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Bien que la loi du 9 mars 1987 sur l’organisation de la recherche scientifique doive profiter en principe également aux sciences sociales, l’essentiel des recherches dans ce domaine continuera certainement à se faire dans le cadre des mémoires écrits au cours du stage pédagogique des futurs professeurs. "forum" poursuit ici la présentation de tels mémoires dignes d’être connus d’un plus large public que celui du jury de trois personnes. Trixie PESCATORE a présenté en géographie humaine en 1986 un mémoire consacré aux répercussions sociales des changements morphologiques et structurels au Limpertsberg dus au plan Vago.

Le Limpertsberg a cessé d’être un quartier homogène, purement résidentiel. Il est touché de plein fouet par la phase la plus récente du développement urbain et en subit les conséquences. En effet, on observe un phénomène d’expansion horizontale du centre-ville au-delà de la barrière naturelle que constitue la ceinture des parcs. Le résultat sensible en est la coupure du quartier en deux parties. Au sud, la partie proche du centre, sujette à une invasion de fonctions nouvelles (banques, bureaux, commerces spécialisés) ainsi qu’au dynamisme de l’activité de construction, est en pleine mutation. La partie située au nord, par contre conserve largement ses aspects et fonctions traditionnels.

L’évolution en cours dans la partie "inférieure" (au sud) était prévue par le plan d’aménagement de la Ville de Luxembourg élaboré en 1967 par Pierre Vago. En effet, les blocs de maisons encadrés par l’allée Scheffer, l’avenue de la Faïencerie, la rue Henri VII et l’avenue du Bois font partie des secteurs centraux qui ont par définition une forte densité d’établissements commerciaux et récréatifs ainsi que des bâtiments administratifs, grands magasins, hôtels, cafés, restaurants, cinémas et immeubles de bureaux.

La propagation du processus de transformation vers le nord, au-delà de la limite du secteur central, se heurte aussi à des obstacles physiques. Il s’agit d’une série d’édifices à grande surface d’implantation, hérités d’une phase de croissance urbaine antérieure et datant pour la plupart du début du siècle (écoles, couvents, cimetières, anciennes halles d’exposition, dépôt des tramways municipaux). La forme et l’emplacement de ces constructions dont plusieurs ont changé d’affectation depuis leur mise en service, ne correspondent plus aux nécessités de l’époque actuelle. Il s’agit de structures persistantes (*) qui empêchent ou gênent la propagation progressive du changement fonctionnel et morphologique dans la partie nord du quartier.

Changements fonctionnels

Changements morpho-fonctionnels dans la partie inférieure de Limpertsberg: Les nouvelles fonctions centrales et notamment le tertiaire supérieur ne sont guère compatibles avec la substance bâtie datant du début de ce siècle. Ainsi, le change-

ment fonctionnel est généralement précédé d’une transformation morphologique. De ce fait, la partie sud de Limpertsberg se caractérise par la cohabitation temporaire de deux types de construction différents. On y trouve d’une part des maisons d’habitation unifamiliales dont la construction remonte à la période précédant la Deuxième guerre mondiale; d’autre part, la substance bâtie se compose d’une proportion croissante d’immeubles collectifs modernes ayant fait leur apparition dans les années soixante. Dans la partie inférieure de Limpertsberg, on assiste ponctuellement au remplacement des maisons anciennes par des buildings à usage mixte (habitation et bureaux), atteignant tous la hauteur maximale autorisée par le règlement des bâtisses. Les vieilles constructions condamnées tôt ou tard à la démolition et devenues objets de spéculation, subsistent momentanément dans un mélange étroit avec le moderne. Il en résulte dans la zone affectée par le changement une grande hétérogénéité de la substance bâtie.

La structure composite du tissu urbain se reflète dans la composition ethnique et sociale de la population résidante.

In: La Croix

Structures de population

Par rapport à la Ville de Luxembourg, le quartier de Limpertsberg se caractérise par une concentration des couches sociales supérieures et moyennes ainsi que des étrangers des pays de la Communauté Européenne à l’exception du Portugal. La classe ouvrière en général et les travailleurs immigrés portugais en particulier sont sous-représentés dans la population de Limpertsberg. Or, les seuls groupes de population qui manifestent un comportement spatial spécifique et divergent des tendances générales de répartition, sont formés par les groupes de nationalité portugaise et de la catégorie socio-professionnelle des ouvriers non-qualifiés. Leur répartitions spatiales montrent une concentration dans la partie inférieure de Limpertsberg. Cette même zone est fortement hétérogène en ce qui concerne la composition de la population par nationalité et par catégorie socio-professionnelle.

L’étude comparée des structures de population des deux principaux types d’habitation (maisons anciennes et immeubles collectifs) dans la zone en transformation a permis de mettre en relief des différences significatives. La population des maisons anciennes est composée en grande partie de travailleurs immigrés portugais (30.2% contre 1.4% dans les immeubles collectifs). Les jeunes de moins de vingt ans ainsi que les personnes âgées de plus de cinquante ans y sont nettement sur-représentés par rapport à la population des immeubles collectifs (26.9% et 26.1% contre 17.7% et 18.9% respectivement). Cette structure par âge va de pair avec une forte proportion de ménages de

plus de deux personnes (47.2% contre 10.8% dans les immeubles collectifs). Dans les immeubles modernes, les Portugais sont quasi-absents, alors que les autres étrangers – beaucoup sont des fonctionnaires européens – sont sur-représentés (leur parts respectives s’élevant à 1.4% et 51.8%). La population des immeubles à appartements comporte également une très forte proportion de jeunes adultes de sexe féminin notamment; et les ménages de personnes isolées y dominent largement (70.7% contre 25.9% dans les maisons anciennes).

Au fur et à mesure que la substitution de la vieille substance bâtie par les constructions modernes se poursuit, la population portugaise est expulsée progressivement de la partie inférieure de Limpertsberg. Au terme de cette évolution il y aura simplification des structures sociales suite à la disparition des couches inférieures. Dans la zone en transformation un nouvel équilibre s’établira avec l’homogénéisation du tissu urbain et des structures sociales.

Trixie Pescatore

(*) Le concept de persistance (allemand "Persistenz", du latin persistere = persévérer, persister) a été introduit en géographie sociale en 1968.

Référence bibliographique: Problèmes de ségrégation spatiale dans la commune de Luxembourg – Exemple du quartier de Limpertsberg. Trixie Pescatore 1986. Mémoire présenté dans le cadre du stage pédagogique sous la direction de M. Jan Nottrot, docteur en géographie. La thèse est déposée à la Bibliothèque Nationale, au Centre Universitaire, au Centre de Documentation et d’Animation Interculturelles (lo, rue Auguste Laval).

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