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La situation des chrétiens en pays communistes n’a pas fini d’embarrasser les uns ou les autres. Elle gêne beaucoup d’amis des pays socialistes, elle donne mauvaise conscience aux chrétiens embourgeoisés d’Occident, elle est trop vite utilisée comme trompette de ralliement des artisans de l’anticommunisme et elle reste une épine dans le pied des gouvernements de l’Est. Que gagne-t-on dans cette situation trouble? Peut-être quelques voix aux élections pour certains, probablement davantage de confusion pour tous et certainement pas un respect réel des chrétiens concernés.
En 1971, seize personnes ont été choisies par le Conseil britannique des Eglises pour former un groupe de travail sur la situation religieuse dans les pays de l’Est. Ce groupe, après avoir tenu vingt-six séances a fait paraître son rapport (1$^{er}$). Le texte publié a été plusieurs fois discuté, corrigé et amélioré. C’est un livre bien informé et relativement mesuré.
Cette information concentrée sur la situation religieuse à l’Est n’est pas sans défauts. Elle juge ‚le communisme‘ surtout dans son rapport à ‚la religion‘, sans considérer les autres dimensions sociales et économiques des pays concernés. D’où le risque d’une vue trop abstraite. Cependant, malgré cette limite de taille, quelques traits saillants se dégagent:
- Les chrétiens n’ont pas toutes les libertés qu’ils souhaiteraient pour se rassembler, s’organiser, célébrer les sacrements, enseigner (catéchèse, formation théologique). En URSS par exemple, la propagande antireligieuse existe bien. Elle a eu ses temps forts après la révolution, avant la guerre de 1939 et de 1959 à 1964 avec Krouchtchev. L’Eglise russe a ses martyrs, nombreux.
Et, ici, on s’étonne. L’URSS, qui comprend cinquante-quatre nationalités
principales et quatre-vingt-ouze langues différentes, a poursuivi une politique remarquable de respect de ses minorités culturelles. Pourquoi pas avec les religions? Mais ici un deuxième élément intervient.
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Le contrôle de l’Eglise par l’Etat ne date pas de la révolution russe. Au tout début du 18e siècle, le ‚règlement ecclésiastique‘ de Pierre le Grand place, déjà, l’Eglise orthodoxe sous le contrôle de l’Etat tsariste, écartant les autres confessions. Le gouvernement soviétique hérite donc d’une ancienne tradition. La Grèce orthodoxe connaît une situation semblable dans un régime différent. En Yougoslavie, en Roumanie, etc. les rapports des Eglises avec le pouvoir politique ont souvent servi à faire pression sur d’autres confessions. Les chrétiens n’ont pas été solidaires entre eux.
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Malgré ces conditions, 15 à 20 % de la population russe est croyante, 95 % des enfants polonais sont baptisés, etc. Seule l’Albanie, à majorité musulmane, ne laisse apparaître aucune trace de christianisme. Bien des situations se rencontrent donc.
Dans ces pays les chrétiens ont su donner des gages certains de leur volonté d’aider à construire le socialisme. Personne n’a le droit de les utiliser à des fins partisans. Mais alors, pourquoi ne seraient-ils pas reconnus dans leurs pays comme citoyens à part entière?
Bernard LAURET
1° Prudence et Courage. La situation religieuse en Russie et en Europe de l’Est. Trevor Beeson (Le Seuil, 1975 – fce: 45 F)
in: TC, 11/12/1975
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