Histoire de l’émigration

Témoignage

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Cet article, relatant la longue histoire d’émigration des capverdiens, est la contribution d’une jeune femme capverdienne (20 ans), qui vit depuis une dizaine d’années au Luxembourg. Elle a fait ses études chez nous et exerce aujourd’hui le métier de coiffeuse. A part le portugais et le français elle parle couramment le luxembourgeois.

L’émigration vers les Amériques

Le premier courant de l’émigration capverdienne date de la fin du 17e siècle vers l’Amérique du Nord.

Mais avant cela, vers 1602, les Portugais chassaient la baleine aux côtes de Baia (Brésil) et du Cap-Vert. Cette tâche fut reprise plus tard par les Anglais et les Hollandais qui payaient une cotisation aux Portugais. Tout porte donc à croire, que les Cap-Verdiens ont commencé à émigrer vers le Brésil aux environs de 1700, que ce soit clandestinement ou légalement.

Les Cap-Verdiens ont ce qu’on appelle le goût de l’aventure, mais la sécheresse est l’un des facteurs influents et de grand poids, qui cause le départ des citoyens cap-verdiens.

Entre 1900 et 1920, 74,2% des émigrés se sont dirigés vers les Amériques (Nord et Sud).

Vers la moitié du XIXe siècle, il y avait beaucoup de bateaux à vapeur, se dirigeant vers l’Amérique du Sud, les Etats-Unis, l’Afrique Orientale, qui faisaient escale au port de S.Vicente, où l’on avait installé en 1850, un dépôt de charbon. Mais les Cap-Verdiens n’étaient pas attirés par la vapeur et restaient fidèles aux voiliers. Les voiliers avaient une longue tradition. L’émigré cap-verdien donnait une nette préférence à ce moyen de transport, puisque même si le bateau était américain, il y avait dans l’équipage (du capitaine, contre-maître au simple marin) des Cap-Verdiens.

Mais il y avait d’autres raisons qui faisaient les Cap-Verdiens se pencher vers les voiliers: le coût des passages permettant ainsi aux plus pauvres d’émigrer; l’appui apporté par les membres de l’équipage aux clandestins; quand les fiscalisations sur les ports étaient difficiles, les bateaux restaient sur voiles.

Par contre, les bateaux à vapeur appartenant aux organisations puissantes, devaient maintenir une certaine discipline et n’offraient aucun avantage aux clandestins. Quand les clandestins étaient découverts, ils étaient jetés en prison et remis aux

agents des ports de destination.

Entre 1927 et 1930, les statistiques accusent le départ de 980 Cap-Verdiens vers le Brésil et l’Argentine. C’est sans compter les clandestins.

L’émigration vers la Guinée et Dakar

L’émigration vers la Guinée-Bissao est très ancienne. Vers le XVIe siècle, les agents de commerce servaient d’intermédiaires aux armateurs européens dans les négociations avec les populations. La canne à sucre a été cultivée et introduite en Guinée par les Cap-Verdiens qui sont émigrés vers 1863-1866 (date d’une des grandes famines). Ils possédaient la pratique et la connaissance de la transformation: canne/eau-de-vie/sucre. La plupart se sont fixés à Farim, Cacheu, Bananto, etc. …

L’émigration vers le Dakar date du début de 1900 avec 17,5% des émigrés.

L’émigration vers l’Europe

L’émigration des Cap-Verdiens vers l’Europe a commencé vers 1950. La plupart sont partis comme marins ou clandestins. Beaucoup d’entre eux se servaient du Portugal, du Dakar ou de la Gambie comme "point de départ". Au Dakar, c’étaient les compatriotes (déjà installés) qui s’occupaient des passeports, des billets et des visas. A partir de là, ils prenaient des bateaux ou des avions vers l’Europe.

Le Portugal continue (et continuera) à être le pays préféré des émigrants cap-verdiens. Entre 1946 et 1952, les statistiques indiquent 57,5% vers le Portugal suivi de la Guinée et des Etats-Unis. Beaucoup de Cap-Verdiens y venaient à la recherche de travail et parfois prenaient la place des Portugais partis pour des pays plus "riches". Le voyage se faisait plus par bateaux que par avions. Les prix des bateaux étant moins coûteux permettaient

DOSSIER

également aux plus pauvres de voyager. Dans les années de crise ou de sécheresse, il était plus facile d’obtenir un passeport au Cap-Vert qu’au Portugal. Ne trouvant pas de travail, l’émigré partait encore à l’aventure vers un autre pays (Espagne, France, Hollande ou Luxembourg).

La France a accueilli beaucoup de Cap-Verdiens à partir des années 50. Mais nombreux aussi sont ceux qui ont dû retourner au Portugal sans avoir mis les pieds en France. En effet, ceux qui y venaient sans visas et qui rencontraient des agents sévères ou racistes (Espagnols ou Français) ne descendaient même pas du train. Beaucoup ont tenté leur chance plusieurs fois avant de réussir à obtenir un visa et enfin un carte de séjour. La plupart ont trouvé du travail dans des fabriques. Les premiers Cap-Verdiens se sont installés en Moselle.

Parmi les pays européens, les Pays-Bas (excepté le Portugal) est celui qui compte le plus de Cap-Verdiens. Dans les années 60, beaucoup d’émigrés s’y trouvaient déjà.

Nombreux sont ceux qui se sont mariés avec des Néerlandaises et possédaient même des pensions de famille. Ceux-ci aidaient les autres Cap-Verdiens qui cherchaient du travail. La plupart s’est penchée vers la marine, et beaucoup d’entre eux y ont laissé leur vie. Beaucoup de Cap-Verdiens se sont rendus aux Pays-Bas par bateau à partir du port de S. Vicente. Les bateaux grecs qui faisaient escale dans le port étaient les plus connus. Certains s’engagaient comme marins, d’autres voyageaient clandestinement. D’autres encore, s’y rendaient comme nous venons de le voir, à partir du Portugal ou de la France et s’y fixaient s’ils trouvaient un travail.

Rosalina

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