La colonisation de la Cisjordanie

Violence banalisée et violations du droit international

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Ces derniers temps, de plus en plus d’actes de violence de colons israéliens envers des Palestiniens ont été rapportés par des associations des droits de l’Homme. Il s’agit d’un fait assez inconnu dans le monde occidental, où l’on continue souvent à dépeindre exclusivement les Palestiniens comme ceux qui peuvent devenir terroristes, alors qu’eux aussi sont une population terrorisée.

Ces violences sont le plus souvent perpétrées par des colons motivés idéologiquement par ce qu’ils appellent la « Grande Israël ». Ces actes font partie d’une stratégie qui vise l’établissement de la présence de juifs dans les territoires palestiniens occupés (POT). Mais ces colons extrémistes ne constituent qu’une minorité parmi la population des colons.

Le Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés, B’Tselem¹, note que les attaques de colons contre des Palestiniens sont devenues routine. Aussi, selon le Centre israélien d’information alternative² (AIC), on observe une meilleure organisation et coordination entre les colons et une meilleure coopération entre les colons et l’armée israélienne pour exécuter les attaques. L’aire géographique des attaques aussi se serait étendue. AIC cite comme exemple le district de Jéricho qui auparavant était épargné.

Defence for Children International – Palestine Section (DCI) rapporte que les incidents sur lesquels ils ont enquêté, se passent à proximité des colonies dans les gouvernorats de Bethlehem, Ramallah, Salfit, Hebron et Nablus³. Sur deux ans, entre mars 2008 et juillet 2010, DCI-Palestine a documenté 38 incidents de violence de colons envers des enfants palestiniens. Les coups de feu, la forme la plus grave de violence de colons, comptent parmi 14 des incidents documentés et auraient causé la mort de trois enfants et blessé 10 autres.

Parfois, les colons israéliens agissent pour se défendre. Néanmoins, le plus souvent, il s’agit d’actes de violence gratuite. En groupe ou seuls, les colons, souvent des jeunes, attaquent les Palestiniens ou leur propriété avec le but de leur faire peur et de les punir collectivement.

L’arbre de l’olivier est régulièrement pris comme cible. Il représente, pour les Palestiniens, le fondement de leur existence. Pendant la récente saison de récolte d’olives, qui se situe vers septembre-octobre, les actes de violence qui ont été documentés se sont beaucoup accrus.

AIC écrit dans son rapport de novembre 2010 qu’« il y a eu un changement drastique dans les attaques de colons israéliens contre les Palestiniens, non seulement à cause du nombre croissant d’agressions, mais également à cause de l’évolution de la violence elle-même ». En septembre et octobre 2009, il n’y aurait pas eu autant d’incidents que pendant la même

Nathalie Oberweis

La question de la colonisation est au cœur de la violence des colons. Après l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est en 1967, la construction des colonies illégales dans les POT a progressivement pris forme.

L’auteure est journaliste free-lance et était récemment dans les territoires occupés.

Siège d’une association de colons à Sheikh Jarrah (© Nathalie Oberweis)

période de cette année-ci. Vingt-deux incidents relatifs à la récolte ont été rapportés.

Les exemples sont nombreux ; parfois, les colons brûlent des champs d’oliviers ou bien ils y laissent couler leurs égouts, une autre fois, ils coupent les branches des arbres ou bien encore ils récoltent les olives avant que les propriétaires puissent le faire. Des témoignages sont documentés sous forme de photo et de vidéo⁴.

De nombreux agriculteurs palestiniens ont appelé au secours la communauté internationale. Ainsi, dans le cadre de diverses associations de solidarité, des activistes israéliens et internationaux les accompagnent aux champs pour les protéger des attaques. Il est aussi arrivé que ceux-ci aient été victimes d’attaques ou aient même été arrêtés⁵.

Si la récolte des olives est un moment délicat, des actes de violence sont également documentés en dehors de la saison. DCI note des attaques à Hébron contre des enfants à l’école ou contre des enfants en route vers l’école⁶. Nombreux sont les enfants et adultes qui relatent la violence et notamment les jets de pierre dont ils ont été victimes. À lire les témoignages multiples de filles ou de garçons, les agressions ont un caractère totalement arbitraire.

Jérusalem-Est est un autre exemple frappant. En 1980, la loi de Jérusalem la déclarait « capitale d’Is-

raël éternelle et indivisible ». En juin 2010, 195 000 colons israéliens y étaient installés, tendance à la hausse. Les Palestiniens des quartiers de Sheikh Jarrah et de Silwan sont particulièrement inquiétés. Non seulement leurs bases d’existence territoriale sont menacées par le processus de destruction de maisons, mais ceci s’accompagne souvent d’agressions et de harcèlement de la part des colons.

Une des explications de la montée de la violence récente a été la fin du gel partiel de la colonisation le 26 septembre. Le mois d’octobre a ainsi donné lieu à une nouvelle vague de violence de la part des colons, qui voient dans la fin du gel une reconnaissance de leur présence dans les territoires palestiniens et un encouragement à la continuation de la colonisation. Évidemment, l’impuissance de la communauté internationale contribue au renforcement de la position des colons et constitue une reconnaissance tacite des colonies illégales.

Mais la violence augmente aussi lorsque le gouvernement israélien décide de démanteler ou d’évacuer l’un ou l’autre avant-poste, un avant-poste étant une colonie en émergence, établi sans l’autorisation du gouvernement israélien. Dans ces cas, les actes de violence sont conçus comme un prix que les Palestiniens doivent payer pour le(s) avant-poste(s). Il s’agit là d’une forme de compensation.

La question de la colonisation est au cœur de la violence des colons. Après l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est en 1967, la construction des colonies illégales dans les POT a progressivement pris forme. La colonisation comme stratégie vise le morcellement des territoires des Palestiniens, leur affaiblissement et finalement leur découragement. Israël comme « pays refuge final des juifs » fait appel aux juifs du monde entier pour qu’ils viennent retrouver cette terre. Cette motivation biblique peut être, par définition, source de fondamentalisme.

Des mouvements religieux ont joué un rôle crucial dans le processus de la colonisation. Depuis les années 1970, ils ont pu établir des colonies en Cisjordanie. Des mouvements d’extrême droite comme Kach se basent sur des croyances anti-arabes et légitiment la violence comme moyen d’expulsion des Palestiniens. Tout comme le faisait Baruch Goldstein qui a tué 29 Palestiniens pendant la prière dans la mosquée d’Ibrahim à Hébron en 1994.

Les colonies sont des communautés renfermées sur elles-mêmes, hautement barricadées et sécurisées, vivant séparées de leur environnement. Depuis les sommets des collines, ils intimident la population palestinienne qui, traditionnellement, construit dans

les vallées. Même si les colons vivent dans un environnement qui leur est étranger, ils se sentent chez eux, d’autant plus qu’ils sont protégés par l’armée. C’est ainsi que l’on peut expliquer les attaques régulières et arbitraires de la part des colons qui agissent dans la plus grande assurance.

En effet, de nombreux témoignages relatent non seulement comment des soldats ont fermé les yeux sur des agressions, comment ils ont finalement arrêté la victime au lieu de l’agresseur, mais aussi comment ils ont activement participé à l’action. De nombreuses déclarations d’anciens soldats israéliens révèlent leur tolérance à l’égard des abus de violence⁷.

À côté du soutien tacite que l’armée porte aux colons, l’autorité israélienne montre peu d’intérêt à éclaircir ces incidents. Beaucoup de cas relatés n’ont jamais vu d’investigation et s’il y en a eu, le plus souvent, il n’y a pas eu d’action du tout ou bien des sanctions très légères. L’organisation israélienne des droits de l’Homme Yesh Din⁸ a révélé que 90 % des dossiers ouverts par la police en 2005 concernant des actes de violence de colons envers des Palestiniens ont été clos sans acte d’accusation.

Selon le droit humanitaire international et la Quatrième Convention de Genève en particulier, Israël est dans l’obligation de protéger la population des territoires occupés. Or, Israël argumente que les citoyens des territoires occupés ne font pas partie de leur juridiction, ce pourquoi les conventions des droits de l’Homme ne s’appliqueraient pas à eux, argument rejeté par la communauté internationale. En effet, un système légal double prévaut dans les POT. Les Israéliens arrêtés sont jugés devant des tribunaux civils israéliens, alors que les Palestiniens comparaissent devant des tribunaux militaires.

Puisqu’Israël ne réussit pas à imposer la loi dans les POT, les colons sont libres d’agir selon leur propre gré. L’impunité qui y règne engendre un climat d’anarchie⁹. Israël viole le droit humanitaire international du fait que la colonisation fait partie de sa stratégie à long terme et en appliquant délibérément la discrimination entre deux peuples sur un même territoire.

L’on ne peut séparer la problématique de la violence des colons de la colonisation. Reste à voir dans quelle mesure le président américain, après le mauvais résultat des élections du Congrès, va pouvoir et vouloir montrer du doigt un processus qui, depuis des dizaines d’années, œuvre dans l’illégalité. En tout cas, selon Michel Warschawski, activiste israélien pour la paix, les Israéliens se réjouissent d’un silence et d’une passivité croissants de la part des Européens. ♦

1 www.btselem.org

2 www.alternativenews.org

3 Defence for Children International – Palestine Section, Under Attack: Settler Violence against Palestinian Children in the Occupied Palestinian Territory, July 2010

4 www.youtube.com/watch?v=wH85nGXZLDA, www.activestills.org/search/node/settler%20violence

5 www.alternativenews.org

6 Defence for Children International – Palestine Section, Under Attack: Settler Violence against Palestinian Children in the Occupied Palestinian Territory, July 2010

7 www.shovrimshika.org/index_e.asp

8 www.yesh-din.org/

9 Defence for Children International – Palestine Section, Under Attack: Settler Violence against Palestinian Children in the Occupied Palestinian Territory, July 2010

déjeuners – débats

à partir de la mi – janvier 2011

tous les quinze jours

les mercredi de 12.15 à 13.45 heures

à l’ASTI 12, rue Auguste Laval à Luxembourg -Eich

sous la patronage de la ville de Luxembourg
en partenariat avec OLAL, EMN-CP-Luxembourg, le CEFIS et la revue Forum

Pour divulguer leurs recherches une douzaine

d’auteurEs du livre «ASTI 30 + , 30 ans de

migrations, de recherche et d’engagement» vont

successivement exposer leur sujet et le débattre avec l’assistance.

Cette initiative s’adresse au public en général, aux experts et veut favoriser l’interdisciplinarité.

Une demande a été introduite au FNR pour pouvoir transmettre ces déjeuners – débats par internet pour ceux qui ne peuvent se déplacer.

ensemble@asti.lu www.asti.lu

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