„As-tu conscience Europe?“
Extraits d'un discours fait le 18.3.1979 à Paris
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DOM HELDER CAMARA :
“As-tu conscience, Europe ?”
Extraits d’un discours fait le 18/3/1979 à Paris
Communauté européenne et Commission trilatérale
Quand on dit que la Commission trilatérale, ensemble avec l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) et avec le Japon, englobe l’Europe occidentale, dans quelle mesure, là-dedans, engage-t-elle la Communauté européenne ?
L’Europe envisage-t-elle la Trilatérale comme l’épanouissement de la Société Bilderberg, ayant la fonction, toute technique et bien nécessaire, d’expliciter les alternatives politiques et économiques du pouvoir industriel, à l’heure technologique que nous vivons ? L’Europe se repose-t-elle tranquillement sur l’idée que la Trilatérale n’a qu’un rôle consultatif ou ne fournit que d’excellents passeports, surtout en Amérique du Nord, pour les premiers rangs de l’administration publique et privée ? L’Europe n’a-t-elle pas la possibilité de suivre les conséquences des « suggestions » de la Trilatérale sur l’Amérique latine ? Un seul exemple : l’Europe a-t-elle constaté le grand service que la Trilatérale a rendu à nos dictatures latino-américaines en proclamant que la démocratie est un idéal, mais, malheureusement, un idéal au-dessus des possibilités des pays sous-développés, capables seulement d’une démocratie relative, d’une ouverture démocratique lente et graduelle ?
Serait-il injuste de considérer la Trilatérale comme la mobilisation de l’intelligence pour la sauvegarde du capitalisme afin d’éviter que le précédent de l’OPEP s’applique à d’autres matières premières ? Serait-il injuste de se méfier, alors, d’un nouvel ordre économique international élaboré par la Trilatérale, et même d’une politique fondée sur son interprétation des droits de l’homme ?
Communauté européenne et OTAN
Sans aucunement oublier que la Communauté européenne n’est pas dotée de tous les pouvoirs, mais désireux, cependant, de l’aider, éventuellement, dans ses futures revendications, qu’elle me permette de nouvelles interrogations…
Etes-vous bien avertis que les dépenses militaires mondiales ont augmenté de près de 40 % depuis 1963 pour atteindre, à l’heure actuelle, environ 400 milliards de dollars par an ?
Etes-vous bien avertis que les forces armées dans le monde se sont accrues, au
cours des quinze dernières années, de près de 30 % et comptent aujourd’hui quelque 26 millions d’hommes, sans compter ceux qui, scientifiques et techniciens hautement qualifiés, concourent au développement de ces forces armées ?
Etes-vous avertis que le commerce des armes a plus que quintuplé depuis 1963 ? Etes-vous bien conscients que le plus gros de ces armes a été vendu à des pays du tiers-monde ?
Etes-vous bien avertis de ce qui se passe sur le terrain de la production des armes : il y a 15 ans, seule une poignée de pays industrialisés étaient producteurs d’armes. Aujourd’hui, quelque 50 pays dont près de la moitié sont des pays du tiers-monde, produisent des armes lourdes.
Etes-vous bien avertis que les fabricants et vendeurs d’armes sont inévitablement tentés de fabriquer ou, au moins, d’encourager des guerres ?
Etes-vous bien avertis que la plus grande menace vient du côté nucléaire ? En 1963, les arsenaux contenaient environ 4 000 ogives nucléaires relativement primitives, mais suffisantes pour détruire notre civilisation : aujourd’hui, les arsenaux contiennent déjà des dizaines de milliers d’armes nucléaires sophistiquées, dont la puissance explosive totale équivaut à près d’un million de bombes du type Hiroshima.
Etes-vous bien avertis de la manière par laquelle se répand la capacité de produire des armes nucléaires ? En 1963, neuf pays seulement avaient des programmes nucléaires pacifiques importants : aujourd’hui,
ils sont près de 30 et on sait qu’il est facile de passer des programmes pacifiques aux armes nucléaires.
Etes-vous bien avertis de la militarisation des océans et de l’espace ?
— Quels sont les rapports mutuels de la Communauté et de l’OTAN ?
— Au-dedans ou au-dehors de l’OTAN, comment se comporte l’Europe face à cette folie de la course aux armements ? Même après les deux guerres mondiales, l’Europe a-t-elle encore le courage de danser sur des cratères de volcans ?
La Communauté européenne et les périls nouveaux
Pardonne-moi, Europe, si je t’identifie avec la Communauté européenne, Pardonne-moi de l’assaillir de questions : peut-être pourront-elles inciter, fraternellement, les futures représentants au Parlement européen.
Permet-moi d’attirer tout attention sur l’idéologie de la Sécurité nationale, interprétée comme la valeur suprême, comme la valeur des valeurs. L’Amérique latine, de nos jours, paie un haut prix à cette idolâtrie. Chaque peuple, évidemment, a le droit et même le devoir de se défendre. Mais quand la sécurité nationale est mise au-dessus de tout, tout est bon pour la garantir : dictatures, enlèvements torturés… Et ne pense pas que les dictatures soient un monopole des pays sous-développés… Quelquefois je garde l’impression que, face à d’affreuses scènes de terrorisme, ici et
là, peut resurgir, même en Europe, comme une nostalgie du fascisme…
As-tu déjà pensé que, bien souvent aujourd’hui, la violence n° 1, la violence mère de toutes les violences, est la misère, qui, à l’échelle de la planète, tue bien plus que les guerres. Quand les opprimés, quelquefois, réagissent, alors la lourde réponse des gouvernements s’abat et on tombe dans la spirale de la violence…
As-tu déjà ouvert pleinement les yeux sur les portions du tiers-monde qui existent même au-dedans des pays les plus riches ? As-tu déjà suffisamment étudié le problème, complexe mais profondément humain, des immigrés légaux ou illégaux ? Ils ne viennent pas faire du tourisme dans les pays. Ils viennent parce que les conditions de vie, chez eux, sont devenues impossibles et, qui sait, au moins en partie, en conséquence d’affreuses injustices dans la politique internationale du commerce. As-tu mesuré ce qu’il peut y avoir de racisme, peut-être, dans tant d’attitudes à l’égard par exemple de ces travailleurs immigrés ?
N’y a-t-il pas un racisme insoupçonné dans la vision si répançue du monde industrialisé sur le tiers-monde ? Si le tiers-monde est pauvre, n’est-ce pas, à tes yeux, parce que l’Afrique est noire, parce que l’Asie est jeune, parce que l’Amérique latine est morena ou mulata ?… Les gens de couleur ne te semblent-ils pas de nature inférieure pour l’intelligence, pour le courage, pour l’honnêteté ?…
La Communauté européenne et les problèmes-clefs pour un vrai dialogue Nord-Sud
Sans minimiser les doutes que je viens d’évoquer, il me faut encore indiquer quelques points importants pour un vrai dialogue Nord-Sud.
Ils retiennent déjà sûrement votre attention, mais le tiers-monde ne me pardonnerait pas mon silence si je n’en parlais pas :
a) consommation et gaspillage
Tes efforts, Communauté européenne, pour aider à faire comprendre et respecter les revendications du tiers-monde resteront incompréhensibles et inefficaces tant que les pays industrialisés ne se guériront pas du consumérisme et du gaspillage sur lesquels ils fondent leur supériorité et leur richesse et qu’ils exportent, en utilisant les méthodes de propagande les plus sophistiquées et les plus irrésistibles.
b) expansion des masses de jeunes dans le tiers monde
Les pays industrialisés pensent naïvement résoudre ce qu’ils appellent l’explosion démographique en provoquant et entretenant, d’une manière téléguidée, une inondation de pilules anti-conceptionnelles. Nous réagissons à cette intervention dans un domaine chargé pour nous de mystique
et d’amour. Si les hommes responsables au Nord et au Sud n’accordent pas toute leur attention à la pression croissante des masses de jeunes qui cherchent des emplois dans les pays sous-développés et s’ils ne réussissent pas à intégrer ces jeunes dans un véritable processus de développement porteur d’avenir, ils prépareront le terrain à la révolution et à la guerre civile.
c) La faim exige une solution adéquate.
Les pays industrialisés sont amenés à reconnaître que, à l’heure de l’ordinateur et des voyages spatiaux, et en conséquence surtout de leurs injustices dans la politique internationale du commerce, les deux-tiers de la population mondiale ont faim. Mais, encore et toujours, l’égoïsme est là, qui corrompt les efforts entrepris pour rassasier le monde.
Ici, en Europe, et en Amérique du Nord, vous pouvez obtenir facilement des renseignements sûrs à propos des opérations des pays industrialisés dans nos pays du tiers-monde. Très souvent, au contraire, pour connaître exactement ce qui se passe chez nous, il nous faut chercher des informations précises dans vos pays. Cherchez alors, je vous en prie, à vérifier si, sous prétexte de faire face à la faim, il y a ou il n’y a pas les dangers suivants :
— Pour moderniser l’agriculture des pays du tiers-monde, choisis pour être les greniers de l’humanité, de grandes entreprises achètent de très vastes portions de terre dans ces pays. Quelquefois, les dimensions de ces terres se rapprochent de la taille de quelques-uns des pays d’Europe, comme la Hollande ou la Belgique ;
— Les terres achetées ne sont pas vides ; y résidaient, depuis des années et des années, de pauvres familles ou des indigènes, évidemment sans titres de propriété. Avec l’arrivée des nouveaux propriétaires, bien dotés de documents officiels, les pauvres ou les indigènes doivent partir. Ils vont
dans les villes, dont les périphéries se peuplent de taudis (favelas). Mais, pas même là, les pauvres ne sont sûrs de pouvoir rester : les gouvernements ont leurs plans d’urbanisation, pour attirer des touristes, et les pauvres sont toujours balayés plus loin. Et quand, en Amérique latine, l’Église prête sa voix à ces Sans-voix, elle est accusée d’être subversive et communiste ;
— Ce que l’agriculture modernisée des futurs greniers du monde parviendra à produire — que personne ne se fasse d’illusions — ira avant tout aux super-marchés du monde ;
— Peut-être y aura-t-il un certain intérêt à améliorer le trop bas niveau de vie des populations rurales des pays sous-développés, mais ce sera pour aider les grandes entreprises agricoles à trouver sur place un supplément de marché interne.
Attention ! Communauté européenne ! Aide à résoudre d’une manière équitable et humaine le problème de la faim !
d) L’endettement croissant des pays pauvres
Un autre problème, aussi grave que celui de la faim, est le problème de l’endettement croissant et très souvent insolvable des pays pauvres face à vos pays industrialisés.
Pourquoi les pays industrialisés n’annuleraient-ils pas les dettes des pays les plus pauvres ? Déjà, la Suède, les Pays-Bas, la Suisse, le Canada et l’Allemagne fédérale ont dispensé les 30 pays les plus démunis du monde de leur rembourser leurs dettes. A la place des crédits qui appauvrisent les pays les plus déshérités, l’Europe ne pourrait-elle pas accorder désormais aux pays les plus pauvres du monde des subventions non remboursables qui permettraient leur développement ?
Pourquoi, aussi, ne garantirait-elle pas, par des contrats à long terme, le pouvoir d’achat des produits d’exportation du tiers-
monde, si nécessaires à l’économie des pays industrialisés ?
Le mur de béton devant lequel nous sommes tous des fourmis
Est-ce que j’exagère le rôle des multinationales ? J’arrive à comprendre leur naissance. Avec la technologie avancée, avec l’ordinateur et toutes sortes de machines incroyables, avec les moyens de communication ultra-rapides, l’échelle de production, très naturellement, devient planétaire. Des alliances s’établissent. Des entreprises plus grandes mangent les petites entreprises. Les grandes entreprises s’associent, se lient, s’entretient. Eisenhower, déjà, dénonçait l’alliance entre le pouvoir économique et le pouvoir militaire.
Le budget d’une université moderne — surtout pour les recherches — comme le budget des grands moyens de communication planétaires deviennent astronomiques : il n’y a guère que les multinationales pour les supporter.
Le lobbysme, qui a fait ses preuves, peut être internationalisé et les multinationales savent très bien s’en servir.
Les multinationales se moquent des systèmes politiques : bien qu’enfants-chéris du monde capitaliste, elles se sentent aussi à l’aise en Russie et, pour s’installer en Chine, elles ont dû seulement attendre la mort de Mao Tsé-toung.
Évidemment, elles ont leur service de renseignements et, quelquefois, elles ne résistent pas à la tentation d’aider la chute de gouvernements qui ont l’audace de leur opposer des obstacles et à la tentation de préparer l’ascension de gouvernements qui facilitent leurs opérations.
Est-ce que, en Europe, on pense vraiment que les multinationales apportent des devises aux pays sous-développés et qu’elles aident le progrès de ces pays, en créant ou en développant l’industrialisation, en créant des emplois ? Les multinationales aiment à trouver dans nos pays des paradis pour leurs investissements. Elles établissent des alliances avec des groupes privilégiés de chez nous, qui, dans nos pays, exercent déjà le colonialisme interne : des riches de nos pays maintiennent leur richesse en écrasant leurs concitoyens. Les multinationales viennent, surtout, sucer nos matières premières, indispensables pour maintenir la société de consommation qui mérite davantage le
nom de société du gaspillage. Pour affronter la concurrence, les entreprises que les multinationales créent ou recréent chez nous doivent être automatisées ou à demi-automatisées, ce qui réduit énormément le nombre des emplois.
Est-il exagéré de nous considérer comme des fourmis devant un mur de béton, quand on pense à tout ce qu’il faut faire pour changer, d’une manière pacifique mais courageuse, les structures injustes, dont les multinationales semblent être devenues le grand support ?
L’Esprit de Dieu souffle sur le monde encourageant la libération
Les structures injustes qui écrasent plus que les deux tiers du monde doivent être renversées. Mais ce serait une folie d’employer pour cela les armes dont les fabricants sont nos oppresseurs. L’Esprit de Dieu encourage la libération des fils de Dieu, réduits à une condition sous-humaine, traités comme des objets ou des animaux.
Chez nous, dans le tiers-monde, l’Esprit de Dieu enseigne à ne pas seulement travailler pour le peuple, mais avec le peuple. L’Esprit de Dieu nous amène à éveiller avec la grâce divine, la foi, l’espérance et l’amour chez les pauvres. Ils gisent dans une condition sous-humaine, mais ils ne
sont pas des sous-hommes. Il n’y a pas de sous-hommes, comme il n’y a pas de super-hommes. Il n’y a que des hommes, fils du Créateur et Père, et frères dans le Christ. Dans nos communautés de base nous encourageons les pauvres, leur enseignant qu’ils doivent s’unir, non pour pâtiner les droits des autres, mais pour défendre leurs droits, qui ne sont pas des faveurs reçues des gouvernements ou des riches, mais des richesses que le Seigneur nous a données. Nous enseignons aux pauvres que, unis pour défendre les droits que Dieu leur a donnés, ils seront invincibles. Aucune force n’écrase toute une communauté.
Mais l’Esprit de Dieu souffle aussi, évidemment, chez vous, dans vos pays industrialisés. Comment expliquer, sans le souffle de Dieu, que se multiplient, chez vous, des groupes toujours plus nombreux, résolus à aider à créer un monde plus juste et plus humain ?…
Qu’il me soit permis de saluer cet Esprit du Seigneur qui travaille d’un continent à l’autre, d’un océan à l’autre. Le jour viendra où cet Esprit du Seigneur aidera à établir des liens entre les communautés de base de nos pays sous-développés et les groupes de réflexion des pays industrialisés. L’heure aura sonné d’un monde plus respirable, plus juste, plus humain, monde qui préfigurera la nouvelle Terre et le nouveau Ciel, annoncés par les Livres Saints. ■
EIN äußerst tugendhafter Mann stirbt hochbetagt, kommt jedoch zu seinem Erstaunen durchaus nicht geradewegs in den Himmel, sondern an den Ort der Läuterung. Ein Bekannter von früher trifft ihn hier an, wie er auf einer Wolke sitzt und eine
hübsche Frau auf den Knien hält.
«Da hast du ja endlich deinen Lohn für deinen tugendhaften Lebenswandel», sagt der Bekannte.
«Wo denkst du hin», murrt der Tugendbold. «Ich bin nur die Strafe für dieses Weibsstück!»
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