« Oppe, sozial a responsabel »

La pertinence des valeurs chrétiennes-sociales au regard des défis actuels et leur importance pour l’avenir

«Oppe, sozial a responsabel» sont les caractéristiques que le CSJ (Jeunesse Chrétienne-Sociale) attribuerait à une politique guidée par les valeurs chrétiennes-sociales. Pour les générations plus jeunes ces valeurs chrétiennes-sociales peuvent, par leur seule désignation, paraître abstraites voire conservatrices et trop cléricales dans une société occidentale de plus en plus sécularisée.

Mais à la base, quelles sont ces valeurs qui à nos yeux devraient guider nos choix politiques au 21ième siècle et quelle est la société dans laquelle nous souhaitons vivre et voir nos enfants grandir? En se penchant plus en détail sur ces questions, on se rend vite compte que ces valeurs sont «old but gold».

Pour une politique qui met l’être humain au centre de ses préoccupations

La vision chrétienne-sociale met l’être humain, avec toutes ses facettes, au centre de sa politique. Le principe de dignité inaliénable de l’être
humain doit sous-tendre toute décision politique et l’être humain doit pouvoir s’épanouir librement dans le respect et la tolérance de ses concitoyens. Ceci n’est possible que dans une société ouverte et participative.

Par conséquent, au niveau politique, le respect des droits de l’homme, les principes démocratiques et l’État de droit constituent un préalable indispensable à cette vision de l’être humain. Ces principes constituent le fondement non négociable de notre vie en société et nous devons continuer à les défendre avec ferveur et dévouement. Ceci paraît d’autant plus important, dans un environnement international qui est marqué par l’affaiblissement des partis traditionnels et la montée de tendances populistes voire extrêmes et fanatiques (non seulement politiques mais également religieuses). Parfois, nous devons même défendre ces valeurs dans notre fort intérieur, face à nos propres craintes, qui nous poussent à les abandonner: au niveau politique par des attitudes trop sécuritaires et dans notre vie privée par un état d’esprit de moins en moins tolérant.

Le respect de la dignité humaine présuppose encore que l’être humain puisse être en mesure de satisfaire lui-même à ses besoins et à ceux de ses proches. La dignité humaine a donc également une composante matérielle. De par le travail auquel il s’adonne, l’être humain doit pouvoir vivre décemment. Dans ce cadre, les responsables politiques doivent définir leur vision pour l’avenir afin de faire face aux défis de la digitalisation et de la robotisation. Cette vision doit passer, d’un côté par l’adaptation de l’éducation de nos enfants au monde informatique et de l’autre par la formation continue de la population active en faisant en sorte de ne laisser personne à la rue. Pour pouvoir attirer des start-ups, les opérateurs d’ordinateurs de haut-niveau et l’intelligence artificielle, nous devons vivre nous-mêmes le progrès technique et informatique.

Pour une politique de solidarité soucieuse d’agir à long terme

La composante sociale apparaît ensuite comme le fil rouge à travers la politique menée par le CSV. La solidarité entre les différentes couches sociales constitue, en effet, la prémisse de toute politique chrétienne-sociale. Une politique qui se fait au bénéfice des êtres humains vise le bien-être physique et matériel des individus les plus faibles de la société. Notre société repose ainsi sur un système qui donne à l’être humain l’assurance que s’il lui arrive d’être en détresse, il pourra compter sur la solidarité de ses concitoyens. L’État-providence, de par les transferts sociaux qu’il effectue, vise à garantir une certaine cohésion sociale et à atténuer les imperfections inévitables de notre modèle économique. D’un autre côté, la vision chrétienne-sociale est bien consciente que les êtres humains sont diversifiés quant à leur caractère, leurs points forts, leurs faiblesses. Toujours est-il qu’ils doivent pouvoir bénéficier des mêmes chances. L’État joue ainsi un rôle fondamental pour garantir, dans la mesure du possible, une égalité des chances. L’être humain doit donc d’un côté pouvoir bénéficier des mêmes chances et de l’autre côté contribuer selon ses ressources et capacités au bien-être commun.

Au moins aussi importants sont la solidarité entre générations et la responsabilité envers les générations futures. Ces dernières doivent également pouvoir vivre dans des conditions de vie décentes. Le vieillissement de la population, le réchauffement climatique et la digitalisation pourraient mettre en péril cette solidarité entre générations. Si les responsables politiques d’aujourd’hui n’ont pas le courage d’aborder certains défis, le conflit entre générations paraît à terme inévitable. Une politique responsable implique partant impérativement une politique durable. Doivent être pris compte, non seulement le bien-être des citoyens au moment de la prise de décision, mais aussi les intérêts des générations futures. Il paraît donc primordial de garantir un environnement économique, financier, mais aussi naturel qui reste stable à long terme.

L’aspect durable comme facteur décisif dans la prise de décision

Le sujet de la croissance dans tous ses aspects devra donc être un sujet clef de la campagne électorale en 2018. Tous les acteurs politiques semblent d’accord sur le fait qu’il faut repenser le modèle luxembourgeois et se réinventer à travers une diversification très poussée de l’économie. Le désaccord survient lorsqu’il s’agit de savoir quelles sont les limites de la croissance que l’on recherche. La croissance est nécessaire et utile, encore faudrait-il qu’elle se fasse avant tout par le biais de gains de productivité et par les petites et moyennes entreprises qui sont le pivot de l’économie luxembourgeoise.

Le CSV fait une politique dont l’objectif est de créer un environnement économique favorable permettant aux entreprises luxembourgeoises de créer des richesses pour maintenir un niveau de vie élevé tout en faisant une politique sociale qui garantit dignité humaine et cohésion sociale. La croissance doit en effet se faire au bénéfice de notre qualité de vie et non pas au détriment de nos ressources naturelles. Nos ressources naturelles sont un bien commun précieux et une politique de l’abondance finira par les épuiser. Croissance économique et développement durable doivent ainsi aller de pair.

Une politique qui se dit durable devrait également mener un autre débat qui a été lancé récemment par le CSV, à savoir celui de la viabilité du système sur lequel repose notre sécurité sociale. Afin de respecter les promesses faites dans ce cadre et de garantir une solidarité entre générations, le pays requiert une croissance continue et un nombre de plus en plus important de cotisants au système. Aucun responsable politique ne devrait ignorer que le système est voué à l’échec d’ici vingt, voire trente ans ou plus. Une réforme profonde du système pourrait désamorcer le potentiel de conflit à terme inévitable et accorder une plus grande marge de manœuvre aux responsables politiques pour choisir le type de croissance et l’intensité de croissance qui devrait bénéficier au pays. Ainsi, il serait hypocrite de vouloir promouvoir une croissance plus qualitative tout en refusant catégoriquement de réfléchir sur le système des retraites et sur des alternatives de financement.

Les finances publiques, l’équilibre budgétaire et surtout l’équilibre entre dette publique et investissements doivent être la priorité de tout responsable politique, afin de ne pas compromettre l’avenir des générations futures. L’existence d’un déficit budgétaire continu tel qu’il a été enregistré ces
dernières années nous paraît irresponsable dans une situation de forte croissance économique. Dans un environnement macro-économique favorable, il aurait en effet fallu économiser plutôt que de dépenser. Une politique budgétaire responsable doit ainsi permettre aux femmes et hommes politiques futurs de garder une marge de manœuvre pour faire les investissements nécessaires dans l’intérêt d’une richesse collective du pays notamment en promouvant la recherche et l’éducation et en construisant des infrastructures de transport et de communication.

Pour une politique responsable impliquant tous les acteurs

En vertu du principe de subsidiarité, la responsabilité et le pouvoir de décision doivent être attribués aux personnes ou à l’organisme qui sont le plus à même de l’assumer. Ainsi, l’État, les communes, les institutions, les entreprises privées et les citoyens doivent chacun assumer leur part de responsabilité.

De son côté, l’être humain doit donc également prendre ses propres responsabilités. Tout être humain devrait être capable de devenir un acteur de sa propre vie et de la société dans laquelle il évolue. Une politique chrétienne-sociale crée ainsi des opportunités tout en laissant le choix à l’être humain qui demeure libre de choisir son mode de vie, la façon dont il élève ses enfants, le culte qu’il exerce ou transmet à ses enfants. La politique familiale doit ainsi permettre aux jeunes familles de combiner vie professionnelle et vie familiale. Ils doivent demeurer libres de choisir entre élever leurs enfants à la maison et profiter des structures d’accueil.

La politique chrétienne-sociale vise ainsi le juste milieu entre une politique interventionniste poussée de l’État et un libéralisme sans bornes. En même temps, elle essaie d’associer harmonieusement responsabilité individuelle et sociale de l’être humain tout en étant soucieuse du bien-être des générations actuelles et futures.

Les pouvoirs publics façonnent le cadre dans lequel l’être humain et les acteurs économiques peuvent se déployer. Les responsables politiques doivent constamment s’adonner à ce devoir qui est le leur de façonner une société par le cadre qu’ils lui donnent. Ils ou elles ne peuvent pas se contenter de gérer ce qui a été mis en place par leurs prédécesseurs, mais doivent de manière continue adapter ce cadre aux évolutions sociétales. Pour le CSJ ces changements doivent se faire sur base du principe: «Fortschrëtt durch Evolution». Il ne convient en effet pas de tout remettre en cause, mais d’évoluer et ceci en dialogue avec la société. La participation politique des citoyens paraît, en effet, indispensable à cet égard.

C’est cet équilibre qui constituait la clé du succès du CSV tout au long de son existence et qui en fait un parti populaire. C’est sur base de ces valeurs qu’il convient maintenant d’élaborer des réponses concrètes face aux défis ci-avant mentionnés.

Le parti face à ses propres responsabilités

Faire une politique responsable et crédible signifie aussi se remettre en question soi-même. S’il avait longtemps négligé une remise en question systématique et régulière, le CSV y fut en quelque sorte contraint par l’électeur ou pour le moins par les autres partis en 2013.

Depuis la deuxième guerre mondiale, le CSV est, en effet, un acteur omniprésent dans le paysage politique luxembourgeois. De par sa présence quasi-systématique au gouvernement, le CSV a influencé la politique luxembourgeoise pendant des décennies en façonnant ainsi la société civile autour de ses valeurs chrétiennes. Le parti devint en quelque sorte garant de la stabilité du paysage politique et on aurait pu le croire indispensable à la veille des élections anticipées d’octobre 2013.

Or, l’année 2013 marqua un tournant dans l’histoire du parti et la constellation inconcevable dont le CSV s’était tant méfié, une coalition «Gambia», était devenue une réalité.

Ce qui au début paraissait comme un désastre finissait par être saisi comme une opportunité pour se remettre en question, faire face aux revendications de la base du parti et se repositionner tant d’un point de vue politique que d’un point de vue personnel. Le fameux «Draikinneksgrupp» fut le premier à évoquer que le CSV n’était peut être pas si innocent à ce qui venait de lui arriver et qu’il devait par conséquent en profiter pour faire face à ses quatre vérités.

Le parti entama son processus de remise en question et de réorganisation par une analyse de la défaite électorale qui déboucha sur le rapport
«Nei Perspektiven». Les jeunes du CSJ, de leur côté, se consacraient début 2014 à leur document «Mir wëlle mei» aux termes duquel ils revendiquaient notamment plus de transparence et de respect des principes démocratiques dans la prise de décision. Ensuite, le parti s’attaqua à une refonte de ses statuts et un renouvellement voire un résumé de son programme fondamental, afin de doter le parti des structures dignes d’un parti moderne et transparent.

Parallèlement, le CSV se rendit compte que pendant longtemps il avait négligé sa propre progéniture et que toute une génération n’était que guère représentée en son sein. Afin de rattraper cette omission, le CSV mit en place un programme de promotion destiné à ses jeunes militant(e)s.

De prime abord, le CSV semble donc prêt à reprendre les commandes de la politique nationale luxembourgeoise. Les résultats des élections européennes puis communales inspirent confiance, mais qu’en est-il en réalité ?

Alors que les sondages voudraient que le CSV se repose sur ses lauriers et ne fasse plus qu’attendre l’échéance électorale d’octobre, le CSV est loin d’être sorti de l’auberge ou plutôt de l’opposition. L’année 2018 sera, en effet, marquée par un grand nombre de défis.

Les enjeux de l’année 2018

Le CSV, qui affirme vouloir faire une politique pour tout un chacun, sur base de la prémisse «jidder eenzelen zielt», devrait donc apporter des solutions qui visent la société dans son entièreté et satisfont toutes les branches, couches sociales et régions du pays. Toute la difficulté pour un parti populaire réside justement dans l’équilibre qu’il convient de trouver entre des solutions globales et des solutions tranchées et clairement traçables pour l’électeur. Ceci paraît d’autant plus important que les quatre grands partis au Luxembourg semblent de plus en plus alignés et sont difficilement distingués par l’électeur. Il est donc primordial pour le CSV d’affirmer clairement ses valeurs et d’indiquer quelles sont les solutions qu’il souhaite apporter aux problèmes auxquels la société fait face.

Le succès d’un parti ou de l’autre, même si ceci peut paraître regrettable, se joue souvent sur sa façon de faire la politique. La communication convaincante de ses valeurs et des solutions alternatives qu’il propose apparaît dans ce cadre comme un défi. Or, la communication de ses valeurs passe le plus souvent aussi par les personnalités et surtout les équipes politiques qu’il met en avant.

Le CSV est partant plus que jamais contraint de présenter des équipes nouvelles, dynamiques et plus jeunes pour bien transmettre son programme aux électeurs. Or, la partie des listes d’ores et déjà publiée et circulant dans les médias paraît insatisfaisante à cet égard. Ceux qui s’attendaient à un renouveau restent pour le moment encore sur leur faim. Les choix de la commission électorale qui, en vertu des statuts, désigne les quinze candidats restants sont ainsi déterminants pour le tant attendu renouveau.

D’ici octobre, le plus dur reste à faire : convaincre l’électeur de sa vision pour le futur et présenter des équipes qui sont en mesure de transmettre ce message de manière crédible. D’une manière ou d’une autre, le CSV dispose sans aucun doute de la compétence, de l’expérience, mais aussi de l’inspiration apportée par sa base pour proposer des solutions concrètes aux problèmes qui se posent au vu de ses valeurs fondamentales et de mener une politique dans l’intérêt du citoyen et du pays.

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