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‚forum‘ n’avait même pas encore eu l’occasion de commenter la disparition de Paul VI et voilà que son successeur est déjà reparti pour un monde que nous espérons meilleur. Alors que les journaux s’évertuaient encore, frisant parfois le grotesque, à interpréter le dernier sourire en date de Jean-Paul I$^{er}$, son sourire s’était déjà figé pour l’éternité.
De façon générale la presse internationale et nationale n’avait pas vu d’un mauvais oeil les événements qui eurent lieu au Vatican au moment même où la pause estivale leur cause ordinairement une baisse sensible des tirages. Le 29 septembre le ‚tageblatt‘ est même allé jusqu’à publier une édition spéciale sur la mort de Jean-Paul I$^{er}$, son édition normale étant déjà sortie de presses.
Et malgré le verbiage des journalistes professionnels bien des commentaires originaux seraient encore possibles, notamment à propos du pontificat de Paul VI, sans risquer de répéter ce que d’autres ont déjà dit. On pourrait revenir p.ex. sur son sens très aigu des réalités sociales (prêtres-ouvriers, Tiers-Monde, capitalisme matérialiste, contraception etc.) ou oecuméniques, mais qui s’est heurté à un dogmatisme théologique tellement rigide qu’il l’a empêché de tirer toutes les conséquences nécessaires pour mettre en pratique les solutions entrevues desdits problèmes sociaux et oecuméniques. Ce déchirement l’a conduit progressivement à un isolement, douloureux selon ses propres dires, mais qu’on pourrait considérer comme symbolique.
(Dessin de KONK.)
"forum" a cependant décidé de ne pas s’attarder à ces événements qui font la une des journaux. Ce n’est pas un (ni deux) changement à la tête de l’Eglise qui rendra cette Eglise plus conforme à l’Evangile, et cela même si le mode d’élection du nouveau pape était moins aristocratique. Même un pape, aussi sympathique et charismatique soit-il, ne pourra simplement commander à l’Eglise d’être sacrement du salut, d’être le signe et l’ébauche en voie de réalisation d’un monde meilleur. Par contre ce sont nous autres, chrétiens, qui par notre vie, par la vie de nos communautés devrions montrer au monde l’espoir qui nous anime et les transformations que cet espoir peut opérer dans nos coeurs et dans la réalité du monde.
Jean-Claude Besret (cf. infra) a raison de penser qu’alors l’élection du pape devrait devenir également une toute autre. Sortant
du rang d’une Eglise réellement communautaire il deviendrait réellement le symbole de son unité.
Pour l’instant certains commentateurs et prédicateurs ne cessent d’invoquer le Saint-Esprit pour réclamer notre obéissance au futur pape, qui que ce soit, puisqu’il sera "l’élu du Saint-Esprit". Leur discours est dangereux et sent l’idéologie. Le Saint-Esprit n’agit qu’à travers des hommes sinon l’élection pourrait être remplacée par un tirage au sort. C’est en tenant compte des réalités terrestres, des besoins effectifs de l’Eglise des hommes que les cardinaux devront se décider, c’est par un choix humainement responsable qu’ils mettent vraiment en pratique leur croyance en l’Esprit-Saint. En août ils avaient oublié de prendre en considération la santé des candidats. Mais il y a bien d’autres questions auxquelles le choix d’un futur pape devra répondre. Henri Fesquet (dans un article que nous publierons la prochaine fois) a fait un tour d’horizin de problèmes sérieux qui se posent en ce moment et dont la solution dépend uniquement des décisions de la plus haute instance écclésiale. Ce qui ne doit pas nous démettre de notre propre responsabilité de peuple de Dieu, mais souvent ces problèmes ont déjà eu une solution au niveau pratique (on pourrait en avoir une sans difficulté de la part de la "base") et ce n’est que le droit canon qui doit y être adapté. Parfois le troupeau devance son pasteur.
La rédaction
Du sagst: das Eingeständnis unserer Fehler / nütze dem Feind /
Gut. Aber wem nützt unsere Lüge?
(Wolf Biermann: "Frage und Antwort und Frage" in "Mit Marx- und Engelszungen" 1968)
Pour une élection populaire
LES mass media donnent désormais une dimension mondiale au cérémonial populaire du requiem pour un pape. Dans le même temps, la machine se met silencieusement mais inexorablement en marche, selon le mode d’emploi, soigneusement révisé par Paul VI lui-même, qui doit pourvoir à la désignation de son successeur. Nous sommes abondamment informés sur la vie passée et les obsèques du pape défunt, et c’est un bien, mais soigneusement tenus à l’écart du choix de son successeur. Cela pose question (…) de quel droit le pape est-il choisi de manière aussi archaïque et en tenant si peu compte du peuple dont il est proclamé le serviteur ?
Plaider pour un autre mode de désignation du pape suppose qu’on accorde une réelle importance à son existence institutionnelle. Pendant des années j’ai lutté pour une certaine image de l’Eglise et je me sens solidaire des millions d’hommes et de femmes pour lesquels le pape remplit une fonction symbolique de la plus haute importance.
La manière de procéder à sa désignation n’est donc pas un jeu innocent. C’est, au plan symbolique, la représentation de la vie de millions de chrétiens, la projection de ce qu’ils acceptent voir faire en leur nom. C’est, à l’échelle mondiale, une sorte de jeu allégorique.
Or, dans le système actuel, le pape choisit les hommes chargés de désigner son successeur : les
sociologues diraient que c’est un beau modèle de reproduction assurée. Aucune surprise à attendre. A supposer que l’Esprit veuille s’en mêler (lui dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va), toutes les précautions sont prises au plan institutionnel pour limiter ses fantaisies éventuelles.
Un recours au suffrage universel (au niveau du diocèse de Rome, si l’on considère le pape en premier lieu comme évêque de Rome, ou au niveau de l’Eglise tout entière, si on le considère avant tout dans sa fonction universelle), ne serait à son tour, objectera-t-on, qu’un simulacre de démocratie. Les intrigues de cour seraient seulement remplacées par des luttes entre groupes de pression où l’argent et la politique accentueraient encore leur poids.
Mais pourquoi le suffrage universel serait-il la seule alternative possible ? Pourquoi l’Eglise, qui devrait être ferment de libération dans le monde, n’inventerait-elle pas ses propres modes de fonctionnement à partir de sa conviction que Jésus (qui n’était pas prêtre lui-même) a aboli tous les privilèges lévitiques et sacerdotaux ? Pourquoi ne serait-elle pas le lieu privilégié d’éclosion de nouveaux rapports entre les hommes, fondés sur l’enseignement même de Jésus, qui ne demandait pas à ses disciples de s’aplatir et de se prosterner, mais d’être des hommes debout ?
Toutes ces questions se fondent sur une vision de l’Eglise conçue
L’ordinateur ayant pris sa décision, il lâchera, selon la tradition, une bouffée de fumée blanche. (Extrait du « Catholic Herald ».)
comme un corps composé d’une multitude de cellules vivantes, toutes différentes les unes des autres mais reliées les unes aux autres par l’esprit d’une réelle communion. Elle suppose un travail constant d’affrontement et de réconciliation qui débouche sur une unité qui ne soit pas purement formelle ou disciplinaire, mais le fruit d’un esprit commun. On ne peut donc isoler la question de l’élection du pape de celles que soulève la vie à la fois singulière et commune de l’Eglise dans chacune de ses cellules.
Si tous ceux et toutes celles qui assument des services à l’intérieur d’une Eglise locale émanaient réellement du groupe de disciples qui la constituent et assumaient le difficile ministère de la continuité et de l’unité avec les autres cellules d’Eglise, on est
en droit de penser qu’émergeraient au niveau de plus grandes unités des hommes et des femmes représentatifs sinon de chaque chrétien, du moins de ce travail de la foi accompli par tous. Cela suppose une Eglise en constant état d’alerte et de vigilance au souffle de vie que peut encore apporter le message évangélique aujourd’hui.
Simple évêque de Rome ou ministre de la communion universelle, celui, celle ou ceux à qui il reviendrait de jouer ce rôle ne sortiraient pas des savants dosages diplomatiques d’un petit nombre d’hommes religieusement mis sous clé. Ils prêteraient pour un temps leur visage et leur voix à ce grand corps vivant que peut être l’Eglise.
JEAN-CLAUDE BESRET
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