Regards sur… le Népal
aus: "Dictionnaire de géopolitique"
Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.
Royaume du Népal. 140 797 km2, 19 360 000 hab. (1991). Capitale: Katmandou. La géopolitique népalaise s’inscrit dans le cadre géographique extraordinaire qu’est l’Himalaya central. Entre les marges de la plaine du Gange et les passes qui conduisent au plateau tibétain au travers de la plus haute chaîne du monde, le Népal offre par excellence l’image d’un Etat enclavé, point de rencontre entre deux grandes civilisations, tampon entre ces deux grandes puissances asiatiques que sont l’Inde et la Chine.
Le seul Etat qui soit officiellement hindou
La structure de la chaîne himalayenne organise pour l’essentiel la distribution du peuplement. Au sud, les basses plaines marécageuses du Terai, où vivent les
Tharus, conduisent à deux chaînes moyennes, Siwalik, vers 2000 m, puis Mahabharat, vers 3000 m. Au centre, bassins et vallées concentrent la plus grande part de la population népalaise, rurale à 90%: Tamang, Rai et Limbu de l’est, Newar du bassin de Katmandou, Gurung et Magar de l’Ouest, entre autres. Au nord, terre des Bhotes (au rang desquels les célèbres Sherpa), le Grand Himalaya culmine à plus de 8000 m (mont Everest: 8848 m). L’emprise de ces ethnies considérées comme autochtones est ancienne: les Newar sont attestés dès le IXe siècle, et connurent un brillant apogée au XIIIe siècle. Mais ces peuples de famille linguistique tibéto-birmane n’ont jamais constitué, dans un cadre physique compartimenté, un Népal uni. Cette fragmentation du milieu montagnard favorisa la visée d’immigrants hindous, qui fuyaient parfois l’épanouissement de l’islam indien. Des chefs raipur issus du Rajasthan se consti-
tuèrent ainsi de multiples principautés, finalement réunies par le raja de Gorkha, fondateur en 1769 de l’Etat népalais ainsi que d’une dynastie – les Shah – qui règne encore aujourd’hui.
De cette filiation indienne, le Népal doit d’être aujourd’hui le seul Etat au monde officiellement hindou. Le bouddhisme lamaïque est pourtant encore présent, souvent sous des formes syncrétiques (alors que l’autre royaume himalayen, le Bhoutan, est bien, lui, un Etat bouddhiste). On relève aussi une minorité musulmane.
De la montée du mouvement démocratique à la reconnaissance du multipartisme
A la dynastie royale fut adjointe de 1846 à 1951 une autre dynastie, celle des Premiers ministres, issus de la famille Rana. Ces véritables maîtres du Népal définirent une politique extérieure fondée sur une double ligne: bonne entente avec la puissance britannique (que symbolise l’envoi continu de mercenaires de valeur, les Gurkha), mais aussi maintien d’un isolement maximal. Pareil régime ne survécu guère à l’accès de l’Inde à l’indépendance: en 1951, le roi Tribhuvana Bir Bikram Shah appela au pouvoir le parti du Congrès népalais, et en 1959, il octroya une Constitution qui mettait en place un régime parlementaire tempéré par les pouvoirs d’exception impartis au souverain. En 1962, le roi Mahendra Bir Bikram Shah usa de ses pouvoirs d’exception et proclama une nouvelle Constitution instaurant un régime fondé sur des conseils (panchayat) élus en dehors d’étiquettes partisanes, alors même que les partis politiques, non reconnus, existaient de fait.
Cette expérience se prolongea, non sans tensions, jusqu’en 1990, quand le mouvement démocratique s’amplifia, répression aidant, en des temps difficiles. En effet, faute de voir renouvelé l’accord commercial conclu avec le Népal en 1950, l’Inde, son voisin et son partenaire économique majeur, lui imposa un véritable blocus, qui dura de mars 1989 à août 1990. La mauvaise humeur indienne ne traduisait pas de
seules aspirations économiques. Le Népal, qui entend maintenir une politique d’équilibre entre ses deux voisins, acheta en 1988 des armes à la Chine. Voilà qui alourdit un contentieux déjà ouvert par les tensions ethniques du Nord-Est indien: en Assam, les immigrants népalais, nombreux dans les plantations de thé, sont parfois mal perçus par les régionalistes, tandis qu’au Nord du Bengale, la montée du mouvement du Gorkhaland, lancé par les Népalais d’origine, attisait la suspicion des gouvernements de Calcutta et de New Delhi. Les Népalais, pour leur part, n’avaient guère apprécié l’absorption de leur voisin, le petit royaume himalayen du Sikkim, par l’Inde en 1975. La diaspora népalaise se heurte à d’autres difficultés au Bhoutan, où la politique nationaliste du régime chasse vers le Népal oriental – via l’Inde – des milliers de réfugiés.
Dans un Népal ouvert dès les années 50 vers l’extérieur (par le biais du tourisme international entre autre), et l’influence indienne aidant, le mouvement démocratique l’emporta, coalisant deux tendances, le Congrès népalais et le Front de gauche qui regroupe de multiples groupes marxistes-lénistes: le Népal se
Carlo Schmitz
trouve bien entre l’Inde et la Chine. Une Constitution reconnaissant les partis fut mise en place en novembre 1990. Aux élections qui suivirent, en mai 1991, le Congrès l’emporta. Le Premier ministre Girija Prasad Koirala prôna une politique économique libérale, alors même que le Népal connaissait depuis 1990 une rude inflation. La gauche communiste (un tiers des sièges) dénonça évidemment ce choix.
Membre de l’Association de coopération régionale de l’Asie du Sud ou South Asia Association of Re-
Regional Cooperation (SAARC), le Népal s’inscrit ainsi de plus en plus dans le contexte international contemporain. La méfiance envers une Inde toujours soupçonnée d’intentions hégémoniques lui fait rechercher des partenaires multiples (Japon, Allemagne, organismes internationaux), alors même que les relations avec son grand voisin du Sud ont été régularisées après la crise de 1990.
Ex: "Dictionnaire de Géopolitique", Yves Lacoste, Flammarion
Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.
Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!