Charly Gaul face au mythe de „l’ange de la montagne“

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Frank WILHELM

Charly Gaul face au mythe de « l’ange de la montagne »

Tous les peuples induisent des mythes, au sens général de : « Mythos (grec), récit, fable. Image simplifiée, souvent illusoire, que des groupes humains élaborent ou acceptent au sujet d’un individu ou d’un fait et qui joue un rôle déterminant dans leur comportement ou leur appréciation »¹.

Dans le domaine apparemment frivole de la compétition sportive de haut niveau, le réflexe mythogène opère, en particulier pour le cyclisme professionnel sur route qui mobilise des dizaines de milliers de spectateurs et de nombreux imitateurs. Trois champions, vainqueurs du Tour de France, alimentent ces fantasmes : François Faber, Nic Frantz et Charly Gaul.

Quelques éléments du mythe

Qu’en est-il du « mythe de Charly Gaul » ? Il tient à des dons physiques exceptionnels : rythme cardiaque, capacité pulmonaire, poids, aptitude à soutenir des efforts d’une grande intensité sur de longues distances, préférence pour les petits braquets qui l’amenaient à pédaler à grande vitesse sans entamer sa condition, disposition à creuser des écarts inouïs en terrain accidenté, faculté de récupération qui le prédestinait aux courses par étapes. Le surnom d’« ange de la montagne » qu’on lui a accolé à partir de 1955 élève ces dons réels à un niveau

surnaturel. Son aptitude mentale à redresser des situations très compromises, son tempérament volontiers ombrageux qui semblait réagir par rapport aux coups bas de ses adversaires et s’accorder avec des météos dantesques (pluie, vent, froid, neige), ses résultats en dents de scie, ses performances époustouflantes comme grimpeur

L’image de Charly Gaul se situe entre le clown triste qui s’amuse tout seul […] et l’homme tout nu, angoissé par le sentiment de ne plus s’appartenir […]

solitaire et ses défaillances tout aussi fulgurantes, les soupçons de dopage qui pesaient sur lui, les suspicions de victoires « vendues », son air poupin contredit par ses échappées punitives, ses relations conflictuelles avec les journalistes pourtant acquis à sa cause, tout cela le désignait à l’attention de la presse et du public avides de sensations.

Dans un entretien (« Die wechselvollen Beziehungen zur Presse. Pilo Fonck über einen ungewöhnlichen Interviewpartner ») publié par son confrère Pierre Gricius au Luxemburger Wort le 22 juillet 1988, le journaliste de RTL relate ses relations difficiles avec le coureur Charly Gaul à partir de 1962 : « Das Verhältnis mit der Presse […] war eigentlich ein Unverhältnis. » Au

sortir d’un Giro éprouvant, cette année-là, Charly avait fait un Tour de Luxembourg décevant, ce qui lui valut huées et quolibets de la part du public autochtone. Il en tint rigueur à la presse et décréta que, pendant le Tour de France, il n’accorderait pas d’entretien au micro. Et donc, Pilo Fonck était exclu de ses confidences. La brouille dura une dizaine d’années. En effet, s’il s’exprimait excellemment à travers ses « pédalées fantastiques », Charly Gaul communiquait d’autant plus mal par la parole publique et souvent par son attitude.

Les Luxembourgeois se sont pourtant reconnus en lui qui, malgré ses outrances, avait des traits bien grand-ducaux : une certaine propension au profil bas qui lui faisait préférer l’action par rapport à la déclaration tonitruante. Peut-être parce que les années 1950 avec les souvenirs de la guerre et la période de reconstruction poussaient ses compatriotes aux rêves compensatoires où le petit, en dépit des vicissitudes matérielles, peut vaincre les grands, et quasiment tout seul encore.

Depuis dix ans, le renouveau du cyclisme grand-ducal, avec les Benoît Joachim, Kim Kirchen, Fränk et Andy Schleck, Laurent Didier, Ben Gastauer et Bob Jungels, fonctionne au contraire sur un arrière-fonds d’aisance généralisée, de trop-plein même et d’abondance : on fait du vélo pour sa santé ou pour s’éclater, non plus pour se consoler de quelque manque.

Charly face à l’ange

Comment l’homme Charly Gaul, derrière le coureur, se positionnait-il par rapport à son mythe ? Avait-il conscience des représentations idéales qu’il était censé incarner ? A-t-il participé à la fabrication de son propre mythe ? A-t-il su s’en distancer ? Nous allons passer en revue un certain nombre d’échos évoquant ses attitudes et ses déclarations, en principe dans l’ordre chronologique de sa carrière$^{2}$.

Le premier document concernant le futur champion est son acte de naissance – le 8 décembre 1932 à la Maternité du Pfaffen-thal –, où il figure comme « Karl Gaul », ce prénom allemand semblant farfelu au regard du Charly qu’il sera pour ses supporters luxembourgeois, français et belges ou du Carlo qu’il sera pour les Italiens. Lui-même n’a jamais signé – de son écriture appliquée et invariable – que de son petit nom hypocoristique avec le y final si typique de nos traditions onomastiques. Une de ses premières victoires significatives, l’ascension en un temps record du col du Großglockner dans le cadre du Tour d’Autriche 1951, donne lieu à une publicité où le coureur amateur est photographié avec son vélo de marque autrichienne (Err-Zett) sans que son nom soit cité (Illustration n° 1). Mais déjà ses qualités exceptionnelles de grimpeur font la différence, à l’en croire l’article paru à ce sujet dans le journal viennois Sport-Schau du 1$^{er}$ juillet 1952. Sur la couverture figure un Charly Gaul blagueur faisant un pied de nez à ses adversaires dans cette course par étapes qu’il allait terminer cette année-là à la seconde place. Il n’était pas nécessairement rabat-joie ou râleur et pouvait être charmant, comme dans un entretien accordé le 5 janvier 1954 au Lëtzebuerger Sport, où il se montre tout sourire, aimant les enfants, craignant pour sa ligne. Et de déclarer : « Ich gestehe Ihnen offen, daß ich intensiv mit einem Erfolge vor meinen Landsleuten [au Tour de Luxembourg] liebäugle. » Il remporta la même année le Tour des Six Provinces en France et déclara à Robert Silva du Miroir des Sports, journal de Félix Lévitan, le 24 mai 1954 : « Pas question de Tour de France pour moi cette année. J’ai 21 ans et l’expérience malheureuse que j’ai tentée l’an dernier m’incite à la prudence. Je ne courrai à nouveau le Tour de France

que lorsque je serai prêt physiquement et moralement pour une telle tâche. » On notera la modestie du propos. Une année plus tard, dans un entretien accordé à un journal français en juillet 1955$^{3}$, à l’occasion de l’arrivée d’étape du Tour de France à Monaco, il se présente comme fils d’un ouvrier d’aciérie à Dudelange, comme « bon élève » à l’école, comme grand admirateur de Nicolas Frantz, à la légende duquel il était sensible et qui était devenu son « directeur de conscience ». C’est son frère aîné, Jean-Pierre Gaul, boulanger, qui lui fit cadeau de « sa bicyclette », qu’il ne quitta plus. Après ces révélations peu sensationnelles, il croit utile de préciser : « Oui, j’ai appris un métier. Je suis entré comme garçon boucher chez le frère de mon père, à Bonnevoie, dans les faubourgs de Luxembourg », ajoutant : « […] j’aimais bien cela. » Par « cela », il entendait, selon le résumé du journaliste, « abattir les bêtes. Au merlin ». Image surprenante, donc, du jeune imberbe à vélo, ancien tueur de bœufs qui prenait visiblement plaisir aussi à « assumer » ses adversaires. Pour faire bonne mesure, à la fin de l’article, le futur 3$^{e}$ du classement général du Tour de France 1955 confie au journaliste qu’il est fiancé et qu’il a rencontré sa Georgette « aux abattoirs où il allait faire son apprentissage. Elle travaille au bureau et elle a eu tout de suite un faible pour ce gentil tueur qui semblait sortir d’un dessin de Peynet$^{4}$ ». Coup de chance : sa fiancée n’était « pas jalousie de [s]a bicyclette ».

Comme beaucoup de vedettes aux gros cachets, Charly Gaul avait des problèmes avec les Contributions directes, selon les propos de Pierre Chany dans L’Équipe rapportés le 25 février 1956 par le Escher Tageblatt : « Depuis mes succès dans le Tour, je suis harcelé par … le fisc. Songez que le percepteur prélève actuellement 50 % de mes gains. Cela ne peut durer. Maintenant je refuse catégoriquement de payer, ce qui m’attire évidemment quelques petits ennuis. Ainsi, j’ai rendez-vous cette semaine avec le ministre des Finances ! Si nous ne trouvons pas un terrain d’entente, je renoncerai tout simplement de [sic] poursuivre ma carrière ! Je veux bien faire des sacrifices pour rester un champion, je suis prêt à accepter tous les risques du métier, mais je veux aussi en récolter les bénéfices. » Et le journal socialiste de lui conseiller

Der Sieger der ersten Etappe, Träger des gelben

„ERR-ZETT“-RAD

Illustration n° 1 : Publicité pour les cycles Err-Zett, à l’occasion de la victoire du jeune Charly Gaul – dix-neuf ans – dans la montée du Großglockner, lors du Tour d’Autriche 1951. Sport-Schau, Vienne, 1$^{er}$ juillet 1952. À noter : le nom du coureur luxembourgeois n’est pas cité. (© Archives F. Thill)

de prendre épouse pour éviter une trop lourde imposition. De fait, le mariage entre « Fräulein Georgette Schmit aus Bettemburg und unser[m] Bergsteigerkönig Charly Gaul » eut lieu, selon un entrefilet paru au Luxemburger Wort, le 7 mars 1956 en la cathédrale de Luxembourg … à 7 h. [sic] du matin. D’ailleurs, quand il faisait partie de l’équipe Faema (1956-1959), Charly Gaul accepta de poser pour une publicité vantant les bienfaits de duraglit pour l’entretien de son vélo, en compagnie de sa première femme, qui allait partager son triomphe au Tour de France en 1958. (Illustration n° 2).

Sa victoire dans la Grande Boucle, la même année qui marqua le retour au pouvoir de Charles de Gaulle, donna lieu à de nombreux jeux de mots et de caricatures qui se fondent sur l’homophonie entre les deux patronymes. Charly lui-même était conscient de l’impact sur le public de son nom à une syllabe : on peut le voir sur certaines photos prises lors du Tour d’Italie victorieux de 1959 où, membre de l’équipe Emi, il porte des gants arborant, en lieu et place d’un nom de fabricant, les quatre lettres de GAUL. Idée publicitaire d’esthète italien soucieux de promouvoir ce poulain porteur, ou fatuité du crack lui-même ? (Illustration n° 3). Charly était coquet, pour lui-même et pour sa ma-

chine, se félicitant de ses équipes italiennes (1955-1962), dont les mécaniciens lui renouvelaient sa guideline tous les jours, alors que l’équipe Peugeot (1963), l’avant-dernière de sa carrière, lésinait sur ce détail qu’il estimait essentiel.

La victoire de 1958 fut évidemment un point culminant du mythe. On trouve certains témoignages de Charly Gaul rapportés par son directeur sportif Jang Goldschmit (1924-1994), qui publiait ses impressions dans le Tageblatt. La première étape contre la montre, à Châteaulin, donna lieu à un pari entre le directeur technique et son coureur fétiche, où le premier misa sur Gaul, le second sur le Belge Brankart. À l’arrivée, Charly commenta : « Jang, we‘ ass et ? Ich bin dermaßen frisch, daß ich am liebsten noch hundert Kilometer weitergefahren wäre ! » D’excellente humeur ce jour-là, il n’eut aucune réticence à recevoir des journalistes : « Es geht mir heute auf eine halbe Stunde mehr oder weniger nicht an. » À la fin de la première étape pyrénéenne, Dax-Pau, Charly Gaul, toujours guilleret, commenta : « Siehst du, Jang, die Pyrenäen haben wirklich keine Gelegenheit zu großen Zeitabständen geboten [il trouvait que les pentes des cols comme le Soulor n’étaient pas assez raides] – allerdings weiß ich nicht, wie es abgelaufen wäre, hätten wir den Tourmalet mit dabei gehabt. Oder den Himalaya – das wäre noch besser gewesen. » C’est une des rares fois où Charly a recours au grossissement épique. L’étape contre la montre sur les pentes lunaires du Ventoux avait, elle, quelque chose d’épique, avec ses conditions météorologiques et topologiques extrêmes. Charly remporta la victoire, mais son commentaire révèle que le champion avait connu une chaude alerte : « In den letzten zwei Kilometern hatte ich richtig Angst ! Ich glaubte, ich könnte es nicht mehr schaffen, weil ich plötzlich von einem förmlichen Heißhunger befallen wurde. Durch diese Angst fuhr ich etwas verhalten, um meine Kräfte zu schonen für den letzten Stoß, andernfalls ich bestimmt noch eine bessere Zeit herausgefahren hätte. » Dans le témoignage de Jang Goldschmit apparaît un Charly Gaul avec des faiblesses très humaines, des petitesses parfois, des conduites superstitieuses – il portait un crucifix comme talisman –, des passages à vide, des accès de doute et des

élans de prudence : cela n’est pas vraiment conforme au « mythe » glorieux fabriqué par une certaine presse.

Selon un reportage de Pierre Thonon dans La Meuse du 22 juillet 1958, le soir de son arrivée victorieuse au Parc des Princes, le 19 juillet 1958, Charly Gaul n’eut qu’une seule pensée : « Je veux dormir » et aurait bien aimé faire l’impasse sur les festivités prévues par la suite. Comme son mécanicien de dix-huit ans, Mario Ottusi, avait cru, la boucle bouclée, pouvoir se relâcher un peu, le maillot jaune l’engueule : « Le tour n’est pas fini ! Il ne sera fini que le jour où je ne courrai plus. Et alors encore, il faudra me fignoler mon vélo pour que je le pende dans mon salon. » Ayant abandonné tous ses gains et primes à ses coéquipiers, Gaul pouvait amplement se dédommager grâce à une trentaine de galas d’après-Tour durant le mois suivant. « Cela ne me laissera pas beaucoup de temps pour aller revoir mon jardin, écouter mes disques, flâner chez moi », commentait-il, révélant quelques goûts intimes. Comme Charly Gaul ne se prononçait guère sur ses états d’âme, d’autres l’ont fait à sa place en s’interrogeant, comme Philippe Brunel dans L’Équipe, sur les raisons qui le motivaient : « À la charnière des années 50, Gaul ne semblait pas courir contre Bahamontes, Anquetil, Adriaenssens, mais contre des fantômes oppressants, pour fuir des origines modestes, filant sur les crêtes vers de nouveaux horizons, loin de cette vie sans surprise, cet isolement sans recours qui lui étaient promis au Luxembourg. »

Au début des années 1960 au plus tard, Gaul fut victime de sa notoriété, il devait bien sentir que sa vie ne lui appartenait plus entièrement, ni d’ailleurs ses biens. Ainsi, le Luxemburger Wort rapporte en date du 24 février 1961 : « Charly Gauls Sportstrophäen gestohlen. Belohnung für den reuigen Dieb / Was Presse und Funk kurz mitgeteilt hatten, fand unser Bergsteiger Charly Gaul am Mittwoch, bei seiner Rückkehr aus dem Trainingslager, bestätigt vor. / Diebe waren in seine Villa in Bettemburg eingedrungen. Außer einer Uhr, einem Kofferradio, einigem kleineren Schmuck, vermißte Charly Gaul schweren Herzens das Fehlen seiner Sportstrophäen. Die Diebe ließen alle seine Medaillen, Plaquetten usw. mitgehen. Fort sind die

äußeren Zeichen vieler seiner Glanzleistungen und wir fühlten mit ihm, als er uns mit bebender Stimme gestand, gerade an diesen Trophäen zu hängen. Er bat uns mitzuteilen, daß dem Wiederbringer eine namhafte Prämie winkt. » Pour une fois, Charly Gaul se montrait sensible à la symbolique de ses trophées, alors qu’il avait souvent donné l’impression de se désintéresser de cette question.

Le 25 février 1961, le Luxemburger Wort surprit ses lecteurs par la nouvelle hypothétique : « Wird Charly Gaul Italiener ? Die Gerüchte verdichten sich und aus Italien kam die Meldung, daß Charly Gaul unser Land verlassen werde, um seinen Wohnsitz nach Italien zu verlegen. Wir warteten seine Rückkehr aus dem Trainingslager ab, um mit ihm in dieser überaus heiklen Angelegenheit Fühlung zu nehmen. Fest steht, daß Charly Gaul nach Bereinigung seiner hiesigen Angelegenheiten seinen Wohnsitz nach Mondovi, dem Sitz seiner Sportgruppe Fiorelli-Gazzola verlegen wird. Hierüber scheint er bereits mit seinem Sportdirektor, dem italienischen Industriellen Piero Gazzola, im Klaren zu sein. Bezüglich der Annahme

Illustration n° 2 : Publicité avec Charly Gaul et sa première femme, Georgette Schmit, pour un produit d’entretien pour métal. Origine inconnue. Entre 1956 et 1959. (© Archives F. Thill)

Sept war wie das Rad gläubt !
Wir sind begeisterte Anfänger von Duraylitt !
negen Charly Gaul und seine Frau.

der italienischen Nationalität aber schossen die Informationen aus der italienischen Presse voraus. Es steht nämlich noch nicht fest und Charly hielt darauf zu betonen, daß er diesen ernsten und schweren Schritt noch nicht, vorläufig noch nicht, zu tun gedenkt. Dem U. C. Dippach, seinem Verein, aber hält er die Treue und hat sich übrigens bei Gazzola um eine Unterstützung der Dippacher Mannschaft gewandt. Über den tieferen Beweggrund dieses Abzuges, der wohl allgemein bedauert wird, werden die Meinungen auseinandergehen. » On a l’impression que Gaul, par son démenti, tenait à ramener la question à des proportions raisonnables, faisant le départ entre un enracinement professionnel plus marqué en Italie au service d’un patron italien, qui devait toutefois le mettre à l’écart des réactions hostiles de certains de ses compatriotes, et la résidence dans sa patrie. Souvent, on le voyait ainsi calmer le jeu.

Dans Miroir Sprint, hebdomadaire sportif proche du Parti communiste français (!), du 10 juillet 1961, Jacques Périllat rapporte un entretien avec Charly portant sur un sujet délicat : « – Dans ce Tour 1961 […] je suis hélas obligé d’avaler des pilules pour suivre les autres. Un jour ou l’autre je paierai l’addition … – Des pilules ? Mais tout le monde en prend ! – C’est vrai, tout le monde en prend des pilules, mais tout le monde … n’en prend pas autant que moi ! » Avec désarmant, s’il correspond à la réalité, sur un sujet que Charly Gaul, généralement, esquivait en dépit de nombreux échos de presse relatifs aux stimulants utilisés par les coureurs.

La sortie de carrière de Charly fut plus laborieuse que ses débuts. Ayant commencé le cyclisme professionnel au sein d’équipes françaises (Terrot, Magnat Debon), il remporta ses grands succès au sein d’équipes italiennes, puis signa en 1963 chez Peugeot, mais rata sa saison. Au soir de la 11e étape Bagnères-de-Bigorre – Luchon du Tour de France, il accorda un entretien à André Lemay, qui le trouvait plus bavard et plus souriant que jadis : « C’est tout ce que je puis faire maintenant. […] C’est dur de se voir vieillir [trente ans], de ne plus ‚marcher‘, d’être contraint à jouer les ’seconds plans‘. Vois-tu, dans les Pyrénées, j’ai trouvé des conditions de

course qui auraient fait mon bonheur …, il y a quelques années. Froid et pluie ne sont plus mes alliés et, dans les cols – où j’inspirais le respect et la crainte – j’ai l’impression de traîner un boulet à ma selle. Je me retourne fréquemment tant je crois que quelqu’un me retient. / C’est, chaque fois, pour voir des adversaires me passer et s’en aller comme je le faisais : sans un regard. Crois-moi … cela me fait mal ! / Je suis certain maintenant qu’en dépit de ma santé, de mes soins et de mon sérieux, cela ne reviendra plus, plus jamais. On a beau me dire que je suis jeune encore, mais cela fait dix ans déjà que j’ai commencé dans cette formidable aventure qu’est le Tour ! Dix ans et dans les conditions que furent les miennes … c’est-à-dire sans équipe et presqu’en individuel, cela compte … » Pour consoler le champion nostalgique, le journaliste vanta les plaisirs de la chasse, ce qui lui valut cette réplique d’un Charly goguenard : « Chasser ! je ne fais que cela dans ce Tour … derrière le peloton. » Il allait abandonner après la 16e étape : Grenoble-Val d’Isère.

Après une saison sabbatique (1964), il reprit du service chez le groupe belge Lamot-Libertas – un brasseur et un fabricant de cycles – en 1965. Il disputa ses dernières épreuves à la fin de l’été 1965. Contrairement à d’autres grands coureurs,

il ne se reconvertit pas en consultant médiatique ou en directeur technique – un projet en ce sens ne se réalisa pas avec la Fédération du sport cycliste luxembourgeois, en 1967, et donna même lieu à une polémique où Gaul publia un communiqué en langue allemande à tonalité très juridique pour faire valoir son point de vue. Il ne publia pas non plus de livre de mémoires comme Anquetil (En brûlant les étapes, 1966) ou Poulidor (La Gloire sans maillot jaune, 1968). Non, à l’instar de Jang Goldschmit devenu cafetier au Marché-aux-poissons, il ouvrit en 1967 un café à Bonnevoie, le faubourg de Luxembourg où il avait commencé à travailler comme apprenti boucher, une vingtaine d’années plus tôt. Mais ce projet modeste, bien luxembourgeois, peu en accord avec le mythe de l’ange, échoua après quelques mois et l’idole déchue se retrouva complètement démunie mentalement et socialement. C’est peut-être à ce moment que l’homme put se rendre compte de l’écart qui séparait la réalité de la bulle dans laquelle il avait vécu comme sportif performant. Il travailla aussi pour le service immatriculation des voitures du Garage Ford Euro-Motor à Luxembourg-Kirchberg. Mais, comme dans un récit initiatique où le héros traverse un labyrinthe dont il sortira purifié et métamorphosé, Charly connut dix ans de galère, avec des

« Au départ de ce film est la mémoire. Un vieil homme raconte à son petit-fils les aventures du dernier des aventuriers, un coureur cycliste. Il réussissait, disait le grand-père, à survoler les montagnes, alors que les autres grimpaient péniblement derrière-lui. Il était tellement bon et riche et connu, qu’il en est devenu fou ! Maintenant, disait le grand-père, il est en train de planter des roses dans un asile de fou. Aussi, disait le grand-père, parlait-il très mal le français, il disait des choses comme ‚laissez vendre les montagnes‘, et tout le monde en riait, parce qu’il venait d’un tout petit pays, du Luxembourg. Et le grand-père aussi était luxembourgeois, et le petit-fils aussi était luxembourgeois et ils étaient fiers d’avoir la même nationalité que Charly Gaul.

Au départ de ce film est la mémoire. Une mère raconte à son fils les mésaventures d’un coureur cycliste. Certes, il avait de fortes jambes, ce qui fait qu’il a gagné des courses, mais son succès lui est monté à la tête. Il est devenu méchant, alcoolique, il a délaissé sa femme et ses enfants, il a perdu tout son argent aux jeux. Tu vois, disait la mère, c’est un mauvais exemple, il vaut mieux rester au pays et gagner son argent convenablement. Parce que la mère était luxembourgeoise et le fils était luxembourgeois et ils n’étaient pas fiers d’avoir la même nationalité que Charly Gaul.

Ainsi est né un mythe, et le film tourne donc autour du mythe, de la mémoire et de la nationalité. »

problèmes d’addiction et des séquelles psychologiques qui firent de lui un marginal qui vivait au contact de la nature, oubliant le monde du vélo. En janvier 1968, se rendant à une partie de chasse au volant d’une nouvelle voiture, il fut victime d’un grave accident entre Dommeldange et Waldhof, qui faillit lui coûter la vie. En juillet 1971, comme le signale un article paru au Républicain lorrain et intitulé « Charly Gaul accuse et demande réparation », un écho publié dans « un grand quotidien français » affirmait que le Luxembourgeois s’était « fait désintoxiquer ». Aussitôt l’ancien coureur, bien qu’il vécût en marge de la société, réagit en demandant par l’intermédiaire de son avocat au journaliste de démentir son affirmation fantaisiste. Le « journaliste » en question s’était contenté de reproduire sans la vérifier une rumeur … d’origine luxembourgeoise.

C’est son troisième mariage, avec Josée Milbert, la naissance de leur fille Fabienne (1978) – sa plus belle victoire ? – et son engagement comme conseiller technique au Département ministériel des Sports « chargé de la mise à jour des archives sur le cyclisme luxembourgeois en vue du futur Musée du sport luxembourgeois » (1988-2000) qui permirent à l’ancien escaladeur de remonter la pente. Classant les documents relatifs à sa carrière, il prit conscience – rétrospectivement et avec l’aide des responsables du ministère – de sa trajectoire sportive et sociale et du rayonnement qu’il avait connus. Au journaliste luxembourgeois Petz Lahure, il déclara lors d’un entretien publié dans Revue d’Entretien Illustréiert le 29 juin 1988 qu’il ne regrettait rien : « Ich würde alles genauso machen, wie ich es getan habe. Einschließlich der Fehler. » En 1989, à l’occasion du départ du Tour de France à Luxembourg, il réapparut en public et participa, avec sa retenue habituelle, au culte dont il était l’objet, se découvrant en quelque sorte comme « lieu de mémoire » vivant, apaisé et réconcilié avec lui-même, dirait-on. Il ne se remit à refaire du vélo qu’en 1993, pour accompagner les premiers coups de pédale … de Fabienne, redécouvrant même plus tard « son » Ventoux, malgré sa surcharge pondérale évidente. Désormais, il allait s’impliquer aussi au profit d’enfants atteints de cancer. En 1999, l’Association luxembourgeoise

de la presse sportive lui décerna le titre de « Meilleur sportif luxembourgeois du siècle »$^{9}$. En 2006, le Conseil communal d’Esch-sur-Alzette décida d’attribuer son nom à une rue dans le nouveau quartier « Altena » à Lallange$^{10}$.

L’autre visage de Charly

Tout en tirant profit de certains aspects de son vedettariat – il était « professionnel » et n’avait que le cyclisme comme source de revenu –, il était mal à l’aise sous les regards du public trop envahissant à son goût. Il avait besoin d’une certaine distance et ne faisait pas « mousser » ses exploits, une fois la ligne d’arrivée franchie. Soucieux de ses intérêts matériels, il était plus terre à terre, plus réaliste que sa légende. Dans un entretien qu’il m’a accordé chez lui, à Itzig, en 2002, il m’a donné bien des réponses que je trouvais décevantes par rapport à mon horizon d’attente, formaté par le mythe. Par exemple, il rapportait calmement le déroulement d’une étape, sans chichi, avec les précisions techniques toutefois, au besoin en détaillant ses choix tactiques ou en pointant un incident de course, comme une chute qu’il fit au Giro. L’ange de la montagne n’avait rien d’un griot des courses, il n’affabulait pas, disait sa pensée sans fard. Parlant de lui-même, il n’employait guère l’expression « ange de la montagne », sauf une fois dans un entretien avec Pierre Gricius à l’occasion du centième anniversaire du Tour de France, en 2003 : « Es war der Karikaturist Pellos [René Pellarin, 1900-1998], der mich mit Flügel, als Engel, gezeichnet hat, und Bahamontes als Teufel. Ich war lieber der Engel als der Teufel. Der Name ist dann geblieben. Pellos habe ich vor und nach den Etappen gesehen. Er hat nur kurz ‚Bonjour‘ gesagt und mich dann ganz genau angeschaut. Am Tag darauf war die Zeichnung in der Équipe.$^{10}$ »

Charly allait jusqu’à corriger sa réputation de grimpeur « chantant sous la pluie », qui fait partie de son mythe. En réalité, faisait-il remarquer, la pluie compromet le freinage et rend les routes dangereuses, notamment pour un piètre descendeur comme lui. Mais, ses poumons étaient particulièrement sensibles à l’augmentation du taux d’oxygène dans l’air. Pas d’explication irrationnelle, donc, des considérations

Illustration n° 3 : Le journaliste luxembourgeois François Mersch, le directeur sportif Learco Guerra et Charly Gaul, qui porte des gants à son nom. Photo prise lors du Tour d’Italie 1959 que le champion luxembourgeois allait remporter. D’après F. Mersch, Bergau, bergab mit Charly Gaul, rééd. 1975.

très sensées au contraire. Aussi avait-il peu d’intérêt pour le roman L’ange qui aimait la pluie (1994), dont l’auteur, Christian Laborde, lui avait offert un exemplaire : Charly avait de la peine à se reconnaître dans cette allégorie, étranger par rapport à l’image de lui-même qu’on lui présentait ainsi. Son rapport aux animaux semble être du même genre. Lors d’un entretien qu’il donne à Romain Haas, à l’occasion du Tour de France 2002, son chien vient se blottir contre lui, ce que le journaliste interprète comme une « preuve de son amour pour son maître ». Réponse ironique de ce dernier : « Pas du tout. Timmi a repéré le ventilateur et comme la meilleure position pour être au frais c’est sur mes genoux…$^{11}$ » Pas de sentimentalisme.

Il était très éloigné de son mythe, un mot qui ne faisait pas partie de son vocabulaire actif. Quand je lui parlais d’Antoine Blondin – pour moi un écrivain majeur du cyclisme, qui sait justement mythifier des héros et des événements pour leur faire dire autre chose que le premier degré sportif –, Charly se contenta de commenter : Dee war immer voll ! Ce qui n’est pas faux, mais quelle ivresse créative chez l’auteur de L’Ironie du sport ! Notre « grimpeur de Charles » n’avait pas la bosse littéraire et les éloges dont l’intello Roland Barthes, dès 1955, l’avait comblé, le laissaient froid. Plus encore, Charly refusait de laisser déformer par les mots ses faits

de course. Dans son témoignage intitulé Mit Charly Gaul zum Sieg (1958), Jang Goldschmit, son méticuleux directeur technique en 1958, rapporte que, pour le contre-la-montre du Ventoux, le mécanicien Mario Ottusi avait dû souder un raccord métallique au dérailleur du vélo de Charly afin que le braquet corresponde aux vœux de celui-ci, et que, pour ce faire, il avait fallu demander en pleine nuit secours auprès du forgeron du coin. Le verdict rétrospectif de Charly était sans appel : rien de tout cela n’était vrai, il avait tout simplement utilisé les pignons et plateaux disponibles, sans dispositif technique spécial. En fait, il avait demandé 44/49 pour le double plateau et une cassette 15, 17, 19, 23, 26 à l’arrière. « Mit solch einer Übersetzung [44×26] war noch nie jemand gefahren. Als Cyclotourist würde ich es heute mit 32×28 probieren », déclarait-il le 8 juillet 1998 dans un entretien à Revue d’Lëtzebuerger Illustréiert.

De même, me disait-il, la légende selon laquelle Goldschmit lui aurait hurlé le braquet adéquat était sans fondement : lui-même sentait mieux que quiconque ce qu’il avait à faire. Légende encore, disait-il, l’aide miraculeuse que son ami, le Dr René Bürger, était censé lui apporter dans les moments cruciaux. Le médecin luxembourgeois lui prodiguait des conseils paternels et lui fournissait une assistance psychologique. Le Dr Bürger s’est expliqué à ce sujet dans un entretien publié par Pierre Gricius au Luxemburger Wort le 23 juillet 1988 sous le titre : « Für Charly war Radfahren sein Beruf – mehr nicht. Dr. René Bürger : ‚Starallüren waren ihm fremd, aber oft fühlte er sich mißverstanden‘ ». Et d’accuser les managers et

les soigneurs de pratiques paramédicales douteuses. Lui-même n’aurait administré que des « Aufbau- und Entmüdigungsmittel » : « Was Charly Gaul betrifft, so hat er nie Mittel zu sich genommen, die zum Rauschmittelgesetz gehörten. » Pas de dopage, me disait également Charly, il consommait seulement un kilo de sucre en morceaux par étape – ce que le foie du commun des mortels aurait du mal à assimiler et ce que le Dr Bürger lui déconseillait formellement. Charly écartait tout ce que la presse avait pu écrire à son propos concernant l’usage d’amphétamines, à une époque, il est vrai, où la législation et les contrôles n’étaient pas aussi draconiens qu’aujourd’hui. Par contre, il pensait que Jacques Anquetil avait pu bénéficier du suivi très pointu de … médecins militaires français.

En un mot comme en mille : le décalage est grand entre la réalité rapportée par Charly et le mythe qui entoure son personnage, ses performances et ses échecs. Cela ne veut pas dire que le mythe, tel que nous l’avons esquissé plus haut, soit inutile ou dangereux. Au contraire, il peut être salutaire à condition qu’on n’en soit pas dupe, qu’on sache l’analyser, en transposer certains éléments à un niveau supérieur ou les activer dans d’autres domaines.

Ainsi, l’image de Charly Gaul se situe entre le clown triste qui s’amuse tout seul, l’exhibitionniste qui n’aime pas être observé, et l’homme tout nu, angoissé par le sentiment de ne plus s’appartenir, d’être prisonnier d’un regard, aliéné par rapport à un personnage public plus grand que nature. Il était, au fond, autant victime que bénéficiaire du mythe de l’ange de la montagne. ♦

Un portrait mythique

« Charly Gaul est le nouvel archange de le montagne. Ephèbe insouciant, mince chérubin, garçon imberbe, gracile et insolent, adolescent génial, c’est le Rimbaud du Tour. A certains moments Gaul est habité par un dieu ; ses dons surnaturels font alors peser sur ses rivaux une menace mystérieuse. Le présent divin offert à Gaul, c’est la légèreté : par la grâce, l’envol et le plané (l’absence mystérieuse d’efforts), Gaul participe de l’oiseau ou de l’avion (il se pose gracieusement sur les pitons des Alpes, et ses pédales tournent comme des hélices). Mais parfois aussi, le dieu l’abandonne, son regard devient alors ‚étrangement vide‘. Comme tout être mythique qui a le pouvoir de vaincre l’air ou l’eau, Gaul, sur terre, devient balourd, impuissant ; le don divin l’encombre. »

Roland Barthes, Mythologies, Paris, Ed. du Seuil 1957

1 Le Nouveau Petit Robert de la langue française, Paris, éd. 2008, p. 1666.

2 Mais je n’ai pu consulter qu’une infime partie de la presse imprimée. Pour ce qui est des propos du coureur reproduits dans les magazines et journaux, on peut dire d’une façon générale que les suiveurs et journalistes ont souvent réécrit les témoignages de Charly Gaul, s’ils ne les ont pas totalement arrangés.

3 J’ai pu consulter la coupure de journal, mais elle n’indique ni le titre de la publication ni la date précise.

4 Raymond Peynet (1909-1999), dessinateur français auteur de la série des « Amoureux de Peynet » célèbres pour leur candeur.

5 J. Goldschmit, Mit Charly Gaul zum Sieg …, 1958, pp. 28, 38-38, 49.

6 Ph. Brunel, « Gaul, l’intemporel », L’Équipe, 18.7.2000.

7 Voir l’article sans titre d’André Lemay sur la 11e étape du Tour de France 1963. Origine non identifiée.

8 (pg) [Pierre Gricius], « Der Luxemburger Sportler des Jahrhunderts‘ Charly Gaul : ‚Ich bin stolz auf diese Auszeichnung‘. Der Laureat stuft den Erfolg bei der Tour de France höher ein als den zweifachen Schlussgewinn beim Giro d’Italia », Luxemburger Wort, 27.11.1999.

9 Voir Frank Hary, « Der Gemeinderat Esch befasste sich mit verschiedenen Themen. Acht Euro, Beilval Plaza I und eine rue Charly Gaul », Tageblatt, 6.5.2006.

10 (pg) [Pierre Gricius], « Charly Gaul 45 Jahre nach seinem Tour-Sieg. ‚Der Mont Ventoux war mein Lieblingsberg‘ », Luxemburger Wort, 7.7.2003.

11 R. Haas, « Les Luxembourgeois dans le Tour. Charly Gaul. Un Ange devenu Roi », Le Quotidien, 1.7.2002.

Bibliographie

ARCHIVES du Département ministériel des Sports.

ARCHIVES Fernand Thill.

BRESSLER, Henri, THILL, Fernand, Histoire du cyclisme luxembourgeois, Esch-sur-Alzette, éd. Schortgen, 2010, tome 1 ; tome 2 à paraître en automne 2011.

GOLDSCHMIT, Jang, Mit Charly Gaul zum Sieg. Meine Freuden und Leiden als technischer Direktor der Neux-Mannschaft im Tour de France 1958, Esch-sur-Alzette, Impr. Coopérative Luxembourgeoise, 1958.

GUILLAUME, François, Du Tour de Frantz au Tour de Gaul en passant par le Géant de Colombes. Les cyclistes luxembourgeois dans la Grande Boucle et dans la littérature francophone, Diekirch, éd. de l’A.P.E.S.S., 2006 ; Mon Dico du vélo, Sandweiler, éd. ultimomondo, 2010.

MERSCH, François, Bergauf bergab mit Charly Gaul, Luxembourg, éd. F. Mersch, 1959, 4e éd. 1975.

WILHELM, Frank alias François GUILLAUME, « Charly Gaul », Sonja Kmec, Benoît Majerus, Michel Margue, Pit Peporte (éd.), Lieux de mémoire au Luxembourg. Erinnerungsorte in Luxemburg, Luxembourg, éd. Saint-Paul, 2007, pp. 133-138.

ZANGERLÉ, Gaston, La Saga Charly Gaul, Luxembourg, éd. Saint-Paul, 2006.

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