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L’origine du mouvement des ‚Chrétiens pour le Socialisme‘ (CpS) se situe en Amérique latine, plus précisément au Chili. Aujourd’hui il existe dans plusieurs pays d’Amérique et d’Europe, de même que dans quelques villes d’Asie et d’Afrique. Les CpS possèdent des visages très divers, qu’il s’agisse de groupes portant le nom de Chrétiens pour le socialisme, ou se réunissant sous d’autres appellations. Dans un certain nombre de pays, ils ont dû passer dans la clandestinité, notamment au Chili où ils ont été fondés. (…)

Le 16 avril 1971 sortait un document intitulé Déclaration des Quatre-Vingts. Il s’agissait de prêtres chiliens travaillant pour la plupart en milieux populaires et qui affirmaient leur solidarité avec le processus de construction du socialisme en cours au Chili. L’Union populaire était arrivée au pouvoir quelques mois auparavant, en 1970. Le groupe affirmait qu’il n’y avait pas d’incompatibilité entre christianisme et socialisme et ajoutait qu’il y avait plus de valeurs évangéliques dans le socialisme que dans le capitalisme.

Dès le 22 avril 1971 des évêques chiliens réagissaient. Une telle option politique de la part de prêtres, disaient-ils, n’est pas acceptable. Ces derniers, en tant que pasteurs, ne peuvent prendre option pour une idéologie particulière. Le groupe des Quatre-vingts proposa alors une réunion latino-américaine sur le sujet pour un échange d’idées et de réflexions sur l’engagement des chrétiens dans la révolution que signifie la libération en Amérique latine. Ils proposaient aussi un témoignage public de cet engagement.

LE ‚DOCUMENT DE SANTIAGO‘.

En avril 1972, à l’occasion de la réunion de l’UNCTAD (Conférence des Nations unies sur le développement) à Santiago, se tint la conférence prévue. Environ quatre cents participants latino-américains se rassemblèrent et parmieux Mgr Alceo Mendez, évêque de Cuernavaca. Après plusieurs jours de discussions, souvent fort animées, un document fut publié, qui porte actuellement le nom de ‚Document de Santiago‘. Dans son introduction le document déclare que les signataires veulent s’identifier en tant que chrétiens. Il signale l’injustice structurelle existant en Amérique latine, qui signifie en fait une société de violence. Or, le Christ a prêché la fraternité et l’amour, qui doivent pénétrer dans toutes les structures sociales. A cet effet, transformer fondamentalement les structures de la société latino-américaine, où une minorité défend de manière agressive ses intérêts de classe, est une position logique, adopté par un certain nombre de chrétiens. Mais la majorité, en Amérique latine, partage encore l’idéologie bourgeoise. Nous n’avons pas de solutions politiques particulières à offrir, déclare le document, nous voulons nous unir à tous ceux qui sont engagés dans une lutte révolutionnaire.

L’alliance stratégique

Dans sa première partie, le document analyse alors la réalité latino-américaine en tant que véritable défi pour les chrétiens. C’est qu’il ne s’agit pas du produit de déséquilibres naturels ou inévitables, mais du fruit des rapports sociaux découlant d’un système capitaliste. En Amérique latine, il existe un capitalisme dépendant, surtout des Etats-Unis, qui conduit à un affrontement de classes. La seule alternative est : capitalisme dépendant ou socialisme, la ‚troisième voie‘ chrétienne a prouvé son incapacité à résoudre les problèmes latino-américains fondamentaux. Face à l’accentuation de la lutte des classes, toute prétention à la neutralité ou à l’apolitisme est exclue.

Il existe des essais de libération en Amérique latine. La révolution cubaine en est un exemple et d’autres essais ont été tentés, à la suite de cette dernière expérience. Dans le processus actuel, il faut taire les divisions et les chrétiens, poussés par l’Esprit de l’Évangile, veulent aussi se joindre aux groupes populaires en acceptant les mêmes droits et les mêmes devoirs que ceux qui ont fait une telle option révolutionnaire. Cela signifie chez eux une conscience croissante de la signification historique de leur foi. Des prêtres et des pasteurs l’ont aussi compris. Sur le plan politique, cela signifie la nécessité d’une alliance stratégique avec les marxistes, afin de favoriser le processus de libération. Une telle identification dans la lutte ne signifie pas que les chrétiens abandonnent leur foi, au contraire celle-ci sera revitalisée.

Dans sa deuxième partie, le document détaille quelque peu les aspects de l’engagement révolutionnaire que ces chrétiens veulent affirmer. Il s’agit d’un projet global de transformation de la société et d’une reconnaissance de la lutte des classes comme fait fondamental. Cela débouche sur l’acceptation du socialisme comme la seule option acceptable pour un au-delà d’une société de classes. A cet effet, il faut remplacer la propriété privée des moyens de production par une propriété sociale qui permet d’éliminer les antagonismes de classes.

Foi et engagement révolutionnaire

En Amérique latine, il existe dans les masses une fausse conscience sociale et le christianisme est utilisé par l’idéologie dominante- ce qui doit être dénoncé clairement. Le but n’est pas d’utiliser la foi comme un instrument pour des fins politiques, mais de la restaurer dans sa dimension originaire. La culture dominante impose une image de l’homme qui l’incite à accepter l’ordre établi et une conception individualiste de l’humanisme. Une certaine idée spiritualisante de l’homme permet de voiler les mécanismes économiques et sociaux, de même que la violence institutionnalisée. C’est pourquoi les chrétiens doivent prendre parti en faveur des opprimés et redécouvrir la vitalité du christianisme.

La logique même de ces positions, toujours selon le texte de Santiago, mène à faire le lien entre foi chrétienne et engagement révolutionnaire. C’est une découverte importante de la convergence entre radicalité de la foi et radicalité de l’engagement politique. La foi, dit le document, intensifie l’exigence de voir la lutte des classes déboucher sur la libération de tous les hommes, en particulier de ceux qui souffrent des formes les plus dures de l’oppression.

Elle oriente vers une transformation totale de la société, plutôt que vers une transformation des structures économiques uniquement. L’engagement révolutionnaire possède aussi une fonction critique vis-à-vis de la foi chrétienne. Il aide à redécouvrir les thèmes centraux des messages évangéliques. (…)

LE DOCUMENT DE QUEBEC

Contrairement à la réunion de Santiago du Chili, celle réalisée au Québec en avril 1975 rassemble un nombre assez réduit de personnes, une quarantaine, soit déléguées

par leurs mouvements respectifs, soit des théologiens ou sociologues ayant travaillé dans la même orientation. Elle aboutit à la publication d’un document qui, dans son introduction, se situe immédiatement à l’échelle internationale et face aux phénomènes plus particuliers du capitalisme transnational. Il signale également le surgissement d’une évangélisation libératrice et les germes d’une Eglise populaire que l’on peut relever dans plusieurs continents.

La double fidélité

Sur le plan de la foi, il s’agit de découvrir que l’engagement dans la praxis libératrice et révolutionnaire est le lieu où se vit, se réfléchit, se communique et se célèbre la foi dans le Christ. Dans cette pratique les chrétiens assument toutes les exigences de la pratique de Jésus et reconnaissent en lui le fondement d’une Humanité nouvelle.

Assumer la pratique subversive des exploités signifie bâtir une terre nouvelle et vivre l’expérience de la conversion évangélique. Celle-ci en effet exige une rupture et la fin des complicités collectives et individuelles avec l’injustice.

Dans la mesure où l’identification aux intérêts et aux luttes des classes populaires constitue l’axe d’une nouvelle manière d’être et de recevoir la parole du Seigneur, la réflexion sur la foi débouchera sur une idéologie militante. Celle-ci sera élaborée à partir d’une option de classe et par ailleurs le marxisme est un élément important dans cette tâche de reformulation de l’intelligence de la foi.

L’idéologie dominante permet difficilement à la masse des chrétiens de vivre une foi et une pratique religieuse capables de démasquer la logique anti-humaine et anti-chrétienne du système capitaliste. Ils sont plutôt portés à la légitimer en reportant sur des préoccupations purement spirituelles leurs énergies et leur générosité. Des justifications théologiques sont données à une telle position, limitant la mission évangélique à la sphère exclusivement spirituelle, apolitique, étrangère aux conflits de classes. On voudrait être juge sans être partie. Il y a souvent un recours au transcendant pour remettre en question, non pas l’oppression mais les efforts de libération, ce qui, objectivement au moins, favorise les intérêts des classes dominantes.

Il s’agit donc de permettre la réappropriation de l’Écriture par ceux à qui elle appartient de la relire du point de vue des pauvres et des classes opprimés. La même problématique est développée pour l’orientation de l’action ecclésiale et à propos des symboles liturgiques et sacramentels. Ce qui permettrait d’ouvrir de nou-

veaux chemins à la conception, à la célébration, à l’eucharistie, comme expressions de la fidélité au Christ et de la lutte de libération des pauvres.

On voit un peu partout les germes d’une Eglise populaire, où la conscience chrétienne s’intègre à la conscience de classe, sans pourtant s’y réduire.

Le document conclut en disant qu’un nombre croissant de chrétiens se situent dans cette perspective, c’est à dire celle d’une recherche d’une nouvelle modalité de la foi et de l’Eglise à partir d’une pratique politique socialiste. Il ne s’agit pas de former des partis politiques chrétiens nouveaux, mais de permettre aux chrétiens de s’intégrer dans les partis et dans les organisations ouvrières.

De tels chrétiens désirent se réunir et aussi développer à l’intérieur du champ religieux une lutte idéologique, afin de contribuer à l’épanouissement d’un christianisme présentant une alternative à celui qui est allié idéologiquement et structurellement aux systèmes dominants d’exploitation.

Le dynamisme des CpS… et de leurs pourfendeurs

Le document de Québec a été largement diffusé dans les divers continents et il a servi de base à la constitution de groupes nouveaux dans un certain nombre de pays. Il fut également l’objet de contestations très vives, notamment dans les milieux conservateurs. C’est ainsi qu’en Amérique latine une véritable offensive est menée, au départ du CELAM (Conseil épiscopal latino-américain) par la voix de son secrétaire général, Mgr Lopez Trujillo.

Une réunion s’est tenue en mars 1976 à Rome, rassemblant théologiens et hommes d’action latino-américains et allemands, qui déboucha sur une condamnation des Chrétiens pour le socialisme.

Le réseau européen des CpS

C’est à l’initiative surtout de quelques Chiliens et Européens exilés du Chili que se rencontrèrent à Paris en mars 1974 quelques Chrétiens pour le socialisme de différents pays ouest-européens, ils lancèrent le projet d’une première rencontre eu-

ropéenne, qui eut lieu à Lyon en mars 1975. Une soixantaine de personnes y représentaient les sept groupes nationaux existants (Espagne, Emigration espagnole, Italie, Pays-Bas, Portugal et Belgique – deux délégations, francophone et flamande) et les quatre pays où les CpS étaient alors en voie de constitution (Allemagne, Autriche, France et Grande-Bretagne)

Cette rencontre a montré à quel point les situations vécues, les objectifs et les moyens mis en oeuvre sont proches non seulement entre pays européens mais aussi par rapport aux pays américains représentés sur place par les Chiliens. Une questi-

on émerge partout : comment les socialistes que nous sommes (dans des organisations, des options et des pratiques différentes) expriment-ils leur foi en Jésus-Christ en cohérence avec leur choix politique vécu? Une priorité apparaît, et bien sûr de façon particulièrement sensible dans les pays du Sud : c’est la masse chrétienne qui doit pouvoir bouger et, pour cela, se délivrer de l’appareil ecclésiastique et de l’idéologie religieuse qui l’empêchent d’agir suivant ses solidarités objectives de classe.

La mise en commun de Lyon a permis d’aboutir à plusieurs conclusions. En premier lieu, tous les CpS européens ont refusé, jusqu’à présent, aussi bien de s’engager dans la création d’une gauche chrétienne, d’un parti de gauche chrétien que de se lier à un seul parti. Par ailleurs, on rencontre deux types de chrétiens à l’intérieur des CpS : d’une part un courant qui met l’accent sur l’engagement politique, d’autre part des chrétiens qui insistent sur la réévaluation de la foi en un lieu qui se situe hors de l’Eglise-institution, ils n’ignorent pas la politique mais insistent sur le rôle de déblocage à jouer auprès des chrétiens.

La spécificité des CpS est de ne pas faire d’option entre ces deux types de chrétiens mais de maintenir une relation dialectique entre ces deux fonctions. Ainsi le mouvement n’arrive pas à une rupture mais ceci à trois conditions :

  • il n’y a pas seulement rencontre formelle entre ces deux tendances mais rencontre dialectique, elle se questionnent, se posent des exigences,
  • la première tendance n’exerce pas seulement une fonction politique et la seconde n’a pas seulement une fonction "chrétienne" : les deux pôles se retrouvent à l’intérieur de chaque tendance,
  • la première tendance doit reconnaître l’autonomie du champ religieux, la seconde la primauté fondamentale du politique. (…)

Pour ce qui est de l’organisation au niveau européen, il a été mis en place un comité de liaison très souple où chaque pays est représenté par un délégué. Le groupe italien a pris la responsabilité du secrétariat qui est une structure légère au rôle purement technique, assurer la circulation d’informations et le fonctionnement du comité de liaison. Des informations s’échangent surtout dans trois domaines retenus comme prioritaires : les problèmes de la sexualité de la famille et de la femme, un congrès CpS sur l’émigration, une séminaire sur la Démocratie chrétienne.

Le séminaire sur la Démocratie chrétienne

C’est en novembre de cette année que doit se tenir en Hollande le séminaire européen des CpS consacré à la Démocratie chrétienne. Ce thème a été retenu, dit le schéma préparatoire, "puisque l’on a reconnu dans les partis et mouvements démocrates-chrétiens des divers pays, et dans les idéologies qui en sont la base, un des noeuds essentiels qui lient encore des millions de chrétiens au monde de la bourgeoisie et à son idéologie. Comme chrétiens, militant dans le monde ouvrier, nous sommes convaincus que l’adhésion au socialisme de la part d’un si grand nombre de chrétiens ne peut passer qu’à travers la démystification d’une idéologie qui, sous le nom de "chrétienne", ouvre ses intérêts, nationaux et internationaux, d’exploitation et de pouvoir". Ce sera là la première manifestation publique des CpS européens et un test tant de leur solidarité que du sérieux de leur travail collectif.

in: Euroflash N0 4/76

Ein westlicher Diplomat nimmt an einem Staatsbesuch in Polen teil. Beim Besuch der Sonntagsmesse entdeckt er neben sich einen seiner polnischen Verhandlungspartner. "Sind Sie katholisch?" fragt er ihn.

"Gläubig", gibt der zur Antwort, "aber nicht praktizierend."

"Ich verstehe", sagt der Gast, "Sie sind Kommunist."

"Praktizierend", sagt der andere, "aber nicht gläubig."

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