En dehors des mécanismes officiels, …

aus: Le Monde, 29.12.1979

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En dehors des mécanismes
officiels, tout est possible, et les
filières louches prospèrent. Il
n’est pas si loin le temps où un
couple d’Anglais ramenait chez
lui, camouflé dans une boîte à
chaussures, un bébé trouvé dans
le ruisseau à Bozotia. Ceux à qui
on a refusé tout espoir par les
voies normales sont prêts à tout
et surtout à payer le prix fort.
La religieuse d’une ville du Midi,
qui procurait des bébés aban-
donnés à la naissance dans les
pays où une mère célibataire n’a
aucune chance de survie, agis-
sait « pour le salut de leur âme »,
certes, mais touchait 10 000
francs au passage, il y a sept
ans ! Qui ne se souvient de cet
avocat célèbre de Saigon qui fit
une fortune en trafiquant des
faux papiers pour exporter des
enfants vietnamiens ? Il jouit
dans le Midi d’une retraite méri-
tée et… dorée. Un homme de loi
libanais a fait parler de lui en
vendant 25 000 francs, en 1977,
des bébés recueillis par une crê-
che catholique de Beyrouth.
Récemment, enfin, un trafic
d’enfants a été découvert en
Indonésie qui procurait aux
Pays-Bas des orphelins vrais ou
faux pour 15 000 francs pièce.
Deux cents enfants ont pu ainsi
être vendus entre janvier et juil-
let 1979. Un homme seul, âgé et
fort riche vient de reconnaître

qu’il avait acheté en Inde
30 000 francs une petite fille de
sept ans.

Heureusement, ces scandales
éclatent assez vite. Mais quelque
sérieux que soient les organismes
autorisés d’adoption, quelques
strictes que soient les lois, les
contrôles et les modes de sélec-
tion, les risques et les abus res-
tent grands, même à l’intérieur
de ces barrières.

Est-on toujours sûr que
l’adoption par une famille occi-
dentale est pour l’enfant la seule
solution ? Au lieu d’aider la
mère à assumer son enfant, au
lieu de secourir la famille débor-
dée par une naissance supplé-
mentaire, on l’incite à le porter
jusqu’au bout puis à l’abandon-
ner car « il sera plus heureux
et plus riche en Europe ou en
Amérique ». Il faut savoir aussi
que les enfants cambodgiens
recueillis actuellement en Thai-
lande ne sont pas tous orphe-
lins. Aussi les autorités françaises
encouragent-elles actuellement le
parrainage et non l’adoption.

Il y a risqué lorsque, malgré
toutes les précautions dont on
s’entoure, on confie des enfants
à des gens incapables de leur
offrir un foyer. Un couple qui
avait une fille insiste pour avoir
un garçon, l’acceptant âgé de
plus de douze ans, précise-t-il.
C’est l’ultime entretien avec un

troisième psychiatre qui confirma
les soupçons : le mari était ho-
moséxuel.

Il y a risqué lorsque les rela-
tions et les influences parlent
plus fort que le bon sens et la
dignité. L’épouse d’un notable
provincial — dont le fils de huit
ans atteint d’une maladie incu-
rable n’a que six mois à vivre —
a demandé à adopter un enfant :
le mourant se sentait remplacé,
le nouveau allait voir mourir
dans le lit voisin le grand frère.
Les psychologues ont crié au
scandale, les enquêteurs s’y sont
formellement opposés : la jeune
femme a usé de ses influences,
de son nom, elle a obtenu un
Cambodgien de quatre ans…

Liliane Delwasse
in: Le Monde, 29/12/1979

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