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La plupart des textes publiés ces derniers temps par des instances officielles de l’Eglise sur des sujets concernant les hommes dans leur vie concrète, comme p.ex. sur la sexualité, n’atteignaient ni leur but ni leur public. Rédigés dans une langue de bois, incompréhensibles pour le commun des mortels, se contentant de répéter inlassablement les vieux principes et les formules surannées ou cachant de nouveaux points de vue dans des tournures soigneusement alambiquées, ces longs exposés
ne rencontraient qu’une indifférence générale.
Il est d’autant plus agréable d’accueillir un texte qui enfin n’est pas seulement lisible, mais s’occupe en plus des problèmes réels des gens et les aborde avec une authentique chaleur humaine et une intelligence libérée des traditionnels poncifs:
SEXUALITE ET VIE CHRETIENNE. Point de vue catholique, Edition du Centurion, Paris 1981
Commandé par la Commission sociale de l’Episcopat français ainsi que par la Commission épiscopale de la Famille, présenté par les deux évêques qui sont les présidents respectifs de ces commissions, ce texte a été élaboré par une équipe (!) de dix personnes qualifiées: prêtres, évêques, sociologues, médecins, psychologues et pédagogues, parmi lesquels trois femmes.
Ce texte ne "saurait être une parole définitive" (8), mais il se base résolument sur les "signes des temps nouveaux" (8) pour aller à la "recherche de la volonté de Dieu" (12). Mais comment reconnaître celle-ci? Selon les auteurs, elle "se manifeste implicitement chaque fois qu’une évolution des situations et des mentalités permet à l’homme de mieux se réaliser et de percevoir des valeurs que les générations précédentes n’avaient pas reconnues aussi clairement." (12) (Sa manifestation explicite se trouve dans les Écritures, la personne de Jésus et l’exemple de ce cernier). En voilà une perspective singulièrement stimulante et créatrice à laquelle on n’est guère habitué de la part des textes officiels.
Des trois parties du texte, je voudrais relever surtout les idées qui se rapportent au sujet de ce dossier sur les jeunes et la sexualité. La première partie s’intitule ‚Éléments de réflexion sur la sexualité humaine‘. Elle s’attache à l’élaboration d’une conception de la sexualité basée sur une vue globale de la personne humaine en tant que sexuée. Deux thèmes apparaissent ici qui me semblent nouveaux dans des textes officiels.
D’un côté, les auteurs mettent en garde devant les rôles et modèles sociaux qui gouvernent les manières de vivre la sexualité et ne doivent pas être pris pour des normes prétendument "naturelles". "La différence imposée par le sexe biologique est profondément marquée par des éléments d’ordre culturel tels que les modes, les représentations les devoirs mais aussi les pouvoirs." (19) Il faut se libérer de ces influences, qu’elles soient traditionnelles ou récentes. Les hommes et les femmes "sont partenaires égaux en dignité, droits et devoirs, et ne sauraient pour autant viser l’uniformité faute d’avoir pu reconnaître et assumer leurs différences respectives pour s’en enrichir." (19) Dans cet ordre d’idées, il faut surtout se rendre compte de l’évolution du mariage, dans lequel actuellement le couple est passé au premier plan. (Sur ces rapports entre la sexualité et la société, voir surtout les pages 29-33)
D’autre part, les auteurs présentent une philosophie du corps sexué qui en constitue une véritable réhabilitation par rapport à l’opinion catholique courante. Le corps n’est pas un pur moyen au service de la sexualité et du plaisir. Il est "ce par quoi la personne se rend présente à autrui et au monde en faisant apparaître par des gestes, des attitudes, les significations qu’elle veut suggérer. Il est donc tout entier … un langage." (21) Le langage corporel ne doit certes pas se substituer à la parole, nécessaire en effet pour s’expliquer réciproquement ses sentiments.
Les auteurs font aussi un sort au plaisir, qui n’est pas vu comme le but de l’échange sexuel, mais plutôt comme le "signe d’une croissance ou d’une confirmation dans la réalisation de soi-même." (26)
Communion et plaisir sont ordonnées à la créativité qui comporte deux dimensions: elle porte d’un côté sur le couple lui-même dans ses activités et engagements individuels ou collectifs comme dans
"Meine Söhne und Töchter, nehmt euch in acht: der Feind der Familie ist mitten unter euch!"
son dialogue, ses retrouvailles et sa fidélité; de l’autre elle aboutit à l’enfant. Dans ce contexte, les auteurs font montre d’une remarquable discrétion quant au problème des moyens anticonceptionnels. Loin de tomber dans les condamnations d’usage lancées contre certaines méthodes dites "artificielles", ils se contentent d’une mise en garde générale mais très actuelle et fondamentale: "Donner le jour à un enfant, c’est accepter qu’il échappe, d’une manière ou d’une autre, et de plus en plus tôt, au désir que les parents ont pu éprouver à son sujet en le concevant. Dans ces conditions, il est possible que la recherche d’une maîtrise totale de la fécondité traduise chez le couple une volonté de puissance incapable de faire place, dès l’origine, à cette part d’inconnu qui réside dans l’enfant à naître. On voudrait à ce point ‚programmer‘ le nombre, l’espacement et même si cela devenait réalisable, le sexe des enfants, qu’on finirait bel et bien par justifier tous les moyens pour y parvenir, y compris l’avortement." (28) Cette mentalité peut en plus avoir un retentissement sur les conjoints et le couple lui-même dans le sens d’un repli sur eux-mêmes.
La deuxième partie de l’ouvrage s’intitule ‚Sexualité, amour et mariage à la lumière de la Parole de Dieu‘. Quel contraste ici entre la première phrase de cette partie: "La Parole de Dieu n’a pas pour objet direct de dire ce que sont la sexualité humaine, l’amour, le mariage" (37) et la déclaration récente de Jean-Paul II, suivant laquelle l’Eglise est "éclairée par la foi qui lui fait connaître toute la vérité sur le bien précieux que sont le mariage et la famille et sur leur signification la plus profonde". (Exhortation Apostolique Familiaris Consortio, paragraphe 3)
Je renonce cependant à une présentation plus détaillée de cette partie pour parler plus longuement de la troisième, intitulée ‚L’existence humaine: une histoire d’amour‘, dans laquelle les auteurs se prononcent pour une série de problèmes actuels concrets, qui concernent aussi les jeunes.
Après avoir insisté sur le fait que l’intégration de la dimension sexuelle et plus particulièrement génitale, à la personnalité globale ne s’opère
pas d’un seul coup, mais progressivement, au prix de multiples efforts, et n’est d’ailleurs jamais achevée, les auteurs rappellent que la loi morale n’a pas de rôle oppressif dans cette évolution, mais celui d’une éducation à la liberté.
Comment toutefois juger les comportements sexuels quels critères sont à notre disposition à cet égard? Trois questions peuvent nous guider:
- Qui cherche quoi? Est-ce qu’il y a recherche de soi-même (narcissisme ou régression) ou de l’autre?
- Quelle part est faite à l’amour? Est-ce le désir qui prédomine et laisse à lui seul, risque de réduire l’autre à n’être qu’un objet. Ou bien l’autre est-il le but de la tendresse, d’un attachement purement affectif? Ou bien est-ce l’amour qui, intégrant le désir et la tendresse, recherche l’autre en tant qu’autre?
- Quelle place est faite à la créativité? Les partenaires sont-ils l’un pour l’autre un absolu, ou bien s’ouvrent-ils ensemble vers un au-delà d’eux-mêmes, vers l’enfant et la construction du monde?
Ces principes et critères posés, les auteurs abordent des problèmes concrets, dont la moitié concernent les jeunes qui se trouvent aujourd’hui dans une situation très difficile: jamais sans doute dans un texte officiel, cette situation n’a été vue avec autant de lucidité et de sollicitude à la fois : "Si l’âge du mariage n’a guère évolué, la puberté apparaît plus tôt; la période intermédiaire s’est donc allongée … mais qu’en faire? C’est là un vaste problème de société. Trois grandes évolutions interfèrent chez l’adolescent: une réelle incertitude quant à son image, à ses possibilités, à son statut, à sa vocation future qui doit évoluer vers des choix décisifs; une affectivité en plein développement mais qui ne sait encore ni en quoi ni en qui s’investir … d’où des hésitations, des régressions, des progressions, enfin une génitalité en pleine force, dont il faut maîtriser les pulsions afin de les subordonner à cette relation à autrui à autrui à l’intérieur de laquelle elles trouvent leur sens." (63-64)
Le premier problème à être discuté est celui de la masturbation. Elle est considérée comme "une étape fréquente du développement de la personne" (65) au cours de laquelle le jeune "prend conscience de sa génitalité" (65) à la suite de "difficultés à entrer en contact vrai" en particulier avec le sexe opposé. "L’intervention des éduca-
teurs devra être prudente"; elle ne sera donc pas "purement répressive" (65), mais "aidera (les jeunes) à surmonter les difficultés passagères pour accéder à une maturité qui les rende capables d’affronter la vérité des rencontres." (65) La masturbation n’est nocive, chez le jeune comme chez l’adulte, que si elle est devenue une habitude.
Il est ensuite question des relations sexuelles précoces, définies comme "des expériences avec des partenaires interchangeables sans aucune sorte de projet." (66) Fidèles à leur méthode, les auteurs cherchent d’abord à comprendre la signification de ce genre de conduite pour les jeunes : Pour les uns, elle correspond à une initiation qui les fait passer de l’adolescence à l’âge adulte, pour d’autres elle signifie une valorisation à leurs propres yeux; pour d’autres encore elle s’inscrit dans leur recherche d’une identité sexuelle et affective. Enfin, elle peut être un jalon dans leur quête de l’autonomie par rapport à leurs parents.
En ce sens "elle ne serait donc pas purement négative" (67) Pourtant, le jugement des auteurs est finalement négatif, car ce type de relations sexuelles leur semble en fin de compte présenter "des risques évidents d’échecs à terme" et cela, pour les raisons suivantes: En partie du fait de la formation reçue par les mass-média de nos jours "on passe plus vite aux actes; mais on court-circuite ainsi une maturation dont l’absence risque de se faire sentir très vite." (67) Cela entraîne en plus les jeunes à rompre plus facilement et à "renouveler des essais marqués chaque fois par une grande déception." (67) En troisième lieu, "puisque chacun des partenaires cherche d’abord une affirmation et une révélation de soi, il ne peut correspondre que difficilement aux attentes de l’autre." (68) A cela s’ajoute que "à terme il y a un risque de banalisation du plaisir au point de ne plus percevoir qu’il puisse avoir quelque lien avec un authentique dialogue au sein d’un véritable amour." (68) L’absence de projet ne laisse pas le temps indispensable à la maturation des personnes, à un véritable échange et une authentique reconnaissance réciproque.
Ce raisonnement peut certes être discuté, mais qu’il y en ait un, et non pas le bien célèbre dogmatisme moralisateur, c’est cela justement qui est si neuf dans ce texte.
Dans la conduite des relations sexuelles précoces les auteurs distinguent clairement les cohabitations juvéniles. Elles sont généralement plus tardives et il y "entre souvent … un réel projet de vie commune" (69) Là également, avant de prendre parti, les auteurs s’interrogent sur les motivations de ce genre de relations. Il y a ainsi les lois sur le divorce qui créent une mentalité telle que certains croient "qu’en matière de vie de couple, la liberté de chacun est la seule référence." (69) "Par ailleurs un grand nombre de personnes n’attendent plus du mariage une sécurité." (69) En plus, comme "on se choisit désormais plus librement" (69), une reconnaissance civile ou religieuse semble moins importante, d’autant plus que la célébration du mariage est souvent perçue comme n’étant qu’une récupération de la part de la société de consommation. Enfin à ces raisons plus spécifiques s’ajoutent la contestation de la société par les jeunes, l’absolutisation de la liberté individuelle et l’idée que le temps n’est pas un allié mais plutôt un "adversaire qui entraîne une dégradation de l’amour." (70)
„Die fehlenden Stücke befinden sich seit fast 2080 Jahren im Privatbesitz des Vatikanischen Museums.“
A. P. K. 1477
Zeichnung: Langer
Dans leur appréciation critique, les auteurs reconnaissent d’abord que ‚ce n’est donc pas pour des raisons visant à la jouissance débridée‘ (71) que ce phénomène de la cohabitation juvénile s’est répandu. Il n’empêche qu’à sa base ils trouvent certaines erreurs qu’ils entendent mettre en évidence. Ainsi pensent-ils qu’il y lie de ‚rétablir tout d’abord de justes rapports entre amour et institution.‘ (71) La société et ses institutions existent, les couples reçoivent beaucoup d’elles, ont besoin d’elles, en attendent d’ailleurs souvent une reconnaissance de leur projet; pourquoi ne pas alors faire le pas vers une institutionnalisation explicite de leurs relations?
Certes, beaucoup croient que ‚toute institution est contraire à la liberté.‘ (72) Cette conviction ne traduit-elle pas une certaine immaturité? La liberté n’a rien à craindre de l’institution. Celle-ci ’ne lie pas la liberté. Au contraire elle provoque les époux conscients de leurs limites à ne pas se dérober devant l’obstacle que constitue tôt ou tard le déception devant la distance entre l’amour rêvé et l’amour concret. Ils sont incités à surmonter leurs difficultés plutôt que d’entrer dans la ronde des expériences renouvelées.‘ (73)
De même, ‚le sacrement de mariage est cette parole efficace par laquelle deux conjoints nouent leurs destinées. Alors, des instants très divers qu’ils vont vivre l’un avec l’autre et l’un par l’autre, instants de plénitude de don, instants difficiles des heures de doutes, de souffrance, voire d’infidélité, naîtra progressivement une histoire sensée.‘ (74)
Certes, ‚les conditions de vie actuelles rendent difficile à des jeunes couples la pleine compréhension de ce langage.‘ (74) Le seul moyen vraiment efficace est alors celui des témoignages. Il faut donc organiser des dialogues et relations entre jeunes couples et couples plus anciens.
Les auteurs abordent ensuite le problème si délicat de l‘homosexualité. Ils cherchent à tenir compte des situations si différentes qui peuvent se trouver et doivent conduire ‚à une écoute et à un accompagnement différenciés.‘ (75) Pour eux ‚la conduite exclusivement homosexuelle est signe d’une certaine incapacité à affronter la différence dans le domaine de la sexualité.‘ (75) Cette conception peut être considérée comme discutable, il reste qu’il y a une argumentation, et non pas condamnation morale dogmatique. Il y a à l’arrière-plan du jugement une certaine conception de l’homme et de sa sexualité (exposée dans les premières parties du livre) qu’on peut ne pas partager; il reste que cette position repose sur des raisons, et non pas sur une décision de principe qui serait à prendre ou à laisser.
D’ailleurs dans leur ‚appréciation pastorale‘ les auteurs plaident pour une rectification des attitudes pratiques des chrétiens, qui sont appelés à ’se montrer plus accueillants pour les personnes homosexuelles‘ (76), ne serait-ce qu’en vertu des ‚attitudes du Christ à l’égard des personnes marginalisées par les ‚biens pensants‘ de son temps.‘ (76) Enfin, ’si quelqu’un condamne son frère homosexuel, ce peut être une façon de masquer des difficultés le plus souvent inconscientes au détriment de la lucidité sur soi-même et du respect de l’autre. Pas plus que quiconque, la personne homosexuelle n’a à être jugée sur son seul comportement sexuel.‘ (77)
Les auteurs passent ensuite en revue d’autres situations encore, dont le célibat qui, ‚bien assumé‘ (80) conduit à une ‚fécondité autre que charnelle‘ (81), une autonomie et disponibilité impossibles aux personnes mariées. Ils n’oublient pas le célibat non choisi et la ‚misère affective‘ qui souvent l’accompagne. Après des considérations sur le veuvage, les personnes séparées, le troisième âge et les situations aléatoires, les auteurs terminent sur la prostitution (‚Il ne faut … pas porter le même jugement sur les personnes prostituées, les conditions de vie qui les conduisent à cette servitude et les structures qui en organisent l’exploitation.‘ 91-92), la pornographie (qui est définie comme ‚l’exploitation commerciale de la génitalité par l’écrit ou les moyens audio-visuels‘ 93) et pour finir les déviations sexuelles.
Dans leur conclusion les auteurs rappellent les changements révolutionnaires que la sexualité a subis dans notre société depuis le début du siècle (dissociation entre sexualité et reproduction; libération de la femme; priorité du couple). Leur réponse consiste à proposer de considérer la sexualité comme un langage qui doit être appris et maîtrisé, qui doit être intégré dans la personnalité de chacun et atteint à la maturité dans la mesure où ‚les conditions d’une responsabilité totale et définitive à l’égard de l’autre ont été réalisés.‘ (101)
Telles sont les positions prises dans ce document qui possède un caractère officiel indéniable. Ces positions peuvent être discutées, je le répète, mais c’est cela qui en constitue l’originalité. Les auteurs ne dogmatisent ni ne moralisent. Ils argumentent après avoir analysé et exprimé leur sollicitude. C’est cela qui est nouveau et correspond à une démarche d’Eglise qui me paraît seule adéquate à la mission et au caractère propre donnés par Jésus à ceux qui se rassemblent en son nom.
Hubert Hausemer
EIN kleines Mädchen hat nichts als Unsinn im Kopf, als die fromme Mutter am Abend mit ihm beten und ihm wie immer ein Kreuzzeichen auf die Stirn machen will. «Bist du aber böse heute», sagt die Mutter, «das mußst du beichten!»
«Wie soll man sowas beichten?» fragt sich das Mädchen am nächsten Tag und holt sich aus dem Bücherregal der Mutter einen alten Beichtspiegel. Es blättert und blättert, und schließlich hat es das richtige gefunden: Ich habe Kindersegen verhütet.
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