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Pour intégrer à son empire un petit bout d’île de 15 000 km2 peuplé d’environ 600 000 habitants, l’immense indonésie n’a pas hésité à livrer à Timor-est (ex-colonie portugaise) une guerre sauvage et sanguinaire. Il est vrai que tous les Timoriens n’étaient pas d’accord pour devenir citoyens indonésiens : le Fretilin (Front timorien de libération nationale) avait proclamé l’indépendance fin 1975 et ses troupes avaient presque aussitôt dû engager le combat contre les troupes de Djakarta qui avaient débarqué à Aili, la capitale, au début de décembre 1975.

Pour briser la résistance populaire, l’Indonésie eut recours au terrorisme et au génocide : destruction de villages, déplacements massifs de population, assassinats à grande échelle : aujourd’hui on estime qu’environ 100 000 personnes (soit le sixième de la population initiale) ont été « liquidées ». Devant cette terreur, une autre partie de la population s’enfuyait et rejoignait les zones contrôlées par le Fretilin et ses forces.

Exodes en tout genre, « regroupements » de populations, « Oradour » par centaines ne pouvaient que ruiner rapidement une économie encore presque entièrement agricole.

Aujourd’hui que l’annexion de Timor-est à l’Indonésie est une chose quasiment acquise (officiellement le territoire est devenu la province de Loro Sae), que la résistance du

Fretilin a presque disparu et que les survivants essayent de se refaire une vie normale, la famine a fait son apparition. Les autorités indonésiennes avaient tenté de cacher ce drame — dont elles sont responsables — comme elles interdisaient toute information sur l’île. Mais récemment, le 2 novembre, le ministre indonésien des Affaires étrangères, M. Mochtar, a reconnu les faits et accepté l’aide internationale.

On sait aujourd’hui, grâce à de nombreux témoignages — venant en particulier d’Australie et de quelques associations humanitaires — que la famine torture au moins la moitié de la population, que des centaines de personnes meurent de faim chaque jour et que 50 000 à 80 000 Timoriens sont menacés de mort à brève échéance. « C’est peut-être pire qu’au Cambodge », affirment certains.

Jusqu’à maintenant, l’aide internationale a été très faible : ignorance du monde extérieur et mauvaise volonté indonésienne se conjuguaient. Seule l’Australie a pu accorder une aide alimentaire un peu substantielle. Mais si rien n’est entrepris dans les prochaines semaines, un petit peuple, déjà décimé par une atroce guerre de conquête, risque de disparaître de la surface de la Terre. Ce serait, évidemment, de la place pour les conquérants indonésiens…

Christian RUDEL

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