L’avenir d’une université à Luxembourg

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Peut-être serait-il temps que notre vieille ville, en découvrant l’enthousiasme exubérant de la jeunesse universitaire, change de "gueule".

Longtemps j’étais opposé à la création d’une Université à Luxembourg en acceptant des arguments souvent avancés.

Une Université empêcherait notre jeunesse de partir à l’étranger, d’apprendre les langues, de s’adapter à d’autres civilisations et de voir notre petit pays dans d’autres perspectives. Indiscutablement ces séjours d’études et de formation professionnelle ont toujours présenté une étape importante dans l’évolution multiculturelle de chaque Luxembourgeois.

Notre politique locale, avec la mainmise des politiciens professionnels sur toutes nos institutions, risquerait de transformer l’Université en chasse gardée des intrigants politiques. Le résultat en serait une pépinière de médiocrités, gonflées de titres académiques, incapables d’assumer leurs responsabilités en face de la jeunesse.

Une grande Université dépasserait le cadre de notre petit pays et nous nous retrouverions avec une institution de second ordre, inférieure aux Universités provinciales d’autres pays.

Tous ces arguments restent valables et pourtant j’ai changé d’avis. Pourquoi?

Les études supérieures sont devenues accessibles à la majorité de nos étudiants, mais le problème financier de vivre dans une ville étrangère peut être prohibitif.

Mon ami Léon Mischo avait l’habitude de dire qu’une ville universitaire avait "une autre gueule". Peut-être serait-il temps que notre vieille ville, en découvrant l’enthousiasme exubérant de la jeunesse universitaire, change de "gueule".

Autrefois nos étudiants privilégiés étaient reçus dans tous les pays et échappaient aux réglementations nationales contraignantes. Aujourd’hui, le nombre d’étudiants admis par le "numerus clausus" fait l’objet de tractations entre les pays. Il serait temps que le Luxembourg puisse offrir des places aux étrangers, en échange des possibilités offertes à nos étudiants dans d’autres pays. Il serait important aussi que notre

pays acquière une certaine autorité académique permettant de traiter d’égal à égal avec les Universités étrangères.

Dans de nombreux domaines – droit comparé, littérature comparée, histoire comparée, mais aussi dans des formations bancaires avancées et même dans l’analyse sociologique – le Luxembourg offre des enseignements originaux.

Nos scientifiques – les nombreux chercheurs en médecine, nos historiens distingués, nos juristes à réputation internationale, nos ingénieurs à expérience mondiale, aussi bien que des Luxembourgeois agréés aux Universités étrangères – seraient ravis de pouvoir enseigner dans leur pays.

Comment réussir une telle entreprise?

L’Université doit être indépendante de toute politique locale et choisir ses collaborateurs en se basant exclusivement sur leurs mérites académiques et scientifiques.

L’Université doit être luxembourgeoise dans ses spécificités, dans son hospitalité, dans son art de vivre multiculturel.

L’Université doit être européenne et par ses étudiants, et par son corps enseignant. Elle doit éviter toute influence exclusive d’un pays voisin, fût-il sympathiquement intellectuel, ou terriblement compétent.

Le programme d’études doit obliger tout Luxembourgeois à compléter au moins un tiers de sa formation à l’étranger, en lui facilitant ces études si elles présentaient un problème financier.

Aucune orientation scientifique ne doit être exclue à priori, mais le développement de chaque département doit se faire organiquement, d’après les mérites et le travail des hommes et des femmes qui en sont responsables. Une Université européenne se construit par étapes.

Qui offrira les terrains et les bâtiments?

Notre gouvernement a l’habitude de construire des installations occupées par la suite par des organismes européens. Peut-être que dans un avenir proche, bien des bâtiments "européens" et bien des installations "bancaires" se videront?

De toute façon, quand en 1995 nous essayerons d’assumer le rôle de capitale culturelle européenne, il vaudra mieux présenter un organisme vivant destiné à garantir l’avenir de la jeunesse, que de gaspiller nos moyens en nous tournant vers un passé culturel qui n’est même pas le nôtre.

Cela coûtera moins que le feu musée Pei.

Notre ville a été envahie par des banquiers, des fonctionnaires européens, des diplomates et des hommes d’affaires. Ne serait-il pas temps d’y inviter la jeunesse de l’Europe?

Notre avenir est dans la diversité d’un continent unifié, dans l’autenthicité de notre génie national à cheval sur les différentes cultures européennes, et dans l’espoir d’une jeunesse qui construira l’Europe, chez nous et ailleurs. Georges Erasme MULLER

Carlo Schmitz

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