Formation et migration au Luxembourg

Au sujet d'une étude du SIRP

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Au sujet d’une étude du SIRP

Sous ce titre le Ministère de l’Education Nationale vient de publier en octobre 1985, sous l’égide du Service d’Innovation et de Recherche Pédagogiques, le premier fascicule d’une enquête qui s’insère dans un projet de l’OCDE.

Notons que l’étude en question avait été annoncée, voilà déjà 3 ans, en février 1983 par le Ministre Boden lors du débat à la Chambre des Députés sur la scolarisation des enfants d’immigrés.

La première partie de cette étude est un bilan statistique qui appelle un certain nombre d’observations.

L’auteur de l’étude, le sociologue Jérôme Levy, fait remarquer l’absence d’un certain nombre de données telles la formations des parents d’élèves étrangers, leur intention de séjour, leurs connaissances linguistiques etc. Il explique par là la nature hypothétique de certaines de ses interprétations. Nous voilà prévenus…

L’étude étale une gamme très étendue de statistiques, graphes et cartes sur la population étrangère, sa distribution par groupes d’âge, sa répartition géographique (de magnifiques cartes en couleur), puis sur la scolarisation proprement dite par type d’école (préscolaire, primaire, complémentaire, spécial) etc.

Il faut souligner l’intérêt de ces données, encore que l’on puisse s’interroger sur l’utilité de détailler les chiffres par circonscription électorale après avoir fait état de la situation par commune et par canton.

Revenons cependant à quelques éléments précis.

A la page 11 l’auteur montre, chiffres à l’appui, que le pourcentage des étrangers par groupes d’âge s’établit de la sorte:

| parmi les 0-4 ans il y a 40,35% d’étrangers | |
| — | — |
| 5-14 | 35,91% |
| 15-29 | 28,47% |
| 30-44 | 33,67% |
| 45-59 | 20,95% |
| 60 | 8,7% |

"Les enfants en âge scolaire sont avec 36% de leur classe d’âge surreprésentés. Cette proportion diminuera cependant fortement, d’après les statistiques, dans les années prochaines." Il faut regretter que l’auteur ne soumette ces dernières statistiques au lecteur qui au vu de la classe d’âge des 0 à 4 ans doit penser le contraire. Oubli, erreur, intention? Continuons notre analyse.

Regardons de plus près les chiffres et interprétations concernant la rotation (pp. 22 à 27). L’auteur dit, entre autre, que malgré que la réunification familiale ait été facilitée au début des années 60, on constate une forte rotation des immi-

grés. Nous regrettons avec l’auteur l’absence de données sur la durée de séjour des étrangers actuellement au pays, alors que la Sécurité Sociale et son puissant ordinateur devrait être en mesure de renseigner au moins sur la durée de cotisation.

Suivons l’auteur dans son exposé: Il nous fait part des entrées et sorties en 1977, 1979 et 1982. Sur 100 entrées on compte les nombres suivants de sorties:

| | Italiens | Portugais |
| — | — | — |
| 1977 | 152 | 71 |
| 1979 | 181 | 56 |
| 1982 | 209 | 193 |

Jérôme Lévy: "Il faut se poser la question, si en face de la grande mobilité de la population étrangère les efforts des instances responsables ont un quelconque sens, efforts tendant à faciliter et à accélérer l’intégration des étrangers, à réaliser l’égalité des chances sur le marché du travail, ou à améliorer la situation scolaire et de formation professionnelle, si le retour de la plupart des étrangers dans leur patrie ne peut être exclu."

LUXEMBOURG (PAYS)

LUXEMBOURG (VILLE)

Mais si nous regardons de près les chiffres (p.25), nous constatons que de 1975 à 1982 la moyenne annuelle de sorties d’Italiens s’articule autour de 1000 personnes, alors que les entrées ont régulièrement diminué (de 806 à 488), d’où l’augmentation de l’indice de mobilité. Côté Portugais, il en va de même: les sorties tournent autour de 1200 de 1975 à 1980 avec une tendance à la hausse (1445 en 1981 et 1832 en 1982) tandis que les entrées sont tombées de 3946 à 950!

En calculant un indice de mobilité (entrées/sorties) Levy nous donne l’impression d’une vague de retour devenant de plus en plus massive, alors que le nombre absolu des immigrés retournant à leur pays d’origine reste, comme le montre ses propres chiffres, pratiquement constant. Il faut donc se demander s’il ne s’agit pas tout simplement de fournir au MEN des arguments pour justifier l’absence d’un concept en matière de scolarisation des enfants étrangers, arguments du genre: pourquoi mettre en route des mesures puisqu’ils vont partir chez eux de toute façon!

Autre contradiction: A la fin du chapitre sur l’enseignement préscolaire, J. Levy cite un auteur allemand qui fait état des difficultés scolaires en matière de connaissances linguistiques des enfants étrangers nés au pays hôte (Allemagne ou Luxembourg). Et deux pages plus loin, en parlant de l’enseignement primaire, Levy prétend qu’il n’y a guère de doute que les enfants étrangers nés au pays (Luxembourg) n’ont guère plus de difficultés à l’entrée à l’école primaire que les enfants luxembourgeois, une différence pouvant résulter cependant du milieu social."

En étalant cette contradiction Levy semble vouloir prendre ses distances avec la position officielle qui tend à nier toute difficulté spécifique liée à l’enseignement de la langue allemande pour les enfants étrangers nés au Luxembourg. Argument de plus pour rendre superflue une approche différenciée de

| Montag | Dienstag | Mittwoch | Donnerstag | Freitag | Samstag |
| — | — | — | — | — | — |
| Belgien | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Wien | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Wien | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |
| Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt | Frankfurt |

l’allemand pour des enfants qui après 2 années de jardin d’enfants ont certes des connaissances de luxembourgeois: or ces connaissances sont loin d’égaler celles de leurs copains luxembourgeois. Tout ce que ces derniers connaissent, comprennent, savent nommer etc. c’est en luxembourgeois, tandis que les élèves étrangers n’ont été confrontés avec le luxembourgeois qu’à partir de 4 ans au jardin d’enfants et continuent à vivre dans un milieu familial où la langue luxembourgeoise est absente des expériences, affections et échanges.

Malgré tout, on suppose qu’ils ont les mêmes conditions de départ pour apprendre l’allemand. Sans doute inutile d’insister sur le fait que notre ap-

Ausländeranteile nach Schularten (1975-1989)

prentissage de l’allemand, après l’acquisition des techniques de lecture et d’écriture, ne se fait pas de façon méthodique, mais est basé essentiellement sur le transfert automatique des mécanismes linguistiques du luxembourgeois. Il serait sans doute stupide de renoncer à cet avantage certain des luxembourgeois en préconisant une alphabétisation en français pour tous, luxembourgeois et étrangers. De là à penser qu’une méthode d’apprentissage de l’allemand soit superflue, c’est revenir à la situation telle que nous la connaissons. Une acquisition systématique de l’allemand à l’école primaire profitera aussi aux luxembourgeois et diminuerait les échecs des étrangers et leur quasi-exclusion de l’enseignement post-primaire.

Aux pages 86-87, Levy relève les difficultés des élèves portugais dans les premières classes de l’enseignement primaire: en première année le taux d’échec des Luxembourgeois est de 6% et celui des Portugais de 24%, en deuxième année les taux sont respectivement 2,5% et 15,8%.

Des conclusions sommaires du premier fascicule il faut retenir que l’auteur fait état des initiatives prises – classes d’accueil, classe à alphabétisation en français avec cours de langue maternelle intégrés – sans spécifier s’il s’agit de projets évolués, généralisés ou abandonnés depuis lors. Levy ne peut pas s’empêcher de constater "que les efforts actuels de l’Etat (dans le domaine scolaire) n’ont pas encore apportés les résultats escomptés". (p.117)

Nous gardons malgré tout l’espoir que la suite de l’étude saura prendre plus de distance par rapport au MEN pour garantir une approche scientifique qui ne soit pas influencée ou infléchie par la volonté de faire croire que tout est pour le mieux…

Il ne faut certes pas tomber dans le travers inverse de tout noircir, mais comment amener le(s) responsable(s) à mettre en route un train de mesures qui puisse répondre à la gravité de la situation? Attendra-t-on que les parents-électeurs, donc luxembourgeois, commencent à rouspéter contre une école qui n’est plus adaptée à leurs enfants et ce, de l’avis de ces parents, à cause des étrangers. A moins que ces parents ne préfèrent la solution individuelle en inscrivant leurs enfants à une école privée… serge

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