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Le poids intrinsèque de l’industrie dans le produit intérieur brut (PIB) et dans l’emploi a connu une forte érosion. Par rapport au PIB, il faut distinguer une baisse tendancielle assez lente à long terme (1952-1974) et une nette rupture, provoquée par la crise de 1975, où sa part relative passe de 44% à 31%. En un an survient donc une baisse deux fois plus forte que celle enregistrée entre 1952 et 1974.
TABLEAU 1 – ORIGINE PAR BRANCHE D’ACTIVITE DU PIB AU COUT DES FACTEURS A PRIX COURANTS
(EN %)
SOURCE: STATEC
| SPECIFICATION | 1952 | 1960 | 1970 | 1974 | 1975 | 1985 |
| — | — | — | — | — | — | — |
| 1 AGRICULTURE ET SYLVICULTURE… | 9,3 | 7,4 | 3,9 | 3,2 | 3,5 | 2,6 |
| 2 INDUSTRIES EXTRACTIVES… | 4,3 | 2,5 | 1,3 | 0,8 | 0,8 | 0,1 |
| 3 INDUSTRIES MANUFACTURIERES… | 46,7 | 44,0 | 43,4 | 41,1 | 27,4 | 29,7 |
| DONT: | | | | | | |
| – PRODUITS STÉRURCIQUES… | 34,3 | 31,1 | 28,3 | 25,4 | 11,8 | 12,8 |
| – PRODUITS CHIMIQUES (T | | | | | | |
| COMPRIS CAOUTCHOU ET | | | | | | |
| PLASTIQUE)… | 0,9 | 1,6 | 5,6 | 5,7 | 4,9 | 5,1 |
| – ALIMENTS, BOISSONS ET | | | | | | |
| TABACS… | 2,9 | 3,4 | 2,3 | 2,0 | 2,3 | 1,9 |
| – TEXTILES, HABILLEMENT… | 1,1 | 1,1 | 0,3 | 0,2 | 0,4 | 0,6 |
| – IMPRIMES, ARTICLES EN | | | | | | |
| PAPIER… | 0,7 | 0,5 | 0,7 | 0,7 | 0,8 | 0,9 |
| – METALLURGIE DE TRANSFOR- | | | | | | |
| MATION, CONSTRUCTION | | | | | | |
| ELECTRIQUE ET MECANIQUE… | 3,7 | 3,7 | 4,6 | 5,1 | 5,4 | 6,3 |
| 4 – ELECTRICITE, GAZ ET EAG… | 0,7 | 1,4 | 2,8 | 2,2 | 2,7 | 2,5 |
| TOTAL INDUSTRIE(2+3+4)… | 51,7 | 47,9 | 47,5 | 44,1 | 30,9 | 32,3 |
| 5 – CONSTRUCTION… | 5,4 | 7,1 | 6,4 | 7,5 | 8,3 | 5,3 |
| 6 – TRANSPORTS… | 5,2 | 5,4 | 4,7 | 4,9 | 5,5 | 5,6 |
| 7 – COMMERCE ET HORESCA… | 10,2 | 11,5 | 12,7 | 13,0 | 14,8 | 16,0 |
| 8 – BANQUES ET ASSURANCES… | 1,2 | 1,4 | 4,5 | 5,9 | 11,3 | 13,4 |
| 9 – ADMINISTRATION PUBLIQUE… | 9,9 | 8,8 | 8,4 | 9,2 | 11,1 | 11,7 |
| 10 – AUTRES ACTIVITES TERTIAIRES… | 7,1 | 10,5 | 11,9 | 12,2 | 14,6 | 13,1 |
| TOTAL SERVICES(6+7+8+9)… | 33,6 | 37,6 | 42,2 | 45,2 | 57,4 | 59,8 |
| PIB AU COUT DES FACTEURS… | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 |
L’emploi industriel fait ressortir une évolution similaire: stabilité de la part relative de la population industrielle jusqu’au milieu des années 70 (un tiers environ), suivie par une baisse assez lente, au point que son poids n’est plus que d’un quart aujourd’hui. L’inélasticité à court terme de l’emploi aux variations conjoncturelles, du moins dans le cadre du modèle luxembourgeois, ainsi que la première perception de 1975 comme crise conjoncturelle, expliquent l’absence de rupture entre 1974 et 1975. (cf. tableau 2)
Parallèlement le secteur des services gagne en importance. De 1970 à 1985 sa part dans le PIB passe de 42,2% à 59,8% et dans l’emploi de 46,6%
à 62,4%. Si tous les services participent à l’expansion du secteur, il faut néanmoins relever le rôle particulier des institutions de crédit et d’assurance, dont la part passe de 4,5% en 1970 à 13,4% en 1985.
Tableau similaire pour l’évolution de la valeur ajoutée brute à prix constants (évolution en volume donc): croissance annuelle moyenne de l’industrie de 0,8% entre 1970 et 1982, de 1,6% pour le bâtiment et de 6,0% pour les services – la croissance du PIB s’établissant à 3,8%.
Faut-il en conclure que le pays est engagé dans un processus de désindustrialisation, éventuellement plus prononcé que dans les autres pays communautaires? La réponse ne saurait être immédiate et d’abord faut-il s’entendre sur le concept de désindustrialisation.
2. LE CONCEPT DE DESINDUSTRIALISATION
Le concept fut d’abord utilisé par les sociologues. Face au piétinement des industries transformatrices et au développement du secteur tertiaire, ils pronostiquaient la transformation de la société industrielle en une société de services ou en une société post-industrielle.(1) Après la crise de 1975 les économistes ont pris la relève et la discussion glissa de la "post-industrialisation" à la "désindustrialisation". Partant de la thèse que l’industrie est le moteur de la croissance, ils se sont inquiétés de la prolifération des services publics "non productifs" et de leur ponction sur le secteur privé "productif".(2)
Dans son discours inaugural à la Session d’études économiques luxembourgeoises consacrée à la
TABLEAU 2 – EMPLOI TOTAL PAR BRANCHE D’ACTIVITE (EN %)
SOURCE: STATEC
| SPECIFICATION | 1970 | 1974 | 1975 | 1980 | 1985 |
| — | — | — | — | — | — |
| 1 AGRICULTURE, SYLVICULTURE… | 9,3 | 7,2 | 6,8 | 5,4 | 4,3 |
| 2 INDUSTRIES… | 34,2 | 33,7 | 32,7 | 27,5 | 24,8 |
| 3 BATIMENT ET GENIE CIVIL… | 9,9 | 11,0 | 10,7 | 10,3 | 8,5 |
| 4 SERVICES… | 46,6 | 48,1 | 49,9 | 56,8 | 62,4 |
| DONT: | | | | | |
| – TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS… | 6,5 | 6,5 | 6,4 | 6,8 | 6,6 |
| – COMMERCE, HORESCA… | … | … | 20,5 | 21,0 | 22,0 |
| – BANQUES, ASSURANCES… | 3,1 | 3,9 | 4,1 | 5,1 | 6,8 |
| – AUTRES SERVICES… | 37,0 | 37,7 | 18,9 | 23,9 | 27,0 |
| TOTAL… | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 |
| EMPLOI TOTAL (EN MILLIERS)… | 140,2 | 155,6 | 157,5 | 158,2 | 161,0 |
1/Y COMPRIS HORESCA EN 1970 ET 1974
In: Le Monde
politique industrielle, le professeur Jacquemin dégageait trois dimensions du phénomène: (3) – déclin de la part de l’emploi industriel dans l’emploi total;
-
déclin de la part de la valeur ajoutée industrielle dans le P.N.B.;
-
déséquilibre persistant de la balance commerciale exprimant une incapacité de couvrir les importations par un niveau suffisant d’exportations de produits industriels. Cette dimension est toutefois à reconsidérer dans le cadre de la balance courante, incluant notamment les échanges de services (cf. encadré).
Force est de constater toutefois que l’unanimité ne règne pas dans le monde économique quand il s’agit de définir la désindustrialisation. (4) Une des définitions les plus intéressantes nous semble être celle de l’économiste anglais A.P. Thirlwall qui la définit par la perte absolue d’emplois dans les activités industrielles et particulièrement dans l’industrie manufacturière.
Quant aux deux premiers axes mis en évidence par Jacquemin, il est un fait que la baisse de la part de l’industrie dans la valeur ajoutée brute aux prix du marché (VAB) et dans l’emploi total a caractérisé, à des degrés divers certes, l’ensemble des pays industrialisés. Dans l’Europe des Dix la part industrielle dans la VAB est passée de 37,9% en 1970 à 33,7% en 1981, dans l’emploi de 32,8% à 27,9%. En 1970 le Luxembourg se distingue par une très forte contribution industrielle à la VAB – la plus élevée en fait dans le marché commun. Douze ans plus tard l’industrie luxembourgeoise n’a qu’une contribution des plus faibles, ne laissant derrière elle que le Danemark et la Grèce. En conclure à une plus forte désindustrialisation serait toutefois exagéré. Le recul comparatif de l’industrie luxembourgeoise s’explique par la baisse de la sidérurgie et par le développement du Luxembourg comme place financière. Or, la désindustrialisation vise un plus grand nombre de branches, voire même l’ensemble des branches industriel-
les. En faisant abstraction de la sidérurgie, il faut constater que la désindustrialisation est restée limitée, grâce à la politique de diversification industrielle. Par ailleurs, le développement de la place financière avec tous les effets d’entraînement, surtout au niveau des services aurait conduit à une baisse de la part relative de la VAB de l’industrie même en-dehors d’une crise sidérurgique. Ce dernier fait montre aussi les limites de l’approche de la désindustrialisation par l’évolution des parts relatives dans la VAB.
La même prudence s’impose d’ailleurs en retenant le critère de l’emploi. Ici la différence avec l’Europe des Dix est moins marquée, la part relative de l’industrie luxembourgeoise ne passant que de 34,2% à 27,3%, chiffres finalement assez proches de la moyenne communautaire.
L’approche de Thirlwall a l’avantage d’éliminer l’influence perturbatrice des services. En retenant sa définition on peut conclure à un phénomène de désindustrialisation à partir de 1975, le niveau absolu de l’emploi industriel régressant de quelque 10.300 unités entre 1974 et 1982, alors qu’entre 1966 et 1974 il augmente de 5.500 unités. Le recul provient surtout de la sidérurgie où la baisse des effectifs est de 7.400 unités (ou 71,8% du total). Ailleurs le recul est nettement plus faible: moins 2.900 emplois entre 1974 et 1982, soit -1,3% en moyenne annuelle. Dans ces branches la baisse est imputable aux industries anciennes, les industries nouvelles maintenant leur niveau d’emploi entre 1974 et 1982.
Si la désindustrialisation est en premier lieu liée au déclin de certaines branches, elle est aussi à mettre en rapport avec l’«externalisation» de services. Auparavant intégrés dans l’entreprise industrielle, ces services (nettoyage, comptabilité, etc.) seraient maintenant de plus en plus assurés par des entreprises spécialisées du secteur tertiaire. Les services de compétence (service juridiques, fiscaux ou comptables) se sont développés depuis les années 60. Ils s’appliquent surtout aux PME dont la taille est telle qu’un service interne ne se justifie point ou lorsque le service interne n’est pas en mesure d’assurer tous les services fournis par les experts comptables ou fiscaux. Les grandes entreprises ont moins souvent recours à ce genre de services, mais sont parfois obligées de le faire (p.ex. audit).
En second lieu il y a les services d’externalisation (appel aux services du travail temporaire, à la soustraitance des activités de gardiennage, nettoyage, restauration, etc.). Au Luxembourg on note surtout un développement de sociétés de services de gardiennage et de services informatiques.
L’essor des services rendus aux entreprises a certes contribué au phénomène de la désindustrialisation, mais dans une moindre mesure que le recul industriel et plus particulièrement celui de la sidérurgie.
3. LA POLITIQUE INDUSTRIELLE
Le but avoué de la politique industrielle depuis les années 60 était la volonté de remédier au monolithisme sidérurgique par une plus grande diversification industrielle. Depuis la crise de 1974/
75 elle s’est principalement articulée autour de deux axes:
- sauvegarde de l’outil sidérurgique et
- création de nouveaux emplois, e.a. pour combler la réduction de l’effectif sidérurgique. En ce sens elle a aussi tenté d’enrayer le processus de désindustrialisation. Sans les dizaines de milliards que les pouvoirs publics ont mobilisés en faveur de l’industrie sidérurgique, on voit mal comment ce pilier industriel aurait pu survivre à la grave crise qui l’a secoué et la sauvegarde de la sidérurgie a signifié le maintien d’un nombre d’emplois nettement supérieur aux emplois créés dans d’autres branches industrielles depuis 1975.
En dressant le bilan de la politique industrielle, il faut évidemment tenir compte des possibilités, des marges de manœuvre dans un petit pays comme le Luxembourg. La politique industrielle consiste aux termes de Christian Stoffaës, à "penser structurellement la politique économique" (5), donc à l’insérer dans une stratégie globale et équilibrée de développement économique. Encore faut-il en avoir les moyens objectifs. Conduire une politique industrielle dans un grand pays comme la France ou la RFA, est autre chose que faire de la politique industrielle dans une économie petite, voire minuscule, où les choix et les possibilités objectives sont très restreints. L’intégration du tissu économique, par exemple, est moins poussée. On se trouve dans la quasi-impossibilité de créer une filière de pointe, telle que l’électronique par exemple. S’y ajoutent les difficultés de solliciter un marché national des capitaux principalement orienté vers les opérations financières ou de placement.
Dans ce contexte, la politique de diversification a surtout cherché à attirer des entreprises étrangères, américaines le plus souvent ou filiales de multinationales. Le principal reproche formulé à l’encontre de cette politique est qu’elle n’est pas suffisamment cohérente, qu’elle se borne à attirer des entreprises pêle-mêle, désorganisant en quelque sorte le tissu industriel ou du moins de ne pas essayer de construire un tissu mieux in-
In: Le Monde
tégré. Certes, il y a grande diversité dans l’ensemble des industries nouvelles créées depuis la deuxième guerre mondiale, ou plus particulièrement depuis les années 60. Beaucoup d’entre elles doivent importer une large partie des matières premières et exporter la majorité de leurs produits, sans qu’il y ait beaucoup d’échanges entre entreprises sur le territoire national. Pourrait-il d’ailleurs en être autrement? (cf. article dans ce dossier: Existe-t-il un déterminisme de la très petite dimension?) Et puis, il ne faut tout de même pas passer sous silence le renforcement, dans certains cas, du tissu industriel, par exemple au niveau des liens sidérurgie et fabrication de produits minéraux non métalliques ou encore de la première transformation des métaux.
Dans un autre ordre d’idées il ne faut pas oublier que les pôles sidérurgie et caoutchouc/matières plastiques interviennent pour 55-65% dans la production, valeur ajoutée et emploi industriels et en dernière analyse quelque 80% dans les exportations industrielles. Etant donné la nécessité, à côté de ces deux pôles, de l’existence de PME ou d’entreprises de type artisanales, on conçoit aisément les difficultés de construction d’un tissu économique quelque peu intégré au Luxembourg.
4. BILAN DE LA POLITIQUE DE DIVERSIFICATION INDUSTRIELLE
4.1 Industries nouvelles créées depuis 1951
En 1985 le nombre des industries nouvelles s’est élevé à 117 unités, chiffre qui ne correspond toutefois pas aux entreprises effectivement en activité. En déduisant du nombre des industries nouvelles créées les cessations, reprises etc., le bilan s’élève fin 1985 à 86 industries nouvelles en activité. Les difficultés ont été particulièrement importantes dans la chimie pour les produits pharmaceutiques et les fibres synthétiques (Monsanto). La fermeture de Monsanto en 1979 s’est lourdement fait sentir, surtout à Echternach, car jusqu’en 1977 elle occupait encore plus de 1000 personnes.
L’effet d’auto-allumage a surtout joué pour Goodyear et Dupont de Nemours qui ont contribué à la création de quelque 3000 emplois entre 1968 et 1985. Cet effet a encore joué pour Yates et Eurofloor, mais ici il s’agit surtout d’une extension de la gamme de fabrication et on ne peut s’empêcher de penser que la création d’une entreprise juridiquement distincte avait comme premier but de pouvoir bénéficier des aides publiques en matière d’implantation d’industries nouvelles.
TABLEAU 3 – PART EN % DE L’INDUSTRIE DANS LA VALEUR AJOUTEE BRUTE ET DANS L’EMPLOI
SOURCE: EUROSTAT – COMPTES NATIONAUX SEC, TABLEAUX DETAILLES PAR BRANCHE (1985)
| PAYS | VALEUR AJOUTEE BRUTE AUX PRIX DU MARCHE 4/ | | EMPLOI TOTAL | |
| — | — | — | — | — |
| | 1970 | 1981 | 1970 | 1981 |
| R.F. ALLEMAGNE… | 42.2 | 34.9 2/ | 38.6 | 33.0 2/ |
| FRANCE… | 33.6 | 30.2 3/ | 26.0 | 24.5 4/ |
| ITALIE… | 34.3 | 31.5 3/ | 28.6 | 26.2 4/ |
| PAYS-BAS… | 31.3 | 27.6 | 27.4 | 21.3 |
| BELGIQUE… | 35.4 | 28.5 4/ | 32.5 | 23.4 4/ |
| LUXEMBOURG… | 47.5 | 24.7 | 34.2 | 27.3 |
| ROYAUME-UNI… | 35.7 | 35.4 2/ | 35.6 | 27.0 2/ |
| IRLANDE… | 27.0 | 28.6 4/ | … | … |
| DANEMARK… | 23.0 | 21.7 3/ | 25.6 | 20.2 2/ |
| GRECE… | 22.5 | 22.3 2/ | … | … |
| EUR 10… | 37.9 | 33.7 | 32.8 | 27.9 |
4.2 Poids relatif des industries nouvelles
4.2.1 Au niveau des branches
Plusieurs branches ont davantage bénéficié de l’implantation d’industries nouvelles. Il s’agit par ordre décroissant, du caoutchouc et des matières plastiques, de la fabrication d’ouvrages en métaux, de l’industrie des produits minéraux non métalliques et de la première transformation des métaux. La concentration n’a guère varié au fil des années: en 1966, comme en 1982, quelque deux tiers des industries nouvelles se répartissent sur cinq branches. (cf. tableau 4)
Le poids des industries nouvelles au sein de quelques branches est particulièrement élevé. Il en va ainsi pour le caoutchouc et les matières plastiques (plus de 90% dans les principales variables économiques), le textile (plus de 80%) et la première transformation des métaux (plus de 75%). En général on constate que leur part dans la production et la valeur ajoutée est supérieure à leur part dans l’emploi, ce qui traduit une plus forte intensité capitalistique. (cf. tableau 5)
Dans l’ensemble des industries nouvelles, la branche caoutchouc et matières plastiques est de loin la plus importante (plus de 40% dans les variables production, valeur ajoutée et emploi). Comme l’industrie était jadis marquée par le monolithisme sidérurgique, les industries nouvelles se caractérisent par le monolithisme du caoutchouc et des matières plastiques.
4.2.2 Dans les principales variables économiques
Leur part relative dans les principales variables croît jusqu’en 1977 et depuis lors elle stagne:
TABLEAU 4 – EVOLUTION DU NOMBRE DES INDUSTRIES NOUVELLES
SOURCE: STATEC
| ANNEE | IND. NOUVELLES | | CESSATION | REPRISES | | FUSION AVEC IND. NOUV. | CHANGE-MENT D’ACTI-VITE |
| — | — | — | — | — | — | — | — |
| | CREEES | EFFECTIF CUMULEE | | PAR IND. NOUV. | PAR IND. ANC. | | |
| 1951 | 1 | 1 | – | – | – | – | – |
| 1959 | 3 | 4 | – | – | – | – | – |
| 1960 | 1 | 5 | – | – | – | – | – |
| 1961 | 2 | 7 | – | – | – | – | – |
| 1962 | 4 | 11 | – | – | – | – | – |
| 1963 | 11 | 22 | – | – | – | – | – |
| 1964 | 7 | 29 | – | – | – | – | – |
| 1965 | 4 | 33 | – | – | – | – | – |
| 1966 | 1 | 34 | – | – | – | – | – |
| 1967 | 4 | 38 | – | – | – | – | – |
| 1968 | 4 | 42 | 2 | – | – | – | – |
| 1969 | 2 | 44 | 1 | – | – | – | – |
| 1970 | 6 | 50 | – | – | – | – | – |
| 1971 | 5 | 55 | 2 | 1 | – | 1 | – |
| 1972 | 7 | 62 | – | – | – | – | – |
| 1973 | 2 | 64 | – | – | – | – | – |
| 1974 | 1 | 65 | – | – | 2 | – | 1 |
| 1975 | 2 | 67 | – | – | – | – | – |
| 1976 | 3 | 70 | – | – | – | – | – |
| 1977 | 3 | 73 | 1 | 2 | – | – | – |
| 1978 | 1 | 74 | 3 | – | 1 | – | – |
| 1979 | 6 | 80 | 3 | 1 | – | – | – |
| 1980 | 5 | 85 | – | – | – | – | 1 |
| 1981 | 5 | 90 | 2 | – | – | – | – |
| 1982 | 8 | 98 | 1 | 2 | – | – | – |
| 1983 | 8 | 106 | 1 | 2 | – | – | – |
| 1984 | 7 | 113 | 1 | – | – | – | – |
| 1985 | 4 | 117 | – | – | – | – | – |
elle double entre 1966 et 1977, puis oscille entre 26 et 30%. Dans les exportations elle se situe entre 35 et 39%, ce qui montre leur orientation plus forte vers les marchés étrangers. Les efforts déployés depuis la fin des années 70 pour créer des industries nouvelles devraient sortir leur effet à partir de 1984 et 1985 (années pour lesquelles on ne dispose pas encore de données chiffrées), de sorte qu’il devrait y avoir modification du trend stagnant entre 1977 et 1982. (cf. tableau 6)
On peut distinguer quatre générations dans les industries nouvelles. Le poids relatif de la génération la plus ancienne (1950 à 1964) est le plus élevé, ce qui ne s’explique pas par la longueur de la période, mais par la présence de Goodyear (production de pneus). Relativement aux
TABLEAU 5 – NOMBRE DES INDUSTRIES NOUVELLES PAR BRANCHE
SOURCE: STATEC
| BRANCHE | 1966 | 1970 | 1975 | 1980 | 1982 |
| — | — | — | — | — | — |
| ENERGIE ET EAU… | 2 | 3 | 3 | 3 | 3 |
| PREMI: TRANSFORM. DES METAUX. | 2 | 2 | 6 | 6 | 7 |
| PROD. MIN. NON METALLIGUES.. | 3 | 4 | 5 | 7 | 9 |
| CHIMIE… | 5 | 3 | 6 | 6 | 5 |
| OUVRAGES EN METAUX… | – | 5 | 3 | 5 | 8 |
| CONSTRUCTION DE MACHINES… | 4 | 6 | 6 | 8 | 8 |
| CONSTRUCTION ELECTRIQUE… | – | 1 | 1 | 3 | 4 |
| MATÉRIEL DE TRANSPORT… | 2 | 2 | 2 | 2 | 2 |
| ALIMENTATION… | 4 | 5 | 4 | 2 | 2 |
| TEXTILE… | 4 | 5 | 7 | 6 | 5 |
| BOIS… | 2 | 1 | 1 | 1 | 1 |
| PAPIER, IMPRESSION… | – | – | 1 | 1 | 1 |
| CAOUTCHOUC, MAT. PLASTIQUES. | 5 | 7 | 10 | 12 | 15 |
| AUTRES INDUSTRIES… | – | 1 | 1 | 1 | 1 |
| TOTAL… | 33 | 45 | 56 | 63 | 71 |
TABLEAU 6 – PART EN % DES INDUSTRIES NOUVELLES DANS LA PRODUCTION INDUSTRIELLE
SOURCE: STATEC
| BRANCHE | 1966 | 1970 | 1975 | 1980 | 1982 |
| — | — | — | — | — | — |
| ENERGIE ET EAU | … | 26.4 | 21.9 | 17.9 | 20.6 |
| PRODUITS MINERAUX NON METALLIQUES | 10.4 | 14.6 | 18.7 | 33.0 | 41.5 |
| CHIMIE | 51.0 | 60.3 | 61.5 | 44.5 | 48.2 |
| OUVRAGES EN METAUX | – | 16.1 | 21.5 | 22.8 | 29.7 |
| CONSTRUCTION DE MACHINES | 16.0 | 25.7 | 21.7 | 38.5 | 31.8 |
| CONSTRUCTION ELECTRIQUE | – | … | … | 46.6 | 60.1 |
| PROD. ALIM. DIV., BOISSONS ET TABAC | 17.6 | 20.3 | 31.2 | … | … |
| TEXTILE | 23.1 | 30.5 | 64.2 | 84.1 | 85.8 |
| CAOUTCHOU, MATIERES PLASTIQUES | … | 99.5 | 99.5 | … | … |
| TOTAL | 15.0 | 18.5 | 24.9 | 28.0 | 30.0 |
autres générations, elle occupe aussi plus de main-d’oeuvre. La génération 1965-69 voit son poids relatif baisser depuis 1972, ce qui s’explique par la fermeture de plusieurs entreprises de cette génération (e.a. Monsanto) et probablement aussi du fait que ces entreprises ont rapidement atteint leur rythme de croisière et n’ont plus connu de développement spectaculaire depuis 1970. Pour la génération 1970-74, on constate d’ailleurs un phénomène similaire à partir de 1978.
TABLEAU 7 – PART EN % DES INDUSTRIES NOUVELLES DANS LES PRINCIPALES VARIABLES ECONOMIQUES
SOURCE: STATEC
| VARIABLE | 1966 | 1970 | 1975 | 1977 | 1980 | 1982 |
| — | — | — | — | — | — | — |
| PRODUCTION | 15.0 | 18.5 | 24.9 | 29.5 | 28.0 | 30.0 |
| CHIFFRE D’AFFAIRES | 14.5 | 19.3 | 25.0 | 27.9 | 26.0 | 28.3 |
| EXPORTATIONS | 18.9 | 23.1 | 30.4 | 36.3 | 35.1 | 39.0 |
| VALEUR AJOUTEE | 12.9 | 16.2 | 24.3 | 29.0 | 27.3 | 28.7 |
| EMPLOI | 10.0 | 13.8 | 19.7 | 21.7 | 22.9 | 24.9 |
| INVESTISSEMENTS | … | 25.6 | 31.7 | 27.4 | 23.4 | 45.2 |
Les fermetures d’industries nouvelles assombrissent le bilan de la politique de diversification. Si l’on arrête le bilan en 1982, on constate que dans la génération de 1965-69 le niveau de l’emploi passe de 2676 en 1970 à 1588 en 1982. La baisse de l’emploi dans ces deux générations s’élève donc à 1760 personnes. Par contre l’effectif occupé dans les industries créées depuis 1975 ne s’élève qu’à 1806 personnes. Globalement il faut donc constater que les efforts de création d’emplois ont tout juste suffi à combler la perte des emplois créés entre 1963 et 1974.
Pour l’ensemble des industries nouvelles sans distinction de génération (cf. tableau 8), il y a une manifeste stagnation de l’emploi entre 1974 et 1982 (quelque 10 000 personnes). Il faut toutefois garder à l’esprit que 1975-82 est une période prolongée de crise et de ce fait la stagnation revêt en quelque sorte une connotation positive, car il faut le comparer aux réductions de 7100 unités de l’effectif sidérurgique entre 1975 et 1982 et de 2656 unités pour les autres industries.
Depuis 1983 on note à nouveau une tendance ascendante, le niveau de l’emploi des industries nouvelles atteignent quelque 12 000 personnes en 1985. De la sorte, la part des industries nouvelles dans l’emploi industriel passerait de 25% en 1982 à 30% en 1985.
4.3 Aspects régionaux de la politique de diversification
En retenant la subdivision du pays prévu dans le Programme directeur de l’aménagement du territoire, on peut distinguer les régions Nord, Est, Capitale-Centre et Sud. Dans cette subdivision le Nord comprend la zone de Bissen-Colmar qui constitue un des principaux pôles industriels du pays.
TABLEAU 8 – PART EN % DES INDUSTRIES NOUVELLES PAR GENERATION DANS LES PRINCIPALES VARIABLES ECONOMIQUES
SOURCE: STATEC
| GENERATION | 1966 | 1970 | 1975 | 1977 | 1980 | 1982 |
| — | — | — | — | — | — | — |
| PRODUCTION | | | | | | |
| 1950-1964 | 13.6 | 9.4 | 9.6 | 12.0 | 12.0 | 11.5 |
| 1965-1969 | 1.4 | 8.5 | 7.1 | 7.4 | 5.4 | 5.8 |
| 1970-1974 | – | 0.6 | 8.2 | 9.2 | 8.5 | 8.0 |
| 1975-1982 | – | – | – | 0.9 | 2.2 | 4.7 |
| TOTAL | 15.0 | 18.5 | 24.9 | 29.5 | 28.0 | 30.0 |
| EMPLOI | | | | | | |
| 1950-1964 | 8.9 | 7.9 | 9.4 | 10.2 | 11.2 | 11.5 |
| 1965-1969 | 1.1 | 5.6 | 4.7 | 5.2 | 4.0 | 3.8 |
| 1970-1974 | – | 0.4 | 5.6 | 5.5 | 5.1 | 5.2 |
| 1975-1982 | – | – | – | 0.9 | 2.6 | 4.4 |
| TOTAL | 10.0 | 13.8 | 19.7 | 21.7 | 22.9 | 24.9 |
Parmi les 117 entreprises créées, 34 se sont implantées au Nord, 32 au Centre, 36 au Sud et 15 à l’Est. Le Nord a surtout profité de la première vague d’implantations, alors que depuis 1966 le Sud et le Centre sont les principales régions bénéficiaires. Le tableau 8 retrace la répartition régionale des industries nouvelles selon les variables production et emploi.
L’importance régionale des industries nouvelles ressort davantage si on les compare à l’ensemble des industries des différentes régions. Ceci permet aussi de mieux apprécier les effets de la politique de diversification. La part des industries nouvelles dans la production est la plus élevée dans le Nord où elle se situe à quelque 80%. Sans
TABLEAU 9 – EFFECTIF OCCUPE DES INDUSTRIES NOUVELLES ET ANCIENNES (CHIFFRES ABSOLUS)
SOURCE: STATEC
| SPECIFICATION | 1966 | 1970 | 1974 | 1975 | 1980 | 1982 |
| — | — | — | — | — | — | — |
| IND. NOUVELLES | 4665 | 6641 | 10304 | 10138 | 9977 | 10447 |
| IND. ANCIENNES | 41920 | 41352 | 42141 | 41299 | 33535 | 31526 |
| – DONT SIDERURGIE | 24171 | 23462 | 24113 | 23817 | 17720 | 16700 |
| EMPLOI TOTAL | 46585 | 47993 | 52445 | 51437 | 43512 | 41973 |
DOSSIER
cette politique le Nord aurait été réduit à une région agricole et touristique. Dans le canton de Clervaux la part des industries nouvelles a frôlé les 90% à la fin des années 70 pour redescendre à 81% en 1982. Dans le canton de Wiltz leur part dépasse régulièrement le seuil de 90%.
A l’Est, leur part dans la valeur de la production dépasse les 50% jusqu’en 1978. Suite à la fermeture de Monsanto et des difficultés rencontrées par d’autres entreprises, elle baisse rapidement pour ne plus atteindre 26% en 1982.
Dans le Sud, le poids des industries anciennes et plus particulièrement de la sidérurgie reste prédominant, laissant aux industries nouvelles une part inférieure à 1% en 1970. Les résultats de la diversification, accentués par le recul sidérurgique ont conduit à une baisse continue de leur poids relatif.
Dans le Centre, leur part se situe depuis 1973 à environ un tiers. L’industrialisation des alentours de la commune de Luxembourg (Luxembourg-Campagne) est largement tributaire de la politique industrielle.
En guise de conclusion on peut donc affirmer que l’implantation d’industries nouvelles a profondément contribué au maintien de la vie industrielle des quatre régions et tout particulièrement du Nord.
Notes:
(1) cf. p. ex. Daniel Bell: The Coming of Post-Industrial Society, Londres 1974, Heinemann
(2) D. Rose, C. Gogler, G. Harstall et H. Newly: La désindustriatisation en Grande-Bretagne et ses interprétations, in: Problèmes économiques 20, février 1985, No 1912 p. 20
(3) A. Jaquemin: Problèmes de l’économie industrielle européenne et stratégies communautaires, in: La politique industrielle au Luxembourg, Institut universitaire luxembourgeois 1982, pp. 10-22
(4) Les deux premières dimensions constituent aussi l’ossature de la définition de Cornwall, Bacan et Eltis. Ils expliquent la désindustriatisation par le fait que le secteur non-productif soustrait à l’industrie non seulement la main-d’oeuvre, mais aussi les capitaux nécessaires aux investissements. Une part croissante des bénéfices sert à payer les impôts destinés à financer le secteur non-productif. En Grande-Bre
TABLEAU 10 – IMPORTANCE REGIONALE DES INDUSTRIES NOUVELLES
| SOURCE: STATEC | | | | |
| — | — | — | — | — |
| REGION/CANTON | 1970 | 1975 | 1980 | 1982 |
| PART DANS LA PRODUCTION | | | | |
| NORD | 80.8 | 77.1 | 84.4 | 83.2 |
| – CLERVAUX | 81.9 | 79.3 | 87.8 | 81.4 |
| – WILTZ | 91.1 | 92.2 | 95.1 | 95.8 |
| EST | 57.2 | 56.4 | 28.6 | 26.2 |
| SUD | 0.8 | 5.6 | 6.7 | 9.7 |
| CENTRE | 27.6 | 32.6 | 35.5 | 34.7 |
| – LUXBG.-VILLE | 10.7 | 15.7 | 24.6 | 20.3 |
| – LUXBG.-CAMPAGNE | 66.8 | 63.5 | 71.0 | 76.4 |
| TOTAL PAYS | 18.5 | 24.9 | 28.0 | 30.0 |
| PART DANS L’EMPLOI | | | | |
| NORD | 68.8 | 75.5 | 79.0 | 78.6 |
| – CLERVAUX | 74.3 | 72.5 | 81.7 | 82.6 |
| – WILTZ | 76.8 | 84.7 | 87.3 | 88.6 |
| EST | 49.5 | 49.3 | 24.0 | 22.4 |
| SUD | 1.3 | 4.5 | 6.7 | 9.0 |
| CENTRE | 13.7 | 21.2 | 22.1 | 22.9 |
| – LUXBG.-VILLE | 2.8 | 5.5 | 11.5 | 8.5 |
| – LUXBG.-CAMPAGNE | 43.8 | 50.2 | 53.2 | 61.6 |
| TOTAL PAYS | 13.8 | 19.7 | 22.9 | 24.7 |
tagne, le Groupe de politique économique de Cambridge considère que la désindustrialisation reflète la médiocrité des résultats d’une économie vis-à-vis de ses concurrents et elle devrait donc être interprétée comme la marque d’une concentration de la part de la production manufacturée d’un pays par rapport à celle des autres. Cette thèse rejoint la troisième dimension avancée par A. Jaquemin. Bluestone et Harrison voient dans la désindustrialisation le signe de désinvestissement généralisé et systématique dans les industries de base.
(Les définitions des économistes anglo-saxons sont empruntées à l’article de J. Niosi: Le déclin de l’industrie américaine, in: Revue d’économie industrielle No 30, 1984 pp. 9-25 et à l’article de la note (2))
(5) Schmit N. : La politique industrielle: solution pour une économie en crise? in: La politique industrielle au Luxembourg, Institut universitaire international, Luxembourg 1982, p. 133.
Nico Weydert
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