„Dieu le veut!“?

Les croisades, voie de salut ou désastre religieux?

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“ Dieu le veut ! ” C’est par ce cri enthousiaste que les chevaliers auraient répondu, le 27 novembre 1095, à l’appel à la croisade du pape Urbain II à Clermont. Les chroniqueurs sont unanimes : l’enthousiasme fut immédiat et général, non seulement à Clermont, mais aussi lors de la vaste tournée de propagande qui mena le pape dans toute la France méridionale, ainsi que dans des régions où son message fut relayé par des prédicateurs, comme la France du nord, la Lotharingie, l’Allemagne du sud ou l’Italie. Malgré ses retentissants échecs, la croisade resta omniprésente dans les esprits médiévaux, des projets de Jean l’Aveugle au XIVe à ceux de Philippe le Bon au XVe siècle, sans oublier la fameuse invective de Jeanne d’Arc au duc de Bourgogne, reprenant exactement le raisonnement d’Urbain II en 1095 : “ et s’il vous plaît à guerroyer, allez sus les Sarrasins ”.

Et si la croisade a fini par passer de mode, à la fin du XVIIe siècle, ce n’est pas qu’elle fût positivement rejetée, mais simplement dépassée par l’évolution des structures politiques en Europe et les guerres nationales qui en découlèrent. Or, celles-ci héritèrent en partie de la puissance émotive qui engendra la guerre sainte au XIe siècle. Et celle-ci, justement reconnue depuis le Siècle des Lumières comme un monument d’intolérance et de fanatisme, reste tristement d’actualité.

Comment peut-on expliquer à la lumière des recherches les plus récentes cette guerre sainte qui mobilisa tant d’énergies en Occident et suscita à son tour, en Orient, une violente réaction avec la relance du jihad islamique ? Loin de la fascination ou de la réprobation qui caractérise le discours des historiens anciens et parfois encore contemporains, les analystes récents tentent de saisir le contexte historique, les motivations des instigateurs et des participants à la croisade, l’ampleur des torts causés, les éventuelles critiques de l’époque. Ceci dans un seul but : mesurer le phénomène des croisades à l’aune de leur temps, seule mesure permettant un jugement fondé

d’un fait historique extrêmement complexe. Or, il est évident qu’en quelques lignes, on ne saurait faire le tour d’un sujet aussi délicat, où se rejoignent la grande Histoire et les motivations individuelles, l’histoire événementielle et celle des mentalités, l’histoire militaire et celle de la spiritualité.

La croisade : un pèlerinage en armes

Le terme de “ croisade ” n’apparaissant que vers 1250, il n’est pas aisé de s’entendre sur le sens de cette notion globalisante. Si l’on s’en tient aux premières croisades dirigées vers la Terre Sainte, la terminologie généralement utilisée par les contemporains est révélatrice du double caractère de la croisade : l’expédition elle-même est désignée de “ voyage de Jérusalem ” ou “ chemin du Saint-Sépulcre ”, les participants de personnes “ marquées de la croix ” ou de “ soldats du Christ ”. La croisade est donc un pèlerinage, mais une peregrinatio d’un type spécifique, puisque placée sous le signe des armes, de la lutte contre l’Infidèle, de la reconquête ou de la défense des terres

chrétiennes. Tout comme les moines qui sont d’ailleurs depuis le haut moyen âge communément désignés par le même terme de “ chevaliers du Christ ”, les croisés luttent pour le salut de la chrétienté ; mais leurs armes sont celles des laïcs, de la chevalerie dont la fonction guerrière s’en trouve ainsi valorisée par l’Eglise. Tout comme les moines et les pèlerins, les “ chevaliers du Christ ” sont liés par un vœu irrémissible, le vœu de croisade, et bénéficient de la protection de l’Eglise et de la rémission des péchés. Les chroniqueurs les comparent au peuple élu, lié par un contrat vassalique envers le Seigneur. L’iconographie médiévale les montre guidés par le Christ, qui aurait lui-même encouragé les croisades par la voix du pape.

Ainsi définies, les croisades pour la libération du tombeau du Christ doivent être situées dans une tradition chrétienne séculaire : celle du pèlerinage qui lave des péchés. Dès le IVe siècle, le pèlerinage à Jérusalem apparaît dans les sources : Jérusalem étant le centre du monde chrétien, le désir de voir les lieux historiques où le Christ a vécu, a été supplicié et enterré, se comprend aisément. La

progression spectaculaire du culte de la Croix au début du Xe siècle, les témoignages de plus en plus nombreux de pèlerins se rendant en masse au tombeau du Christ aux Xe-XIe siècles montrent que, déjà un siècle avant le départ des croisés, le chemin de Jérusalem s’est imposé comme le pèlerinage par excellence. Ce d’autant plus que la dynastie musulmane des Fatimides qui domine la Terre Sainte, loin d’être intolérante, laisse entière liberté de circulation aux pèlerins chrétiens en échange d’une modeste redevance. Ainsi, en 1054, l’évêque de Cambrai aurait rejoint Jérusalem avec plus de 3000 pèlerins. Ainsi aussi, le comte de Luxembourg Conrad qui, dans une guerre territoriale, avait rudement malmené son rival l’archevêque de Trèves, dut faire le voyage du Saint-Sépulcre pour échapper aux foudres de l’Eglise ; il y laissa d’ailleurs sa vie, en 1086, sur le chemin du retour de Jérusalem.

Ces exemples choisis parmi d’autres montrent que l’une des composantes essentielles des croisades – élément que nous avons tendance à méconnaître – s’est imposée dès avant la date fatidique de 1095 : l’idée que tout chrétien pouvait mériter son salut en rejoignant les lieux saints n’est en aucune manière nouvelle au moment où le pape prononce le sermon de Clermont-Ferrand.

Il faut également nuancer l’originalité de la seconde caractéristique des croisades, celle de la lutte armée contre les musulmans. Au moment où s’engage la première croisade, l’Espagne, conquise au VIIe siècle par les musulmans, est depuis longtemps le théâtre d’opérations de reconquête par les chrétiens. Une véritable “première version” des croisades a lieu en Aragon aux Xe et XIe siècles, où les rois recrutent avec l’aide du pape des milliers de chevaliers français poussés autant par le zèle religieux que par le désir de conquérir des terres. Aux yeux d’Urbain II, la Reconquista de l’Espagne et celle de la Terre Sainte faisaient d’ailleurs partie d’un même projet. Tout comme le pape, les moines de la grande abbaye bourguignonne de Cluny – dont Urbain II était d’ailleurs issu – usaient de leur prestige considérable dans la chrétienté d’Occident pour s’investir dans les deux projets.

Par ailleurs, l’idée de faire appel à des mercenaires occidentaux pour la lutte contre les Turcs seldjoukides, qui avaient balayé le pouvoir fatimide en terre sainte pour se montrer de plus en plus menaçant jusqu’aux portes de Constantinople s’était depuis un certain temps établie dans l’Empire byzantin. L’appel à l’aide lancé en mars 1095 par l’empereur Alexis Ier Comnène auprès d’Urbain II n’avait en soi rien d’extraordinaire, mais permettait au pape de donner au voyage en Terre Sainte cet aspect de lutte commune de la chrétienté d’Occident et d’Orient contre les mécréants.

Les croisades pour la libération du tombeau du Christ doivent être situées dans une tradition chrétienne séculaire : celle du pèlerinage qui lave des péchés.

Enfin, la suite des événements confirme que l’idée de croisade ne peut se réduire aux expéditions en Terre Sainte. Les croisades contre les ennemis extérieurs, les musulmans, les slaves païens ou les mongols, et intérieurs, les hérétiques (catha-

res, bogomiles, hussites) ou les ennemis du pape, comme l’empereur Frédéric II, montrent que l’Eglise catholique a depuis le Bas Empire changé son attitude devant la violence : d’abord interdite, puis méprisée mais tolérée, la guerre devint louable lorsqu’elle s’exerçait au bénéfice de l’Eglise et sous la direction de la papauté. C’est ainsi que les croisades pouvaient être rangées sous ce concept de la “guerre juste”, élaboré par des penseurs chrétiens aux IVe et Ve siècles : menée par une autorité légale, le pape, elles répondaient à une cause juste, l’invasion de la Terre Sainte par les païens, et poursuivaient un but honnête puisqu’elles étaient guidées par l’amour divin. De la “guerre juste” à la “guerre sainte” il n’y a qu’un pas : les deux notions découlent du principe que la violence n’est moralement pas mauvaise en soi. Elle peut même revêtir une valeur morale positive si le contexte politique – ici la défense de la chrétienté sous l’autorité du pape – la rend nécessaire. La guerre sainte suppose donc une Eglise fortement imbriquée dans les structures politiques, une Eglise telle que les papes de la deuxième partie du moyen âge tentent de l’imposer : ce n’est pas un hasard si le mouvement des croisades a connu son apogée à partir de la fin du XIIe siècle, au moment où les papes s’impo-

Le septième sceau (Ingmar Bergman, 1957)

sent peu à peu dans la lutte contre le pouvoir temporel pour la domination du monde chrétien.

Les croisades, une anti-guerre en Occident

Pour bien expliquer les motivations des croisés, la recherche met aujourd’hui l’accent sur les causes religieuses, reléguant au second plan les causes économiques, démographiques ou politiques au sens strict. On a ainsi récemment insisté sur le fait que, du moins en ce qui concerne la première croisade en Terre Sainte, les convoitises des croisés – l’espoir des avantages matériels – sont surtout nées sur place, et n’étaient pas données d’avance. La preuve en est que les croisés entendaient bien rentrer en Occident, leur vœu de pèlerinage étant réalisé, comme l’indiquent les actes de vente conclus avant leur départ. La première croisade n’a donc à l’origine rien d’une tentative d’invasion de la Terre Sainte, d’une gigantesque opération de pillage. Ce ne sont que les déviations et les échecs ultérieurs qui ont fini par donner aux croisades cette image négative. Et encore, nous l’avons dit, l’idée de croisade resta fortement implantée dans les mentalités jusqu’à la fin du moyen âge au moins.

Pour bien saisir le succès des premières croisades, il faut se rappeler que la société chrétienne des XIe et XIIe siècles était très fortement marquée par la peur de la damnation perpétuelle et donc par l’effort de rachat du salut éternel. La société médiévale a cette caractéristique qu’elle subit la double domination de l’Eglise, et donc d’un message de paix et de charité, et celle des guerriers et donc de la violence. Il en découle pour les laïcs ce que nous concevons actuellement comme une contradiction interne, d’autant plus marquée que ces deux catégories sociales et juridiques étaient fortement imbriquées : leur ascension sociale et politique passait souvent par la voie du péché, alors que la voie du salut des âmes imposait des actions religieuses. Aux yeux des chrétiens du moyen âge, cette contradiction n’en est pas une ; elle explique que les croisés assistent pieusement à la messe après avoir provoqué un bain de sang lors de la prise de Jérusalem, qu’un seigneur

gneur ayant accumulé des actes de violence tout au long de sa vie finit ses jours au monastère. Elle explique aussi qu’on a faussement pu désigner de "fanatisme religieux" des croisés ce qui se définirait mieux comme une certaine disposition à un message religieux. Il est évident que surtout dans ses excès et dans ses déviations – tels le massacre des Juifs en Rhénanie ou le sac de Constantinople – cette voie vers le salut dégénéra en action d’intolérance et laisse aujourd’hui un arrière-goût de fanatisme religieux.

La société médiévale a cette caractéristique qu’elle subit la double domination de l’Eglise, et donc d’un message de paix et de charité, et celle des guerriers et donc de la violence.

Au XIe siècle, l’Eglise soucieuse d’étendre son emprise sur l’ordre des chevaliers et le pouvoir temporel en général – mouvement qu’on a désigné de "libération de l’Eglise" de la domination des laïcs – tente d’imposer sa vue d’une société chrétienne. Les mouvements de paix lancés en grande pompe et qui deviennent de véritables institutions, bannissent la guerre de nombreux jours du calendrier, en particulier des fêtes religieuses, et protègent certaines personnes – les gens d’Eglise, les femmes, les enfants et les commerçants – de la violence exercée par les princes dans le cadre de leur politique territoriale. Les croisades constituent pour ainsi dire le prolongement de ce mouvement de paix : elles permettent aux chevaliers d’aller se battre ailleurs, en dehors de cette zone de paix que devrait constituer la chrétienté d’Occident. Guerre en Orient, la croisade ne serait donc rien d’autre qu’une paix pour l’Occident. Ce message est inhérent à l’ensemble des croisades. On le trouve déjà lors du concile de Clermont de 1095 qui, avant d’être celui de croisade, était celui du mouvement de paix sur lequel portent la majorité de ses décisions. Puis dans les écrits de saint Bernard qui, au XIIe siècle, divise la chevalerie en deux groupes: les bons, les croisés, au

service de l’Eglise, et les mauvais qui exercent leur fonction guerrière en Occident. Enfin à la fin du moyen âge, à la cour de Philippe le Bon duc de Bourgogne, lui aussi gagné par l’idée de croisade, qui propose à ses membres de la prestigieuse Toison d’Or le même choix: le choix entre le Bien et le Mal, les mauvais chevaliers étant ceux qui ne suivent pas le vœu de croisade du duc.

Car il faut bien se rendre compte qu’au fil des temps et malgré échecs et critiques, l’idée de croisade est devenue un élément fédérateur de la chevalerie nationale aussi bien que supranationale. Aux XIVe et XVe siècles, le bon chevalier se doit d’accomplir son errance à la recherche du salut, de la quête de l’absolu. Comme Godefroid de Bouillon devenu l’un des mythes de la chevalerie, le preux chevalier est à la recherche des prouesses individuelles. Les expéditions contre l’Infidèle lui donnent l’occasion de mettre à l’épreuve sa prouesse au service de l’Eglise. Cette cause et cet idéal sont ceux de toute la chrétienté, d’où le caractère supranational de la croisade. C’est ainsi que les chevaliers d’Europe occidentale se retrouvent chaque hiver dans les pays baltes, où ils assistent l’Ordre teutonique dans son combat contre les païens en Lituanie. Parallèlement, l’idée de croisade est aussi utilisée par les grands princes pour se rallier la noblesse de leur pays dans une action commune et sous leur direction. Au fur et à mesure que le mouvement de croisade est récupéré par les princes laïques, celle-ci devient aussi un thème d’intégration "nationale", comme par exemple à la cour de Bourgogne.

Des critiques ponctuelles

La croisade n’a donc nullement décliné à la fin du moyen âge, même si des voix critiques ne manquent de s’élever dès la fin du XIe siècle. Mais les premières critiques ne touchent pas au fond du problème. Ce ne sont pas les massacres dont les croisés se sont rendus coupables en Terre Sainte – allant même jusqu’à tuer des chrétiens lors de la prise de Jérusalem – ou les pleurs des musulmans terrifiés devant tant de violences et d’intolérance qui ont engendré les critiques de plus en plus âpres à l’égard

des croisades, mais bien leurs échecs successifs et le détournement des croisades de leur but primitif. En ce sens, le point culminant fut évidemment atteint avec la quatrième croisade qui, pour des raisons matérielles, fut détournée vers Constantinople et aboutit au sac d’une ville sainte qui fit douter de l’intégrité des chefs croisés.

En général, les critiques concernent la présence d’éléments troublants dans les rangs croisés, comme les non-combatants, les faux prédicateurs ou les femmes de mauvaises moeurs. Elles dénoncent la cupidité des croisés, leur orgueil ou leur immoralité. Elles s’en prennent aux vœux non accomplis des grands princes, aux impôts de croisade levés par l’Eglise et l’Etat et qui n’aboutissent à aucune action concrète. Elles s’érigent enfin contre le détournement des croisades vers des régions qui n’ont aucun lien avec le centre de la chrétienté. Mais une mise en question de l’idée même de croisade ne transparaît guère clairement derrière ces critiques : tout au plus a-t-on vu dans l’échec des plus prestigieuses – comme celles de saint Louis – un signe d’un soutien de Dieu moins évident que les messages pontificaux ne voulaient le faire croire.

Les critiques les plus virulentes et substantielles provenaient des minorités que l’on appellerait aujourd’hui "pacifistes", les Cathares et les Vaudois, qui furent eux-mêmes la cible de croisades, ou de certains auteurs isolés. Ainsi le grand penseur dominicain Humbert de Romans, qui, dans un rapport rédigé pour le concile de Lyon en 1274, se fait l’écho de voix discordantes : " Certains critiques disent qu’il est contraire à la religion chrétienne de répandre le sang, fût-ce celui d’infidèles, car le Christ n’agissait pas ainsi … D’autres disent que nous devons nous défendre contre les Sarrasins s’ils nous attaquent, mais non pas attaquer leurs terres ou leur personne s’ils nous laissent en paix… D’autres disent que ce n’est pas la volonté de Dieu que d’en user ainsi avec les Sarrasins, si l’on en juge par les échecs qu’il a laissé et laisse encore essuyer aux chrétiens engagés dans cette lutte … ". Globalement pourtant, l’état actuel de nos sources ne permet pas de soutenir que la thèse selon laquelle le salut ne vient pas par l’épée

et que la violence est contraire à la religion chrétienne était largement répandue au moyen âge. Encore faudrait-il savoir évaluer dans quelle mesure les critiques ont vraiment eu voix au chapitre.

D’un aperçu bien fragmentaire, on retiendra surtout que les croisades ne se laissent pas réduire aux simples ambitions politiques ou matérielles ou à la lutte séculaire entre l’Orient et l’Occident. Elles touchent aussi et surtout au coeur religieux de la société médiévale, rempli des peurs et des passions liées à la quête du salut, un phénomène qui se prête très mal à toute tentative de jugement de valeur. Reste que, en dehors du malheur concret et humain engendré lors des luttes entre religions, la pire des

conséquences fut ce sentiment de haine qu’elle contribua à ancrer durablement entre Occident et Orient. Car la guerre, fût-elle sacrée, engendre la guerre, avec le résultat qu’on connaît.

Michel Margue

Enseignant d’histoire médiévale au CunLux et à l’ULB

Bibliographie sommaire :

Georges TATE, L’Orient des croisades, Paris, 1991 (Découvertes Gallimard, 129)

Jean FLORI, 1095-1099. La première croisade. L’Occident chrétien contre l’Islam, Bruxelles, 1992

Henri PLATELLE, Les croisades, s.l., 1994 (Bibliothèque d’histoire du christianisme, 33)

Jonathan RILEY-SMITH, Atlas des croisades, Paris, 1996

The Crusades (Cecil B. DeMille, 1935)

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