Bernard Hermes: les hauteurs qui tuent

La pensée universelle, Paris 1980

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BERNARD HERMES,

Les Hauteurs qui tuent

LA PENSÉE UNIVERSELLE, PARIS 1980

A quoi les hommes politiques, que la maladie ou l’insuccès ont contraits à la retraite politique, occupent-ils leurs loisirs? Si d’aucuns sombrent dans l’oubli et la rancœur, si d’autres se recyclent dans le monde de la haute finance, BERNARD HERMES, quant à lui, semble avoir trouvé une voie plus respectable, sinon plus glorieuse: il vient de publier aux Editions La Pensée Universelle à Paris un livre,

Les hauteurs qui tuent qui est l’histoire romancée ‚de la conjuration de Catilina.

Le choix du sujet n’est sans doute pas le fruit du hasard: B. Hermes est professeur de latin à Esch-sur-Alzette. L’auteur n’entend pas nous raconter simplement cet illustre événement de l’histoire romaine, il s’attache avant tout à la réhabilitation de Catilina, dont l’adversaire principal, Cicéron, a réussi à le noircir dans des textes qui sont passés dans la littérature mondiale et ont été repris par la suite dans leur teneur diffamatoire, par à peu près tous les historiens.

Ce n’est pas un hasard non plus si Catilina nous est présenté comme ayant été en réalité le défenseur du peuple et de la justice sociale: sa carrière politique avait porté B. Hermes jusqu’au poste de secrétaire général adjoint du parti socialiste. Faut-il voir dans le destin tragique de Catilina, qui meurt sur les hauteurs de Pistoia et ‚paye de sa vie un idéal qui semble trop élevé pour être à la mesure du commun‘ (texte de la page de garde), faut-il voir dans cette issue fatale d’une noble entreprise un bilan de l’engagement politique qui a été celui de l’auteur?

Peu importe, l’oeuvre a sa valeur propre, indépendamment des éventuelles incidences autobiographiques. En tout cas, la réhabilitation de Catilina est menée de façon habile et convaincante, même si les pièces du dossier ne me sont pas suffisamment connues pour que je puisse conclure au succès du plaidoyer. Aux historiens de métier de trancher.

La grande surprise, agréable, vient en fait du style: la langue de l’auteur est sobre, classique en quelque sorte, mais sans les clichés qu’on aurait pu craindre. De ce fait, l’auteur n’est pas tombé dans le travers de tant d’écrivains luxembourgeois qui, voulant prouver trop, se sont laissés aller à un vocabulaire recherché, rare et précieux, dont la boursouflure est la preuve même de leur méconnaissance de la langue. (Des exemples grotesques se trouvent dans Marcel Gérard, Anthologie des écrivains luxembourgeois d’expression française, Imprimerie Saint-Paul):

Cependant, si l’auteur semble avoir trouvé son style je ne crois pas qu’il ait été tout aussi heureux dans le choix du genre littéraire, celui de l’histoire romancée. Car ce qui tient au roman dans son oeuvre, fait que le lecteur comprend mal les tenants

et aboutissants de la conjuration, trop de détails concernant l’histoire et les institutions romaines sont présupposés connus. Quant à l’élément ‚histoire‘, il entraîne que les personnages sont présentés comme de l’extérieur, on les imagine mal en chair et en os, on ne voit guère leur profil psychologique et moral.

Il me semble que le genre de l’histoire tout court convient le mieux à l’auteur: les meilleurs passages du livre sont ceux où c’est l’historien et le commentateur engagé qui parle et raconte. De même B. Hermes réussit à retrouver dans les temps passés des problèmes actuels, sans toutefois verser dans l’anachronisme. Enfin, tout l’ouvrage est sous-tendu par une réflexion politique dont l’actualité n’est pas niable non plus, témoin le problème de Catilina qui ‚luttait pour un changement, mais ceux qui devaient en bénéficier, faisaient la sourde oreille. Alors que faire?‘; ou encore les discussions sur l’emploi de la violence qui traversent tout le livre.

Voilà un ouvrage qui donne envie de lire celui que l’auteur annonce comme à paraître prochainement.

Hubert Hausemer

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