Rendez-vous manqué avec la jeunesse

Le roman "Sinus Cosinus" de Cathy Clement

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Il y a deux ans à peine, une jeune fille de seize ans, Cathy Clement, publiait son premier roman intitulé «Alëng». Fidèle à l’esprit du temps et en bataille contre tous (surtout envers soi-même), cette lycéenne y brossait le portrait crû d’une jeunesse désenchantée entre amours impossibles et déboires familiaux. Le fait que le livre est un véritable roman-à-clé sur une certaine province luxembourgeoise ajoutait certainement à son statut de bestseller national qui a désormais déjà atteint sa quatrième édition.

Avec «Sinus Cosinus» la jeune auteur récidive avec une autre jeunesse vécue par une jeune fille. Elle s’appelle Mélissa, Lis pour ses potes, et le livre est en fait le journal tenu par cette fille de seize ans. Cette forme littéraire a depuis des lustres servi aux confessions diverses et «Sinus Cosinus» n’échappe pas à la règle. Lis ne vit pas facilement et elle semble accumuler tous les problèmes imaginables pour une adolescente de son âge. Boulimique, cancre au lycée, Lis a un père alcoolique et une mère dominatrice aux allures de chimère déchaînée. Le cocon familial n’offre donc guère de réconfort. L’unique façon de donner un sens à cette vie aigrie sont des relations avec le sexe opposé. Mais là aussi n’espérons pas trop pour notre héroïne! Au début c’est Jim qui semble lui donner ce qu’elle attend de l’amour. Jim a dix-neuf ans, mais on ne sait pas beaucoup de lui, sauf qu’il fait un enfant à sa petite amie et que plus tard il part comme volontaire à l’armée. Suivent

alors deux autres amours tout aussi abortifs (au sens large du terme!).

Pour compléter ce portrait noir d’une jeunesse au désespoir, Clement fait naturellement sombrer son personnage central dans la drogue, en passant par le végétalo-culinaire (il y a même les noix muscat…) aux drogues «hard» en l’espace de quelques jours. Ajoutez à ce cocktail grisant une forte dose de tendances suicidaires et voilà l’oeuvre terminée! Mais miraculeusement Lis sait se libérer tout aussi facilement du piège tendu par les drogues et à la fin elle peut envisager son futur «clean» avec un certain optimisme.

Mais le problème principal avec «Sinus Cosinus» sous-titré «E Roman fir Jonker» est le style. Si au premier coup avec «Alëng» on pardonnait encore le style brut employé par la jeune auteur, Clement retombe dans le piège. Certes, le langage des jeunes est marqué par l’esprit du temps et il s’exprime par un argot riche en injures et en gros mots, aussi en langue luxembourgeoise. Mais il me semble que chez Clement cela devienne bien vite un acte gratuit qui ne fait que s’aborder le livre. Loin de tout effet choquant recherché, c’est au mieux banal et au pire franchement ridicule.

Ce qui agace certainement dans «Sinus Cosinus», c’est la naïveté déconcertante avec laquelle Lis expose sa vision du monde et surtout de la condition des jeunes. Plaignant son propre sort, Lis ne fait qu’énumérer des clichés. J’attends

des opinions plus fondées des jeunes, que beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs, et ceci surtout quand j’ai à faire à des gens «publiés»: Le passage suivant est assez significatif en ce sens:

Wat ech mech nëmme froen, as dat: Mir hu jo sou gutt Ministären (de l’Education, de la Famille, de la Jeunesse, de la Culture … a wéi se alleguer heeschen), firwat brénge si et nët fäerdeg, deene Jonken ze hëllefen? Firwat kréie si déck Paien, wa se dach näischt futéieren? Firwat organiséiere se nët mol Theater oder Kabarä, Kino oder Museksowenter fir déi Jonk mat Problemer? Ménger Meenung no maache si léiwer hir Guckelcher zou, wa se ee Problem gesinn, nom Motto: Spills de mam Dreck, da gës de dreckeg. Lëtzebuerg, dat «Paradies», et kéint eent sin, hätten d’Leit méi Versteesdemech an Hëllefsbereitschaft! (Sinus Cosinus p.98)

Non, on aurait voulu lire autre chose que ces généralités ennuyeuses et mille fois reprises. Si la jeunesse est la révolte et aussi une certaine idée du mal de vivre, nous attendons bien autre chose d’un roman écrit par un jeune auteur. N’est pas un Werther flamboyant qui le veut (ou qui est présenté comme tel par son éditeur)!

Marie-Jo DECKER

Cathy Clement, Sinus Cosinus – Roman fir Jonker, Op der Lay 1998, ISBN 2-87967-055-1

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