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forum_C: „What greatness is promised thee“

(Viviane Thill) La quête du pouvoir n’a jamais cessé d’obséder les êtres humains. Mais on n’y accède pas de la même manière selon qu’on est un homme ou une femme. La Lady Macbeth de Shakespeare reste l’archétype de l’épouse manipulatrice qui œuvre dans l’ombre pour propulser son mari sur un trône qu’il aurait, seul, peut-être renoncé à s’approprier. La soif de pouvoir de la femme est plus grande (parce qu’elle n’en a officiellement aucun?) mais elle ne peut y arriver qu’à travers son mari et seulement après avoir rejeté sa présumée nature féminine. „Unsex me here“ lance Lady Macbeth dans un célèbre monologue.

Vice, actuellement à l’écran au ciné Utopia, est la version moderne de ce personnage féminin imaginé par Shakespeare il y a quelque 400 ans. Le protagoniste officiel en est Dick Cheney que certains ont appelé le plus puissant vice-président (sous Bush junior) de l’histoire des Etats-Unis. Mais si le vice-président est l’homme dans l’ombre du président, celui qui est censé gouverner à sa place en cas de besoin, il y ici un ou plutôt une deuxième ‘vice’. Non seulement Lynne Cheney (Amy Adams) pousse son bon-à-rien de fiancé à se lancer à l’assaut de la Maison Blanche parce qu’elle-même, étant femme, est dans l’incapacité de le faire (on est au début des années 1960) mais elle prend sa place quand un accident cardiaque immobilise Dick à l’hôpital en plein milieu d’une campagne électorale qu’il était en train de perdre avant qu’elle n’intervienne. Comme son modèle shakespearien, elle agit en refoulant ses « instincts » maternels. Lynne Cheney ne va certes pas tout à fait aussi loin que Lady MacBeth qui se déclare prête à « faire jaillir la cervelle » de son enfant. Mais quand leur plus jeune fille, Mary, annonce qu’elle est lesbienne, Dick, après un moment d’hésitation, l’enlace en l’assurant qu’il l’aime. Un peu à l’écart, Lynne lui rappelle sèchement que cette révélation ne va pas faciliter son ascension politique.

Lynne Cheney et son mari (c) Annapurna Pictures

Cette idéalisation du père au détriment de la mère peut étonner (mais s’insère dans une tendance actuelle) dans un personnage qui est par ailleurs décrit comme l’homme qui a plongé les Etats-Unis et le monde non seulement dans une guerre meurtrière contre l’Irak mais dans un combat contre des terroristes qu’il a lui-même contribué à créer, et qui apparaît comme un Machiavel dénué de tout charisme, un monstre d’insensibilité littéralement « sans cœur » qui ne survit que parce que d’autres meurent. Tourné par Adam McKay qui nous avait auparavant donné The Big Short (il reprend ici Steve Carrell qui joue Rumsfeld et, dans le rôle de Cheney, Christian Bale qui a physiquement doublé de volume), Vice est un réjouissant et féroce pamphlet réalisé à charge contre Dick Cheney et la femme à ses côtés. Et c’est encore une fois dans la bouche de Madame Cheney que McKay résume sa vision du couple quand elle constate avec satisfaction: « La moitié de Washington nous envie et l’autre moitié nous déteste ».

A l’inverse, Mary Queen of Scots, premier long métrage de la metteuse en scène Josie Rourke, raconte l’histoire tragique de deux femmes qui ont accédé au pouvoir dans un monde d’hommes. Ayant regagné l’Ecosse après la mort de son premier mari François II, Mary (Saoirse Ronan) est confrontée aux conspirations menées contre elle par son propre demi-frère, les leaders protestants et plus tard son deuxième mari. Mais sa principale opposante et néanmoins alliée de fait car femme comme elle, est Elisabeth 1ère  (Margot Robbie), la reine d’Angleterre dont elle va revendiquer le trône tout en demandant sa protection. Alors qu’elles sont entourées d’hommes qui semblent être d’avis qu’une reine, c’est déjà trop, alors deux… et ne raisonnent qu’en termes de pouvoir et de guerre, les deux femmes doivent se positionner face à leur féminité. Mary choisit la maternité comme arme de guerre alors qu’Elisabeth reprend à son compte la stratégie de Lady Macbeth (que Shakespeare n’avait pas encore inventée à ce moment-là) en reignant comme un homme et en restant célibataire. Car si les hommes attendent d’une reine qu’elle se marie et produise des héritiers, cette décision n’est pas sans risque pour elle, le mari pouvant s’enhardir à revendiquer le titre et les pouvoirs d’un roi.

La reine Elisabeth 1ère (c) Focus Features

Les femmes ne peuvent ainsi que perdre à ces jeux d’intrigues. En se mariant et en donnant naissance à un enfant qui lui sera enlevé à l’âge d’un an, Mary assure certes l’arrivée d’un Ecossais sur le trône d’Angleterre mais ce sera au prix de sa propre vie. Sans mari à ses côtés, Elisabeth restera reine jusqu’à sa mort mais décédera sans héritier. Conscientes de ces enjeux, les deux reines tentent de se rapprocher. Elles semblent aspirer toutes deux à une sorte d’entente cordiale basée sur la raison et la tolérance plutôt que sur l’affrontement, la guerre et le fanatisme attisés par les hommes. Mais quand elles se rencontrent enfin seules et en secret (dans la réalité, les deux femmes semblent ne s’être jamais retrouvées ensemble), il est trop tard. Les dés sont jetés et chacune d’elle est prisonnière de son rôle. Mise en scène comme un douloureux jeu de cache-cache qui aboutit un face-à-face poignant, la rencontre scellera le destin des deux rivales malgré elles.

Mary, reine d’Ecosse (c) Focus Features

Les deux films sont à l’affiche du ciné Utopia.