L'intégration sociale par le travail
Karl KRAUS, journaliste/publiciste et auteur satirique autrichien, a dit une fois: « Es gibt kein
unglücklicheres Wesen unter der Sonne als den Fetischisten, der sich nach einem Frauenschuh
sehnt, und dann feststellt, dass er mit einem ganzen Weib vorlieb nehmen muss. » Il en va de
même avec certaines décisions que prennent, soutiennent et mettent en oeuvre les hommes
politiques. Elles co ...
Karl KRAUS, journaliste/publiciste et auteur satirique autrichien, a dit une fois: « Es gibt kein
unglücklicheres Wesen unter der Sonne als den Fetischisten, der sich nach einem Frauenschuh
sehnt, und dann feststellt, dass er mit einem ganzen Weib vorlieb nehmen muss. » Il en va de
même avec certaines décisions que prennent, soutiennent et mettent en oeuvre les hommes
politiques. Elles conduisent souvent à des effets non désirés et souvent même méconnus
d'avance.
Le rôle intégrateur du
travail
Il devient de plus en plus patent qu'à la
fin de notre siècle les structures sociales
auxquelles nous étions habitués sont en
train de changer fondamentalement. Les
hommes du 20e siècle étaient - et pour
la plupart, ils le sont toujours - insérés
dans de grands systèmes qui commencent
par atteindre leurs limites. Le développement
technique et scientifique
ainsi que les changements écono 'ques
et politiques qui y sont liés génèrent des
transfo ations sociales dont les consé
quences pour les hommes ne sont pas
encore exactement prévisibles. L'ordre,
l'identité et la sécurité considérés
jusque là comme des faits évidents se
perdent peu à peu. Les institutions et les
modèles d'intégration existants sont en
décomposition. Ils sont remplacés par
des valeurs et des no es nouvelles, par
de nouveaux rapports sociaux et de nouveaux
systèmes sociaux.
La société et ses membres sont en crise.
Les crises sont généralement accompagnées
de conflits jusqu'à ce qu'un nouvel
équilibre social s'établisse.
Pour illustrer ce fait, nous aimerions
renvoyer à un exemple bien connu: la
révolution industrielle. Au cours de la
révolution industrielle la société traditionnelle, fondée surtout sur des rapports
de personne à personne, se dissout.
Grâce au développement de l'économie
monétaire la dépendance personnelle
est remplacée par la dépendance
financière. Depuis lors la co unauté
domestique dans le sens de communauté
de production et d'unité économique
et familiale est en décomposition.
Il en résulte l'isolement et le déracinement
de l'individu. Les institutions
traditionnelles sont en perte de vitesse.
Les conditions misérables du proie at
industriel conduisent à la création des
premières organisations pour la défense
des intérêts des travailleurs. L'ordre
féodal de l'Etat d'Ancien Régime - qui
d'une part considérait la pauvreté (du
peuple) co e volonté de Dieu et qui
d'autre part cependant reconnaissait
l'obligation des riches à verser l'aumône
à tous ceux qui manquaient de
l'aide de réseaux primaires tel la famille
et le voisinage - est remplacé par l'état
moderne qui veille au maintien de
l'ordre public et remplit des fonctions
de bienfaisance I d'assistance (18e et
19e siècle).
Le système social global a réagi à la
crise des rapports sociaux par la création
d'un système institutionnalisé de
subsidiarité et de solid 'té, qui est venu
en partie compléter et en partie remplacer
les fonctions d'assistance.
Ainsi naissent des organismes sociaux
inconnus jusque là comme le mouvement
ouvrier (les syndicats), la C *tas,
l'Oeuvre diaconique (Diakonische
Werk) etc. De nouveaux systèmes d'assurances
sociales et collectives (Sociétés
de secours mutuels) ainsi que la
bienfaisance publique voient le jour
(désignée parfois encore au 20e siècle
de «politique des pauvres»).
Peu à peu émerge le concept de la politique
sociale.
Au cours de ce processus le travail d'assistance
sociale se professionnalise de
plus en plus. De nouvelles professions
comme l'assistant social et le pédagogue
social voient le jour.
Les transformations économiques et
sociales conduisent à des nouvelles
o es d'organisation et d'intégration.
Chaque système social, que ce soit au
niveau du groupe ou de l'état, a besoin
d'un minimum de cohésion et de coopération
(soit volontaire, soit forcée) de
ses membres. Une diminution de la
cohésion et de la coopération peut,
selon de degré de gravité, conduire au
dysfonctionnement voire à la désintégration
totale du système. La désintégration
entraîne l'exclusion d'un certain
nombre de membres qui vont se réorganiser
dans de nouveaux (sous-)systémes
. A l'intérieur de ces nouveaux
systèmes va se développer, sous certaines
conditions, une masse critique
entraînant la dissolution respectivement
le remplacement de l'ancien système.
Un des principaux sinon le principal
facteur d'intégration dans notre société,
c'est le travail-emploi.
Le travail, plus précisément le travail
rémunéré, constitue en règle générale le
fondement principal de l'existence
humaine. Le revenu du travail donne
accès à d'autres fonctions et biens
nécessaires comme le logement, la
nourriture, la santé, l'éducation et la
fo ation, les loisirs... en partie fortement
connectés entre eux. P. ex. sans
logement, pas de travail, et sans travail,
pas de logement.
Si l'accès à un travail adéquatement
rémunéré vient à être bouché, pour
quelle raison que ce soit, la personne
concernée risque de se retrouver en
marge ou franchement exclus du système
d'intégration existant, avec toutes
les conséquences que cela comporte.
Du point de vue de l'individu un tel processus
conduit à une dégradation de la
santé, à un comportement déviant voire
criminel; du point de vue du système
social il génère des coûts.
L'action de
Inter-Actions Faubourgs
Au vu de ce que nous venons de développer,
il n'est que cohérent que l'association
«Inter Actions-Faubourgs», fondée
en 1979, mette l'accent de ses activités
sur l'aspect de l'»insertion par le
travail» et qu'elle développe à cette fin
un outil unique au Luxembourg, peu
connu sous son appellation de «Structure
d'Encadrement Socio-Economique
», donnant la priorité, j'aimerais y
insister d'emblée, à l'intégration au
marché de l'emploi officiel, réglementé
par le droit du travail (erster Arbeitsmarkt).
En tant que premier élément de cette
structure a été créée en 1981 là société à
responsabilité limitée Polygone. Il
s'agit d'une entreprise compétitive avec
cependant en complément une finalité
sociale: L'intégration resp. la réintégration
de jeunes chômeurs (jusqu'à l'âge
de 30 ans) au marché de l'emploi.
Plus tard ont suivi B4 Construction sàrl
(1989) et Ecotec sàrl (1994).
En créant des entreprises autonomes,
produisant des services compétitifs, l'IAF met à la disposition de chômeurs
jeunes et difficiles à placer des emplois
sur le marché du travail normal, soumis
aux lois du marché. Ces entreprises ne
reçoivent pas d'aide publique.
La firme Polygone utilise toutefois,
même si c'est de façon limitée, l'opportunité
offerte à toute autre fi e d'embaucher
des chômeurs (correspondant
son groupe-cible) clans le cadre de
"stages d'initiation".
Notons encore au sujet de ce modèle
que l'accompagnement socio-pédagogigue
des travailleurs appartenant au
groupe-cible se fait en dehors des entreprises
concernées.
Au sein de la structure d'encadrement
socio-écono 'que (SESE) les activités
économiques sont fo ellement séparées
de l'intervention sociale: la prise en
charge socio-pédagogique est assurée
par IAF, qui reçoit des deniers pulics
pour ce travail.
Cette approche, assumant les exigences
du marché de l'emploi officiel, possède
les avantages suivants:
1. L'intégration des jeunes à la
recherche d'un emploi se fait sur le
marché de l'emploi officiel (regulärer
Arbeitsmarkt).
2. Les entreprises doivent remplir les
exigences de compétitivité et de rentabilité.
Cela impose aux travailleurs une
attitude en diapason avec les lois du
marché qui leur sera profitable lors de la
recherche d'un emploi dans des entreprises
traditionnelles.
3. Bien qu'ils soient à la recherche
d'emploi ces jeunes sont fo ellement
des travailleurs, c'est-à-dire que le stigmate
de chômeur ne peut leur être
apposé.
4. A part les emplois pour jeunes
demandeurs d'emploi d'autres «vrais»
postes ont été créés.
5. Le système cause peu de coûts.
6. Au cours des dix dernières années
800 jeunes en recherche d'emploi ont
été pris en charge dans le cadre de la
SESE, dont 400 ont pu trouver et garder
un emploi à long te e. Le taux de réussite
s'élève actuellement à 54 %.
Actuellement l'ensemble des entreprises
emploie plus de 100 personnes,
dont 45 font partie du groupe-cible.
Le modèle SESE de l'IAF se distingue
clairement d'autres initiatives ou entreprises
dites socio-économiques. La différence
principale par rapport aux entreprises
traditionnelles concerne:
1. la politique d'embauche,
2. la prise en charge socio-pédagogique
mise à disposition, en dehors de l'entreprise,
par IAF.
Une exigence politique
Notre expérience positive en ce qui
concerne l'intégration d'un groupe plutôt
difficile de demandeurs d'emploi
dans le marché de l'emploi officiel,
accompagnée d'une prise en charge,
nous conduit à préconiser cette
démarche au niveau de la totalité des
entreprises privées au Luxembourg. En
effet, au lieu de subventionner par des
deniers publics un marché secondaire
de l'emploi, il nous semble préférable
de soutenir l'insertion au marché primaire
de l'emploi.
Il semble toutefois indubitable qu'au
Luxembourg non plus il n'y aura pas de
sitôt le plein emploi, du moins pas sur la
base des modèles du travail salarié existants
et malgré de nouvelles initiatives
de création d'emplois.
La question du devenir de la fonction
intégrative du travail rémunéré et globalement
du statut et de la valeur du travail
dans notre société reste posée.
Si dans un avenir plus ou moins proche
notre société est incapable d'apporter
des réponses à ces questions qui soient
satisfaisantes pour un grand nombre de
citoyens et de citoyennes, des conflits
sociaux majeurs risquent d'éclater.
Jan Nottrot
(Inter-Actions Faubourgs) 183 30 3 Nottrot, Jan L'intégration sociale par le travail. Sozialarbeit Sozialpolitik Arbeistlosigkeit Luxemburg Dossierbeitrag
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