Deuxième lettre au peuple de Dieu (extraits)

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(…) Réaliser avec d’autres la parabole du partage concerne d’abord les biens matériels. Elle commence par une transformation de ta manière de vivre.

Au quatrième siècle déjà, un évêque de Milan, Ambroise, était préoccupé à l’extrême de voir certains chrétiens accumuler des biens. Il leur écrivait : « C’est en commun et pour tous que la terre fut créée. La nature ne connaît pas de riches, elle n’engendre que des pauvres. Ce n’est pas de ton bien que tu donnes au pauvre, c’est une parcelle du sien que tu lui restitues, car c’est un bien commun donné à l’usage de tous que tu usurpes seul. »

Pour transformer ta vie, personne ne te demande de tomber dans l’austérité puritaine, sans beauté et sans joie.

Partage tout ce que tu as, tu y trouveras une liberté.

Résiste à la consommation : multiplier les achats devient un engrenage. L’accumulation de réserves, pour toi-même ou pour tes enfants, est le début de l’injustice.

Le partage suppose une relation d’égal à égal qui ne crée jamais de dépendance. Cela est vrai entre les individus comme entre les Etats.

Il n’est pas possible de changer de niveau de vie en un jour. C’est pourquoi nous demandons instamment aux familles, aux communautés chrétiennes, aux responsables d’Eglises, d’établir un plan de sept ans qui leur permette d’abandonner, par étapes successives, tout ce qui n’est pas absolument indispensable, en commençant par les dépenses de prestige. Et, à cet égard, comment passer sous silence le scandale des dépenses de prestige que font les Etats (…)

Le partage s’étend à toute la famille humaine. Un combat commun pour une répartition des biens de la terre est indispensable. Une redistribution des richesses ne nécessite pas seulement que les pays industrialisés donnent leur superflu. Les structures qui soutiennent l’injustice internationale doivent être changées à tout prix. C’est le besoin réel de tous les hommes, jusqu’au dernier des derniers, qui est la référence, et non pas la satisfaction des besoins de l’homme occidentalisé.

Il n’y a qu’une seule famille humaine. Aucun peuple, personne n’en est exclu. Comment tolérer alors que des membres de la famille humaine soient victimes du racisme, enfermés dans des prisons politiques, soumis à toutes les violences. L’ignoble torture sévit aujourd’hui dans plus de quatre-vingt-dix pays. En ces temps, les libertés humaines se resserrent et même disparaissent entièrement.

Pour guérir tant de blessures de la famille

humaine, nous sommes toujours appelés à travailler sur plusieurs plans à la fois. Accepte que, pour poursuivre le même but, d’autres choisissent un chemin différent du tien. Les uns, avec une ardente ténacité, s’attachent à un changement des structures de la société, dans un combat politique à longue échéance. D’autres s’engagent dans une action immédiate et directe de solidarité avec les victimes de la société.

Où puiser les énergies d’amour pour oser prendre tant de risques jusqu’à ton dernier souffle ?

Celui qui ne connaît pas l’amour humain ou n’en apporte pas peut-il comprendre la lutte pour l’homme et une vie de communion en Dieu ?

La prière est pour toi une source pour aimer. L’image de Dieu en l’homme est brûlure d’un amour. Dans une infinie gratuité, abandonne-toi de corps et d’esprit. Chaque jour, sonde quelques paroles des Ecritures, pour être placé face à un autre que toi-même, le Ressuscité. Laisse dans le silence naître en toi une parole vivante du Christ pour la mettre aussitôt en pratique. (…)

Au moment de quitter Calcutta et Chittagong, nous voudrions écrire en lettres de feu ce que nous avons découvert ces dernières années à travers le monde : à la complainte des peines de tant d’êtres humains se mêle aussi une autre mélodie, un chant d’espérance. Ce chant, nous l’avons clairement entendu en Asie. Cette mélodie, encore sourde et cachée, est le chant d’une communion promise à toute la famille humaine : et c’est là que le peuple de Dieu va avoir une place irremplaçable.

Quand le peuple de Dieu cherche à être présent dans les situations du monde contemporain, rien d’étonnant qu’il soit lui aussi secoué, ébranlé par des crises successives. Pourtant des recommencements et des éveils sont partout perceptibles dans le corps du Christ, son Eglise. Et toi aussi tu es partie prenante de son devenir.

Si l’Eglise abandonne tout ce qui ne lui est pas absolument essentiel, si elle ne s’attache qu’à être servante de communion et de partage dans l’humanité, alors elle participera à la guérison des blessures de la famille humaine. Elle fera vaciller les structures d’injustice, elle pourra renverser les vagues de pessimisme et nous arracher à l’actuelle crise de confiance en l’homme.

A travers la parabole du partage, l’Eglise sera, dans la famille humaine disloquée, une semence qui engendrera un devenir collectif tout autre. Elle sera porteuse d’une espérance qui n’a pas de fin.

GAG LETZEBUERG, 23, AVENUE GASTON-DIDERICH, LUXEMBOURG

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