Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.

Le hasard d’une invitation chez des amis à Troisvierges m’a permis de participer à la ‚Fête de la Joie‘, organisée dans cette localité le lundi de Pentecôte par le mouvement du Renouveau Charismatique. J’ai ainsi pu assister le matin à l’assemblée générale de louanges, présidée par Mgr. Hengen, l’évêque de Luxembourg. L’après-midi j’ai vécu une réunion de témoignages sur la vie dans l’Esprit. Sans doute, ce que j’ai vu et entendu a été trop court et trop partiel pour permettre des conclusions générales et définitives. Je ne puis m’empêcher cependant de rendre compte ici des réflexions que cette expérience m’a inspirées.

Je commencerai par les côtés positifs. Je pense que les charismatiques sont des gens non seulement sincères, mais encore qui vivent réellement, effectivement ce qu’ils proclament. Ce ne sont pas des chrétiens du dimanche, mais des hommes et des femmes chez qui la conversion, la ‚metanoïa‘, a pris des formes tangibles, radicales et impliquantes qui ont bouleversé leur vie personnelle, familiale, professionnelle et religieuse.

D’autre part, je pense que, comme Mgr. l’évêque l’a dit, les charismatiques ont redécouvert et réhabilité une dimension essentielle de la foi, à savoir la prière, mais la prière vive et vécue. (Alors que les chrétiens de gauche ont plutôt du mal de ce côté-là.)

Ensuite, il est émouvant de voir à quel point ce mouvement est ouvert et disponible aux mal-aimés de la vie: malades, handicapés, drogués, personnes seules. Ces gens par contre ne se pressent guère aux portes des chrétiens progressistes.

Ceci dit, j’ai de grandes réserves à faire et je pense que si le renouveau charismatique est ce que j’ai vu ce jour-là, il est à long terme un danger pour la foi, pour l’Eglise et même pour la société tout court. Je passerai sur les méthodes et les techniques dignes des plus raffinés show-masters américains, au moyen desquelles (en toute bonne foi, je le répète) les animateurs ‚chauffent‘ les assemblées. Il y a plus grave.

La théologie des charismatiques me semble d’une pauvreté insigne: la plupart des exposés ou témoignages se composaient uniquement d’histoires pieuses édifiantes du genre de celles qu’on nous servait il y a trente ans dans les cours de préparation à la première communion. Le seul élément proprement théologique que j’aie découvert, c’a été l’affirmation que Dieu est Seigneur, ce qui était interprété dans le sens d’une totale soumission de l’homme. Je pense qu’il s’agit là d’une conception infantilisante de l’homme, qui enlève à celui-ci toute liberté, tout pouvoir de création et d’initiative, et rend ainsi impossible une relation de véritable amour envers Dieu.

Une des conséquences pratiques qui se dégagent logiquement d’une telle théologie a pu se vérifier dans la pédagogie de cette fête qui consistait à réduire l’assistance à la passivité: elle était en-

enseignée, elle n’avait qu’à écouter. Il n’y avait place pour aucune initiative; on n’avait que le droit d’acclamer et d’applaudir, tout au plus de chanter. Cela rappelait désagréablement la situation du peuple de Dieu avant Vatican II.

De même, aucun appel n’était fait à la connaissance, la raison, la réflexion. La catéchèse charismatique semble se ramener à créer des états affectifs: une fois de plus les gens sont réduits à l’état de purs récepteurs, qui en plus deviennent dépendants de leurs animateurs qui leur procurent ces illuminations ou des réunions qui forment le cadre générateur de tels états d’âme.

Autre lacune théologique enfin: à aucun moment je n’ai pu découvrir le moindre critère permettant de discerner dans les événements de la vie ce qui relève de l’Esprit et ce qui n’est pas de son ressort. Or, à entendre les témoignages, tout vient de l’Esprit, celui-ci est partout et en tout. Je vois mal où est dans tout cela la place de l’homme, collaborateur du Dieu créateur. En plus, le problème du mal (si tout me vient de l’Esprit, il est aussi responsable du mal qui me frappe) se pose dans toute son acuité.

Il est clair après tout cela qu’il ne faut pas attendre des charismatiques une prise de conscience très vive ou adéquate du politique et de son importance. C’est une dimension ignorée sinon méprisée. Ne compte pour eux que l’individu dans son acceptation la plus subjective, la plus affective. Tous les problèmes, sociaux ou politiques, se résoudront par la conversion intime de l’individu, par la prière. Les charismatiques ne semblent pas se rendre compte que, s’ils détiennent là une vérité de première importance, ce n’est pourtant que la moitié de la solution.

On peut enfin se demander, dans une vision un peu fonctionnaliste des choses, à quoi servent les charis-

matiques. Ont-ils une autre fonction que celle de recueillir les ‚blessés de la vie‘? Mais si c’est là leur rôle, très important du point de vue psychologique, ne font-ils pas un tort très grave à la foi, du moins à long terme? Car ne réduisent-ils pas celle-ci à un médicament, auquel on peut toujours substituer un autre, qui ne serait pas de nature religieuse?

Ces remarques peuvent paraître dures ou même blessantes.

Ce n’est pas mon intention. Je pense qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Seigneur et chacune à droit, à certaines conditions, à être respectée. Mais la tolérance n’est pas synonyme, pour moi, d’indifférence ni d’approbation. Je respecte la voie des charismatiques, ce n’est pas la mienne, mais je leur dois aussi mon avis critique, tout comme j’accepte le leur.

Hubert Hausemer

Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.

Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!

Spenden QR Code