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Août, septembre et octobre ont vu un renouveau du fascisme et du racisme de Bologne à Paris en passant par Munich et Anvers. Plutôt que d’aller au fond de ces phénomènes dans nos pays voisins, analysons un peu la situation chez nous.

Il faut tout d’abord relever qu’il n’existe pas d’organisation ouvertement fasciste qui agit comme catalyseur de sentiments diffus et latents de racisme ou de xénophobie.

Le Luxembourg ne connaîtrait-il donc pas du tout le racisme ou la xénophobie? Ce serait étonnant, vu qu’un quart de la population est constitué d’étrangers.

Le racisme ouvert et militant est presqu’inexistant, mais de nombreux travailleurs étrangers sont néanmoins discriminés à cause de leur nationalité ou race, soit qu’on refuse de les servir dans des cafés, soit qu’on leur refuse des appartements à louer, soit qu’on les ignore ou qu’on les exclut.

QUELS SONT LES FACTEURS MENANT AU RACISME?

Interrogeons-nous à propos des relations entre groupes sociaux se fondant sur une valorisation des différences, qu’elles soient réelles ou imaginaires. Les différences marquées que nous observons peuvent être basées sur la race, la nation ou la culture. Remarquons la relative neutralité que peut présenter cette mise en valeur des différences. Par exemple quand on affirme que ‚la population scolaire étrangère ne cesse de croître à l’inverse de la population autochtone qui n’est plus à même d’absorber en son sein une telle masse d’étrangers‘, on se borne à décrire un fait. Relation neutre, sans signe d’agressivité. Mais il s’agit de la description d’un fait qui valorise et souligne la différence entre étrangers et autochtones. La nation est la catégorie qui permet dans ce cas de justifier la différence. En outre cette description laisse aussi entrevoir une double logique: l’affirmation de la supériorité d’une des parties, sa positivité en quelque sorte et par voie de conséquence l’affirmation de l’infériorité-négativité de l’autre partie.

Mais bien souvent la mise en valeur des différences est fort chargée psychologiquement et révèle des signes divers d’agressivité ou de refus de communication. Dans tous les cas ces propos valorisant la différence tendent à utiliser certains mécanismes logiques et discursifs pour légitimer cette valorisation. La généralisation est un de ces mécanismes.

En allant plus loin on s’aperçoit que le groupe qui marque la différence se prétend extérieur, indifférent à celui qui est marqué. Le raciste prétend n’avoir rien de commun avec ceux qu’il vise. Et en fait la marque de la différence suppose et renforce une rupture de solidarité entre des groupes humains. L’indifférence, le clivage existant sont voulus et entretenus. Si l’on se demande pourquoi la différence est valorisée et à qui et à quoi elle sert, on ne peut plus accepter une analyse du racisme se basant sur

une pseudo-attitude viscérale dont on ignorerait les causes.

En faisant un bilan des raisons sociales du racisme on en vient à en citer deux:

D’abord la défense. Le groupe se défend contre un autre, contre la menace qu’il représente ou qu’il est présumé représenter. Il s’agit d’une défense idéologique qui ne s’attaque donc pas nécessairement aux causes réelles, à la menace réelle. Ainsi l’attitude observée aux Etats-Unis de la part du ‚petit Blanc‘ qui se sentait concurrencé sur le marché du travail par une classe ouvrière noire. Dans ses effets sociaux elle favorise un processus de discrimination et par là elle rejoint une deuxième motivation du racisme: l’exploitation. Marquer négativement l’étranger c’est permettre qu’on le confine dans les travaux les plus lourds ou les plus dangereux, qu’on le paie moins bien. Cette relation est moins chargée psychologiquement, elle est neutre, institutionnalisée. Il

s’agit en quelque sorte d’un racisme ou d’une xénophobie aux gants blancs.

Ce deuxième aspect est particulièrement répandu au Grand-Duché. Il s’y est créé un double marché de l’emploi, l’un réservé aux nationaux: les employés de bureau, les fonctionnaires; l’autre aux étrangers: le bâtiment et l’hôtellerie. Malgré la bonne conjoncture de ces 2 secteurs les salaires n’y ont presque pas bougé, les conditions de travail et de sécurité y sont mauvaises voire inexistantes, la syndicalisation est dérisoire.

L’immigré a quitté son pays pour aller vers le lieu de l’argent et du progrès et pour participer à ce progrès. Pour lui, être nouveau dans ces lieux, c’est découvrir avec étonnement qu’il y est déjà connu ou plutôt que tout le monde possède de lui un ensemble d’images. Son être est dessiné, figé dans un masque d’habitudes alimentaires, traits de folklore, sentiments ou moeurs qui sera, qu’il le veuille ou non, sa

carte de visite dans les relations avec les autochtones.

L’autochtone établit cependant une hiérarchie parmi les étrangers. Les Américains ou les Japonais ne sont pas étrangers de la même façon que les "Marchés communs". Ces derniers sont des étrangers rapprochés, bien qu’il y ait des Italiens parmi eux. Et enfin il y a ces étrangers qui viennent de nations jugées subalternes dans la hiérarchie mondiale comme les Arabes ou les Noirs africains.

On estime que les immigrés sont issus de cultures rétrogrades qui doivent progresser vers notre modèle de société. A la base de cette idée on rencontre toute l’idéologie qui a accompagné la colonisation et qui voit les Européens comme porteurs de civilisation.

Les immigrés sont aussi censés appartenir à une autre race, au sens biologique de terme, ils ont une autre nature. L’usage honteux que fit le nazisme de la notion de race fait qu’on masque le terme parfois derrière l’affirmation d’une différence de culture.

OUF, PAS DE NOIRS, OU PRESQUE …

Au Luxembourg, la "sagesse" de nos gouvernements nous a "préservés" de la présence d’Arabes et d’autres races inférieures et ce n’est qu’accidentellement que quelques milliers de noirs cap-verdiens ont pu s’établir chez nous avec passeport (colonial) portugais. Mais même les étrangers blancs (Italiens, Portugais, etc) sont perçus comme des sujets qu’il convient de tirer de leur misère culturelle actuelle en leur administrant obligatoirement les bienfaits de notre culture supérieure. Pas question de permettre à la culture d’origine de survivre étant donné qu’elle est inférieure. Cette volonté de déracinement est la politique non explicite mais bien réelle de nos gouvernements: Les cours de langue maternelle des immigrés sont marginalisés et le gouvernement s’est fait donner la bénédiction pour cette situation par un expert international, Monsieur Calot, qui dans son rapport encourage le gouvernement à ne pas donner suite aux demandes des parents immigrés pour l’intégration des cours de langue maternelle dans l’enseignement officiel luxembourgeois.

QUELQUES CARACTERISTIQUES DE LA XENOPHOBIE AU LUXBG.

  1. Dans la pratique nous avons une situation d’apartheid: des emplois réservés aux uns et aux autres, des équipes de football interdites aux étrangers (voir forum no. 41), des services liturgiques pour les uns et pour les autres.

  2. Dans quelques localités on assiste à la création de ghettos: l’habitat ancien et délabré, abandonné par les luxembourgeois est investi par les immigrés et des circuits parallèles sont constitués: épiceries, cafés, équipes de football etc. Les luxembourgeois restants se sentent menacés.

La plupart des luxembourgeois n’ont aucun contact avec les immigrés ni au travail, même pas comme leurs supérieurs, ni dans leur quartier ni dans les loisirs.

  1. Une rentabilisation maximale de l’immigration par un minimum d’investissement:

a) très peu de logements accessibles. Le propriétaire qui préfère les luxembourgeois sans enfants mais avec chiens donne une gifle raciste à l’immigré demandeur.
b) un système scolaire inadapté qui produit à large échelle des jeunes immigrés pas ou sous-qualifiés pour la seule raison qu’il ne sont pas lu-

(Dessin de PLANTU.)

PLANTU.

xembourgeois.

Des enseignants luxembourgeois qui ne sont plus à même de venir à bout du programme imposé à cause du pourcentage élevé d’enfants immigrés et qui font de ces enfants les boucs émissaires alors qu’ils sont les victimes.

c) une large indifférence du public et le laisser-aller des responsables politiques qui préfèrent se concentrer sur leurs électeurs.

QUE FAIRE?

La situation peut paraître peu alarmante en comparaison avec nos pays voisins. Peu à peu cependant le passé se creuse entre autochtones et immigrés. A la manière luxembourgeoise: insensiblement et sans éclats.

Les autorités font semblant d’ignorer la situation en se fiant aux vertus de l’intégration automatique telle qu’elle aurait fonctionné jusqu’à présent, notamment avec les immigrés italiens. Mais la situation a changé de fond en comble: les Portugais arrivés en masse depuis une quinzaine d’années se sont fait accompagner presque tout de suite de leur famille ce qui n’était qu’exceptionnellement le cas pour les Italiens.

Il ne s’agit pas de paniquer, mais de construire patiemment des ponts, de favoriser les contacts, de créer des occasions et des lieux d’échange et ce à tous les niveaux: à l’école aussi bien que dans le quartier, dans les fédérations sportives et dans les églises.

Il est évident que pour ce faire, des moyens financiers et techniques doivent être mis en oeuvre: animateurs socio-culturels, lieux de rencontre etc. Ce n’est qu’à condition de pouvoir se développer librement que les différentes cultures présentes sur notre territoire an arriveront à se confronter, à s’échanger pour le plus grand bien de tous.

Serge

(d’après Felice Dassetto, Aux sources du racisme et de la xénophobie, in: la Revue Nouvelle-Domain les immigrés N° 9/Sept. 1980)

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