Animation socio-culturelle
Au-delà de la culture institutionalisée
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Au-delà de la culture institutionnalisée
Dans le cadre de la discussion sur la culture institutionnalisée au Luxembourg, il me paraît important d’insister, dans quelques lignes sur le rapport qu’elle entretient avec l’animation culturelle. Toutes deux font partie du domaine de la culture, même si ce statut n’est pas encore unanimement accordé à cette dernière. Ainsi, je crois qu’il s’avère utile de relever par la suite son rôle social et sa fonction culturelle face au grand public et surtout à la culture en soi.
La réduction du temps de travail d’une part, l’augmentation du niveau de vie d’autre part ont modifié la conception de la dichotomie travail/loisir (1): la sacralisation du travail est mise en question, l’apport des loisirs à la vie quotidienne est mise en exergue. L’homme contemporain jouit dans notre société contrairement à ses aïeux de plus de temps et de moyens d’être, de découvrir, d’apprendre, d’acculturer. Au cours des dernières décennies un renversement fondamental des valeurs traditionnelles de la vie s’est produit. Les sociologues distinguent à l’intérieur de la structuration des loisirs trois aspects interactionnels: le délassement, le divertissement et surtout le développement ou l’accomplissement de soi-même.
La discussion sur l’animation socio-culturelle se concentre prioritairement sur ce troisième aspect: participer par l’intelligence, l’imagination, le corps et la sensibilité à la culture, à la vie sociale. L’épanouissement personnel dans les loisirs constitue une étape importante pour se sentir plus à l’aise dans sa sphère privée, en dehors du processus de travail. Le divertissement et le délassement ne suffiraient-ils pas en soi à atteindre cette finalité? En principe non, puisque si leurs rôles psycho-physiologique ne peuvent être niés, leur fonction socio-pédagogique semble tout de même assez limitée et sans grande défense face aux problèmes de banalisation, de normalisation ou de dépersonnalisation que l’individu doit affronter quotidiennement. Par le délassement et le divertissement, la société industrialisée, mécanisée, ne représentant que les intérêts liés au rendement, n’est nullement mise en question. Par une certaine organisation passive et purement consommatrice, les contradictions risquent même d’être perçues comme immuables. Seul l’individu informé et persuadé de pouvoir s’accomplir par un emploi approprié des loisirs est capable d’affronter cette aliénation.
C’est certainement dans ce contexte que se situe l’animation socio-culturelle. Pierre Besnard, sociologue, délimite le champ de l’animation socio-culturelle comme suit: "Idée généreuse, concept, méthode, voire système, l’animation socio-culturelle représente une tentative pour relier les individus et la création, pour favoriser une diffusion élargie des oeuvres, pour faciliter l’expression des besoins et innovations culturelles indi-
La Croix, 25/6/1983
viduelles ou de groupes, et permettre même l’expression et la reconnaissance des cultures populaires et des cultures dominées."
Ainsi l’animation socio-culturelle porte donc tant sur le domaine éducatif que sur le domaine social. En tenant compte de ces différentes dimensions, l’animation socio-culturelle joue surtout un rôle compensateur là où l’éducation, l’instruction, la culture et la socialisation ont échoué.
Au Luxembourg, c’est surtout l’animation socio-culturelle centrée sur les enfants qui a pris son plein essor ces dernières années et qui pourrait nous montrer la marche à suivre. Ciné-Clubs, théâtres, musique, sports … font actuellement partie intégrante du monde enfantin. Plus que toute autre catégorie d’âge, les enfants sont exposés au problème du temps libre mentionné plus haut. Leur socialisation ne se réalisant que partiellement à l’école, les jeunes consacrent la majorité de leur temps libre à la famille, aux amis. Plus que l’adulte, l’enfant est soumis actuellement à une pression des techniques et des sciences. Le jeune individu n’est pas un adulte en réduction, ses facultés d’attention et d’adaptation sont en train de se développer, ses défenses contre l’aliénation extérieure sont réduites. À la suite des travaux de Wallon, de Piaget et de Freud, la psychologie de l’enfant constitue un domaine pour soi. Il est aujourd’hui admis, que les enfants forment d’un point de vue socio-culturel un groupe ayant ses caractéristiques propres.
Dans cet esprit des organisations telles MUSEP, LASEP, KIFIKA ou autres ont fait leurs preuves; même si leurs ambitions limitées ne leur permettent que difficilement de sortir définitivement de l’anonymat.
Par ailleurs, la culture de l’enfance nous a démontré que nous ferions bien de ne plus limiter la notion de la culture institutionnalisée à la conservation des oeuvres d’art, de documents ou de patrimoines pour une élite minoritaire. Essayons, dorénavant, de faire vivre, danser, chanter et rendre émouvantes ces mêmes oeuvres par une animation culturelle appropriée profitable à la collectivité toute entière.
Carlo Welfring
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