La doctrine et la pratique
Depuis trois décennies, le dialogue oecuménique est sérieusement engagé: on ne parle que de rencontres bilatérales, multilatérales, de conversations, etc. On ne saurait trop faire l'élogue du dialogue qui a conduit les Eglises chrétiennes à sortir de leur isolement et parfois même de leur suffisance. Désormais, les retrouvailles sont chose faite et le climat est purifié. Mais le dialog ...
Depuis trois décennies, le dialogue oecuménique est sérieusement engagé: on ne parle que de rencontres bilatérales, multilatérales, de conversations, etc. On ne saurait trop faire l'élogue du dialogue qui a conduit les Eglises chrétiennes à sortir de leur isolement et parfois même de leur suffisance. Désormais, les retrouvailles sont chose faite et le climat est purifié. Mais le dialogue n'est pas un but en lui-même. Il crée, certes, une sorte de communauté entre les Eglises, mais une communauté fort incomplète.
Jusqu'a ce jour, peu d'actes concrets destinés à favoriser une véritable unité ont étét accomplis. Peut-on franchir une nouvelle étape? Le Conseil oecuménique des Eglises
veritable unite ont etc accomplis. et reflexion. Mais ce fut la premiere importants et de dix-sept facultes:
oecumenique est sbrieusement enga- Peut-on franchir une nouvelle elope ? fois qu'il leur demanda avec 'use de theologie catholique, dont l'avis:
gel : on ne parte que de rencontres Le Conseil cecumenique des Eglises extreme insistence de dormer une avait 616 sollicitê par Rome,' on
bilaterales, multilaterales, de conver- (C.CEE.) a estime que ce moment reponse aux propositions qui &talent atteint un total de cent quarante
sations, etc. On ne saurait trop faire approchait. C'est pourcuoi, lors de la contenues dans le document et d'in- reponses venant de toutes les sires
l'eloge du dialogue qui a conduit les cinquierne Assemblee mondiale diquer quelles mesures elles Otaient geographiques et de toutes les tradi-
Eglises chretiennes A sortir de leur robi, 1975), il a autorise l'envoi aux disposees a prendre pour parvenir lions contessionnelles.
isolement et parfols meme de leur Eglises d'un document theologique e une communion pleine et entiere. •' Le secretariat de •Fol et Constitution
suffisance. Desormals, les retrou- dune grande importance, la Recon- La reponse etait demandee pour le vient de publier une synthese des
vailles sont chose faite et le climat ciliation des Eglises : bapteme, 31 decembre 1976. reponses (2), et, dans l'ensemble,•
est purifie. Mais le dialogue n'est eucharistic, ministers (1), fruit d'un Au mois de mai 1977, une Gen- cette synthese est nettement encoupas
un but en lui-meme. II cree , long et dur travail de sa commission twine de reponses d'Eglises etaient rageante. En ce qui concerns le
certes, urn sorts de communaute Foi et Constitution (le Monde du parvenues au Conseil mcumenique bapteme, un accord est en train de
entre les Eglises, mais une commu- B octobre 1975). Ce n'etait certes si on ajoute e ce chiffre les reponses se realiser qui, dans certains cas,
naute fort incomplete. pas la premiere fois que le Conseil de conseils nationaux chretiens grou- va au-dela de ce qui etait propose.
Jusqu'à ce jour, peu d'actes oecumenique adressait aux Eglises pant dans une meme region diverses La confirmation est concue en etroite
concrets destines A tavoriser une un document theologique pour ètude Eglises, de groupes mcumeniques relation avec le bapteme, et de nom-
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breuses Eglises se declarent prates
a reconsiderer leur maniere traditionnelle
de pratiquer la confirmation.
Beaucoup d'entre eltes sont prates a
accorder plus d'irnportance que dans
le passé au contexte socio-culturel
dans lequel le bapteme est administre.
On nest pas tres etonne de la
facilite avec laquelle l'accord sur le
bapteme est obtenu, car l'unicite du
bapteme comma incorporation a
l'Eglise du Christ et non A telle
Eglise particuliere tend a etre partout
reconnue.
On est plus etonne de fa large
mesure de consensus qui se realise
A propos de l'eucharistie, unanimement
consideree comme le point
decisif de la communion entre les
Eglises la presence reelle du Christ
• dans l'eucharistie vient du Saint-
Esprit, et c'est pourquoi ('invocation
du Saint-Esprit (epiclese) prend une
place plus importante dans les liturgies
des diverses Eglises. On s'accorde
aussi pour reconnaitre que al
la foi est necessaire pour recevoir
dignement l'eucharistie, la presence
reelle du Christ nest pas conditionnée
par la foi. Enfin — et c'est peutetre
un signe des temps, — les
Eglises demandent que l'on Passe
plus clairement comprendre que
l'eucharistie est le fondement de
['action missionnaire de l'Eglise.
La question du ministere constituait,
jusqu'A present, le principal
obstacle a une pleine communion
entre les Eglises : la doctrine de la
succession apostolique ou de la succession
ministerielle, professêe par
les unes, refusee par les autres, etait
la pierre d'achoppement. On ne saureit
pratendre que cot obstacle soit
love, mats les votes de la discussion
s'elargissent : les Eglises reconnaissent
que c'est l'Eglise tout entiere
qui est apostolique et que cette
apostolicite se manifesto de differentes
manieres et non pas exclusivement
par le moyen de la succession
ministerielle.
La doctrine et la pratique
La synthêse reléve aussi que la
cooperation entre ministres de differentes
Eglises qui, en principe, ne
reconnaissent pas la validite de leurs
differents ministeres a atteint un
degre tel qu'elle equivaut a une
reconnaissance de facto. Dans certains
cas, la doctrine et la pratique
des Eglises cord a ce point impliquees
Tune dans I'autre qu'une modification
de la pratique est susceptible
d'entrainer une revision des principes.
Risquons memo l'hypothese personnelle
suivante : it West pas exclu
qu'une pratique non autorisee de l'intercommunion
entre fidéles d'Eglises
differentes ait favorise, dans ces
Eglises, une reflexion plus decrispee
sur le probleme de l'intercommunion.
On dira sans doute que le bapteme,
l'eucharistre et le ministere ne constituent
pas les seuls points de friction
entre lea Eglises. Mais comme le
rappelle Lukas Vischer, dans le rapport
qu'il a presents au comite central
du C.CE.E, en 1977, le dialogue
cecomenique a one tendance malheureuse
a surcharger la notion de
consensus ". La communion entre les
Eglises n'exige pas necessainement
une confession de foi exhaustive
commune ni un exposé complet du
dogme, sinon l'unite serait une uniformile,
ce qu'elle n'a jamais cite,
memo au temps de l'Eglise indivise.
II est bon et sain qu'il y ait dans
l'Eglise une diversite de theologies
et d'approches theologiques. Cette
diversite ne produit une rupture quo
lorsque la communion eucharistique
devient impossible. La triade bapteme,
eucharistie, ministere est en
fait indissociable. C'est pourquoi
Conseil cecumenique a eu raison de
chercher a realiser uri consensus sur
ces trots points solidaires. ,
Ce a quoi nous devons tendre, dit
le secretariat de Foi et Constitution,
c'est de mettre au point n la conception
commune dont les Eglises ont
besoin pour reallser lour unite visible
Si cette conception commune
est trouvee, les Eglises seront en
mesure de vivre ensemble, sans
renoncer a leurs particularites histo-;
riques, la grande aventure conciliaire
A laquelle le Conseil 00curnènique les
convie. Déjà flees par la parole de
Dieu, par le culte, par ('intercession,
par le service des hommes, par la
lutte pour la justice sociale, les
Eglises ne sauraient encore longtemps
refuser . de s'unir dans la
co m m un ion eucharistique sans
laquelle leur action commune perd
son fondement et sa spacifite. II nest
plus temps de s'abriter peureusement
derriere des traditions, qu'on a de
plus en plus de pains a justifier.
Comma le dit encore le secretariat
de Foi et Constitution, " ii n'existe
aucune raison chretienne valable qui
justilie la situation ectuelle
Lukas Vischer, s'adressant au
comite central du Conseil cecumenique
en 1977, a résumé tres clairement
rimperatif quo nous ne pouvons
vouloi,r burner : II taut qu'il
y aft consensus, pour quo cheque
Eglise locale se sache dans la verde
qua connait la communaute unlverselle.
/1 taut qu'il y ait consensus sur
le bapteme, pour que quiconque
-recoil le bapteme sache qu'il a eta
baptise avec tous les autres dans le
memo corps du Christ. 11 taut qu'ii
y alt consensus sur l'eucharistie, pour
que le people de Dieu tout entiar soil
spirituellement present et participe
cheque celebration de l'eucharistie.
11 taut qu'il y ait consensus sur
ministere, pour que quiconque
annonce la parole, dispense l'eucharistie
et addle la communaute, sache
qu'il le fait en communaute avec
tous ceux qui sent appeles au memo
service.
ROGER MEHL.
(1) Les Presses de Ta1ze, 1974.
(2) Vera un consensus cecumgnique.
Foi et C,x-natltutlon,
document ne 84 (Conseil cecumenique
dee Eglises, 150, route de Forney,
1211 Geneve 20).
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