„L’art africain contemporain“ existe-t-il ?

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La 8e édition de la Biennale de l’art africain contemporain, Dak’Art, a eu lieu du 9 mai au 9 juin 2008 à Dakar, au Sénégal. Depuis sa création en 1994, Dak’Art n’a cessé de prendre de l’envergure et est devenu un des événements culturels majeurs en Afrique. Dak’Art est désormais la plus importante manifestation consacrée à l’art plastique contemporain « africain », un véritable lieu de rencontre de projets artistiques qui participent à la promotion des artistes africains sur le plan international, à l’instar de la Dokumenta de Kassel ou de la Biennale de La Havane.

Luc Reuter

Quelle définition pour « l’art africain » ?

La définition d’« art africain contemporain » est sujet à discussion et à débat lors de chaque édition de Dak’Art, tout comme la question de l’identité de l’art « africain » et des artistes « africains ». Quand parle-t-on d’« art africain » ? Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre, qu’une création est considérée comme « africaine » ? Art « africain » par rapport à art « non africain » ? Art « africain » considéré comme une catégorie d’art ou une sous-catégorie de l’art ?

Y a-t-il des critères permettant d’aborder la question de l’identité de l’art et d’essayer de définir ou de classifier l’art ? L’analyse de certains critères – choisis certes de façon subjective – nous permettra de discerner si une classification entre « art africain » et « art non africain » peut nous donner satisfaction. Étudions un certain nombre de notions récurrentes lors de toute réflexion sur ce qui pourrait bien être cet art, qui se veut ou qu’on dénomme comme étant « africain » :

L’origine de l’œuvre : Une œuvre représentant « l’art africain » devrait, en toute logique, avoir ses origines en Afrique ; mais de quelles origines parlons-nous ? L’artiste doit-il être originaire d’Afrique ? Son œuvre doit-elle avoir été pensée, développée, conçue ou créée en Afrique ou doit-elle représenter l’Afrique ? Qui portera l’habit du juge décidant, en toute âme et conscience, ce qui est

« africain » et ce qui ne l’est pas ? Ce questionnement va suivre notre démarche, car qu’entendons-nous par « africain » ou même par « Afrique » ? Parlons-nous du continent africain ? De quel continent ? Comme l’explique si pertinemment le critique d’art Sylvain Sankalé dans son article « Regard sur l’art contemporain au Sénégal¹ », il faudra tenir compte de la division entre Afrique politique et Afrique géographique, en citant le cas de la Réunion, un territoire situé géographiquement en Afrique, mais qui est politiquement parlant un département français d’outre-mer et donc européen ! On verra plus loin dans l’article que de telles contradictions sont omniprésentes dans « l’art africain ».

Nationalité/citoyenneté des artistes : Faut-il être un(e) ressortissant(e) d’un Etat africain pour pouvoir faire de « l’art africain » ? Est-ce que l’appartenance citoyenne à un des pays africains suffit pour être considéré un créateur « d’art africain » ? Peut-on limiter l’appartenance à un courant artistique, à une famille d’art à un simple « morceau » de papier, aussi officiel soit-il ? Ne risque-t-on pas de créer des « sans-papiers » de « l’art africain » ? Dans quelle catégorie se retrouvent les artistes de la diaspora africaine ; souvent « africains » de la deuxième génération et « non africains » de par leur citoyenneté ? Sans oublier les artistes originaires d’autres continents qui aspirent à faire partie de la famille de « l’art africain ». Est-ce que

Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre, qu’une création est considérée comme « africaine » ?

l’appartenance citoyenne peut remplacer une appartenance culturelle ou sociale ?

L’appartenance à une race ou à un groupe ethnique : Des questions semblables se posent également en essayant de se baser sur une éventuelle appartenance à une race ou un groupe ethnique. Les termes de « race » et d’« ethnie » sont des notions très présentes dans l’art en général et « l’art africain » en particulier, mais l’histoire nous a montré que chaque tentative de vouloir catégoriser des personnes ou des sociétés de telle manière nous mène vers les plus grandes catastrophes de notre (mauvaise) conscience d’êtres humains (Rwanda, Burundi, Congo, Namibie, Afrique du Sud et, bien entendu, Arménie, Allemagne, Balkans…). Un critère qui s’autodisqualifie de lui-même.

L’appartenance à une culture ou à une société dite « africaine » : On vient de démontrer que l’appartenance à une Afrique géographique ou politique ne nous permet pas d’avancer dans notre recherche d’un consensus autour de la définition de « l’art africain ». La notion d’appartenance à une culture « africaine » ou à une société « africaine » pourrait-elle éviter des malentendus similaires ? Un artiste qui a fait son éducation artistique et civique hors du continent de ses ancêtres, en compagnie de ses camarades de classe bretons, danois ou brésiliens, fait-il encore de « l’art africain » ou désormais de « l’art occidental » ? L’appartenance à une culture ou à une société « africaines », une appartenance volontaire et ouverte, sans restriction ni ségrégation basées sur l’origine, la nationalité ou la race, avec ou sans papiers de citoyen africain, permet-elle de créer de « l’art africain » ?

Le lieu de la création : L’art africain se conçoit et se fait en Afrique ! Une idée, certes très répandue, mais un peu simplifiée, pour ne pas dire simpliste. Evidemment, « l’art africain », s’il existe, se fait, se pense et se vit aussi en Afrique, tout comme ailleurs ! Qui croit encore qu’un critère géographique peut être suffisant dans notre monde globalisé et mondialisé ? Que faire des artistes de la diaspora, dont la création est tellement riche, car en synergie et en convergence avec d’autres inspirations et cultures ? Où mettre les œuvres créées par des artistes lors de résidences, de visites, d’expositions ou de simples voyages hors du continent africain ? Que faire du processus de création d’une œuvre d’art ; du chemin parcouru à partir d’une observation, d’un sentiment, d’une vision jusqu’à la contemplation de cette pensée, de ce regard, de ce désir sous forme de matière ? La création commence-t-elle lors de voyages intellectuels ou sentimentaux, souvent imaginaires d’abord ? Y a-t-il une géographie de la pensée ? De l’imaginaire ? Des rêves et des visions ?

Le sujet ou le message : Comment définir le sujet d’une œuvre d’art, d’un tableau, d’une sculpture, d’une chorégraphie ? Va-t-on limiter le sujet au

Ousmane Sow (© Anne Lazarevitch)

titre donné à une création artistique ? Comment définir le sujet dans des créations volontairement abstraites ? Qui définit le sujet ou le message ? L’initiateur de l’art, son créateur, ou bien l’observateur, l’amateur, le visiteur ? Supposons que le titre pourrait nous élucider sur le fait de savoir si l’art est « africain » ou pas, qu’allons-nous entendre par sujet « africain » par rapport à un sujet « non africain » ? Il est évident qu’on ne pourra pas se limiter à une « Afrique » née dans l’imaginaire stéréotypé, souvent paternaliste, voire néocolonial, découlant des fantasmes occidentaux sur le continent noir. Catégoriser l’art selon des thématiques ou des « sujets » est trop réducteur.

Le même raisonnement s’impose pour le ou les messages véhiculés par une œuvre d’art. Quel message ? Celui « écrit » par le créateur ou celui « lu » par l’observateur ? Parle-t-on d’un message actif ou d’un message passif ? Comment éviter que les messages africains ne soient pas dirigés par des influences ou autres bons conseils de « mécènes étatiques ou institutionnels » ? Pour de nombreux « admirateurs/curieux » (surtout occidentaux) de « l’art africain », les messages types devraient se limiter aux stéréotypes au sujet du continent africain : la lutte contre le VIH/sida, les enfants de la rue, la famine, les catastrophes naturelles et autres guerres civiles…, tandis que la modernité, la création, le nouveau, l’optimisme, les sociétés en marche ne répondent pas aux messages « attendus » et ne seraient donc par définition pas des messages ou des sujets « africains » que « l’art africain » pourrait aborder.

Le public visé : Est-ce que l’art a un public ou des publics ? L’« art africain » devrait-il avoir un public particulier ou s’adresser à différents publics ? En se basant sur le critère du public visé, ne risque-t-on pas de renfermer ce public, tout comme cette

Chris Ofili (© Marc Barry)

catégorie de l’art, dans un tiroir et de priver un « nouveau » public de la possibilité de se confronter à cette forme d’expression artistique particulière ? Tout en ayant un certain public cible, l’art nous réserve d’agréables surprises ; il suffit de penser aux plus de trois millions de visiteurs qu’a pu compter l’exposition du sculpteur sénégalais Ousmane Sow sur le pont des Arts à Paris au printemps 1999.

La matière : Y a-t-il des matériaux plus africains que d’autres ? Un « non-Africain » répondrait sans hésiter que « l’art africain » est un art fait à base de matériaux de récupération, du bois ramassé le long de la plage, des morceaux de tôles découpés dans de vieilles voitures, sans oublier la terre, le sable et les cauris, voire les excréments d’éléphants comme chez le peintre Chris Ofili ! Un peu réducteur, à notre humble avis ! Par matériaux, on pourrait sous-entendre de la substance qui fait appel à notre imagination au sujet de l’Afrique, à nos rêves, voire nos fantasmes africains. On pourrait à la limite admettre qu’il y a des matériaux qui reviennent souvent dans des œuvres considérées comme « africaines », mais ces mêmes matériaux ne se retrouvent-ils pas de la même façon dans les œuvres d’autres courants ou catégories d’art ?

Quelques artistes « africains » : Définir l’« art africain » est un exercice presque impossible et il en va de même si on essaie de trouver des artistes qui font de « l’art africain ». Etudions brièvement une éventuelle « africanité » de certains artistes : Jean-Michel Basquiat, Chris Ofili, Ousmane Sow, Ouattara Watts, William Kentridge ou encore Pablo Picasso.

Jean-Michel Basquiat, né en décembre 1960 (décédé en 1988) d’une mère puertoricaine et d’un père haïtien à Brooklyn aux États-Unis, est devenu pendant sa courte vie une vedette médiatique et une star de la scène artistique avant-gardiste.

Sans lien direct avec l’Afrique et « l’art africain », Basquiat se sentait proche de l’Afrique et des artistes africains. Son art ne peut pas – a priori – être considéré comme faisant partie de l’art de la diaspora africaine, malgré ses origines haïtiennes, ou de « l’art africain » en général. En août 1986, il se rend pour la première fois en Afrique dans le cadre d’une exposition organisée au Centre culturel français d’Abidjan. A travers ce premier contact avec des artistes ivoiriens, il se rend compte que sa réalité de la scène artistique africaine est déformée par ses repères occidentaux. Sa rencontre en 1988 à Paris avec l’artiste ivoirien Ouattara aurait pu lui permettre de découvrir plus en détail cette culture africaine. Les deux amis avaient prévu de voyager en Côte d’Ivoire et d’assister à des séances spirituelles pour essayer de guérir le jeune Basquiat de ses différentes dépendances. Prévue pour le 18 août 1988, cette rencontre n’a jamais eu lieu, Basquiat étant décédé le 12. La cérémonie prévue par Ouattara a finalement été organisée, mais sous forme d’une cérémonie pour le défunt. Jean-Michel Basquiat, un personnage de « l’art africain » ?

Chris Ofili, artiste britannique d’origine nigériane, a eu son quart d’heure de gloire warholienne en 1999 lors d’une exposition de ses œuvres au Brooklyn Museum of Art de New York. Le mélange entre le sujet d’un de ses tableaux intitulé Holy Virgin Mary et la matière choisie (e.a. des excréments d’éléphants) lui a valu une fatwa artistico-sociale par une partie considérable des visiteurs et par des non-visiteurs. Ofili a fait un premier voyage sur le continent africain, au Zimbabwe, dans le cadre d’une bourse artistique, à l’âge de 24 ans. Depuis cette rencontre avec le continent de ses parents, il a pris l’habitude d’intégrer des excréments d’éléphants dans ses tableaux, lui permettant, selon ses propres paroles, de faire « entrer l’Afrique » dans ses œuvres. Chris Ofili, vainqueur du prestigieux prix Turner en 1998, peut-il être considéré comme un créateur faisant de « l’art africain » ?

Le sculpteur sénégalais Ousmane Sow a été « découvert » par plus de trois millions de visiteurs lors de son exposition sur le pont des Arts à Paris au printemps 1999. Depuis cette exposition grandiose de 75 sculptures géantes, Ousmane Sow est un des artistes les plus connus et reconnus en Europe et un des ambassadeurs de la scène artistique africaine. Néanmoins, son œuvre, qui lui a permis de recevoir cette « reconnaissance » du grand public et cette notoriété, s’intitule La bataille de Little Big Horn et fait référence à une grande bataille des tribus Sioux et Cheyenne de Sitting Bull et de Crazy Horse. Ne s’agit-il pas « d’art africain » malgré tout ? On peut trouver une réponse de l’artiste sur son propre site Internet : « Occidental, Ousmane Sow l’est assurément. Elevé à l’Ecole française de Dakar, et ayant vécu près de vingt ans à Paris (…) Mais africain, Ousmane l’est viscéralement. »

Définir l’« art africain » est un exercice presque impossible et il en va de même si on essaie de trouver des artistes qui font de « l’art africain ».

Le peintre Ouattara, ivoirien de naissance et citoyen américain par naturalisation, est une référence dans le monde artistique et ses œuvres font partie des plus grandes collections du monde. Ouattara Watts, comme il se dénomme depuis qu’il s’est installé aux Etats-Unis, a participé en 2002 à la Biennale des jeunes créateurs américains au Whitney Museum de New York, biennale réservée exclusivement aux artistes américains. S’est-il par là autodisqualifié en tant que créateur « d’art africain » ? Il s’explique lui-même sur cette ambiguïté : « My vision is not based only on a country or a continent; it’s beyond geography, or what is seen on a map. Even though I localize it to make it understood better, it is wider than that. It refers to the cosmos. » Ouattara, un « artiste africain » ou un « artiste américain » ? Ou les deux ?

William Kentridge est un des artistes sud-africains les plus connus dans le monde et ses œuvres ont été exposées aux biennales de Johannesburg, La Havane, Dakar, Kassel et au MOMA à New York. Kentridge, dont la caractéristique sont des dessins au charbon qu’il utilise également pour produire des films d’animation. Tout en étant Sud-Africain de naissance, né en 1955 à Johannesburg dans une famille aisée de juristes blancs et de culture occidentale, il ne se considère pas comme étant représentatif de son pays : « Je suis conscient de la nature mixte de ce que je suis : quelqu’un qui a des racines en Europe de l’Est, mais qui a un siècle d’histoire en Afrique du Sud. En tant que blanc de ma génération en Afrique du Sud, je n’ai appris aucune langue africaine, si bien que je ne comprends pas les langues vernaculaires des quatre cinquièmes de la population. »

William Kentridge, un artiste africain qui ne ferait pas de « l’art africain » ?

Dans ses phases créatives, Pablo Picasso puisait son inspiration partout et c’est lors d’une de ses quêtes d’inspiration qu’il fit une rencontre intense et décisive avec la culture africaine. La rencontre avec des masques exposés au Musée du Trocadéro à Paris a été un vrai choc pour l’artiste et a eu une influence particulière sur la création artistique contemporaine. La puissance, l’expression particulière et l’abstraction des formes des masques et autres objets rituels africains ont révélé une nouvelle dimension à son art. De cette rencontre est né Les Demoiselles d’Avignon, un des tableaux fondateurs du cubisme. Les visages déformés et longilignes, les corps stylisés, le mystère et le secret entourant les fétiches, tous ces éléments que l’artiste a découverts dans les collections de l’art dit « primitif » ont eu un impact sur son développement artistique. Dans une optique qui consiste à considérer que l’art est « africain » si son inspiration y trouve ses racines, on pourrait considérer Picasso comme un créateur « d’art africain ». Faire des Demoiselles d’Avignon un chef-d’œuvre de « l’art africain » serait donc une étape logique, mais néanmoins difficilement défendable d’un point de vue artistique, tout en reconnaissant que l’inspiration d’une partie de son génie créateur est « africaine ». Le lien entre Picasso et la culture africaine, un continent qu’il n’a jamais visité, a été présenté lors de l’exposition « Picasso et l’Afrique » en 2006 à Johannesburg et au Cap en Afrique du Sud. Plus de 80 peintures, dessins et sculptures de l’artiste ont permis de mettre en évidence cette influence

La Biennale de Dakar a démontré que « l’art africain », en tant que « catégorie ouverte », est bien réel et vivant.

William Kentridge (© cyancey)

Jean-Michel Basquiat (© Lazzarello)

de « l’art africain » sur sa créativité. Un retour artistique du maître sur le continent, plus de 30 ans après un hommage rendu par le poète-président Léopold Sédar Senghor à son ami en 1972 à Dakar. Picasso, un génie de « l’art africain »

Et si « l’art africain » n’existait pas ?

Chacun a ses propres critères pour définir, d’une manière très personnelle, ce qu’il considère être de « l’art africain ». La liste des critères pourra facilement être allongée, révisée ou changée, et des notions comme la spontanéité, l’inspiration, l’approche, les formes ou les couleurs sont également des critères pour parler de « l’art africain ». Chaque œuvre artistique trouve sa naissance dans la spontanéité et l’inspiration de son créateur, de même que dans la lecture de l’observateur. Le vécu, la perception du monde et de son monde personnel, le reflet de l’âme ou de son humeur du moment sont d’autant d’éléments qui interviennent lors de la lecture, de l’observation et de l’admiration d’une œuvre d’art, qu’elle soit considérée « africaine » ou « luxembourgeoise ».

« L’art africain » peut être partout, son appartenance est plus profonde, plus émotionnelle, plus sensible qu’une simple notion d’appartenance géographique ou étatique. « L’art africain » existe en tant que volonté ouverte de l’artiste et de son public. « L’art africain » vit comme une classe, une partie ou une famille de l’Art, une catégorie ouverte, souple, dont l’appartenance est individuelle et peut à la fois répondre à une décision ou à une volonté de son créateur, de même que de son admirateur et amateur. Une œuvre peut ap-

partenir à différentes familles de l’art, l’art brut, l’art abstrait, l’art contemporain et à celle de « l’art africain ». La Biennale de Dakar a démontré que « l’art africain », en tant que « catégorie ouverte », est bien réel et vivant.

« L’art africain » est néanmoins inexistant en tant que sous-catégorie de l’art, il est considéré une forme d’art bas de gamme, exotique, encore trop souvent considéré avec amusement ou un étonnement paternaliste et néocolonial ; surpris que des « extra-terrestres » de cet « art africain » puissent épater les ayatollahs autoproclamés du « vrai art », celui « non africain ». Olu Oguibe, professeur d’art et spécialiste d’« art africain », a identifié des similitudes entre les relations entre « l’art africain » et « l’art » et entre le cinéma pornographique et le cinéma². « L’art africain », tout comme la pornographie, sont trop souvent – et spécialement encore en Occident – considérés comme des objets d’amusement, comme de la décoration, teintés d’une fascination ethnique ; mais pas comme de « l’art » au même niveau que l’art, appelé « art européen ». Dans l’opinion publique, et parmi une large majorité de « spécialistes », l’artiste africain est vu avec le même regard parmi les autres artistes que l’acteur porno parmi les autres acteurs. « L’art africain » existe, mais pas en tant que ghetto artistique ! Le temps d’un apartheid culturel devrait être révolu, dans la tête et dans les pratiques.

¹ Sylvain Sankalé, « Regard sur l’art contemporain au Sénégal », in Sénégal contemporain, Musée Dapper, avril 2006, Paris

² Olu Oguibe, « Art, Identity, Boundaries: Postmodernism and Contemporary African Art », in Reading the Contemporary, African Art from Theory to the Marketplace

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