Les catholiques français et la politique
Extraits d'interviews avec Claude Gault et Bernard Marchal
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Récemment le "Nouvel Observateur" a publié un dossier en deux suites sur la situation de l’Eglise de France et intitulé "Catholiques: le temps des passions." L’équipe de rédaction a réalisé des interviews avec les représentants de toutes les tendances dans l’Eglise.
Nous essayons de reproduire ici seulement les extraits les plus poignants sur la question de foi et politique:
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Extrait de l’interview avec Claude Gault, directeur de la rédaction de Témoignage chrétien.
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Bernard Marchal, prêtre-ouvrier et militant syndical à la C.G.T. répond à la question de l’engagement ou de désengagement de l’Eglise en milieu ouvrier.
Claude Gault
On entend énormément parler de « chrétiens de gauche » et de « chrétiens de droite », comme si l’on voulait cacher le fait qu’il n’y a plus guère de chrétiens tout court. N’est-ce pas un signe que le christianisme est récupéré par les systèmes politiques ?
C. G. — Nous récusons l’appellation « chrétiens de gauche »… Il y a des chrétiens qui sont engagés à gauche. Mais ce n’est pas vrai dans l’autre sens. Beaucoup de gens sont de droite parce qu’ils sont chrétiens. Quand on est de gauche, ce n’est pas à cause de la foi mais par analyse politique. Mais maintenant que les chrétiens ne sont plus naturellement et automatiquement de droite, c’est vrai que tous les partis politiques tentent de récupérer des voix chrétiennes.
On a reproché aux puissants d’avoir utilisé la foi pour conforter leur puissance. On pourrait tout aussi bien vous accuser d’utiliser cette foi comme arme politique ?
C. G. — Non. Nous cherchons à expliquer aux chrétiens que le socialisme est la meilleure manière de servir l’homme parce que le socialisme repose sur la confiance en l’homme. Mais nous tenons ce discours en tant que militants poli-
tiques et non pas en tant que chrétiens. Dans « Témoignage chrétien », nous apportera un témoignage en tant que chrétiens. Nous menons à la fois un combat politique et un combat dans l’Eglise. C’est le propre de la quasi-totalité des chrétiens de gauche : ils veulent changer la société mais aussi changer l’Eglise.
Changer, d’accord, mais pourquoi vouloir tout bouleverser ? Croyez-vous que le « sacré » puisse s’accommoder du débraillé qu’affichent aujourd’hui de nombreux prêtres ?
C. G. — J’admets qu’il y a des excès et des erreurs. Mais il y avait une certaine conception du « sacré », proche de la magie, qu’il fallait remettre en question. Il nous faut maintenant réinventer une liturgie qui ne soit pas un spectacle mais une participation communautaire. Le droit à la parole a été confisqué par les clercs. Or l’Eglise doit être le lieu où tous pourront s’exprimer. Pas seulement sur les problèmes de foi mais sur les préoccupations quotidiennes. Quand je rentre dans une église, je ne dépose pas à la porte mon action syndicale et mes luttes politiques.
A vous suivre, l’Eglise deviendrait vite un forum…
C. G. — Il faut qu’elle soit un forum.
Les apôtres aussi s’engueulaient. On peut espérer que les chrétiens auront assez de tolérance les uns envers les autres pour accepter de débattre sans pour autant se taper dessus. L’Eglise a déjà eu le courage de reconnaître qu’elle s’était trompée sur la façon de présenter sa mission aux hommes. Il faut qu’elle aille encore plus loin et que les chrétiens deviennent véritablement responsables de leur Eglise. C’est là que nos préoccupations religieuses rejoignent nos préoccupations politiques. Une société socialiste, c’est aussi une société où les hommes accèdent à la responsabilité.
Bernard Marchal :
« On colle sur les familles ouvrières un poids de pauvreté et d’inquiétude qui conduit au déboussollement. Le jeune est content d’être au chômage partiel : son salaire est remboursé à soixante pour cent. Mais les raisons ? Il en a ras le bol de l’usine, des cadences, de travailler "pour le roi de Prusse". Cette réalité m’interpelle. Si je réfléchis en prêtre, je ne peux m’empêcher de penser à l’Evangile et aux paroles du Christ aux pharisiens qui exploitaient déjà les petites gens. »
Et soudain, un peu dogmatique, il et me poser cette question : si une ana-
ejoute :
« Je ne vois pas pour quelles rai-
sons il serait absurde et contradictoire
d’être en même temps chrétien et commu-
niste. J’irai plus loin. Je ne vois pas la
contradiction entre le fait d’être marxiste
et celui d’être un homme qui s’interroge
sur sa foi et sur un ministère qu’il a reçu
des mains de l’évêque. J’ose même poser
lyse marxiste m’amenait à l’athéisme,
cette démarche ne serait-elle pas l’ex-
pression même du mouvement de ce que
je suis, de la liberté, y compris de la
liberté de l’Évangile ? »
Plus audacieux que Georges Marchais,
il conclut : « Je dissocie foi et religion.
J’espère bien qu’un jour la religion n’aura
plus rien à dire dans le domaine de l’his-
toire. Car je ne vois pas au nom de quoi
la religion prendrait la place d’un parti
politique ou d’une organisation syndicale.
Nous en avons trop souffert lorsque
l’Eglise tenait en main les plus pauvres.
La vie est le lieu véritable de l’expression
de la foi. La vie, c’est aussi la lutte des
classes, et l’Eglise ne peut plus l’ignorer. »
in: Le Nouvel Observateur, 23/1/1978
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