Echternach à Paris
Exposition "Le rayonnement architectural de l'abbaye d'Echternach au XVIIIème siècle"
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Lors d’un récent déplacement à Paris, nous avons pu visiter l’exposition „Le rayonnement architectural de l’abbaye d’Echternach au XVIIIème siècle au Luxembourg et dans les régions voisines" présentée, au nom du Ministère de la Culture, par le Service des Sites et Monuments Nationaux à la Maison de l’Unesco. L’exposition faite de photos et de maquettes a fermé ses portes entre temps, mais comme elle est destinée à être montrée ailleurs, nous nous permettons d’y revenir. Car la manifestation parisienne réservait quelques surprises au visiteur.
Première surprise: Un nombre appréciable de photos et de maquettes sortaient visiblement du cadre de l’exposition. Citons, par exemple, la ville de Remich, figurant sous la rubrique „villages de vignerons", la maison Servais de Mersch ou encore deux „Charly’s Gare" (!) qui, pour autant que l’on sache, n’ont jamais eu de rapports privilégiés avec l’abbaye d’Echternach du 18e siècle.
Le véritable sujet de l’exposition, pour sa part, n’était introduit ni expliqué nulle par, abstraction faite de panneaux, souvent accompagnés de maquettes anonymes, qui annonçaient au passage: „Transfert du style abbatial vers les campagnes", „Les bâtisseurs d’Echternach transmettent leur talent dans les villages", tout en laissant au visiteur le soin de s’interroger sur la nature de ce „style abbatial" et de faire les rapprochements voulus.
Autre surprise: les auteurs anonymes semblaient mal informés sur le sujet qu’ils avaient choisi de traiter. Ainsi, par exemple, ils faisaient état de la construction du palais abbatial d’Echternach sans même citer le nom du grand architecte bénédictin Léopold Durand, sans
évoquer ses sources d’inspiration françaises (Lunéville, Versailles, le Louvre, Commercy etc.), sans relever cet étonnant „parachutage", aux confins de l’Eifel, d’une architecture classique typiquement „grand siècle". Par contre, l’exposition ne cessait de conjurer naïvement „la richesse de l’architecture abbatiale" qualifiée quelque part de „baroque", au point qu’on se demandait si les auteurs avaient pris le soin de consulter les excellentes publications scientifiques consacrées à ce sujet. Ils y auraient appris qu’à partir de 1765 seulement, par l’entremise de Trèves et sous l’influence de l’école Neumann-Kretschmar-Seiz, les abbés d’Echternach abandonnèrent le classicisme académique et austère au profit du baroque tardif, avec son goût du décor exubérant, pour faire construire des pavillons, des résidences et des églises qui, à leur tour, allaient influencer l’architecture de toute une région. Certes, les constructions epternaciennes de la seconde moitié du 18e siècle (le Loeschenhaus, les résidences de Dreis, de Weilerbach etc.) étaient présentées à l’aide de maquettes et de photos très suggestives, mais ces dernières étaient dépourvues de la moindre légende, du moindre mot d’explication! Et le visiteur, dérouté par tant de collages sans paroles, cherchait en vain un catalogue.
L’impression que nous avons gardée du passage à la Maison de l’Unesco est que le Service des Sites et Monuments Nationaux, qui est de création relativement récente, n’a pas encore atteint l’âge adulte. Il faudrait, pour y parvenir, qu’il se dote de cadres pourvus d’une formation scientifique solide.
Jean Schroeder
professeur au Lycée Classique
d’Echternach
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