La JEC et ses options
des années 1967 aux années 1970
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La Jeunesse Etudiante Catholique (en abrégé la "JEC") n’est certes pas restée à l’écart de la mise en question globale de la société qui s’est cristallisée dans les remous de mai 68. Elle a été traversée par les mêmes questionnements et les mêmes contestations qui furent à l’origine de la révolte des étudiants et des jeunes qui s’est manifestée dans la plupart des sociétés industrielles avancées et la JEC en fut également transformée.
C’est ainsi que la JEC a connu un certain changement de discours et d’options suite à la mise en question globale de la société à la fin des années soixante.
Notre propos ici n’est pas seulement de mettre le doigt sur ces transformations, mais de montrer aussi comment et dans quelle mesure la JEC était partie prenante dans le mouvement qui a traversé la société civile et politique.
Depuis son origine, la JEC a été un mouvement de jeunes implanté essentiellement dans le milieu lycéen. Elle fait partie des mouvements d’action catholique au même titre que la Jeunesse Ouvrière Catholique ("J.O.C.") ou la Jeunesse Agricole Catholique ("J.A.C."). Sa place et son action sont donc bien définies auprès des élèves de l’enseignement secondaire des athénée et lycées, car il faut signaler de suite que la JEC n’a pour ainsi dire jamais pris pied dans un autre type d’enseignement.
Elle a, sous la responsabilité et sous l’impulsion des jésuites, une mission d’accompagnement des jeunes élèves du secondaire, futurs étudiants, dans leur vie de lycéen et de croyant.
La plus importante des sections de la JEC a toujours été celle de Luxembourg-Ville qui dispose d’une grande maison à Belair; d’autres sections
plus faibles ont existé à Diekirch et à Echternach entre autres.
On découvre ainsi la spécificité de ce mouvement de jeunes qu’est la JEC:
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par son objectif d’intégration sociale;
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par son rôle d’encadrement des jeunes (avec jusqu’au début des années soixante-dix une population de garçons uniquement) issus pour la plupart des familles bourgeoises et petites bourgeoises catholiques, traditionnellement conservatrices et élitistes de la Ville de Luxembourg;
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par ses aumôniers jésuites relativement jeunes venant de terminer leur formation en Allemagne, et surtout en France;
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par la disposition d’une maison pouvant accueillir bien d’autres groupes;
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et par son infrastructure matérielle relativement importante (imprimerie, salle de jeux, terrain de sports), avec sa presse propre, le périodique "ONS ÉQUIPE" ("O.E."), qui est vendu dans tous les lycées du pays et qui tire, au milieu et à la fin des années soixante, à près de 2.000 exemplaires.
Une telle panoplie de moyens a engendré nécessairement une autonomie d’idées et de comportement au sein du milieu lycéen et au sein de l’Église luxembourgeoise.
En schématisant quelque peu, la JEC a su remplir parfaitement sa fonction d’intégration et de formation souhaitée par le clergé et le parti chrétien-social au pouvoir au Luxembourg, du moins, jusqu’à la fin des années soixante en formant des jeunes décidés à prendre leurs responsabilités sociales et politiques en passant d’abord à l’Association des Universitaires Catholiques ("A.L.U.C.") et fréquemment et presque naturellement au parti chrétien-social, le C.S.V. ("Chréschtlech Sozial Volkspartei").
Les changements se sont par la suite opérés à partir des options qui étaient à la base de la réflexion et de l’action de la JEC.
La préoccupation majeure et première de la JEC a toujours été l’enracinement éclairé et responsable du jeune dans le milieu scolaire: sa formation propre, ses relations avec les copains de classe et la prise de conscience de son environnement.
Jusqu’alors l’activité de la JEC avait tourné essentiellement autour des réunions d’équipe et des camps d’été par niveaux scolaires. Mais très vite la JEC a aussi pris conscience du mouvement qui s’annonçait et a suivi, à sa manière ce mouvement: par des prises de position sur les réformes projetées de l’enseignement notamment dans O.E. et par des tracts, par des dossiers et par des enquêtes sur le monde scolaire.
Par ailleurs on ne peut pas passer sous silence que
La boîte de Pandore
L’ALUC est pour l’abolition de la collation des grades, la réforme du secondaire et participe à la manifestation du 22 mai 1968. A lire le numéro de sa revue ‚Présence‘, qui vient juste de paraître après les événements de mai (no 3 1967/1968) on sent que l’ALUC ne se trouvait pas trop bien dans la peau du réformateur. Une bulle sur la couverture de ce numéro demande de ‚réformer les réformes‘, une autre pose la question: ‚Sind wir das Establishment?‘. L’éditorialiste, quant à lui, se lance dans une divagation fantaisiste et délirante sur la boîte de Pandore que constitue d’après lui les réformes envisagées. Le maniérisme et l’académisme de ce texte qui se veut spirituel et ironique le rend pratiquement incompréhensible. Il reste cependant un bel exemple pour le style de l’intellectuel luxembourgeois sous l’ancien régime de la collation des grades.
‚Au siècle de la vitesse, les législateurs mettent deux mille guépards dans leur moteur. Ils pétrissent des lois à tour de bras. Projets et contre-projets de la réforme de l’enseignement, avis et contre-projets, le commun des mortels est pris dans un tourbillon étourdissant. Si le sens de l’Histoire consiste à enfiler, boutonner, débobiner et déculotter toute la ribambelle d’élucubrations vomies la veille, le Grand-Duché est en passe de devenir le fer de lance de l’accélération. Décidément le progrès consiste à flétrir et exécrer l’Ancien Régime, à dépasser le nouveau régime par mesures transitoires, par avant-projets, provisoires et définitifs. S’il faut avancer, avançons en trombe jusqu’à la saint glinglin où la vitesse infinie s’éclipse en immobilité éternelle. (…)
En ce mois de juillet le public commence à apercevoir les premiers signes de l’âge d’or; à l’enseignement professionnel, un trou noir garni sur les bords par une réforme des cadres; à l’enseignement moyen, des rails sans gare de destination; au secondaire, un arbre sans racines; au supérieur la chienlit. S’y démène un apprenti-sorcier qui de sa baguette dirige la valse des commissions et autres conseils d’Etat. (…)
Et déjà la montagne des dossiers à accouché de quelques souris d’avant-garde: Septième commune. On cherche vainement le chef-lieu commun de toutes les septièmes de la commune. (…) En morale le grand exode laïc qui risque de se noyer dans la mer rouge. (…) La boîte de Pandore généreusement ouverte attend le retour de Lycurgue, qui probablement viendra en autostop et Frère Jean des entonnoirs consulte l’oracle de la dive bouteille.‘
une divagation
fantaisiste et
délirante
la JEC est également présente auprès des élèves par la célébration d’une messe quotidienne durant l’Octave, à travers la prise en charge des liturgies célébrées dans le cadre des établissements scolaires (les "Kommuniounsdeeg") et, à un autre niveau, par l’organisation d’une soirée théâtrale (le "J.E.C.’s-theater") le lundi de Carnaval, qui s’est déroulée, dans un premier temps, dans une ambiance tout à fait bon enfant permettant avant tout le défoulement des élèves par rapport à leurs enseignants (la JEC véhiculait alors le folklore des élèves du secondaire), mais qui a, par la suite, pris des accents de plus en plus critiques et plus acides.
Dans ce contexte se situe aussi le rapport moral présenté en avril 1968 par le secrétaire national de la JEC au comité national et dans lequel on peut lire les quelques phrases suivantes, qui nous paraissent assez significatives, concernant le but de la JEC:
"L’action de la JEC se situe inévitablement dans le milieu même de l’étudiant: école, classe, club, famille … Elle vise d’abord à mieux connaître ce milieu:
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connaître les conditionnements imposés par la tradition, l’habitude et l’autorité, séparant l’école de la vie privée de l’étudiant;
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reconnaître que l’école fait intimement partie de notre vie, qu’elle en est même le facteur le plus important et que, pour cela, il est un peu paradoxal de la considérer comme "nécessité fâcheuse";
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intégrer l’école dans notre vie, avec tout ce que cela entraîne de changements, aussi bien au niveau de l’école qu’au niveau de notre vie de loisirs, etc.
Mais l’action de la JEC vise avant tout à donner un sens à notre vie. Même si nous connaissons à fond notre milieu, même si nous vivons cette réalité en nous y engageant, il nous manque l’essentiel: la foi.
La JEC nous aide dans notre recherche de la foi: par une mise en question de nous-mêmes, par une réflexion sur les fondements et le sens de la vie, nous allons à la rencontre du Christ. En tant que chrétiens, disciples de Jésus Christ, notre premier travail est "l’évangélisation" de notre milieu c.à.d. l’annonce de Jésus Christ, et cela en tenant compte
te de la réalité telle que nous la vivons tous les jours avec nos copains."
Recherche de l’Unité de vie, révision de vie régulière sont les éléments essentiels d’une pratique qui vise une intégration responsable dans la société et comme citoyen au niveau d’instruction élevé et comme chrétien croyant lucide.
Les objectifs très généraux finalement ne bousculent pas les structures en place et reçoivent généralement un accueil favorable de toute part.
Les changements sociaux décrits dans d’autres articles de ce numéro, l’esprit de réforme dans le milieu scolaire, l’ouverture au monde grâce aux médias rendant compte entre autres de la guerre du Vietnam, de la misère et de la pauvreté d’un Tiers-Monde sorti à peine de la colonisation rendent ce discours d’intégration sociale nécessairement suspect. Les inégalités et les injustices découvertes imposent une mise en question plus radicale de la société.
Grâce à ces animateurs, les jésuites en l’occurrence, fraîchement sortis de leur formation, grâce aussi aux contacts internationaux noués notamment avec la JEC française, la JEC de Luxembourg a assez tôt pu et su rendre compte de cette (r)évolution structurelle.
Le périodique "ONS EQUIPE" ouvre assez largement ses colonnes aux questions du Tiers-Monde et en 1969 quelques jécistes, encouragés par certains de leurs prédécesseurs, fondent l’"ACTION FORMATION DE CADRES" (l"A.F.C."), l’actuelle "A.S.T.M." – "ASSOCIATION SOLIDARITE TIERS-MONDE" – dans le but de prendre un engagement direct et solidaire pour et avec ces populations défavorisés.
A travers son périodique O.E., la JEC informe et prend position sur les réformes scolaires et c’est alors seulement que la JEC se trouve soudainement au banc des accusés et ce avant tout pour ses critiques qui font état du peu de changements véritables contenu dans les réformes appliquées et du manque de prise au sérieux des jeunes par le monde civil et politique.
Ainsi peut-on lire les phrases suivantes dans l’éditorial au deuxième numéro de l’O.E. de l’année 1968/69:
"Qu’on se le dise une fois pour toutes: Si les élèves sont, actuellement, en grande majorité, incapables de porter de vraies responsabilités, ce n’est pas de leur faute. Il ne sert à rien de leur reprocher leur incapacité, de flétrir leur manque de collaboration. Il serait plus important qu’on s’interroge sur les raisons réelles de cette incapacité et sur les moyens de les en sortir. Cette réflexion n’est pas possible sans une critique de l’école et de la société dont elle émane. Nous voudrions, pour notre part, y collaborer dans la mesure de nos possibilités."
et, par la suite on pourra encore lire dans les colonnes de ce même périodique les réflexions suivantes:
"A la suite des derniers numéros de "ONS EQUIPE" sur l’Ecole, des voix, parfois amicales, parfois plus sévères, nous reprochaient nos prises de position tendancieuses, une critique purement négative de notre système scolaire. Certes, nos critiques ont été dures, mais nous croyons qu’elles étaient fondées. Elles s’adressaient plus à un système qu’à des personnes qui le défendent, parce que nous sommes convaincus qu’ils est injuste et inadapté. Elles n’étaient négatives que dans la mesure, où elles refusaient un ordre établi; elles étaient positives, dans la mesure où elles préconisaient un autre type d’Ecole plus ouvert, plus juste et plus adapté. Et nous serions reconnaissants aux critiques et nos critiques, s’ils voulaient bien admettre également l’examen de nos propositions constructives ou du moins qui se veulent comme telles. …
Une Ecole largement ouverte
Nous entendons par là deux choses très distinctes: Tout d’abord une Ecole ouverte à des jeunes de toutes les couches de la population. Cet objectif n’est pas réalisé par le fait que l’examen d’admission est accessible à tous, mais il requiert également que les jeunes d’un même niveau d’intelligence aient les mêmes possibilités de réussite. La deuxième exigence situe le secondaire par rapport aux autres types d’enseignement: Il faut que notre système scolaire reconnaisse divers types d’intelligence et qu’il offre à chacun la possibilité d’une formation conforme à ses moyens, sans que par là il se sente discriminé par rapport aux autres. Quelques exemples aideront à mieux situer la signification et la portée de ces exigences.
Il ne faut pas de longues démonstrations pour prouver que le milieu social bourgeois est favorisé
par notre système scolaire actuel qui, dans le secondaire du moins, s’appuie sur une certaine culture bourgeoise. L’élève qui vient de la campagne ou d’un milieu ouvrier est obligé de trouver en lui-même les ressources pour combler le fossé culturel qui le sépare de ses camarades plus favorisés (par qui et pourquoi?). …
Un enseignement de qualité
L’Ecole comme nous la concevons devrait être telle qu’elle apprenne progressivement au jeune à travailler et à penser. (…) Nous pensons que, mise à part la section de mathématiques, soixante à quatre-vingts pourcents des élèves des classes supérieures réussissent leur année sans le mériter vraiment par leur travail et par une formation scolaire adéquate. Nous y voyons surtout deux raisons: Sur un certain nombre de plans, l’Ecole réclame de l’élève un travail et une réflexion nécessaires, mais elle semble incapable, actuellement, de contrôler et surtout de sanctionner. Nous songeons à la lecture, à la connaissance d’auteurs, à l’éveil d’un sens critique etc. …
Une éducation du sens civique
L’Ecole peut ignorer ou faire semblant d’ignorer toute forme d’éducation du sens civique. Une certaine société peut même y trouver intérêt. Sans même qu’ils s’en aperçoivent les bénéficiaires d’un tel enseignement respireront et assimileront les éléments qui feront d’eux les héritiers légitimes d’un certain patrimoine. Si nous regardons les jeunes d’aujourd’hui, nous remarquons que la plus grande partie d’entre eux est bien engagée dans cette voie. S’ils restent bien sages, s’ils étudient bien (ces deux conditions dès maintenant ne sont remplies que par une minorité) ils seront peut-être un jour de braves pères de familles, des fonctionnaires et des cadres consciencieux. Mais seront-ils pour autant des citoyens qui feront avancer la société? Qu’on nous permette d’en douter. (…) L’Ecole manque à sa mission, si elle ne permet pas aux jeunes de se situer dans la société comme personnes responsables. (…) A l’avenir, l’Ecole sera-t-elle encore viable, si elle n’est pas fondée sur le principe de la recherche et de la responsabilité commune?" (v. Editorial, "Critique négative?", in "ONS EQUIPE" n 4 1968/69).
Le thème retenu est celui de la "démocratisation des études" avec pour slogan: "Face à la culture enseignée, esclaves ou libres?".
S’y trouve exprimé le désir "d’une société nouvelle,
Ons Equipe
radicalement différente de notre société de consommation, une société qui respecte et prend au sérieux les vraies valeurs humaines", et toute cette démarche utopique, la mise en pratique de ces aspirations prendront leur "sens dernier, lorsque, ensemble, nous découvrirons la présence du Christ dans cette démarche libératrice".
En guise de conclusion de ce programme d’année figure un texte signé L.-J. Lebret et paru dans la revue "Civilisation, Economie et Humanisme":
"Envoyez-nous des fous!
Oh! Dieu! Envoyez-nous des fous, ceux qui s’engagent à fond, ceux qui s’oublient, ceux qui aiment autrement qu’en paroles, ceux qui se donnent pour de vrai et jusqu’au bout. Il nous faut des fous, des déraisonnables, des passionnés, des gens qui soient capables du saut dans l’insécurité, dans l’inconnu toujours plus béant de la pauvreté, qui acceptent les uns de se perdre dans la masse anonyme sans aucun désir de s’en faire un marchepied, les autres de n’utiliser leur supériorités acquises qu’à son service. Le saut ne consiste pas toujours à rompre avec son milieu ou son genre de vie; il s’agit d’une rupture, autrement plus profonde, avec le soi-même encore égocentrique qui avait jusqu’ici dominé.
Il nous faut des fous du présent, épris d’un style de vie simple, libérateurs efficients du prolétariat, amants de la paix, purs de compromissions, décidés à ne jamais trahir, méprisant leur propre vie, décidés à l’abnégation en plénitude, capables d’accepter n’importe quelle tâche, de partir n’importe où, par discipline, à la fois libres et obéissants, spontanés et tenaces, doux et forts."
Dès lors l’analyse de la société se poursuit à la JEC au delà de la question scolaire. Un regard sur leur propre identité révèle aux jécistes le caractère élitiste de leur mouvement dans la mesure où la plupart d’entre eux sont issus d’un milieu bourgeois ou petit bourgeois. L’ouverture tant souhaitée aux autres types d’enseignement échoue cependant lamentablement par manque de moyens et surtout
par manque de lucidité.
Mais le mode de fonctionnement propre du mouvement évolue également:
- Le "Chefferoot", instance dirigeante des "responsables", se transforme en assemblée générale des membres du mouvement, instance plus collégiale, ouverte à tous, dispensant davantage de responsabilités aux jécistes eux-mêmes:
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ainsi, le bilan trimestriel est-il fait sous forme d’une assemblée générale occupant une journée entière,
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la mixité fait également son entrée dans les différentes équipes (dans un premier temps par simple "fusion" avec la JEC-féminine établie dans le quartier du Limpertsberg.
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Le "J.E.C.’s-theater" arrive enfin à dépasser le simple cadre de l’école et des railleries en passant en épingle les contradictions de la société et des injustices qu’elle génère, telles que ces contradictions et injustices furent ressenties et vécues par les jécistes. Avec le passage de la soirée théâtrale à la grande salle du Nouveau Théâtre Municipal, tant l’organisation que la mise en scène du théâtre de la JEC se "professionnalisent": pour bien des jécistes, c’est la première occasion de toucher à la culture, de la "pratiquer" réellement, de se découvrir des talents d’acteur, de metteur en scène et même d’écrivain.
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Par ailleurs, les jécistes ne sont plus guère satisfaits des camps d’été traditionnels basés essentiellement sur les loisirs. Dès 1969 ces camps pour les jécistes de plus de quinze ans sont organisés dans un "village perdu" dans les Alpes – à Vaunières. Celui-ci a été transformé par une association marseillaise en village de jeunes et permet de rencontrer des jeunes issus de milieux sociaux très divers et souvent de milieux défavorisés, de se rencontrer et de travailler ensemble à la reconstruction de ce village délaissé par ses habitants: rencontre, confrontation, travail manuel, animation, loisir, montagne, vie en communauté deviennent les axes
et à LUXEMBOURG
majeurs de ces vacances d’été.
Cette expérience aiguise la conscience des jécistes qui gèrent de plus en plus directement leurs locaux: entretien, investissements, réaménagement et redéfinition de l’espace.
En 1976, ce cheminement aboutit sous le slogan "d’appropriation" à l’agrandissement et à la réfection totale des locaux pendant un mois en guise de camp d’été (payant évidemment!).
Comme il a été indiqué au début, la panoplie de moyens et de locaux permet à la JEC soit d’ouvrir en permanence sa maison sise au 23, avenue Gaston Diderich à nombre d’autres organisations (A.F.C., bureau et archives du Ciné-Club 70) soit de l’ouvrir occasionnellement pour des réunions ou l’impression de tracts.
Cette maison accueillera également la "Jugendpoor" lorsque ces jeunes chrétiens de la ville de Luxembourg en quête d’une identité propre de
croyants sont de moins en moins bien vus et reçus dans les paroisses traditionnelles.
Les liturgies de la "Jugendpoor" ont incontestablement permis aux jeunes d’approfondir leur foi en Jésus Christ, d’en mesurer les implications sociales et politiques et de prendre une part active dans le déroulement des célébrations: témoignages, lectures, exégèse, partage, discussions, chants, …
Pour finir cet article, nous proposons la lecture des "ORIENTATIONS" élaborées par les jécistes en novembre 1984 après plusieurs sessions de travail et au terme du partage de toutes les préoccupations et joies qui les ont fait vivre à ce moment.
Ce texte résume assez bien, à notre sens, les aspirations des jécistes d’alors et de la JEC après les bouleversements sociaux qui ont marqué les années précédentes:
R.D. et CH. M.
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