Ne jugez pas l’Amérique d’après Reagan!
Impressions d'un voyage à travers les Etats-Unis en été 1981
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Impressions d’un voyage à travers les Etats-Unis en été 1981
Une jeune femme, responsable d’une revue sur l’énergie solaire au Nouveau Mexique nous prie par la phrase du titre d’aller au-delà des apparences. Elle rappelle que moins de 50 % des électeurs ont participé au scrutin présidentiel de novembre 1980 et que le choix entre Carter et Reagan n’était vraiment pas mobilisateur!
La tendance naturelle du touriste consiste à comparer le pays visité avec son pays d’origine. Aux Etats-Unis cette tendance est d’autant plus vive qu’on croit tout savoir de cette culture et qu’on a plutôt tendance à la considérer comme un pauvre reflet de la nôtre. C’est oublier la diversité régionale de ce continent.
Les quelques remarques suivantes ont été écrites après un voyage touristique qui nous conduisait de la Californie au Texas.
Ce qui vous frappe dans le contact avec les Américains, c’est le naturel avec lequel ils vous abordent dans une file d’attente, dans le bus etc. Malheureusement l’importance de notre groupe (8 personnes) et notre moyen de transport (voiture louée) nous ‚préservait‘ un peu (trop) de ces contacts.
A la ville comme à la campagne on est vraiment relax pour ce qui est de l’habillement. Manque de goût ou non-soumission aux impératifs de la mode?
La publicité est toute présente. Cependant elle est moins basée sur le sexe qu’en Europe, mais plus agressive dans la mesure où le produit X se vante d’avoir plus de qualité que le produit Y, méthode interdite chez nous.
La recherche du bonheur a poussé des millions d’immigrés vers l’Amérique et la conquête de l’Ouest. Cette recherche du bonheur continue, même s’il s’agit d’un bonheur individuel acquis au prix de risques. La maladie est un de ces risques: une minorité des salariés fait partie d’une caisse de maladie, d’autres font des assurances privées, d’autres encore courent simplement le risque. Une jeune femme enceinte était tout étonnée d’entendre que chez nous elle avait droit à un congé de maternité et à des allocations; il n’en est pas question … De là à tirer la conclusion qu’on est en présence d’un système rétrograde revient à nier une approche différente … Ajoutons pour être complet que 2 systèmes de sécurité existent, gratuits ou presque,
que, l’un pour les pauvres (Medicaid), l’autre pour les vieux (Medicare).
Au premier abord il n’y a que les Noirs que l’on remarque dans la foule et dans la société. La couleur de leur peau continue d’être un obstacle à leur promotion sociale: ils constituent la majorité des pauvres et 50% des jeunes noirs sont au chômage (15% des jeunes blancs).
Mais une nouvelle couche s’est insensiblement glissée en dessous des Noirs: les Latino-Américains et surtout les Mexicains. On estime à 6 millions les travailleurs mexicains clandestins. L’espagnol est la
2e langue d’un pays, où l’anglais servait de facteur d’intégration et qui est devenu bilingue. Les nombreux enseignes, affiches, communiqués et journaux témoignent que les autorités et le business tiennent compte de ce bilinguisme. La présence massive des hispanophones a infléchi la politique d’un pays façonné comme aucun autre par l’immigration massive. Alors que des nationalités et ethnies fort différentes ont été intégrées au cours des décennies, on permet aux Mexicains de maintenir leur culture, c.à d. surtout la langue espagnole est enseignée dans de très nombreuses écoles primaires.
Longtemps le Parti Démocrate était considéré comme défenseur des droits des Noirs et des minorités. Depuis le mouvement pour les droits civiques des années 60 les Noirs s’incrivent davantage comme électeurs et élisent des maires, des représentants et des sénateurs noirs. Le même phénomène se produit chez les Mexicains qui élisent des leurs à des postes politiques. Ces représentants ont bien entendu la nationalité américaine, mais s’entendent d’abord comme les avocats de leur ‚race‘.
A première vue il devrait être facile de s’informer dans une société audio-visuelle avec d’innombrables chaînes de télévision émettant du matin au soir. Les journalistes que j’ai vus à l’oeuvre n’étaient pas du tout complaisants, tout au contraire. Il est cependant difficile d’être au courant de ce qui se passe dans le reste du monde, à moins de lire un des rares journaux à diffusion nationale.
La presse voit en règle générale tout à travers de fortes lunettes anti-soviétiques. A leurs yeux des réserves formulées contre la bombe à neutrons par exemple ne peuvent être qu’inspirées, voire payées par l’URSS. L’agressivité de Reagan facilite et revigore l’anticommunisme et il n’est plus question des droits de l’homme quand il s’agit de soutenir les amis des Etats-Unis, qu’ils soient des dictateurs ou non.
Les amis américains du président ont été remerciés aussi: la réduction d’impôts profite ouvertement et largement aux hauts revenus et les coupes sombres dans le budget réduisent les allocations et programmes destinés aux pauvres.
L’antisoviétisme a créé un large appui aux grévistes polonais de SOLIDARNOSC, mais n’a pas empêché le président Reagan de régler la grève des contrôleurs aériens américains à sa manière: en les licenciant, il s’est débarrassé d’eux, il continue avec les briseurs de grèves et des militaires en réduisant le trafic aérien de 25%. Ceci a permis aux compagnies d’éliminer les vols les moins rentables, d’augmenter les prix et de licencier des dizaines de milliers d’employés. Les vols aériens ont un rôle éminent sur ce continent et la manière brutale de résoudre le conflit a eu d’autant plus d’appui que le public moyen utilise fréquemment ce moyen de transport.
L’invasion de l’Angola par les troupes sud-africaines a suscité un vif émoi dans la communauté noire des Etats-Unis. Andrew Young, ambassadeur auprès de l’ONU du temps de Carter, n’a pas hésité d’expliquer la présence des troupes cubaines en Angola par la menace sud-africaine. Tous les leaders noirs ont soutenu cette position. Il est évident que Reagan n’a pas besoin d’autant d’égards vis-à-vis de la communauté noire qui vote plutôt démocrate.
Cette Amérique conservatrice n’est pas la seule. En de nombreuses villes nous avons vu des jeunes militer contre l’intervention US au Salvador et Pete Seeger, ce pilier du folksong, a donné une dimension particulière au meeting pour le Salvador auquel nous avons assisté à San Francisco.
Et l’Amérique ne se fait pas seulement au Pentagone et à la Maison Blanche. Des initiatives fourmillent par milliers; du solaire (appuyé par certains Etats: C’est ainsi qu’en Californie on peut déduire de ses impôts – non de la somme imposable – les frais occasionnés par l’installation d’un système d’énergie solaire) aux transports en commun (qui généralement peu développés et chers voient de nombreuses personnes utiliser en commun une voiture particulière. Des panneaux avec le numéro de téléphone de ces ‚Car-Pools‘ se trouvent à toutes les entrées des villes.) en passant par les parcs nationaux (où les usagers américains font preuve d’un beau civisme pour maintenir la propreté des lieux!)
Serge
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