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Le berceau du flamenco est l’Andalousie, le sud de l’Espagne avec ses centres bien connus tels Cadix, Cordoue et Seville, qui de par sa position géographique, aux confins de l’Orient et de l’Occident, sera au fil des siècles une terre d’accueil pour d’innombrables civilisations. Sous l’influence des gitans, considérés non pas comme les créateurs mais comme les restaurateurs du flamenco, ce «syncrétisme culturel»(1; p.12) donnera naissance à une nouvelle forme d’expression, le flamenco en l’occurrence, pratiquée dans un premier temps dans la marginalité et la clandestinité, mais qui vers la fin du 18e siècle ne tardera pas à rejoindre le devant de la scène. Les éléments de base du «triptyque flamenco»(2; p.33) sont le chant, el cante, la danse, el baile et la guitare, el toque.

Le chant

Dans leur introduction au flamenco(1), Jean-Marie Lemogodeuc et Francisco Moyano distinguent entre:

  • les chants primitifs, qui regroupent les tonas, les siguiriyas, les soleares et les tangos;

  • le fandango;

  • les chants flamenquisés, dont l’origine est très diverse (p.ex. rumbas, guajiras).

Tous ces chants peuvent être catégorisés selon des critères très divers: la nature du rythme, binaire ou ternaire, l’accompagnement musical, avec ou sans guitare, la nature du chant, plaintif ou joyeux, et la nature des vers, qui est fonction du nombre de syllabes. Du point de vue du rythme, par exemple, les soleares sont des chants ternaires, plus difficiles à réaliser par le débutant, alors que le tango est un chant binaire et par conséquent plus facile à réaliser par le futur flamenquiste. Pour ce qui est de la nature du chant, les tonas, les soleares et les siguiriyas sont des chants plaintifs, alors que le tango est un chant de fête. Le fandango est aussi un chant

Porté à l’échelle mondiale par Paco de Lucia et Joaquin Cortés, le flamenco ne cesse de trouver toujours plus d’adeptes. Phénomène éphémère pour les uns, art initiatique pour les autres, le flamenco, au-delà de son côté spectaculaire, exprime aussi une manière d’être.

ternaire qui comprend d’une part le fandango grande, la forme supérieure de ce chant, très libre dans l’interprétation, sur lequel on ne peut pas danser, et son pendant populaire, au rythme plus marqué et sur lequel on peut danser par conséquent. Pour ces trois catégories de chant il existe d’innombrables chants dérivés qui font que la classification reste affaire de spécialiste, du flamencologue en l’occurrence. Ce qu’il importe de savoir est le fait que le chant flamenco est à l’origine un chant intuitif, «né du peuple, pratiqué par le peuple»(1; p.4), transmis

(1): Le Flamenco. coll. Que sais-je?
Jean-Marie Lemogodeuc,
Francisco Moyano

(2): Georges Hilaire: Initiation «Flamenca».
Editions du Tambourinaire/ Paris

(3): anda: Zeitschrift für Flamenco. Nr. 16/97 und Nr.17/97.
Maximilianstrasse 17, D-48147 Münster

de bouche à oreille lors des soirées intimes dans le patio de la maison ou de la taverne du village et que c’est un chant qui se refuse à toute abstraction, car «plus la notation sera rigoureuse, moins la siguiriya sera authentique»(2; p.13).

Toute la richesse de l’héritage se manifeste dans le chant, le cante grande, et l’histoire de Camaron de la isla, véritable légende du chant flamenco, est une bonne illustration du cri de révolte sous-jacent à l’émergence du flamenco. Camaron de la isla (1950-1992), dont l’itinéraire rappelle étrangement celui d’Elvis Presley, a posé de nouveaux repères dans l’interprétation du cante grande. De son vrai nom José Monje Cruz, Camaron de la isla, appelé ainsi pour ses cheveux blonds malgré son origine gitane, a fait une carrière météorique, qui portera le chant flamenco au-delà des limites de son pays. Sa voix déchirée, très inspirée, lui permettra de travailler avec les plus grands de son métier. D’origine modeste, Camaron de la isla ne cessera de répéter de son vivant que pour bien chanter le flamenco il faut avoir connu la pauvreté.

La danse

La danse est de par son côté spectaculaire l’élément le plus populaire du flamenco. Elle ne tardera pas à rejoindre le chant pour égayer les fêtes des Andalous. A ses débuts la danse flamenco est une danse réservée exclusivement aux femmes. Sa conception est par conséquent très orientale et très expressive. Dans un article paru récemment dans le journal «anda»(16/97), revue spécialisée de flamenco, Iris Brikey, qui dirige une école de danse pour flamenco et kathak à Braunschweig, a montré qu’il existe des similitudes entre la vieille danse indienne, le kathak, et le flamenco, surtout au niveau des mouvements de rotation du corps et des gestes des mains (voir image).

L’impressionnant travail des pieds, le zapateo, du mot espagnol «zapata» qui signifie soulier, caractéristique essentielle du flamenco actuel, est pratiqué dans un premier temps exclusivement par les hommes. L’outil de travail du zapateado est une paire de souliers, renforcés par des clous au talon et à la pointe et avec laquelle on peut réaliser, par alternance ou dédoublement du talon et/ou de la pointe, toutes les configurations rythmiques possibles. Grâce à la danseuse Carmen Amaya (1913-1963) la technique des pieds sera intégrée progressivement dans la danse des femmes. La danse flamenco présentera donc dorénavant des éléments masculins et

féminins. D’aucuns n’hésitent pas à parler de balayage émotif, voire d’outil de rééquilibrage lorsqu’ils prônent les bienfaits du flamenco. Les aspects féminins et masculins de la danse, la remobilisation du corps en général, le fait que l’acte flamenco malgré ses apparences reste un acte individuel, «le groupe n’est là que pour soutenir la passion d’un être en quête de sa vérité»(1; p.5), tous ces éléments font du flamenco une danse, un moyen d’expression hors du commun.

Dernier élément de la danse, le jeu des mains, las palmas, est à l’encontre du jeu des castagnettes un élément authentique du flamenco. Deux sortes de frappe sont possibles: la frappe plus claire, palmas claras, sur la paume de la main, et la frappe étouffée, palmas sordas, dans le creux de la main.

La guitare

Le jeu de la guitare dans ses débuts n’est pas un jeu virtuose. Le tocaor, le joueur de guitare flamenco, veut tout simplement accompagner le chant et la danse en lui conférant un support rythmique. Cette effervescence de rythmes est entrecoupée de falsetas, de petites lignes mélodiques, où le joueur de guitare peut dévoiler tout son art.

Marco Garcia

Depuis cinq ans un groupe de danse flamenco, sous la direction de Marco Garcia, fonctionne ici à Luxembourg. Marco Garcia a suivi diverses formations en Espagne (Cadix, Granada et Madrid) et à Bruxelles. En 1997, dans le cadre de l’Année européenne contre le racisme, il participe à la Master class donnée par Joaquin Cortés à Madrid. Actuellement Marco Garcia dispose d’une troupe d’africanes bien rodée, désireux de se spécialiser dans la danse flamenco, et qui après 1996 présentera cette année-ci à nouveau un spectacle de danse flamenco le 17 et le 18 juin au Théâtre des Capucins. Ce spectacle aura comme tête d’affiche des prestations solo de «La Gisa», danseuse invitée pour l’occasion, et de Marco Garcia bien sûr, et des prestations de groupe par les membres du groupe de danse. L’ensemble sera accompagné à la guitare par Martin Pantalacci et à la flûte par Pit Vinandy. La partie chant sera assurée par Francisco Orozco.

N’hésitez pas, laissez-vous tenter par le duende!

Jean-Paul Barthel

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