C. Castoriadis: „Le contenu du socialisme“

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collection 10/18, No. 1331

Voici enfin paru le plus important volume de la série dans laquelle Castoriadis reproduit ses articles publiés pour la plupart d’abord dans la revue ‚Socialisme ou Barbarie!‘ Comme son titre l’indique, le présent recueil rassemble les textes où l’auteur expose sa conception du socialisme.

A ce propos, il est remarquable de le voir définir le socialisme, dès 1955, dans un sens qu’on peut sans hésiter qualifier d’autogestionnaire: ‚Le socialisme ne peut être ni le résultat fatal du développement historique, ni un viol de l’histoire par un parti de surhommes, ni l’application d’un programme découlant d’une théorie vraie en soi – mais le déclenchement de l’activité créatrice libre des masses opprimées, déclenchement que le développement historique rend possible, et que l’action d’un parti basé sur cette théorie peut énormément faciliter.‘ (p. 81) De même, en 1957, écrit-il: ‚Le socialisme, c’est l’autonomie, la direction consciente par les hommes eux-mêmes de leur vie.‘ (p. 107) Et en 1961 enfin: ‚Pour l’organisation révolutionnaire il n’y a qu’un seul critère, simple, qui détermine son attitude devant les luttes quotidiennes des ouvriers. Est-ce que cette forme particulière de lutte, cette forme particulière d’organisation, accroît ou diminue la participation des ouvriers, leur conscience, leur capacité de gérer leurs propres affaires, leur confiance en eux-mêmes?‘ (p. 257) Castoriadis n’a donc rien à retrancher à ses textes antérieurs ni à encourir le reproche de prendre le train en marche quand, en 1979, en préface à ce volume, il reprend à son compte le terme d’autogestion pour le définir de la manière suivante: ‚On peut, si l’on veut, appeler l’autogestion auto-organisation; mais auto-organisation de quoi? L’auto-organisation des conditions (socialement et historiquement héritées) dans lesquelles elle se déroule. Et ces conditions, conditions instituées, embrassent tout: les machines, les outils et les instruments de travail, mais tout aussi bien ses produits: son cadre, mais aussi bien les lieux de vie, à savoir l’habitat, et le rapport des deux: et bien entendu, aussi et surtout, ses sujets présents et futurs, les êtres humains, leur formation sociale, leur éducation au sens le plus profond du terme – leur paideia. Autogestion et auto-organisation, ou bien sont des vocables pour amuser le peuple – ou bien signifient exactement cela: l’auto-institution explicite (se sachant telle, élucidée tant que faire se peut) de la société.‘ (p. 24-25)

Castoriadis tire au contraire sa révérence aux mouvements appelés, dédaigneusement par les marxistes secondaires ou même marginaux: ‚Or, en fait, ce qui a été mis en cause par le mouvement des femmes et des jeunes, par l’immense mutation anthropologique qu’ils ont déclenchée, qui est en cours et dont il est impossible de prévoir le cours et les effets, est sociologiquement tout aussi important que ce que le mouvement ouvrier a mis en cause; en un sens même, davantage, car les structures de domination auxquelles ces mouvements se sont attaqués – la domination des mâles sur les femelles, l’asservissement des jeunes générations – précèdent historiquement, d’après tout ce que nous savons, l’instauration d’une division de la société en ‚classes‘ et s’enracinent très probablement dans des couches anthropologiquement plus profondes que la domination des uns sur le travail des autres.‘ (p.38)

Le seul regret que j’aie à formuler concerne le soubassement philosophique de la conception que Castoriadis a du socialisme. J’entends par là qu’il ne me semble pas expliciter suffisamment les postulats axiologiques qu’il met à la base. Or il pose des valeurs, il y en a ne serait-ce qu’en creux dans sa critique de l’alinération dans la société capitaliste (cf p. 94-101). Pourtant, dès qu’il s’agit d’exposer et de justifier ces valeurs, par exemple dans un chapitre pourtant intitulé ‚Les valeurs socialistes‘ (p. 245-252), il esquivé le véritable problème: ‚Nous n’essayons pas de produire arbitrairement une nouvelle éthique, ou une nouvelle métaphysique. Nous essayons de formuler des conclusions qui nous semblent découler inévitablement de la crise des valeurs de la société présente et des attitudes réelles des travailleurs aujourd’hui, aussi bien dans l’usine que dans la vie.‘ (p. 245) Castoriadis ne voit-il pas qu’en parlant de ‚crise de valeurs‘ il en présuppose déjà de nouvelles? Et puis, pense-t-il sérieusement que les valeurs socialistes découlent ‚inévitablement‘ du déclin des valeurs bourgeoises? Ne serait-ce pas là, pourtant, la négation même de son socialisme notoirement anti-mécaniste?

Ce qu’il faut bien voir, c’est l’accent que Castoriadis met sur l’aspect dynamique de l’accès à la société socialiste. A la différence de beaucoup de penseurs socialistes, il ne réfléchit pas seulement sur le socialisme qui sera un jour institué,

mais surtout sur le socialisme se faisant, s’instituant. Et le chemin qui mène à la société autogérée doit lui-même être en accord avec le terme qui est visé.

Castoriadis ne se contente pas cependant d’indiquer les grands principes d’une telle auto-institution de la société, il entreprend une description assez détaillée de la mise en oeuvre du socialisme. Concernant l’aspect politique, il dit que ‚le contenu de l’organisation socialiste de la société est tout d’abord la gestion ouvrière … La forme de la gestion ouvrière, l’institution capable de la réaliser, c’est le Conseil des travailleurs de l’entreprise. La gestion ouvrière signifie le pouvoir des Conseils d’entreprise et finalement, à l’échelle de la société entière, l’Assemblée centrale et le Gouvernement des Conseils.‘ (p.112) Les détails sur le fonctionnement concret de ces institutions se trouvent exposés dans les pages 112 – 123 et 181 – 213. L’auteur passe ensuite à la ‚Transformation du travail‘ aux pages 123 – 137, puis à ‚La gestion ouvrière de l’entreprise‘ aux pages 137 – 154. Enfin nous trouvons un long chapitre sur les rapports et l’importance relative du plan et du marché dans la société autogérée aux pages 154 – 176.

Il est clair que ‚la transformation de la société, l’instauration d’une société autonome implique un processus de mutation anthropologique‘ (p. 38) ainsi que ‚une transformation consciente de la technologie existante – de la technologie institutée – pour l’adapter aux besoins, aux souhaits, aux volontés des humains aussi bien comme producteurs que comme consommateurs.‘ (p. 24) Ces implications amènent Castoriadis à une critique du marxisme qui lui semble inapte à amorcer de telles mutations. En effet, ‚le caractère central et souverain de la production et de l’économie (et la réduction correspondante de toute la problématique sociale et politique) ne sont rien d’autre que les thèmes organisateurs de l’imaginaire dominant de l’époque (de Marx) (et de la nôtre): l’imaginaire capitaliste … La ‚réception‘, la pénétration du marxisme dans le mouvement ouvrier a été, en fait, la réintroduction (ou la résurgence) dans ce mouvement des principales significations imaginaires sociales

du capitalisme dont il avait essayé de se dégager dans la période précédente.‘ (p. 29-30) Cette imbrication dans le système social même qu’il entendait combattre a entraîné le marxisme à des accentuations déplacées: ‚attribuer dans le social un rôle de causalité première à l’économie me paraît faux. Comment peut-on parler ici de causalité? Je ne peux pas saisir l’économie comme facteur séparable du reste de la société, qui permettrait d’en faire la cause du ‚reste‘ – quel reste? Il est faux d’affirmer que l’invention de la machine à vapeur ait donné le capitalisme; parce qu’il faut que cette invention survienne dans une société où les conditions culturelles d’ensemble sont telles que des gens s’en saisissent pour faire du profit. Des inventions analogues ont été faites pendant l’Antiquité ou en Chine sans que le capitalisme n’en découle.‘ (p. 276-277) ‚La contestation de l’ordre établi, la lutte pour l’autonomie, la création de nouvelles formes de vie individuelle et collective envahissent et envahiront (conflictuellement et contradictoirement) toutes les sphères de la vie sociale. Et parmi ces sphères, il n’y en a aucune qui joue un rôle ‚déterminant‘, fût-ce ‚en dernière instance‘. L’idée même d’une telle ‚détermination‘ est un non-sens.‘ (p. 38-39).

De même se rend-il à mon avis la tâche trop facile en écrivant: ‚Et, pour de tels choix, absolument fondamentaux, il n’y a aucun critère ’scientifique‘ ou ‚objectif‘ qui vaille: le seul critère est le jugement de la collectivité elle-même sur ce qu’elle préfère, à partir de son expérience, de ses besoins et de ses désirs.‘ (p. 314) Certes, personne n’a le droit, en vertu de quelque science prétendument vraie en soi, d’imposer aux hommes des valeurs. Mais il faudrait que Castoriadis tire au clair sur la base de quels processus de réflexion et de décision la collectivité (qui est-ce au juste?) peut en venir à poser des choix dans une société qui se veut socialiste.

Ce problème du choix axiologique demanderait une élaboration explicite que Castoriadis a en partie commencée dans son maître ouvrage ‚L’institution imaginaire de la société‘, mais qu’il s’agirait de mener jusqu’au bout.

Hubert Hausemer

Francisco F. Claver:

Mehr Armut?

Die Armut drückt auf uns. Man könnte auch sagen: Der Wohlstand drückt. Denn das eine besteht nicht ohne das andere.

Der Wohlstand der Welt braucht nicht nur die Rohstoffe und Reserven auf, sondern sogar die Menschen selbst. Übertrieben? Zumindest nicht angesichts der enormen Armut der Dritten Welt und des Leidens, das der übermässigen Anhäufung von Wohlstand folgt. Ist es doch heute gar nicht mehr anders möglich, dass Menschen mehr haben und mehr sind, ohne dass andere weniger haben und weniger sind.

Eigentlich brauchen wir darum mehr Armut, nicht weniger.

Ich meine freilich nicht jene Entbehrung, die aus harter Ausbeutung, aus Gier und Machthunger hervorkommt. Diese Armut entwürdigt und entmündigt. Es geht um die Armut, von der Christus spricht: Teilen, gemeinsam haben, eigene Interessen zurücknehmen können. Armut, die alle menschlichen Gaben und Güter in den Dienst der anderen stellt. Diese Armut macht würdig und reich.

Nur solche Armut wird unsere taumelnde Welt retten und dem Reich Gottes den Weg bahnen: «Selig die Armen – Ihnen gehört das Gottesreich» (Lukas 6,20).

Francisco F. Claver 150
ist Bischof
von Malaybalay/Philippinen

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