Perspectives du Mouvement révolutionnaire au Zaïre

Le Mouvement eévolutionnaire actuel (2e partie)

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2$^{e}$ partie: LE MOUVEMENT REVOLUTIONNAIRE ACTUEL

Après la déroute de l’insurrection dite Mulatiste, tirant des leçons de cette dernière, un autre mouvement insurrectionnel s’est développé dans les régions Est du pays, marquant ainsi le début de la deuxième période de la révolution congolaise. Ce mouvement est animé par le Parti de la Révolution Populaire (P.R.P). Non seulement la presse mondiale ennemie (et pour cause) mais aussi la presse de gauche est restée muette à ce sujet.

Dans un pays comme le Zaïre où 90 % de la population appartiennent à la paysannerie et où l’agriculture traditionnelle représente 80 % de la production intérieure brute, toute entreprise révolutionnaire d’envergure doit recevoir l’adhésion de la masse paysanne. C’est pourquoi, à la différence des mouvements et partis nationalistes des années 1960, le P.R.P. s’étend davantage vers les villages où il cherche le soutien populaire qui est sa base. Cependant, cette paysannerie, qui représente un potentiel inestimable, est frappée comme d’ankylose prolongée en raison de son ignorance et de l’exploitation qu’elle a subie. Pour la rendre capable de mouvement, il faut l’organiser, l’éduquer, l’orienter. C’est là une tâche de longue haleine, d’autant plus difficile qu’il faut la situer dans une conjoncture internationale peu favorable et respecter l’esprit réaliste et pratique des paysans. Il est très difficile, en effet, de parler de liberté à un paysan s’il ne lui est pas permis de disposer librement du fruit de son travail. Les mots qu’on emploie alors sont creux pour lui. De plus il n’écoute que ceux qui sont comme lui ou ceux qui sont vraiment avec lui. D’où le devoir pour les cadres du P.R.P. de loger, de travailler et manger avec les paysans. Seul ce contact permanent permet d’éduquer et de mobiliser les masses paysannes. La politique du P.R.P. consiste aussi dans la combinaison politique et la liaison organique du mouvement ouvrier et du soulèvement paysan. En effet, il ne peut y avoir de victoire de la révolution dans quelques régions de brousse, tandis que le sud industriel et les autres centres urbains restent passifs. Aussi le P.R.P. concentre-t-il une grande partie de ses efforts dans les centres urbains à expliquer aux ouvriers le sens de ce qui se passe à la campagne, à ranimer ceux qui sont découragés et abattus, bref à organiser le mouvement

ment ouvrier en formation de combat. Tâches difficiles et délicates, mais c’est seulement ainsi que la révolution pourra aboutir.

Dans les régions libérées, proches de maquis s’étendant du Sud-Est au Nord-Est du pays, le P.R.P. pratique une réforme agraire transitoire. Cette réforme comporte seulement des mesures permettant d’améliorer les conditions matérielles de la vie paysanne et de préparer la réforme radicale qui devrait en découler. Il n’est, d’ailleurs pas possible d’appliquer une réforme radicale là où son contrôle n’est que partiel. Il faut attendre un renversement significatif et décisif de la situation militaire avant de pouvoir engager une telle politique.

D’un point de vue militaire la stratégie et la tactique du P.R.P. sont celles d’une guerre du peuple et d’une résistance de longue durée. Après la reprise de Stanleyville et Paulis par l’ennemi en 1964, c’était la phase défensive: les troupes fantoches attaquaient de toutes parts avec une supériorité matérielle écrasante. Seule une guerre de longue durée pouvait permettre à l’armée de libération d’utiliser au maximum ses avantages politiques, de surmonter progressivement son handicap matériel pour sortir de sa faiblesse initiale et devenir plus forte. Pèserver et accroître ses forces, porter au maximum l’esprit combattif de ses troupes, tel est le principe auquel le P.R.P. est attaché, se contentant d’attaquer lorsque la victoire est certaine, se refusant de livrer des batailles qui risquent de lui coûter des pertes inutiles, se défendant de toute action aventureuse. Telle

est la pratique qui permet au Parti de la Révolution Populaire d’envisager aujourd’hui avec sérénité la possibilité d’une contre-offensive générale.

Ce que ces quelques points de repère nous incitent à rappeler ici, c’est que derrière les intermittences bruyantes et intéressées de l’information impérialiste (ou plutôt de la propagande impérialiste), la résistance du peuple congolais (zaïrois) tout comme celle des peuples africains en général, ne s’est jamais arrêtée un instant. Même si elle a pu décevoir et déçoit encore aujourd’hui les amateurs de l’instant dé-

décisif et spectaculaire, cette résistance, dans un mouvement de flux et de reflux, dans une alternance d’audace et de lassitude, se fraye obstinément son chemin au travers des obstacles et des ruines accumulés et par la colonisation directe et par le néo-colonialisme. C’est essentiellement ce mouvement moléculaire des masses que nous appelons le "lumumbisme". Ce mouvement des masses, le "lumumbisme", constitue l’unité des divers moments de cette fresque dramatique, qui s’organise en une lente, mais fulgurante ascension vers le dénouement, vers la rupture totale avec le système qui a animalisé tout un peuple.

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