„El Norte“

La terre promise (aus: Télérama 1829, 1985)

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La terre promise

CINE UTOPIA du 28 septembre au 1er octobre 1987
( pour l’horaire exact se référer aux programmes des quotidiens )

Télérama No 1829/1985

Américain (2 h 19) Réal.: Gregory Nava; avec Zaïda Silvia Guttierrez, David Villalpando, Ernesto Gomez Cruz, Stella Quan.

El Norte s’ouvre sur la vision paradisiaque des hauts plateaux du Guatemala. Rosa et son frère Enrique y vivent dans un village aux couleurs chatoyantes, au milieu d’une famille unie.

Mais les paysans étant dépossédés des meilleures terres, la résistance s’est organisée. Des soldats surviennent. Le père est décapité, la mère déportée et Enrique recherché.

Pour le frère et la sœur, le seul espoir est dans la fuite. La marraine de Rosa, lectrice assidue de vieux magazines américains, leur a toujours parlé des Etats-Unis comme de la terre promise. Elle leur donne toutes ses économies et ils partent…

« Nous sommes toujours gênés, disent Gregory Nava, auteur complet de son film, et Anne Thomas, sa femme qui en fut aussi coscénariste et productrice, par la condescendance dont témoignent certaines visions du Tiers Monde. A ne vouloir en ces peuples que les damnés de la terre, on passe à côté de la beauté et de la plénitude de leur culture. Il y a une richesse onirique, magique, que les artistes venus du Nord négligent trop souvent de capter ».

Amoureux des paysages et de la culture maya, Gregory Nava a donc refusé le misérabilisme au même titre que le racolage sentimental. Ce film sur la dignité de l’homme est un film digne.

Sa première partie — peut-être la plus belle et sûrement la plus importante — donne le ton. Non pas un documentaire vaguement romancé sur la condition des travailleurs immigrés, mais une épopée de l’oppression. En trois chants.

Le second a pour thème le « passage ». Nos héros vont avoir affaire aux « coyotes », les passeurs mexicains qui doivent leur faire franchir la frontière. Cette frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, Gregory Nava la connaît bien. Il a passé son enfance à San Diego et, chaque se-

maine, pour rendre visite à sa famille restée à Tijuana, il franchissait la ligne de démarcation entre les bidonvilles d’un côté, les villes opulentes de l’autre.

Enfin, — c’est le troisième chant — à force de courage et d’obstination nos héros sont parvenus à Los Angeles. Là, leur a dit la marraine, où les plus pauvres ont une chasse d’eau dans leurs cabinets…

C’est vrai… mais le motel minable et cradigue où ils ont échoué est loin d’avoir la beauté des maisons de leur pays !

Quant à l’exploitation de l’homme par l’homme, pour être plus feutrée, elle n’est pas moins cruelle. Que peut offrir la civilisation occidentale à ces descendants des Mayas ? Et la société à ces dépourvus d’existence légale puisqu’ils n’ont pas de permis de travail ?

Quel contraste entre la beauté, la noblesse de Rosa et d’Enrique et la trivialité de ceux qui les exploitent ! Et même de ceux qui les aident. Car El Norte n’est pas un film simpliste.

C’est seulement un film honnête (jusque dans ses dialogues : Rosa et Enrique parlant leur propre langue) sur deux émigrés comme nous en connaissons tous.

« On ne peut, dit Gregory Nava, commencer à comprendre ces peuples que quand on a partagé les beautés et les joies de leur existence. Dans El Norte, nous avons tenté de leur donner un visage, des visages. Ces immigrants sont partout dans Los Angeles, mais, pour la plupart d’entre nous, ce ne sont que des ombres. J’espère qu’après El Norte vous vous surprendrez à les regarder de façon différente. Ce n’est qu’un premier pas, mais rien ne s’accomplira, rien ne changera à leur condition ou à celle de l’Amérique Latine dans son ensemble, tant que ce premier pas n’aura pas été franchi ».

Mettez Paris à la place de Los Angeles, ajoutez à l’Amérique Latine le Maghreb, le Vietnam, le Cambodge…

Et allez voir El Norte.

CLAUDE-MARIE TREMOIS

Depuis 1983 différents groupes de solidarité mènent une action de soutien au profit des réfugiés guatémaltèques, notamment par le financement d’une aide d’urgence médicale et d’un programme alimentaire intégré.

Pour le moment cette aide a débouché sur le projet d’un centre de formation écologique visant à créer de nouvelles perspectives de vie pour les réfugiés et les populations mexicaines, qui les ont accueillis. Pour plus d’information sur ce projet " Ökologisches Ausbildungszentrum Las Margaitas", par ailleurs cofinancé par le gouvernement luxembourgeois, on peut s’adresser au:

CITIM Centre d’Information
Tiers Monde
39, rue du Fort Neipperg
2230 Luxembourg
tél.: 400 427

pour des dons:

CCP 55555-71
"Flüchtlingshellef Mettelamerika"

ou bien:

CCP 1144-77
"Fonds d’Aide au Développement"

mention: "don Iwerliewen asbl, "Mexico""

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