A propos du dossier „Vom Kinderschutz zur Familienhilfe“ …

Courrier des lecteurs

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"Vom Kinderschutz zur Familienhilfe" …

Courrier des lecteurs

C’est avec beaucoup d’intérêt, mais aussi avec un certain étonnement que nous avons lu le dossier "Vom Kinderschutz zur Familienhilfe" (forum n° 191, avril 1999) et nous nous proposons de réagir à certains points énoncés dans ce dossier.

La position de M. Seligmann a attiré notre attention quand il affirme que "l’aide suprême que nous devons donner à l’enfant maltraité passe par l’aide donnée aux parents afin que l’enfant puisse retrouver la fierté d’appartenir à une lignée et que les parents retrouvent les forces et les réactions nécessaires pour aimer sans violence leur enfant", et que face à la maltraitance notre "système de protection sociale s’avère peu cohérent (…) mal organisé et (qu‘) il existe peu de travail en réseau" (p. 34 et 31). Nous partageons cette idée de l’aide à donner aux enfants ET à leurs parents (et elle revient dans plusieurs contributions du dossier) qui va à contre-courant d’une pratique qui revient -malheureusement- à opposer enfants (victimes) et parents (bourreaux).

Une telle position pourra permettre, nous l’espérons, d’entendre dans chaque personne, quels que soient les actes commis ou subis, un sujet qui cherche à s’exprimer… Il est très dangereux de réduire un être humain à un statut, fût-ce celui de victime ou de bourreau.

indem eine Notunterbringung empfohlen wird." On peut se demander qui peut avoir intérêt à de telles pratiques. Et surtout comment il est possible (est-ce vraiment le cas ?) qu’un placement d’urgence devient automatiquement et nécessairement un placement judiciaire ?

De notre côté, nous avons trouvé d’autres considérations dans ce même livre blanc.

Ainsi "pour les professionnels agissant dans les secteurs médico-sociaux, le placement des enfants dans un centre d’accueil reste une des dernières solutions à envisager." (p. 104). Ou encore : "Ils n’ont que leur force de conviction pour convaincre les parents à mettre volontairement leurs enfants dans un centre d’accueil. Cependant le concept "Heem" a encore une trop grande connotation négative chez les parents et dans la société, car associé à l’image de mauvais parents totalement incapables de s’occuper de leurs enfants, enfants retirés de la mauvaise famille. D’où le faible taux de placements volontaires." (p. 104). Voilà une autre ébauche de réponse à la question posée et qui nous semble fort intéressante. En effet, elle se base sur l’image négative, la connotation négative du "Heem". Nous pensons cependant que le placement en centre d’accueil ne doit pas être la dernière solution à envisager ni qu’il faudrait commencer par concevoir, comme cela est affirmé dans le livre blanc, p. 104, une solution alternative qui se situerait entre les centres d’accueil et les internats socio-familiaux actuels.

Il faudra par contre interroger cette image négative des centres d’accueil qui semble prévaloir aussi chez des professionnels du secteur social, sinon on ne pourrait comprendre qu’un centre d’accueil est pour beaucoup de ces professionnels "la dernière solution à envisager".

Nous pensons qu’il faudra réfléchir beaucoup plus profondément à la question de savoir pour quels enfants, pour quelles situations de détresse le placement en centre d’accueil est indiqué et peut offrir une réelle chance pour les familles. Il existe des situations où une séparation temporaire entre un enfant et ses parents/sa

Le travail dans les institutions n’est guère mentionné dans le dossier et l’institution "Kannerheem" n’est présentée que de manière négative…

La question de savoir pour quelles raisons les placements judiciaires constituent plus de 80% de tous les placements institutionnels, est une question intéressante qui mérite d’être étudiée en profondeur. L’ébauche de réponse donnée par K. Brandhorst et M. Achten en page 37 n’est guère précise. En référence au livre blanc mentionné dans le texte, il est affirmé que "um die Wartelisten, die bei freiwilligen Unterbringungen berücksichtigt werden müssen, zu umgehen, wird oft der richterliche Weg gewählt,

famille est nécessaire, afin de permettre à l’enfant de vivre, et peut offrir une chance pour les uns et les autres. Et il est possible de mettre en place le cadre d’une telle séparation, sans que les parents ou la famille en soient réduits à n’être que coupables, mauvais, incapables. La question de la responsabilité, voire de l’autorité parentale reste à être posée ici même. Nous pensons qu’il n’est pas sain qu’en cas de placement judiciaire d’un enfant l’autorité parentale soit automatiquement transférée sur les responsables de l’institution et qu’il vaut la peine de proposer un changement de l’article 11 de la loi sur la protection de la jeunesse. Et cette question de l’indication est à poser, à discuter avec toutes les instances concernées et elle ne peut se faire que s’il existe ce réseau évoqué par M. Seligmann. Qui dit réseau dit offre plurielle de structures de soins qui tienne compte des particularités des enfants et de leurs familles et qui pose la question de l’indication de l’une ou de l’autre structure de soins. Voilà une optique toute différente de celle qui établit une hiérarchie entre de les différentes structures qui seraient toutes préventives des dernières solutions à envisager, à savoir les centres d’accueil, mais aussi les centres socio-éducatifs, voire la prison. Nous estimons qu’il faut approfondir la notion de réseau si nous voulons réellement être et rester au service des enfants et de leurs familles qui font d’une manière ou d’une autre appel à ces structures.

Et c’est à cette condition que " les centres d’accueil…pourraient se spécialiser encore plus dans le domaine des enfants ayant des troubles spécifiques " (livre blanc p. 105) non compatibles avec des projets alternatifs. Sinon, le risque est grand de retrouver, au niveau de nouvelles structures "alternatives " à créer, exactement les mêmes difficultés que celles aujourd’hui rencontrées au niveau des structures existantes. A cela il faut ajouter que ce n’est que dans la mesure où il existe une offre plurielle et de qualité de structures d’accueil et de soins que les juges ne seront plus dans la situation difficile de devoir prendre des mesures purement judiciaires, alors qu’il y a manifestement indication de mesure de soins, mais qu’il n’y a pas de structures adéquates.

Un autre point à reconsidérer dans ce contexte concerne la procédure des demandes d’admission dans un centre d’accueil. Actuellement, la CNAP, qui est le bureau par lequel doit transiter toute demande, exige que les parents introduisent leur demande non pas en leur propre nom, mais par l’intermédiaire d’un " demandeur pro-

fessionnel ". De cette manière, les parents sont déresponsabilisés (et les centres d’accueil sont forcément présentés et vus de manière négative), alors qu’il faudrait au contraire les encourager à prendre pleinement leurs responsabilités parentales et qu’ils puissent soutenir eux-mêmes leur propre démarche. Il n’est pas vrai que tous les parents en seraient incapables ni qu’ils refuseraient de prendre leurs responsabilités.

3.

Nous avons constaté avec étonnement que le travail dans les institutions n’est guère mentionné dans tout le dossier et que l’institution " Kannerheem " n’est présentée que de manière négative, ce qui risque, nous semble-t-il, de renforcer les préjugés négatifs évoqués plus haut.

Certains concepts, qui reviennent souvent dans les différents articles du dossier, ne sont pas définis de manière précise, comme par exemple celui de " Familienarbeit ". Par contre ce même concept est opposé au travail institutionnel (cf. le titre d’un article : Intensive Familienarbeit als Alternative zur Heimeinweisung).

Nous voulons affirmer qu’un bon travail en institution est possible, que la " Heimerziehung " n’est pas et n’a pas à devenir " la dernière solution à envisager " du secteur social.

Un bon travail en institution se fait concrètement et réellement et pas seulement comme un produit du hasard. Ce travail de qualité se fait au niveau du travail éducatif, du travail social, du travail avec les familles, … Bien sûr, tout n’est pas parfait et le plus grand danger qui

Nous voulons affirmer qu’un bon travail en institution est possible. La "Heimerziehung" n’est pas à considérer comme "la dernière solution à envisager" du secteur social.

guette toute institution, c’est qu’elle se croit toute-puissante dans un travail de maternage total.

Le dialogue entre les différents partenaires est important, voire nécessaire. Il repose toutefois sur une condition sine qua non qui est le refus de quelque accusation (Schuldzuweisung) unilatérale. La controverse, le débat contradictoire, voilà par contre ce que nous avons à apprendre.

4.

Le changement de paradigme de la protection (Schutz) vers l’aide (Hilfe) est une question importante qui ne peut être réduite à une question de structures alternatives par rapport à la pratique actuelle. La question se pose au sein même de chaque structure et de chaque pratique. Un changement de mentalités est nécessaire, en tant que processus en profondeur. Il ne suffit pas de créer de nouvelles structures ni de changer le nom des pratiques actuelles. Il faudra faire un travail de réflexion sur la place que les professionnels ont à occuper face à leurs clients. En plus, nous posons la question de savoir si ce ne sont pas le contrôle et l’aide qui sont inconciliables, plutôt que la protection et l’aide.

Il ne peut être question de protéger des enfants contre leurs parents, mais bien contre des actes qu’ils ont subis ou qu’ils risquent de subir. Ainsi la protection peut devenir un acte de solidarité et n’est plus nécessairement un acte de délation ou une mesure de contrôle social.

Nous ne sommes pas sûrs, comme il est dit dans l’article "Repression statt Hilfe?", p. 43, que la notion de protection ne constitue pas de base suffisante pour influencer positivement les projets de vie de la personne indigente (bedürftig) ou qu’il ne constitue pas de concept reconnu (fundiert) dans les sciences sociales, et nous pensons qu’il vaut la peine de réfléchir beaucoup plus en profondeur sur ces concepts de protection, d’aide, de contrôle social.

5.

Nous posons quelques questions et formulons quelques propositions.

  • Où sont les possibilités et les limites du travail institutionnel (Heimerziehung), mais aussi du travail des secteurs médico-sociaux et des structures alternatives ? Essayons de ne pas retomber dans la même erreur qu’il y a quelques années à propos du placement familial, qui fut présenté par d’aucuns comme LA solution alternative au

placement traditionnel en institution. Aujourd’hui, il apparaît clairement qu’un placement familial peut être indiqué dans certaines situations, mais qu’un placement en centre d’accueil peut l’être dans d’autres. Et la question du travail avec les familles est à réfléchir d’abord à l’intérieur des structures existantes.

  • Aujourd’hui il s’agit d’offrir une palette de structures différentes et complémentaires permettant de choisir une solution en fonction de la situation singulière d’un enfant au lieu de procéder par élimination (en fonction des images que se font les professionnels des différents types de structures).

  • Il nous semble qu’il n’est pas raisonnable de lancer de nouveaux projets, comme le programme "families first", sans parallèlement consolider et spécialiser les structures existantes et sans renforcer la collaboration entre ces structures, afin de pouvoir accueillir et offrir soins et aides adaptées à ces enfants et à leurs familles qui ne pourront profiter de ces nouvelles structures ou qui y seront confrontés à un échec. Nous souhaitons que ne se reproduise pas ce qui s’est passé à propos de la "maltraitance" (et donc aussi de l’abus sexuel), où il n’a pas été possible de créer assez de structures d’aide adéquates pour toutes les personnes qui sont venues frapper aux portes des services d’aide, à partir du moment où il a été admis qu’il est important de pouvoir en parler…

  • Et enfin, les spécificités et les différences entre les institutions dans notre pays n’apparaissent guère à travers tout le dossier. Il nous semble indispensable de trouver un lieu pour les articuler. Et nous nous rallions à la conclusion de M. Seligmann qui souhaite que les institutions luxembourgeoises dépassent les batailles de clocher, se mettent à réfléchir ensemble, mettent fin au gaspillage et innovent dans la mise en place de structures d’aide adaptées aux nécessités réelles et fonctionnant en réseau. Les Maisons d’Enfants de l’Etat sont prêtes à ce type de collaboration et ont déjà soumis aux autorités des projets allant dans ce sens. Qui dit travail en réseau dit qu’il n’y a pas un modèle unique, qu’il n’y a pas une seule façon de procéder, et que la sérénité est une condition nécessaire à ce travail.

Pour les Maisons d’Enfants de l’Etat:

Ginette CONRAD (assistante sociale),

Simone LORANG (assistante sociale),

Roland MULLER (assistant social),

Jean PIRSCH (directeur),

René SCHMIT (psychologue),

Marie-Jeanne SCHMITT (assistante sociale)

N’est-ce pas le contrôle et l’aide qui sont inconciliables, plutôt que la protection et l’aide?

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