La nomination des évêques au brésil et le principe de la collégialité
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Il est de notoriété publique au Brésil que tous les évêques de ce pays sont nommés sans consultation de l’épiscopat brésilien (C.N.B.B.).
En novembre 1974 pourtant, l’assemblée des évêques brésiliens (C.N.B.B.) avait décidé que dans chaque région, une commission serait formée pour la nomination des évêques.
Toutes les régions du Brésil ont communiqué au nonce apostolique la composition de leurs commissions. Mais le nonce n’a jamais répondu et n’a jamais tenu compte de ces commissions.
Il est de notoriété publique qu’il ne consulte en fait que quelques archevêques, tous conservateurs : ceux de Rio de Janeiro, de Térésina (État de Piauí), de Nossa Senhora Aparicida (État de Sao Paulo), et de Londrina (État de Parana). Ni le Cardinal Lorscheider, président de la C.N.B.B., ni le Cardinal Arns, archevêque de Sao Paulo, ne sont par exemple, consultés.
Trois nominations récentes d’évêques sont particulièrement significatives de cette politique du nonce apostolique :
1. Coroata (État de Maranha)
En mai 1978, un prêtre séculier allemand, Reinhard Puender, est nommé évêque de Coroata. Il était au Brésil depuis six ans seulement, travaillait dans la région de Récife, et était complètement inconnu dans la région de Coroata.
Reinhard Puender est originaire d’une famille très connue de la démocratie chrétienne allemande, il a été à l’université grégorienne à Rome, il est membre du mouvement Focolarini (de tendance, très spiritualiste). Il a été pris sur une liste des candidats de l’épiscopat pour l’Allemagne et non pour le Brésil. A son ordination épiscopale, une délégation de
70 allemands est venue spécialement d’Allemagne par avion.
La commission régionale avait présenté des candidats qui correspondaient aux désirs du clergé et du peuple chrétien local. On les a totalement ignorés.
Cette nomination a été interprétée dans l’épiscopat brésilien comme une volonté de briser la collégialité des évêques.
2. Anapolis (État de Goias)
En décembre 1978 a été nommé évêque d’Anapolis, un prêtre séculier brésilien, du diocèse de Santos, Manuel Pestana. Il avait quitté depuis quelques années Santos, en désaccord grave avec son évêque qu’il aurait dénoncé à la police pour ses opinions politiques. Il avait rejoint les deux évêques de Pétropolis, dom Cintra et dom Veloso, connus pour être parmi les évêques les plus conservateurs du Brésil. Il fait partie du mouvement T.F.P. (Tradition, Famille, Propriété), mouvement intégriste d’extrême droite du Brésil.
L’évêque de Santos n’a pas été consulté sur la nomination, pas plus que ceux qui avaient travaillé avec Manuel Pestana à Santos et qui auraient pu donner des informations objectives sur lui.
La commission régionale de Goiania dont fait partie Anapolis, a été complètement ignorée de même que Dom Fernando, archevêque de Goiania.
Cette nomination a provoqué une réaction de protestation générale des évêques du Brésil, y compris de certains évêques conservateurs, tellement elle était scandaleuse.
3. Conceicao de Araguaia (État de Para)
Le 14 février 1979 José Hanrahan, rédemptoriste irlandais, a
été nommé évêque de la prélature de Conceição de Araguaia. Cette nomination a été faite après la conférence de Puebla.
José Hanrahan travaillait dans le diocèse de Fortaleza dans l’État de Ceara ; il ne connaît rien à la région de Conceição de Araguaia, ni au problème des terres particulièrement aigu dans ce secteur, et sur lequel l’Église est amenée à prendre position. Son nom est inconnu de tout le clergé et de tous les responsables pastoraux locaux.
La commission régionale avec l’appui de la C.N.B.B., tout le clergé et tous les responsables pastoraux locaux demandaient que soit nommé un dominicain brésilien estimé, très bien intégré
à la région, et qui avait été élu vicaire capitulaire. On a totalement ignoré leur demande.
Le vicaire capitulaire et le clergé de la prélature de Conceição de Araguaia ont appris cette nomination par Radio Vatican. Début mars ni le vicaire capitulaire, ni le provincial des Dominicains n’avaient toujours pas été informés de la nomination du nouvel évêque, pourtant effective.
Il ne fait de doute pour personne que cette nomination est faite contre les Dominicains et pour les faire partir de la région de Conceição de Araguaia où ils exercent depuis toujours une grande influence. Ils ont en effet
été à l’origine de la création de Conceição au début du siècle. L’évangélisation de la région leur a été confiée dès le début ; les responsables vicaires apostoliques puis évêques, ont toujours été des dominicains jusqu’en 1979 et des brésiliens depuis très longtemps.
Mais à cause des problèmes de terres, et des problèmes sociaux, les Dominicains ont été fréquemment en conflit avec les autorités militaires du secteur, et il est de notoriété publique que ceux-ci veulent les faire partir de cette région et qu’ils ont fait pression sur le nonce pour la nomination de l’évêque. Au Brésil on entend d’ailleurs couramment dire que le nonce consulte souvent le S.N.I. (Service national d’information) et le gouvernement.
Le nonce a confié au nouvel évêque la mission de « pacifier » la région, employant une formule du langage militaire.
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Pour les observateurs ecclésiastiques du Brésil, cette politique de nomination des évêques dans ce pays semble s’inscrire dans un plan beaucoup plus vaste.
Les prises de position courageuses de l’épiscopat brésilien ont préoccupé ces dernières années les secteurs plus conservateurs de la curie romaine, orientés par le Cardinal Baggio. De plus, durant la préparation de Puebla, les chocs se sont multipliés entre le secrétaire du C.E.L.A.M., Mgr Lopez Trujillo, et l’épiscopat brésilien.
Pour le Cardinal Baggio et pour Mgr Trujillo, il est donc important de contrôler cette conférence épiscopale. Le meilleur moyen est de renouveler le collège épiscopal peu à peu par des éléments plus « orthodoxes », plus soumis aux institutions romaines et moins critiques par rapport à la réalité socio-politique du pays.
Cette politique est d’autant plus inquiétante quand on sait qu’il y a une cinquantaine d’évêques
ques à nommer au Brésil, dont certains à des postes très importants.
Note. — Il n’est pas inutile de rappeler que déjà en mai 1967, le Cardinal Baggio, alors nonce apostolique au Brésil, avait voulu nommer Mgr Vincent Zioni, évêque à Botucatu (État de Sao Paulo).
Le connaissant comme très conservateur, 28 prêtres sur 33 que comprenait le diocèse, avaient alors publié une lettre dans la presse menaçant de quitter le diocèse si cette nomination avait lieu.
Mgr Baggio a alors suspendu la nomination. Mais avant de quitter le Brésil comme cardinal, il l’a imposée.
Le 18 avril 1968, Mgr Vincente Zioni était intronisé archevêque de Botucatu, avec une participation exceptionnelle de l’Armée et des autorités civiles à la cérémonie. Le jour même 22 prêtres quittaient le diocèse. ■
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