'obstinent a le denigrer:
c'est la plus belle Palme depuis de nombreuses anrides,
la plus culottee et la plus meritee!
Viviane Thill 121 53 5 Viviane Thill Cannes 1190: La fête du cinéma Kino Film Frankreich Beitrag
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