Les enfants et la société de la consommation

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Le problème ‚enfants et société de consommation‘ se pose à deux niveaux différents. D’un côté il revient de façon périodique et ponctuelle, lors des nombreuses fêtes qui donnent lieu à un échange de cadeaux: anniversaires, fêtes, St. Nicolas, Noël lère communion etc. Et il est important de se demander, en tant qu’adultes et parents, comment il faut (comment on peut) s’y prendre pour garder à peu près le contrôle des opérations à ces occasions-là. Mais il y a un second niveau, plus fondamental à mon sens, où le problème se pose: c’est le contexte social global dans lequel se passent ces festivités. Or, il se fait qu’un des caractères fondamentaux de notre société, c’est d’être une société de consommation. Ce n’est pas le moment d’en présenter une analyse exhaustive, mais il n’est pas sans intérêt pour notre sujet de retenir que ce système, économiquement parlant, tourne de plus en plus sur la consommation individuelle et présuppose ( et induit) une mentalité de consommation c.-à-d. une attitude à la fois de possessivité et de destruction, et donc aussi de passivité ou du moins d’activité non-créatrice. Il est parfaitement illusoire à mon avis de penser à rester maîtres de ces moments intenses de consommation que représentent les fêtes, si l’on ignore l’arrière-fond social qui nous conditionne.

Certes, toute réaction au consumérisme de la société ne sera pas seulement difficile, mais encore ne donnera de résultats qu’à long terme. Cependant, à moins de se laisser avoir constamment, il faut passer par ce combat épuisant et souvent décevant. En réalité, il y a deux possibilités pour ceux qui ne veulent pas simplement se laisser entraîner par le courant consumériste: soit une consommation alternative, soit une alternative à la consommation. La première solution, la moins radicale, consiste à prendre son parti du fait que la société de consommation existe et ne disparaîtra pas de sitôt; on cherchera donc à consommer autrement ou au moins autre chose. Le versant négatif de cette solution prendra l’aspect d’une tentative de s’immuniser contre la publicité, l’ambiance consumériste et les grandes vagues de fond périodiques de consommation (fêtes, saisons, modes etc.) Positivement on préférera les objets artisanaux, manufacturés et les aliments biologiques à ceux fabriqués industriellement, on achètera les produits des coopératives du Tiers Monde etc. Dans la mesure où ainsi l’on reste dans le circuit économique traditionnel de l’échange de marchandises, cette solution n’est qu’un pis aller; mais par l’éveil qu’elle donne d’une conscience et d’une attitude critiques devant la consommation courante, elle prépare le terrain à une option plus radicale qui, à terme, est susceptible de mettre en question tout le système établi.

Mais est-ce qu’il y a une alternative à celui-ci? Si elle n’existe pas encore, on peut quand-même poser dès aujourd’hui des jalons non négligeables. Et il est à remarquer qu’ici, comme pour la solution précédente, nous avons à commencer l’apprentissage avec nous-mêmes, les adultes, avant de nous acharner sur les enfants: le

problème ‚enfants et consommation‘ ne sera résolu que dans la mesure où sera résolu le problème ‚adultes et consommation‘. Si la société actuelle se caractérise par la possessivité, la destruction et la passivité, on pourra concevoir une alternative d’abord en s’opposant à ces caractères, qui concernent, il est vrai, surtout les rapports des hommes aux objets. On essaiera donc de substituer à une morale de l’avoir une éthique du don, à une pratique de la consommation-destruction une exigence d’objets de longue durée, à une mentalité de jouissance passive une attitude de créativité.

Toutefois cette contestation n’est pas suffisante, si indispensable qu’elle soit. Car un des caractères de la société de consommation consiste justement à nous faire croire qu’il n’existe et qu’il n’importe au monde que des objets ou, des marchandises. La véritable alternative sera donc de mettre à la place de cette société des choses une société où les hommes auront (de nouveau) la place et la valeur centrales. Il s’agira par conséquent de mettre en pratique la conviction que ce n’est pas l’avoir qui compte, ni même au fond le don, mais l’être, ou plutôt l’être-avec, de se persuader et de persuader les enfants que la vraie source de joie, ce n’est pas de posséder quoi que ce soit, mais d’être ensemble avec d’autres gens. Option éminemment exigeante, et d’abord pour les adultes eux-mêmes. Car l’apprentissage ne se fera que par la pratique effective. Ainsi, la vie familiale, les relations avec les parents et amis, la vie ecclésiale et professionnelle devraient être des lieux d’expérimentation de la convivialité. Pour ce qui est de la vie familiale p.ex.,

les enfants devraient avoir l’occasion d’éprouver leurs rapports avec leurs parents comme dépassant la simple fonctionnalité (parents-nourriciers, protecteurs etc.). Dans les conditions sociales actuelles, les weekends et vacances sont les plus propices à l’instauration d’un autre mode de vie familial.

PLANTU.

Dessin de PLANTU.

Prenons comme cas exemplaire le dimanche. Comment se passe-t-il pour la plupart des gens? Enfants et parents commencent par mettre les vêtements de dimanche, habits par excellence incommodes, crispants et inhibiteurs. La messe du matin et le rôti du midi immobilisent et enchaînent tout le monde. Que faire alors pour occuper la triste après-midi? Une orgie de

télévision? Ou une sortie en automobile sur les routes encombrées par des conducteurs de dimanche désespérément lents, gauches et dangereux vers des promenades du bout des pieds et sans intérêt, du moins pour les enfants, ou des bistrots ou restaurants bondés et enfumés? Ou bien ira-t-on voir des parents et restera-t-on assis des heures durant bien raides autour d’une table ou dans des fauteuils? A moins que chacun n’aille de son côté. Qui dira un jour l’ennui mortel des enfants les après-midi de dimanche! – Et si au contraire on s’en allait dès le matin dans la nature, habillés pour la circonstance, emmenant de quoi faire un pique-nique simple et sans façons. En ne rentrant pas trop tard, il restera à chacun, aux parents comme aux enfants, le temps de se consacrer à des occupations personnelles. Ou bien, suivant les saisons, on travaillera au jardin ou l’on fera de beaux jeux dans la maison. L’important, dans tout cela, c’est que, quel que soit l’âge des enfants, les activités du dimanche soient concertées ensemble, et que les goûts et besoins de chacun soient pris en compte. C’est ainsi seulement que tous, adultes et enfants, comprendront que vivre ensemble vaut mieux, et de loin, que d’avoir des choses.

Dans le même ordre d’idées, il s’agit de réhabiliter ou au moins de réviser la notion (et la pratique) de la fête. Récupérée par les structures de l’avoir, du prestige, de la convention sociale, la fête devra de nouveau être comprise comme la célébration de la convivialité, où ce qui compte, c’est d’être avec d’autres, où le vrai cadeau, c’est la présence d’amis ou de parents qu’on aime. Alors aussi, l’aspect de consommation pourra garder un sens et une place, à condition bien sûr d’être organisé sur le mode d’une consommation alternative.

On voit que ces mesures, qui appartiennent au long terme, peuvent pourtant déjà être entreprises dès maintenant. Il reste que se pose le problème imminent des festivités à venir cette année et qui demande des réactions forcément partielles et imparfaites. Que peut-on faire dans l’immédiat qui limiterait au moins les dégâts ou même ferait déjà avancer un peu au-delà du système établi.

Dans l’ordre quantitatif, pour éviter un déversement anarchique de cadeaux de tous genres et acabits, les parents peuvent essayer de centraliser un peu l’entreprise en faisant d’abord dresser par les enfants une liste de leurs désirs et en la discutant avec eux (ce qui est possible même avec les enfants qui croient encore à St. Nicolas). Ils pourront ensuite arrêter un choix tel qu’à chaque éventuel donneur corresponde un cadeau précis, qui sera acheté par les donneurs ou par les parents eux-mêmes. De cette manière, on pourra aussi fixer par personne un montant moyen raisonnable. (La même idée peut s’appliquer dans le cas de partys où les invités sont des enfants. Pour éviter des dépenses exagérées, on indiquera aux invités dès l’abord de ne rien apporter qui dépasse une certaine somme).

Dans l’ordre qualitatif, il importe de ne pas acheter n’importe quoi ni même toujours ce qui est expressément demandé par les enfants, mais le principal critère me paraît celui de l’usage polyvalent et créatif du cadeau. Dans le cas idéal, celui-ci ne doit pas seulement permettre un maniement multiple, mais même être susceptible d’être transformé au gré de l’imagination de l’enfant. Stimulant ainsi la créativité et tirant l’enfant d’une passivité purement consommatrice, le jouet constituera une mise en question, certes partielle et limitée, mais néanmoins réelle de l’ambiance générale inhérente à la société de consommation.

Toutes ces propositions paraîtront peut-être dérisoires et inefficacientes. La seule réaction sérieuse et logique, diront certains, à la société de consommation, ce serait de la détruire purement et simplement et de la remplacer par une société communautaire et conviviale. Mais il s’agit là d’un radicalisme qui s’illusionne lui-même et sur la capacité de résistance des structures sociales actuelles et sur l’inertie assez désespérante de la plupart des membres de cette société. Une révolution n’est possible que s’il y a un consensus majoritaire sur ses buts. Toutes les révolutions qui jusqu’ici ont été organisées par des minorités ou soi-disant avant-gardes, ont finalement échoué. Une société ne change en profondeur que si le grand nombre accepte d’évoluer et d’adopter de nouvelles valeurs. A cette fin, il s’agit de persuader les gens (et soi-même) des bienfaits d’un nouveau mode de vie, le meilleur argument étant toujours l’expérience et l’exemple concrets. Une révolution s’opère et se gagne dans la banalité de la vie de tous les jours.

Hubert Hausemer

Diese Schwanks mit ihrem primitiven Touch sind eine Beleidigung des menschlichen Intellekts.

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