Chronique de critique
«Je croyais savoir que le critique s’attache à critiquer, puisque c’est le verbe consacré, l’artiste entre le moment où il arrive sur scène et le moment où il la quitte.» Je me suis finalement résolue, aux fins de la rédaction de ce texte, à lire entre autres ces 169 frappes – phrase censée parmi un méli-mélo d’insultes – «Machine truc pas très chouette, tu n’as pas r ... «Je croyais savoir que le critique s’attache à critiquer, puisque c’est le verbe consacré, l’artiste entre le moment où il arrive sur scène et le moment où il la quitte.» Je me suis finalement résolue, aux fins de la rédaction de ce texte, à lire entre autres ces 169 frappes – phrase censée parmi un méli-mélo d’insultes – «Machine truc pas très chouette, tu n’as pas rigolé à mon spectacle, j’en suis désolé, mais si ta structuie mentale psychorigide, tes lèvres gercées, ta connerie gerbante, ton fascisme larvé et ta supposée impunitée de pisse-copie de canard provincial t’interdisent la moindre ouverture d’esprit, rejoins vite un groupe intégriste, tu verras, tu auras moins mal à ters frustrations», version non corrigée tel que postée sur le site du d’Lëtzebuerger Land une nuit vers 1 h 27, par une personne qui n’avait pas aimé le fait que je n’avais pas aimé sa pièce. Ce n’était pas la première fois que je me voyais accusée d’attaquer personnellement un auteur. Cette accusation comme ultime arme contre le critique? Si ce que tu écris sur ma pièce/ma pres- tation ne me plaît pas, je t’accuse de m’attaquer personnellement? De ne pas aimer ma personne? Ou bien ces auteurs, personnes ultra sensibles- susceptibles peut-être, se sont réellement sentis attaqués personnellement – ce qui n’était pas le cas, mais je vais tenter de ne pas me mettre à me justifier à cet endroit – ou bien, face à la critique, la seule arme qui leur restait était celle-là, renvoyer le critique à ses limites («je veux bien que son incroyable prétention la conduise à mépriser tout ce qu’elle sera toujours incapable de fair») et/ou définir le rôle du critique («normalerweis réagéieren ech ni op Rezensiounen an Zeitungen – ech denken, dass Kritik muss sinn an dass een am Beschten domat emgeet, andeems ee probéiert, et déi nächste Kéier besser, aanescht oder eben einfach d’selwecht ze maachen. Mee woumat ech méi Problemer hunn, dat si perseinlech Ugreffer géint déi een sech jo am Fong net ka wieren – op mannst net op eng produktiv Aart a Weis.»). Il n’y a pas de doutes, le critique ne peut pas dire d’une pièce qu’elle est mauvaise parce que l’acteur principal a trompé sa femme ou que l’auteur a des boutons. Mais au-delà du fait que les limites entre ce qui définit un artiste en tant qu’artiste, des caractéristiques dont on ne peut pas et ne doit pas faire abstraction pour juger d’une oeuvre – il faut la mettre dans son contexte – et ce qui définit ce même artiste en tant que personne humaine sont parfois floues, le rôle du critique de théâtre ou du critique en général pose d’autres questions à mon avis plus intéressantes, bien plus difficiles à trancher et éventuellement plus particulières au Luxembourg. La notion d’objectivité ou de subjectivité du critique par exemple. Le critique, à la différence du journaliste, a-t-il une obligation ou un droit à la subjectivité? Ou bien doit-il/peut-il se distancier de ce qu’il voit, se positionner objectivement face à la pièce? Honnêtement je ne crois pas à l’objectivité. Ni à celle du journaliste et encore bien moins à celle du critique. Le journaliste, tout comme le critique, s’attaque à un sujet avec tout son bagage, ses idées préconçues, ses désirs et volontés. Même s’il va tenter de juger en toute objectivité, il ne peut se défaire de tout. Par définition, tout est subjectif, car tout est question d’angle d’attaque, même le sujet le plus neutre, voire d’humeur du moment, même pour le critique qui agit en dehors des sphères du prénommé canard provincial. Le critique luxembourgeois est souvent confronté à sa volonté personnelle ou à la volonté éditoriale de son média de favoriser les créations luxembourgeoises. Ce d’autant plus que le jeune théâtre luxembourgeois, à la différence du jeune cinéma luxembourgeois notamment, peine à décoller, à exister même. Chose étonnante, surtout vu la différence de coût entre une pièce de théâtre et un film, serait-ce un court métrage. Il n’y a pratiquement pas d’auteur de théâtre parmi la jeune génération. Ce qui se fait toutes générations confondues et à quelques exceptions près sur les planches luxembourgeoises est très peu courageux, souvent fade, pas vraiment innovateur. C’est vrai que nous sommes particulièrement gâtés. Nous avons la possibilité de voir nombre d’excellentes productions internationales sur des scènes luxembourgeoises. Sam Tanson collabore aux pages culturelles du d’Lëtzebuerger Land ainsi qu’à la rédaction culturelle de RTL. Le critique luxembourgeois est souvent confronté à sa volonté personnelle ou à la volonté éditoriale de son média de favoriser les créations luxembourgeoises. Mais le critique doit-il faire abstraction de tout ce qu’il a vu? Doit-il constamment juger sur deux niveaux, le niveau international qui peut être réellement critiqué et le niveau national qui doit être regardé à travers des lunettes filtrantes, en ayant toujours en tête le fait qu’il s’agit d’une pièce luxembourgeoise, donc a fortiori moins bonne, qui doit être critiquée avec des gants. C’est le misérabilisme ambiant qui pousserait le critique à accepter cette autocensure. Nous ne sommes que Luxembourgeois et donc incapables de faire mieux. Faute de quoi au juste? De moyens? Je ne pense pas. De professionnalisation? Ce n’est pas vrai et trop facile. Mais encore? Et qu’en est-il du soutien de la scène locale? Il est évident pour moi que tout acteur de la scène culturelle d’une région, ou en l’occurrence d’une région, participe au rayonnement de cette scène et a une certaine obligation d’y participer. Il faut donner un coup de pouce à la création luxembourgeoise. Mais où se situent les limites? A partir de quel moment le sou- tien exagéré devient contre-productif? Si bon nombre de pièces ne sont pas à la hauteur, pourquoi encore les soutenir? Pourquoi ne pas se contenter de soutenir les quelques pièces qui en valent la peine, plutôt que de tenter de trouver du bon (j’ai lu des critiques qui louaient le décor quasi inexistant d’une pièce impossible à regarder) dans une production qui a pour seul mérite d’exister? Au risque de trahir le spectateur/auditeur/lecteur? A moins de trouver vraiment qu’une pièce contient du bon, à quoi ça sert de se forcer à optimiser quelque chose? A pousser à la création, à la créativité? Non. Cette position ne fait que renforcer la paresse ambiante. Si les critiques encensent telle pièce vide, écrite, produite, montée à la va-vite, sans vouloir surestimer la critique – pourquoi se forcer à faire mieux? Et si les critiques encensent ce genre de pièces, ça ne pousse pas vraiment à un changement de cap de la part d’une génération nouvelle. Probablement la petitesse du cercle des théâtreux et assimilés, phénomène encore plus marquant ici qu’ailleurs, favorise les inhibitions du critique à critiquer. Si je dis/écris du mal de la pièce d’Untel aujourd’hui, je risque de le croiser dans la Groussgaass samedi après-midi, il me fusillera du regard ou pire, parce que justement il est habitué à être caressé dans le sens du poil et qu’une fois confronté à l’inverse, il est forcément persuadé qu’il s’agit d’une attaque contre sa personne, non pas contre sa création. Interessantes Theater scheint vor allem in spannenden Zeiten zu florieren: Sophokles im klassischen Athen des Perikles, Shakespeare im Elisabethanischen Zeitalter und Molière im Frankreich des Louis XIV. So meinte auch Georges de Scudéry 1639, Theater sei « l’objet de la vénération de tous les Siècles vertueux : le divertissement des Empereurs et des Rois ; l’occupation des grands Esprits ; le Tableau des passions ; l’image de la vie humaine ; l’Histoire parlante ; la Philosophie visible ; le fléau du vice ; et le Trône de la vertu ». Theater im Großherzogtum – negativer Beleg dieser These oder vielleicht die Ausnahme? Marc Limpach
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