Philippe Warnier: „Nouveaux témoins de l’Eglise“

Compte rendu de lecture

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Philippe Warnier

Nouveaux témoins de l’Eglise

Les communautés de base. le Centurion Paris 1981

Huit ans après un premier livre sur ‚Le phénomène des communautés de base‘, Philippe Warnier reprend le sujet pour rendre compte de son actualité. Ancien animateur national du mouvement d’éducation des adultes ‚La Vie Nouvelle‘, passé ensuite à la rédaction de l’hebdomadaire ‚Témoignage Chrétien‘, l’auteur est depuis 1969 membre d’une communauté de base à Juvisy; il parle donc d’expérience.

Le présent ouvrage découle cependant pour l’essentiel d’une enquête faite par l’auteur pour le compte de TC auprès des communautés de base en France. 50 communautés sur un total d’à peu près 150 ont répondu au questionnaire et permettent de se faire une idée assez précise de ce phénomène pratiquement inconnu encore au Luxembourg.

Dans un premier chapitre Warnier trace le portrait concret de quelques communautés, de leur projet et de leurs expériences. Le deuxième chapitre conduit alors l’auteur à nous montrer l’unité et la diversité du phénomène. Si ‚le modèle courant de la communauté de base est celui d’un petit groupe (dix à vingt personnes) composé en majorité de laïcs, adultes relativement jeunes, implanté en zone urbaine et se réunissant fréquemment‘, Warnier n’en distingue pas moins quatre types, qui vont de groupes constitués ad hoc en vue d’une action précise (p.ex. lors d’un changement d’évêque) jusqu’aux communautés de vie. Leurs

caractéristiques communes sont au nombre de cinq: ces communautés naissent en général ‚dans un processus de rupture ou d’évolution par rapport à une institution d’Eglise‘; leur but spécifique, ‚c’est l’expression de la foi en rapport avec la vie quotidienne, notamment militante‘; ensuite il y a ‚la distance, le conflit, le malaise, parfois l’indifférence vis-à-vis de l’institution, mais le plus souvent il y a le désir d’être reconnus‘; enfin, ‚une sensibilité de gauche‘ et, contrairement à l’opinion répandue, une assez longue durée. Le ciment de ces communautés est constitué par une réflexion de foi, une pratique de la prière et de l’Eucharistie, enracinée dans la vie quotidienne et les engagements, et ‚un réseau de relations interpersonnelles et affectives parfois intenses.‘

L’auteur retrace ensuite, dans le troisième chapitre, intitulé ‚Des communautés confessantes et célébrantes‘, ce qui constitue le coeur de la vie des communautés: réfléchir, dire et célébrer la foi. Voici à titre d’information, la liste des thèmes de réflexion abordés par une de ces communautés: ‚Regards sur notre vie. L’argent. L’éducation religieuse des enfants. Le baptême. Etude de la Bible. Recherche sur notre vie de groupe. Difficultés de la foi. Equilibre de vie. Vie engagée et quotidien. Approche de la foi et vie quotidienne. L’engagement politique.

L’engagement syndical. Notre foi par rapport à l’espérance de Noël. Le pourquoi de nos engagements. La mort. L’espérance de notre vie. Ecoute et disponibilité. Notre corps. Vie de couple et famille. Notre vie avec nos joies, surtout nos révoltes. Comment prier. Comment transmettre ce que l’on veut vivre, au nom de qui on veut le vivre. La foi, le partage. Le sens de la vie.‘

Concernant la prière, une grande diversité d’approches se fait jour. Mais le ‚point névralgique‘ est surtout la célébration eucharistique, un des problèmes étant celui de la place du prêtre. Si certaines communautés en sont venues à célébrer sans prêtre, elles ne représentent pourtant qu’une minorité, le problème pour les autres étant de savoir si le célébrant doit être membre à part entière de la communauté, ou peut être parachuté de l’extérieur. En tout cas, il semble qu’au dire des prêtres eux-mêmes, la participation à la vie communautaire a eu sur eux un profond impact.

Tout ceci pose le problème du rapport des communautés de base avec l’ensemble de l’Eglise, traité dans le quatrième chapitre. Si la genèse de ces communautés est la plupart du temps conflictuelle par rapport à l’institution, la tendance semble être vers un rapprochement et la constitution de liens avec les paroisses ou les évêques. Mais le plus important, ce sont les efforts des communautés en vue de constituer des ‚lieux de vérité et de partage communautaire‘ qui remplissent par là une fonction d’Eglise. D’où par exemple les entreprises d’intégration des enfants dans la vie communautaire et les célébrations, ainsi que les essais de catéchèse.

Enfin, dans un dernier chapitre, Warnier propose une évaluation. Sans tomber dans un optimisme béat et sans se cacher ni difficultés ni ambiguïtés, l’auteur met en évidence un trait qui semble faire des communautés de base un élément déterminant pour l’avenir de l’Eglise: ‚les communautés de base semblent bien être aujourd’hui l’un des lieux de la réflexion théologique, entendue en son sens le plus authentique, c’est-à-dire la réflexion collective de la communauté croyante sur son expérience de foi.‘

Quant à l’irritante question de l’eucharistie et des ministères, Warnier entend se démarquer des solutions extrêmes: la rupture complète avec l’institution et le reste du corps de l’Eglise, la pratique des célébrations sans prêtre. Toutefois, ceci ne signifie en rien un ralliement pur et simple de Warnier aux positions traditionnelles. Il attend au contraire que ‚la hiérarchie ait le courage, au lieu de les marginaliser par son scepticisme, sa distance, voire son hostilité, d’entrer en dialogue avec les communautés et de tirer profit honnêtement de ce qu’il y a de juste dans leur contestation. ‚Plus particulièrement, il faut que les autorités ecclésiales, et avec elles tous les croyants, entendent et accueillent les interpellations des communautés de base, et cela aux niveaux suivants: leur mode de vie communautaire ’sans vouloir ni les encadrer trop vite ni les marginaliser‘, leur appel à la différence sans trop vite identifier la légitime unité avec l’identité monolithique, enfin leur appel à la démocratie, à l’autogestion, qui a trait entre autres à la question des ministères.

Warnier termine son ouvrage par ’son souhait, mêlé de sérénité, d’angoisse et de passion, que les communautés de base, sans rien renier des exigences qui leur ont donné naissance, contribuent à renouveler le visage de l’Eglise.‘ Or, conclut-il ‚cela dépend de l’accueil, fraternel et courageux qui sera fait à

10. MINISTERE PAROISSIAL D’ANATOLE

Il sortit de nouveau le long du canal de l’Ourcq et quelques femmes venaient à lui pour lui demander la date de rentrée des catéchismes. Et il leur disait : « Venez à une réunion. »

Et, ayant réuni quelques parents, il les interrogeait en disant : « Pourquoi voulez-vous inscrire votre enfant au catéchisme ? » Les uns répondaient : « Pour qu’il fasse sa communion », les autres : « Pour qu’il connaisse le bien et le mal », d’autres encore : « Pour qu’il entende parler de Dieu. » Et Anatole leur demandait : « Pourquoi ne faites-vous pas cela vous-mêmes ? » Et aussitôt, ils lui répondirent : « Parce que c’est votre métier ! » Et il essayait de leur expliquer que la bonne nouvelle n’est pas une marchandise et qu’il n’en était pas le dépositaire. Mais on leur avait toujours appris le contraire… Et il leur dit : « Il faut peut-être que les prêtres meurent pour que les chrétiens vivent. »

Le contre-évangile d’Anatole I, p. 23

leurs questions par leurs pasteurs. Cela dépend, plus encore, de leur amour vrai pour l’Eglise de Jésus-Christ.‘

Signalons encore que le livre comporte une annexe à propos des ministères, élaborée par un groupe de femmes et d’hommes appartenant à des communautés de base. Un livre donc que doivent absolument lire tous ceux à qui l’avenir et l’évolution de l’Eglise tient à coeur. Mais un livre à lire aussi tout particulièrement par tous ceux qui, dans notre pays, sont en mal d’insertion paroissiale ou ecclésiale tout court; le livre de Warnier risque de leur donner des idées qui ouvrent un avenir et un espoir.

Hubert Hausemer

‚Wir haben kein Verbot der Meinungsfreiheit aber die Kosten der Meinungsfreiheit sind sehr gestiegen.‘

Max Frisch

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