Crise alimentaire: exploitation et gaspillage
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L’étude de la situation alimentaire mondiale et des causes de la crise actuelle constatée en ce domaine aboutit invariablement à une conclusion que l’on peut résumer comme suit: la cause fondamentale de la crise alimentaire mondiale réside dans le fait que le monde est dominé par un système socio-économique fondé sur la soif du profit maximum d’un petit nombre. Pour accroître toujours ce profit, tous les moyens sont bons; dans le Tiers-Monde ils prennent la forme d’une exploitation effrénée, dans les pays riches, ils passent par le gaspillage.
EXPLOITATION
L’exploitation sur le plan alimentaire se manifeste tant au niveau mondial qu’à l’intérieur des pays du Tiers-Monde. On peut dire que la crise alimentaire a des causes d’exploitation externes et internes aux pays de la faim, bien que le lien entre ces deux catégories de causes soit toujours étroit. Dans le présent (article) nous nous bornerons à citer quelques exemples révélateurs:
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- Les régimes coloniaux avaient orienté la quasi-totalité de leurs dépenses de recherches et des investissements vers les cultures d’exportation (café, cacao, arachides, bananes,…) au détriment des cultures vivrières nécessaires aux populations locales. Le Sénégal, par exemple, est devenu un grand exportateur d’arachides et il doit importer à grands frais du riz qu’il pourrait cultiver sur les terres réservées à l’arachide. Les oligarchies politico-économiques mises en place dans de nombreux pays du Tiers-Monde maintiennent le même système, car il fournit les devises nécessaires à l’achat de produits de luxe, y compris des biens alimentaires fabriqués dans les pays riches.
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- Le monde est partagé entre offreurs de céréales (U.S.A., Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) et demandeurs de céréales (Asie, Europe et subsidièrement Afrique et Amérique Latine). Une compétition s’exerce entre pays demandeurs (entre autre, achats récents de blé par l’URSS) et les pays pauvres, ce qui provoque une augmentation rapide des prix et des difficultés d’achats pour ces derniers.
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- La structure monopolistique est très répandue dans le domaine alimentaire. Elle impose certaines cultures (d’exportation) et influence toute la politique nationale. Les ‚républiques bananières‘ d’Amérique Centrale sont pratiquement pieds et poings liées aux grandes multinationales américaines (United Fruit, etc. …).
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- Dans une bonne partie du Tiers-Monde, le sol se dégrade rapidement par suite, entre autres, du passage à la monoculture d’exportation, de surpâturage et du déboisement dus à l’extension de ces mêmes cultures d’exportation. Les causes de la sécheresse en Afrique Sahélienne dépendent bien plus d’une telle dégradation que de mauvaises conditions atmosphériques occasionnelles.
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- Le besoin d’argent et les difficultés de stockage obligent fréquemment les paysans à vendre les céréales produites au moment de la récolte, à bas prix, à des commerçants. Au moment de la soudure, beaucoup sont contraints d’acheter ces mêmes céréales à des prix allant jusqu’à 10 fois le prix initial. Pour payer, il faut
souvent emprunter à un usurier qui peut pratiquer des taux de 10%… la semaine. Parfois, c’est l’impossibilité de vendre des surplus qui incite le paysan à limiter les cultures au minimum pour vivre. Gare alors aux mauvaises récoltes!…
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Les sociétés multinationales bénéficient dans de nombreux pays de la complicité des régimes forts s’appuyant sur une bourgeoisie locale. Ces sociétés ont la mainmise sur le commerce, les transports, les finances, les techniques, parfois même sur tout le cycle de la production. Elles fixent les prix et transfèrent bénéfices et activités d’un pays à l’autre en fonction de leurs seuls intérêts. A titre d’exemple citons le Brésil où des multinationales achètent d’immenses territoires, qu’ils soient ou non peuplés d’Indiens pour y pratiquer l’élevage extensif, même si cette activité est sans rapport avec leur activité principale (par ex. Volkswagen).
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L’arme alimentaire tend à être de plus en plus utilisée comme moyen de pression dans les négociations entre pays riches (surtout U.S.A) et pays pauvres.
GASPILLAGE
Le but de la production n’est pas tant de satisfaire des besoins réels que de trouver des consommateurs suffisamment soumis (cf. publicité) pour acheter régulièrement les nouveaux produits lancés sur le marché. Les modes de production sont parfois eux-mêmes fort coûteux en termes alimentaires. Ici, on se contentera de citer quelques exemples:
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Dans le monde industrialisé, une partie toujours plus grande de céréales ne sont plus mangées directement par les hommes, mais transformées en viande. Ce qui signifie que, pour une tonne de viande, il faut produire beaucoup plus de tonnes de céréales parce que l’animal est transformateur très inefficace des éléments énergétiques ou calorifiques produits par les céréales. En pratique, les animaux des pays riches consomment en tonnes de céréales par an plus que tout ce que consomme la population de la Chine et de l’Inde réunies, soit près de 40% de la population mondiale.
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Les déchets de nos tables vont aux poubelles, car nos chiens et nos chats se nourrissent maintenant de vrais morceaux de viande en boîte! C’est ainsi que les animaux domestiques européens consomment plus de 20 fois le revenu national du Rwanda, et plus de 2 fois celui du Zaïre! Face à la montagne de poudre de lait accumulée dans la CEE, on envisage d’en faire consommer par les bovins eux-mêmes!
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Le déficit annuel du Tiers-Monde en engrais, indispensables à l’augmentation des rendements, correspond à ce qui est consommé chaque année aux U.S.A pour la culture des fleurs. Cette utilisation à des fins ‚décoratives‘ maintient les prix à la hausse, ce qui rend les achats d’autant plus difficiles dans les pays pauvres.
in: ANTENNE TIERS-MONDE, No 2, mars 1977 (mensuel d’information et de conscientisation, publié par le COLLECTIF TIERS-MONDE, 1, place E.Dupont, 4000 Liège. Le Collectif Tiers-Monde est actuellement composé des organismes suivants: Centre Tiers-Monde, Centre Régional de Coopération au Développement, Entraide et Fraternité, Justice et Paix, OXFAM-Liège.)
(L’article est un extrait du dossier ‚La crise alimentaire‘, édité par la commission ‚Justice et Paix‘ francophone de Belgique.)
—„Das Problem der Unterentwickelten
liegt bei den Überentwickelten.“
Robert Schaller—
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