Chroniques éparpillées d'une dérive
La question religieuse est paradoxale en cette fin de millénaire. Pourquoi la percée scientifique, au lieu de relativiser, comme jadis, la portée du message métaphysique, non seulement n'arrive pas à repousser le règne du divin, mais semble même le favoriser? Tout se passe comme si, dérive aidant, la recherche d'une réponse aux nouvelles problématiques ne savait plus contourner la ... La question religieuse est paradoxale en cette fin de millénaire. Pourquoi la percée scientifique, au lieu de relativiser, comme jadis, la portée du message métaphysique, non seulement n'arrive pas à repousser le règne du divin, mais semble même le favoriser? Tout se passe comme si, dérive aidant, la recherche d'une réponse aux nouvelles problématiques ne savait plus contourner la question de Dieu. Le vingtième siècle se termine donc dans une ambiance de guerres saintes. Ce qui n'est pas pour endiguer la prolifération des intolérances. Le mot religion est, par définition, au pluriel. Curieusement, dans les têtes qui l'abritent, dans toutes les têtes, il redevient abominablement singulier. Exclusif. Le Dieu des autres n'est pas Dieu. Le racisme, lui aussi, passe par là. On la croyait enterrée, la querelle des croyances, elle vit comme jamais elle n'a vécu. Le paradoxe fleurit à deux niveaux au moins: 1) Croire exclut ce que croit autrui. 2) Croire mène tout droit à la guerre. Ad 1). Toute religion repose sur ce qu'on nomme la vérité. Ce que je crois est vrai. Le reste, non. Le monde se divise ainsi en deux. A la vérité vient s'opposer le mensonge. Aux fidèles, les infidèles. Au bien, le mal. Le premier est à rechercher, le deuxième à condamner. C'est la logique religieuse qui le veut. Toute croyance ne peut être que source d'intolérance. D'intolérance souple ou fanatique. Les intégrismes ne se distinguent de la foi orthodoxe qu'au niveau de l'adjectif. L'intolérance est l'apanage de tous deux. Autant dire que dans chaque religion se cache une guerre sainte, un djihad. Ad 2). Il y a des trêves dans chaque guerre. Il peut même y avoir des périodes de paix. Cela ne change rien à la nature d'une religion, fût-elle chrétienne, islamique ou autre. Etant, encore une fois par définition, la seule source de vérité possible, toute concurrence ne peut être que la glorification du mensonge. C'est Satan qui s'oppose à Dieu. Et Satan est à extirper. Dans le camp des catholiques, malheureusement pour eux, la hiérarchie ecclésiastique n'a plus les moyens d'une guerre ouverte. Il y a trois cents ou deux cents ans encore, blasphémer était passible de la peine de mort. Celui qui, comme le chevalier de La Barre, chantait des chansons impies en public, tombait sous le coup d'une fatwa. Le renouveau de la foi, en Orient surtout, remet ces pratiques au goût du jour. Et fait évidemment des jaloux chez nous. Que ne donneraient notre pape, nos cardinaux et nos évêques pour arriver à faire respecter les encycliques à force de punitions terrestres? Les commandos de catholiques intégristes assassinant des médecins ayant pratiqué des avortements montrent le chemin. Toute religion est laide. Chez nous on dit que l'Islam est intolérent, là-bas, dans les pays de l'Islam, c'est la chrétienneté qui est à abattre. Là-bas, peut être tout proche. En Bosnie, par exemple, le fanatisme qui a poussé à la purification ethnique est en grande partie alimenté par les religieux. L'Eglise orthodoxe serbe ne bénit-elle pas chaque balle qui terrasse un impie musulman? Et vice-versa? Les camps sont bien définis, l'intolérance se voit pousser des ailes. Chez nous, c'est plus compliqué, mais pas moins injuste. Entre la Constitution qui garantit la liberté religieuse et la Loi qui fait du catholicisme une religion d'Etat, il y a un abîme. Un abîme invisible encore, parce que les différentes religions qui se côtoient viennent presque toutes de la même source judéo-chrétienne. Mais imaginez une situation à la française. La séparation entre l'Etat et l'Eglise y est une réalité depuis bientôt deux cents ans. L'histoire a cependant voulu que l'Islam y devienne la deu xième religion. Or l'Islam a, dans la pratique, des règles de comportement plus strictes que le catholicisme. Ou, pour le dire autrement, les musulmans sont restés plus fidèles à leurs croyances que les catholiques. Et parmi ces règles de comportement, il y a le port du foulard, du chador. Evidemment, on fausse la discussion, si l'on os sase le foulard à la laïcité. N'oublions pas que toute religion suppose la guerre sainte. Le débat boîte aussi, si la défense de la femme est mise au centre. N'oublions pas que toute religion bafoue les droits des femmes. Or, la circulaire du ministère de l'Education nationale, la fameuse circulaire Bayrou, sous prétexte de vouloir faire respecter la laïcité ou les droits de la femme, n'est en réalité rien d'autre qu'une déclaration de guerre religieuse contre l'Islam, dans un pays, répétons-le, où ce n'est pas à l'Etat de se mêler de questions religieuses. La circulaire Bayrou insiste sur les signes religieux ostentatoires dont le foulard ferait partie. En d'autres mots, elle opère une frontière entre ce qui se voit trop, le foulard, et ce qui ne se voit presque pas, à savoir le petit crucifix suspendu à la chaînette autour du cou. La même logique ne devrait-elle pas interdire également l'installation d'un arbre de Noël dans une salle de classe? Ou des images du Père Noël? D'où vient cette furie d'exclure? Pourquoi ne pas simplement accepter la différence, le pluriel culturel? En montrant du doigt une religion précise, on ne réhabilite pas la laïcité, mais la religion dominante d'un pays. On attise ainsi, dans le domaine religieux, l'intolérance. La question de Dieu qui, logiquement, devrait être en perte de vitesse, entre de nouveau par la grande porte sur la scène publique. Les intolérants de tous bords s'en frottent les mains. Jean Portante 155 50 1 Portante, Jean Chroniques éparpillées d'une dérive. International Beitrag
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