Manifesta 2
Im in a documentary. I face the whole Universe.
Dieser Inhalt wurde anhand eines gescannten Dokuments mithilfe von optischer Zeichenerkennung (OCR) und künstlicher Intelligenz (KI) digitalisiert. Er kann Fehler oder Ungenauigkeiten enthalten.
Depuis le 28 juin, c’est un petit point vert fluo qui fait vibrer Luxembourg, il s’agit bien entendu de Manifesta 2. Cette couleur quelque peu criarde qui symbolise l’immaturité, accompagne nos ballades dans des lieux de temps à autre insolites et nous guide à travers la deuxième biennale européenne d’art contemporain. Une biennale européenne au sens le plus large, elle cible une jeunesse «créatrice» qui s’étend de l’Irlande à la Russie. Une jeunesse qui se scande en deux : d’un côté il y a ceux qui ont abandonné toute idéologie. Ici le banal, l’ordinaire et parfois même la vulgarité génère le travail. Ce sont souvent des oeuvres abandonnées de toutes formes esthétiques, cédant la place à une certaine laideur qui désagrémente le spectateur néophyte. D’un autre côté il y a une jeunesse préoccupée par les relations humaines et sociales. Ici l’oeuvre d’art n’a plus de support, elle n’existe qu’à travers les relations inter-humaines. Ces artistes suivent en quelque sorte l’idée de Duchamp, qui disait: «L’art est un jeu entre tous les hommes de toutes les époques.» Les relations humaines nous échapperaient-elles? L’artiste qui jadis avait des allures mégalomanes et égocentriques deviendrait-il un bienfaiteur social?
Dans ce contexte de «l’esthétique relationnelle»*, Alicia Framis nous propose de venir garder nos rêves pendant une nuit. Elle fait appel à tous les citadins et citadines qui doivent affronter la nuit en solitaire. Vêtue d’une Robe d’Étoiles et de ses Chaussures de Lunes elle se propose de veiller sur nous et nos rêves. Cette expérience hors du commun nous paraît sortir tout droit d’un conte de fée. A une époque où violence et agressivité sont devenus les fléaux d’une société de plus en plus superficielle et égoïste, cet interstice nous apparaît comme un rayon de soleil. Enfin de la poésie, de l’imagination, l’art devient vulnérable
et s’ouvre au quotidien. Alicia Framis s’inscrit dans la pensée de Louise Bourgeois qui disait: «Art is not art. Art is about life, and that sums it up. «L’artiste descend de son piédestal et nous rejoint dans notre intimité. C’est un vrai contact physique et émotionnel que nous propose Alicia Framis. Un moment privilégié ou l’échange et la
L’artiste qui jadis avait des allures mégalomanes et égocentriques deviendrait-il un bienfaiteur social?
communication sont réels. Chaque rencontre nocturne est différente et laisse à l’artiste une autre impression. Ce n’est pas une performance gratuite où le spectateur inerte subit les actions de l’artiste. C’est une performance audacieuse, voire périlleuse, car dans cette «sculpture sociale» la matière première est au départ l’inconnu aussi bien pour l’artiste que pour le dormeur. Mais je pense que cette expérience inhabituelle vaut bien un coup de fil. (Dreamkeeper)
La réflexion sur le relationnel est omniprésente et diversifiante; les artistes de Manifesta 2 sont aussi bien préoccupés par la suspicion et les rumeurs («La cour des Miracles» d’Antoine Prum) que par la curiosité («Who told the Chamber Maid?» de Ann-Sofi Sidén), mais aussi par le mythe de l’identité («A quest for a Woman» de Eij-Liisa Ahtila), ou encore par la violence («Women’s Room/Fraenhaus Project» Sanja Ivekovic), sous-jacente dans beaucoup de travaux.
L’interhumain est définitivement un des points forts de cette manifestation, car la biennale n’a pas seulement contribué à montrer la création de la jeune avant-
garde européenne, mais elle a aussi fait fructifier les relations entre certains jeunes étudiants en arts plastiques et artistes européens, invités par le Séminaire d’études artistiques du Centre Universitaire de Luxembourg. Cette activité s’inscrit dans le cadre d’un projet conçu par Bert Theis et qui s’intitule «Independent Subcurator Project». L’artiste a proposé aux participants d’installer un meuble de bureau fait de petits tiroirs superposés (chaque participant dispose d’un tiroir) afin d’assurer une communication permanente avec Manifesta 2. Cette armoire est d’ailleurs toujours en place dans «l’Aquarium» de Jean Prouvé au Casino. Pour Bert Theis ce meuble met en évidence deux idées: premièrement l’objet fait référence aux armoires à estampes japonaises dans lesquelles les collectionneurs conservaient leurs oeuvres, et deuxièmement cet objet à tiroirs nous évoque l’idée du C-D-Rom où chaque tiroir nous amène vers des ouvertures multiples et infinies. Dans cet objet banal, sorti tout droit de la grisaille de nos bureaux, vous trouverez les messages de notre future avant-garde et peut-être la prochaine Manifesta pourra tenir dans une telle «sculpture interactive» ?
Carole Chaine
- Cette idée est développée dans «Pour une esthétique relationnelle», de Nicolas Bourriaud, Documents sur l’art. (conférence donnée au Casino Luxembourg, Forum d’art contemporain, juillet 1998).
Als partizipative Debattenzeitschrift und Diskussionsplattform, treten wir für den freien Zugang zu unseren Veröffentlichungen ein, sind jedoch als Verein ohne Gewinnzweck (ASBL) auf Unterstützung angewiesen.
Sie können uns auf direktem Wege eine kleine Spende über folgenden Code zukommen lassen, für größere Unterstützung, schauen Sie doch gerne in der passenden Rubrik vorbei. Wir freuen uns über Ihre Spende!