Le chômage des jeunes
En 2012, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans s’établit à 18.8% au Luxembourg et à 23% au niveau de l’Union européenne. Le taux de chômage renseigne la proportion des jeunes « actifs » qui sont au chômage, et non de tous les jeunes s
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Paul Reiff
Le chômage des jeunes
En 2012, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans s’établit à 18,8 % au Luxembourg et à 23 % au niveau de l’Union européenne. Le taux de chômage renseigne la proportion des jeunes « actifs » qui sont au chômage, et non de tous les jeunes se trouvant au chômage. En effet, dans l’Union européenne un jeune sur dix est au chômage et au Luxembourg un jeune sur vingt. Au fil des 30 dernières années le nombre de jeunes chômeurs a progressé de 35 %. En même temps, la population active de cette tranche d’âge baisse de 52 %, du fait d’une scolarisation plus longue. Le résultat combiné de ces deux tendances est une hausse spectaculaire du taux de chômage des jeunes.
Au cours de la dernière décennie, le chômage des jeunes a progressé dans bon nombre de pays européens, y compris au Luxembourg. En 2012, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans s’établit à 18,8 % au Luxembourg et à 23 % au niveau de l’Union européenne. Des valeurs extrêmes sont enregistrées en Grèce (55 %) et en Espagne (53 %). Au vu de ces chiffres, les discussions sur l’évolution du chômage des jeunes prennent des allures alarmistes. Toutefois, en se penchant de plus près sur les chiffres et leur évolution, le phénomène du chômage des jeunes s’avère être plus complexe.
Taux de chômage des jeunes ≠ proportion des jeunes au chômage
Le taux de chômage est défini comme étant le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active, cette dernière étant la somme des personnes ayant un emploi et des chômeurs. Elle ne prend en compte que la population qui travaille ou qui est disposée à le faire, laissant de côté la population inactive.
Dans certains groupes de la population, par exemple les hommes âgés entre 25 et
54 ans, la population active représente une part très importante de la population. Dans ces groupes, le taux de chômage est
Le taux de chômage est défini comme étant le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active, cette dernière étant la somme des personnes ayant un emploi et des chômeurs.
plus ou moins proche de la proportion des chômeurs dans la population totale. Pour les jeunes entre 15 et 24 ans, la situation est toutefois différente. En effet, la part de personnes dans le système éducatif prédomine dans cette classe d’âge, de manière à ce que la population active (travailleurs et chômeurs) ne représente qu’une faible partie de la population totale. Pour les jeunes, un taux de chômage déterminé par rapport à la population active n’est donc pas du tout comparable à la part de chômeurs dans la population totale de cette classe d’âge. Par conséquent, il est donc intéressant de calculer deux indicateurs différents de chômage chez les jeunes.
Le premier indicateur est celui du taux de chômage des jeunes (« youth unemployment rate »), qui reprend la même définition
que le taux de chômage utilisé communément. Il compare en effet le nombre de chômeurs à la population active.
Le deuxième indicateur adopte une vue globale de la population d’une classe d’âge. Il s’agit de la proportion de jeunes au chômage par rapport à l’ensemble des jeunes (« youth unemployment ratio »). Le numérateur est le même que pour le premier indicateur, c.-à-d. le nombre de chômeurs. Le dénominateur ne se limite toutefois pas cette fois-ci à la population active mais correspond à la totalité de la population de cette classe d’âge.
Dans l’optique « taux de chômage des jeunes », on peut dire qu’en 2012, plus de deux jeunes actifs sur dix (23 %) étaient sans emploi en Europe. Dans l’optique « proportion de jeunes au chômage » toutefois, moins d’un jeune sur dix (9,7 %) était au chômage en 2012. Il serait donc faux d’affirmer qu’en Union européenne, plus de 20 % des jeunes seraient au chômage. Au Luxembourg, un jeune sur 20 (5,1 %) est au chômage.
Le deuxième indicateur (proportion de jeunes au chômage) est par construction toujours inférieur au premier (taux de chômage des jeunes). La différence entre ces deux indicateurs est d’autant plus grande
que la part de la population inactive dans la population totale est importante.
Ainsi, la différence entre ces deux indicateurs est faible aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, au Royaume-Uni, et dans les pays scandinaves, grâce aux nombreux élèves et étudiants qui travaillent sous contrat rémunéré en-dehors de leur formation ou dans le cadre de leur apprentissage (système dual), venant ainsi grossir la population active. Par contre, plus de 2/3 des jeunes sont économiquement inactifs au Luxembourg (tout comme en Belgique, en Grèce, en Italie et plusieurs pays de l’Europe de l’Est) étant donné qu’ils ne sont « que » élèves ou étudiants, sans participer au marché du travail. Ceci explique un écart plus important entre les deux indicateurs dans notre pays.
En se basant sur la proportion de jeunes au chômage, le chômage parmi les jeunes prend un autre visage. La situation des jeunes face au chômage paraît beaucoup plus nuancée dans les pays présentant des taux de chômage très élevés, comme en Grèce (55,3%), en Croatie (43,0%), ou au Portugal (37,7%), étant donné que la proportion de jeunes au chômage y est inférieure à 20%.
La part des jeunes qui ne sont ni en éducation, ni sur le marché du travail est plutôt faible au Luxembourg
Il est donc primordial pour l’interprétation des indicateurs du chômage des jeunes d’en comprendre les phénomènes socio-éducatifs et socio-économiques sous-jacents. Afin de mieux comprendre la particularité des indicateurs relatifs au chômage des jeunes, il convient d’analyser d’abord la « zone grise » entre études et activités économiques des jeunes.
Le passage de l’éducation au travail ne se fait pas pour tous les jeunes au même âge, ni de la même manière. À 15 ans, la quasi-totalité des jeunes se trouve exclusivement dans le système d’éducation. Ensuite, de plus en plus de jeunes passent de l’éducation vers le marché du travail et deviennent économiquement actifs, soit en ayant un emploi, soit en étant demandeur d’emploi.
Le Luxembourg a une structure de la population jeune assez proche de la moyenne européenne, avec une proportion de jeunes simultanément en éducation et sur le marché du travail relativement faible (< 10%, contre 14% dans l’UE). On peut toutefois remarquer que la proportion de jeunes au chômage (par rapport à l’ensemble de la classe d’âge) est plus faible au
On peut toutefois remarquer que la proportion de jeunes au chômage (par rapport à l’ensemble de la classe d’âge) est plus faible au Grand-Duché que dans la moyenne européenne (5,1%, contre 9,7% dans l’UE).
Grand-Duché que dans la moyenne européenne (5,1%, contre 9,7% dans l’UE). Ensuite, au Luxembourg davantage de jeunes restent plus longtemps dans le système éducatif sans entrer sur le marché du travail. En dernier lieu, la part des jeunes qui ne sont ni en éducation, ni sur le marché du travail est plus faible au Luxembourg que dans l’ensemble de l’UE.
Aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, au Royaume-Uni et dans les pays scandinaves, la structure se présente par contre de manière tout à fait différente. Dans ces pays, une proportion beaucoup plus importante des jeunes fait simultanément partie des sphères de l’éducation et du travail. Cette proportion est proche de 20% au Royaume-Uni et dépasse les 40% au Danemark et aux Pays-Bas.
Aux Pays-Bas par exemple, les jeunes commencent à chercher un emploi à un âge beaucoup plus précoce. Il en résulte une proportion élevée de jeunes de 15-18 ans qui sont au chômage tout en étant à l’école. De même, le pourcentage de personnes travaillant tout en étant scolarisées est très élevé puisque le système éducatif est organisé de manière à privilégier le travail partiel en parallèle à l’éducation scolaire, tant au niveau de la formation professionnelle qu’au niveau des études supérieures.
La conséquence au niveau statistique est que la population active des jeunes est beaucoup plus importante dans ces pays
qu’au Luxembourg. Et comme la population active sert de dénominateur dans le calcul du taux de chômage, ce dernier est d’autant plus réduit que la population active est importante.
Ainsi, le taux de chômage des jeunes n’est aux Pays-Bas que de 9,5% pour une proportion de jeunes au chômage de 6,6%, alors que la différence entre ces deux indicateurs est plus significative au Luxembourg (avec respectivement 18,8% et 5,1%).
La progression du taux de chômage des jeunes est surtout due à une baisse importante de la population active
Le taux de chômage des jeunes a augmenté de manière significative au Luxembourg au cours des deux dernières décennies : il était de 3,7% seulement en 1992, de 7,0% en 2002 et de 18,8% en 2012.
Pour expliquer cette augmentation importante du taux de chômage des jeunes, il faut de nouveau prendre en compte de manière séparée l’évolution de son numérateur (nombre de chômeurs) et celle de son dénominateur (population active).
En ce qui concerne le taux d’activité, il faut remarquer que son évolution est particulière chez les jeunes. Si la part des personnes inactives a fortement diminué depuis les 30 dernières années dans la classe d’âge des 25 à 54 ans, on observe au contraire une part croissante de personnes inactives chez les jeunes de 15 à 24 ans, la quasi-totalité de ce phénomène résultant de la durée prolongée des études.
Ainsi, le simple fait de la diminution de la part de la population active dans le total de la classe d’âge a conduit à une augmentation spectaculaire du taux de chômage, alors que la part des chômeurs dans la population des jeunes n’a en réalité que peu évolué : 4,1% en 1983 ; 5,1% en 2012. Ce phénomène n’est pas observé pour les classes d’âges plus élevées et est propre au chômage des jeunes.
Paradoxalement, la principale raison de l’explosion du taux de chômage des jeunes est donc la proportion croissante de jeunes faisant des études, bien plus que
l’augmentation du nombre de jeunes au chômage. En effet, on peut constater que pour la population des 15 à 24 ans, le taux de chômage a presque triplé entre 1983 et 2012, alors que sur la même période, le nombre de chômeurs (le numérateur) n’a été multiplié que par 1,35. Cela est dû au fait qu’en même temps, le nombre de personnes actives (le dénominateur) a été réduit de plus de la moitié parce que de plus en plus de jeunes suivent des études
de plus en plus longues, en partie pour augmenter leurs chances de trouver un emploi plus tard.
Pour la population des 25 à 54 ans par contre, le taux de chômage a doublé sur la période étudiée. Ceci est le résultat du fait que le nombre de chômeurs (numérateur) a été presque multiplié par quatre, et que la population active (dénominateur) a presque doublé.
Il ressort de ces quelques considérations que l’interprétation des taux de chômage des jeunes et leur comparaison internationale doivent se faire avec beaucoup de prudence et nécessitent des connaissances approfondies du système éducatif et du marché du travail des pays analysés. ♦
Veuillez trouver plus d’informations dans le rapport travail et cohésion sociale de 2013 sous http://www.statistiques.public.lu/fr/publications/series/cahiers-economiques/2013/116-cohesion-sociale/index.html.
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