L’Eglise en marge des évènements

Lettre d'un chrétien immigré

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En arrivant au Luxembourg, j’ai trouvé une société riche, même d’opulence, mais très organisée en fonction du profit. L’argent est roi, et à lui tout est sacrifié. Ce n’est pas l’homme qui compte en premier lieu. Une très puissante machine de propagande présente l’individualisme et la compétitivité comme une solution à tous les problèmes.

A côté de cette société se trouve un peuple – le peuple des travailleurs, qu’on cherche à tromper et à dominer. Le peuple immigré sent plus profondément cette situation. Face à la crise, dont on parle souvent, les immigrés se sentent de trop, un climat d’insécurité s’installe chez eux. Le désir tellement fort de retourner dans son pays est rendu difficile par le manque de travail chez lui, par les enfants qui grandissent sans connaître leur langue maternelle. Ils doivent exécuter les travaux insalubres et dangereux qui leur sont laissés par les autochtones, ils sont épuisés par le stress inhabitué. C’est vrai qu’ils améliorent leurs conditions de vie, mais au prix de beaucoup de travail et de luttes.

Ici, j’ai fait l’expérience d’un christianisme de traditions, de croyances, de cérémonies religieuses. C’est impressionnant de voir l’abondance d’Eglises, de salles paroissiales, tout l’appareil de l’enseignement religieux dans les écoles, les communions solennelles, les ordres religieux, la presse. Il m’a semblé trouver une institution qui a tout prévu, fixé, programmé depuis longtemps, et qui, peut-être à cause de ceci, éprouve des difficultés à s’interroger et à accueillir ce que Jésus-Christ inscrit normalement dans la vie des personnes. D’une façon générale, le

christianisme au Luxembourg apparaît aux yeux de ceux qui arrivent plus préoccupé à répéter des gestes qu’à se mettre en route courageusement, à comprendre les signes du temps, à assumer et à annoncer la bonne nouvelle.

Tout ceci impressionne et interroge: Est-ce que le christianisme est une organisation comme une entreprise, un ensemble de rites et doctrines, ou bien une vie qui part des luttes et des espoirs des plus pauvres?

La conscience qui grandit parmi certains groupes de Luxembourgeois et d’immigrés qui appartiennent à la même classe de travailleurs, la conscience de leurs dignités, de leurs droits. Les petites actions de lutte contre les abus des patrons et propriétaires de maisons, pour une meilleure information, pour le respect des horaires et des lois que les patrons eux-mêmes ont faits et que malgré tout on ne respecte pas, sont de petites actions où l’on reconnaît la présence de Dieu et le dynamisme de son esprit, que le christianisme devrait célébrer.

Une société plus juste au Luxembourg est possible, elle grandit, lentement comme une semence, avec la conscience d’une classe qui est aliénée et menacée sans pitié; car les critiques des travailleurs vis-à-vis des syndicats sont un signe de vie capable de transformer les travailleurs et d’amener un autre projet de vie, plus humain.

L’Eglise en marge des événements du monde du travail, ne les comprenant pas, trahit l’Evangile qu’elle prétend annoncer. Un théologien dit: ‚Le peuple ouvrier est un peuple qui a un grand espoir qui imprègne toute sa vie et sa lutte – l’espoir d’un monde meilleur. Il a retenu inconsciemment de l’Eglise quelque chose qu’elle-même a pratiquement oublié.‘ Les immigrés au Luxembourg ont aussi cet espoir. Ils attendent d’être traités et considérés, non comme des êtres sans raison ni liberté qu’on utilise comme on veut, mais comme des personnes qui essaient par la solidarité de bâtir un projet de société nouvelle.

L’Eglise du Luxembourg sera-t-elle disposée à tenir compte avec les plus pauvres des valeurs évangéliques qui devraient l’animer ?

Januario

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