Piketty: Marx, cru 2014?
À propos de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle
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À propos de Thomas Piketty, Le capital au XXI$^{e}$ siècle
Certains best-sellers arrivent encore à surprendre. Qui aurait cru qu’un livre français de près de 1 000 pages (950 hors table des matières dans l’édition française, 696 dans la version anglophone), auxquelles il faut encore ajouter une vaste partie technique consultable sur Internet$^{1}$, puisse devenir une des meilleures ventes de l’année ? Le livre de Thomas Piketty, Le capital au XXI$^{e}$ siècle, paru l’an dernier aux « Livres du Nouveau Monde », collection dirigée par l’ancien théoricien en chef de la CFDT, Pierre Rosanvallon, a réussi cet exploit et est arrivé à la première place des ventes d’Amazon… aux États-Unis !
Que le livre connaisse un tel succès de l’autre côté de l’Atlantique ne surprend qu’à première vue, comme l’ont déjà expliqué « Les décodeurs » sur le site du Monde$^{2}$, étant donné que le narratif pikettien de l’explosion des inégalités concerne encore davantage les États-Unis que la vieille Europe. Piketty met l’accent sur le fait que pendant le XIX$^{e}$ siècle et la première moitié du XX$^{e}$ siècle, les États-Unis étaient plus égalitaires que les principaux pays européens, rapport qui ne se serait inversé qu’à partir des années 1960 (voir le graphique sur l’inégalité patrimoniale, p. 556). D’où la promesse aux Américains d’une restauration d’un républicanisme perdu, avec moins de concentration de richesses – et de pouvoir – par le désormais célèbre « 1 % », une économie plus méritocratique (fondée sur le travail et non sur l’héritage) et davantage de mobilité sociale – ce qui est en fin de compte le dénominateur commun de la Tea Party et d’Occupy Wall Street. Des mouvements que Piketty n’hésite d’ailleurs pas à mettre en parallèle, soulignant que « les deux points de vue, anti-marché et anti-État, ont chacun leur part de vérité » (p. 756).
Pourtant, je doute que les partisans de la Tea Party ne voient en Piketty autre chose qu’un dangereux marxiste$^{3}$. D’ailleurs, c’est le qualificatif qui revient le plus fréquemment pour caractériser l’économiste français, ce qui n’est pas sans logique, étant donné que le titre du livre est évidemment censé rappeler le magnum opus inachevé du communiste trévirois. Même The Economist n’hésite pas à appeler Piketty « a modern Marx$^{4}$ », dont il admire le « marvellous scholarship », l’étendue de la collecte de données sur le développement des inégalités, tout en fustigeant le « focus on soaking the rich » et la « socialist ideology » de l’auteur français$^{5}$. Or, traiter Piketty de marxiste ne caricature pas seulement ses propos – et passe outre le fait que Piketty se défend en réalité à plusieurs reprises d’être marxiste ou d’avoir « la moindre tendresse ou de nostalgie […] pour le soviétisme$^{6}$ » (p. 62) –, cela ne rend pas non plus justice à l’œuvre de Marx, qui s’occupait en réalité fort peu de questions fiscales.
Si la présence d’une « starke Progressivsteuer » parmi les mesures immédiates à prendre dans les pays « les plus avancés », proposées dans le Manifeste du parti communiste$^{7}$, a pu faire apparaître Marx comme un partisan « de l’impôt$^{8}$ », on trouve tout aussi bien des citations où il se distancie clairement de réformateurs fiscaux du type Piketty. Pour Marx, l’essentiel du problème subsiste dans la relation entre capital et travail sous la forme historique du salariat ; tant que ce rapport est en place, une réforme fiscale, si progressive soit-elle, ne changerait que peu de choses. Dans des instructions de 1866 au conseil général de l’Association internationale des travailleurs sur la position à adopter en matière de fiscalité, il souligne : « Keine Änderung der Form der Besteuerung kann zu einer wesentlichen Veränderung in den Beziehungen
Frédéric Krier
Or, traiter Piketty de marxiste ne caricature pas seulement ses propos […], cela ne rend pas non plus justice à l’œuvre de Marx, qui s’occupait en réalité fort peu de questions fiscales.
„Pikettymania“ – la couverture du Bloomberg Businessweek, édition du 2.6-8.6.2012
zwischen Arbeit und Kapital führen.⁹ Même chose dans la critique du programme de Gotha de la social-démocratie allemande, où il ajoute que la redistribution par l’impôt progressif est un dada de « réformateurs bourgeois » et qu’elle présuppose, après tout, la distribution capitaliste : « Die Steuern sind die wirtschaftliche Grundlage der Regierungsmaschine und von sonst nichts […] Einkommensteuer setzt die verschiedenen Einkommenquellen der verschiedenen gesellschaftlichen Klassen voraus, also die kapitalistische Gesellschaft. Es ist also nichts Auffälliges, daß die Financial Reformers von Liverpool – Bourgeois mit Gladstones Bruder an der Spitze – dieselbe Forderung stellen wie das Programm [der Sozialdemokraten].¹⁰ »
Piketty, avec son « utopie utile » (p. 836) d’un impôt mondial sur le capital, ne serait donc pour Marx qu’un autre « réformateur bourgeois » et il a tout à fait raison quand il se défend d’être marxiste. Ceci dit, nous l’avons déjà dit, le titre de son livre renvoie évidemment à Marx ; c’est d’ailleurs selon toute probabilité un des éléments du succès du Capital au
XXIᵉ siècle. Après tout, le Capital – que Piketty admet avoir des difficultés à comprendre et à lire¹¹ – a l’aura d’une « bible », peut-être justement parce qu’il est difficile à pénétrer et peut apparaître comme un « mystère » à percer. Piketty dit par ailleurs que la différence entre lui et Marx est que, contrairement au Trévirois, il écrit un livre d’histoire économique¹² basé sur des données empiriques. Il inclut donc Marx dans son reproche à l’économie théorique en général de délaisser l’histoire économique et sociale (p. 46-47). Le développement de Marx suit un plan logique, tout en ayant recours en guise d’illustration à des exemples historiques. Le développement de Piketty est avant tout historique, malgré le dégagement de ce qu’il appelle les deux « lois fondamentales du capitalisme ». Il illustre ses propos, histoire d’« épater le bourgeois » (comme disait Keynes), avec des exemples… littéraires, de préférence tirés d’Honoré de Balzac et de Jane Austen.
En quelque sorte, les deux livres sur le capital sont mal nommés. Piketty écrit largement plus sur le « capital » aux XIXᵉ et XXᵉ siècle qu’au XXIᵉ siècle, Marx n’écrit pas non plus une somme intemporelle sur le « capital » à travers tous les temps. Dans la logique de son « matérialisme historique », le capitalisme ne peut être qu’une étape limitée dans le temps et, dans ce sens, il ne pourra jamais écrire que sur « Le Capital » de son époque, ce qui n’est pas le cas pour Piketty. D’ailleurs, et il faut bien le souligner, les deux n’entendent pas la même chose par « capital ». Pour Marx, le capital à l’époque du « mode de production bourgeois », c.-à-d. capitalistique (Marx n’utilise que rarement le néologisme « capitalisme », créé – à ce qu’il semble – par le socialiste français Louis Blanc vers 1850), se distingue de la simple accumulation de richesses (« Schatzbildnerum ») dans les époques précapitalistes – caractérisé par le dragon Fafnir dans la tétralogie de Wagner (« Ich lieg‘ und besitz‘ – lasst mich schlafen ! »).
Le capital « capitalistique » selon la définition de Marx n’est pas une accumulation de choses, mais une relation sociale qui prend la forme d’une sorte de perpetuum mobile. Le capitaliste investit de l’argent dans les moyens de production et la force de travail afin d’obtenir plus d’argent pour investir dans des moyens de production plus efficients et une force de travail plus performante… et ainsi de suite ad aeternam, s’il n’y avait pas de crises¹³. Pour continuer l’analogie de la tétralogie du Ring, ce mouvement de circulation toujours renouvelé à un niveau supérieur est illustré par les nains asservis par Alberich, qui n’ont plus un moment de « Ruh‘ und Rast¹⁴ ».
Piketty, au contraire – qui dit lui-même qu’il s’occupe fort peu de questions de terminologie ; en fait,
en ce qui concerne les définitions, il semble plaider pour un laissez-faire des plus complets$^{15}$ –, identifie pour l’essentiel la notion de « capital » à celle de « patrimoine ». Au sens marxien, on pourrait dire qu’il utilise une définition « précapitaliste » du capital$^{16}$. En relation avec cela, il ne faut alors pas s’étonner que Piketty ne s’occupe pas de cycles de conjoncture ou de la « destruction créatrice » en période de crise au sens de Schumpeter, qui identifie bien l’influence de l’inflation sur la constitution des patrimoines, mais ignore tout de ses causes (il donne l’impression que l’inflation et la déflation interviennent comme des catastrophes naturelles)… En bref, il n’a pas vraiment de conception de la « dynamique du capitalisme » au sens braudélien, ce qui a mené un des nombreux critiques du livre à conclure que Piketty était un « comptable plutôt qu’un économiste$^{17}$ ». Cependant, n’oublions pas que cette forme de comptabilité historique répond directement à un appel de Braudel d’étudier les patrimoines et les fortunes nationales du point de vue de l’historien économique$^{18}$. Piketty se pose lui-même d’ailleurs comme une sorte de continuateur (« au moins en esprit$^{19}$ », p. 424) du « tableau économique » de Quesnay. Il est vrai qu’en même temps, il néglige quelque peu l’économie théorique – le rapide survol de la Dogmengeschichte (Malthus, Ricardo, Marx, Kuznets) au début du livre (p. 19 ff.) est sa partie la plus faible.
Donc, malgré l’argument de vente qu’il s’agirait du Marx du XXI$^{e}$ siècle, Piketty est finalement fort peu marxien. Ce qui peut surprendre davantage : peut-être un « Quesnaysien dans l’esprit », il n’est pas non plus un Keynésien, malgré les applaudissements qu’il a pu recevoir d’un Paul Krugman$^{20}$. Piketty, qui reproche à Keynes de s’être rangé « nettement du côté des économistes bourgeois » en affirmant la régularité du partage capital/travail (p. 348), n’est pas très inflationniste, il considère l’endettement de l’État comme un problème (comme Marx, il n’oublie pas que la dette étatique présuppose des créditeurs qui s’en enrichissent) et – intuition intéressante! – estime que « l’euthanasie du rentier » souhaite par Keynes est irréalisable, puisque les entrepreneurs d’aujourd’hui (respectivement leurs héritiers) sont appelés à être les rentiers de demain. Contrairement aux Stiglitz et Krugman, avec lesquels il partage pourtant le souci de l’égalitarisme et de la redistribution, Piketty ne croit pas à un « retour de l’État », étant donné que « les prélèvements obligatoires représentent » déjà « près de la moitié du revenu national un peu partout en Europe ». Un accroissement sensible du poids de l’État avait été possible dans l’entre-deux-guerres ; de nos jours, « les choix sont forcément plus complexes. Le grand bond en avant de l’État a déjà eu lieu : il n’aura pas lieu une seconde fois, ou tout du moins pas sous cette forme » (p. 761).
En cela, Piketty me rappelle un peu l’économiste italien Luigi Zingales$^{21}$, qui est pourtant généralement classé comme libéral. Comme Piketty, Zingales s’attaque à la concentration des richesses et à l’influence des élites économiques sur le processus de décision politique. Comme Piketty, Zingales estime que les critiques d’Occupy Wall Street et de la Tea Party ont toutes deux une « part de vérité » qu’il veut combiner et canaliser dans une sorte de « populisme libéral ». Contrairement à Piketty, qui « en bon socialiste français » est « un fervent adepte de la fiscalité pour réduire les inégalités »$^{22}$, l’Italien Zingales vise surtout les ententes cordiales entre politiciens et le « big business », qu’il veut combattre par une législation anti-trust renouvelée, par des restrictions législatives contre le lobbying, par la critique des public-private-partnerships, etc. Piketty pense que ces mesures, qui pour lui se résument à « davantage de concurrence », seraient en comparaison à des « taux d’imposition dissuasifs » inefficaces pour réduire les inégalités, tout en notant, avec une prudence caractéristique$^{23}$, que « s’agissant d’une question aussi complexe et « totale » (économique, politique, sociale, culturelle), il est évidemment impossible d’en être certain » (p. 830).
Ceci dit, ce relativisme ne l’empêche pas de donner des indications assez claires sur l’impact de « sanctions automatiques […] aux pays qui refuseraient d’étendre dans leur interne les obligations de transmission automatique à tous les établissements basés sur leur territoire », qui à son sens, au-delà des mesures en discussion ou déjà prises actuellement, pourraient s’élever à « 30 % de droits de douane sur les pays concernés, ou davantage si nécessaire » (p. 850), sur… le Grand-Duché du Luxembourg. Pour Piketty, il faut s’attendre à des pertes de « 10 % – 20 % du revenu national […] une fraction à la fois minoritaire et très substantielle [du] niveau de vie » (p. 850-851). Toutefois, l’objectif ne serait pas « d’aboutir à un embargo généralisé sur les paradis fiscaux, ou à une guerre commerciale sans fin avec la Suisse ou le Luxembourg » (p. 850).
Piketty peut donc apparaître plus « conciliant » envers le Luxembourg que le très controversé (au Luxembourg du moins) Gabriel Zucman, dont il a été le directeur de thèse et sur les travaux duquel il s’appuie. On peut toutefois s’étonner que dans le contexte actuel (abandon forcé du secret bancaire et d’autres « niches de souveraineté »), le tome volumineux de Piketty et ses considérations sur l’avenir de la place financière n’avaient jusqu’ici guère fait l’objet d’un débat au Luxembourg, alors qu’il est directement visé. ♦
(voir les notes p. 10)
On peut toutefois s’étonner que […] le tome volumineux de Piketty et ses considérations sur l’avenir de la place financière n’avaient jusqu’ici guère fait l’objet d’un débat au Luxembourg, alors qu’il est directement visé.
1 Je dois admettre qu’après la lecture des 950 pages, je n’ai plus eu le loisir de consulter ce vaste addendum technique, dont je suppose qu’il s’adresse en premier lieu aux statisticiens spécialistes.
2 http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/04/24/pourquoi-le-livre-de-piketty-est-il-un-succes-aux-etats-unis_4405636_4355770.html.
3 Tout comme le pape François, voir l’article du Huffington Post, « Les frères Marx ? Le pape François et Thomas Piketty veulent tous les deux redistribuer les richesses », du Rev. Susan Brooks Thistlewaite, http://www.huffingtonpost.fr/rev-dr-susan-brooks-thistlewaite/pape-francois-thomas-piketty_b_5309471.html.
4 Édition du 3 au 9 mai 2014.
5 L’antipathie est d’ailleurs mutuelle. De son côté, Piketty caractérise l’Economist comme ayant une « capacité sans limite et souvent sans discernement, à défendre les intérêts des puissants du moment » (p. 811-812).
6 Piketty ajoute : « Je suis vacciné à vie contre les discours anti-capitalistes convenus et paresseux, qui semblent parfois ignorer cet échec historique fondamental [de l’URSS], et qui trop souvent refusent de se donner les moyens intellectuels de le dépasser. Cela ne m’intéresse pas de dénoncer les inégalités ou le capitalisme en tant que tel… Ce qui m’intéresse, c’est de tenter de contribuer, modestement à déterminer les modes d’organisation sociale, les institutions et les politiques publiques les plus appropriés permettant de mettre en place réellement et efficacement une société juste, tout cela dans le cadre de l’État de droit, dont les règles sont connues à l’avance et applicables à tous, et peuvent être démocratiquement débattues. » (p. 62).
7 Marx-Engels-Werke (par la suite : MEW), vol. IV, p. 481. À noter qu’Engels se distancie de ces « revendications immédiates » du manifeste dans son introduction à l’édition de 1872 et indique qu’elles n’ont été reprises que parce qu’il s’agissait d’un « historisches Dokument » (ibid., vol. XVIII, p. 95). Il est vrai que dans le cadre des luttes à l’intérieur de la Première Internationale, les Bakountistes avaient utilisé ce même passage du Manifeste pour démontrer « l’autoritarisme » et « l’étatisme » du parti Marx.
8 Cf. André Hoffmann, « Pour l’impôt ! », in forum n° 294, mars 2010, p. 25-27.
9 MEW, vol. XVI, p. 198.
10 Ibid., vol. XIX, p. 30.
11 « I never managed really to read it… The Communist Manifesto of 1848 is a short and strong piece. Das Kapital, I think, is very difficult to read and for me it was not very influential. » : http://www.newrepublic.com/article/117655/thomas-piketty-interview-economist-discusses-his-distaste-marx.
12 « The big difference is that my book is a book about the history of capital. In the books of Marx there’s no data. » : ibid. De manière plus justifiée, Piketty écrit dans son livre : « Marx tente parfois de mobiliser au mieux l’appareil statistique de son temps… mais le plus souvent de manière relativement impressionniste, sans que le lien avec ses développements théoriques soit toujours établi très clairement. » (p. 29).
13 Dans l’original : « Die einfache Warenzirkulation – der Verkauf für den Kauf – dient zum Mittel für einen außerhalb der Zirkulation liegenden Endzweck, die Aneignung von Gebrauchswerten, die Befriedigung von Bedürfnissen. Die Zirkulation des Geldes als Kapital ist dagegen Selbstzweck, denn die Verwertung des Werts existiert nur innerhalb dieser stets erneuerten Bewegung. Die Bewegung des Kapitals ist daher maßlos […] Die rastlose Vermehrung des Werts, die der Schatzbildner anstrebt, indem er das Geld vor der Zirkulation zu retten sucht, erreicht der klügere Kapitalist, indem er es stets von neuem der Zirkulation preisgibt. » : MEW, vol. XXIII, p. 167-168.
14 Cf. Frédéric Krier, Sozialismus für Kleinbürger. Pierre Joseph Proudhon. Wegbereiter des Dritten Reiches, Cologne, Weimar, Vienne, 2009, p. 316-317.
15 « Notre objectif ici n’est pas d’instituer la police des dictionnaires et du langage. Sur ces questions de dénominations, chacun a tout à la fois raison et tort. Chacun a des bonnes raisons d’utiliser les termes qu’il emploie, et a tort de dénigrer ceux choisis par les autres. » (p. 394).
16 Sur la difficile définition du capital, voir l’intéressant ouvrage Capital as power. A study of order and creorder, de Jonathan Nitzan et de Shimshon Bichler, Londres, New York, 2009, qui finissent par le qualifier de « quantification symbolique de pouvoir ».
17 « more accountant than economist » : Sean Collins, « Pricking the Piketty bubble », Spiked review of books, mai 2014, http://www.spiked-online.com/review_of_books/article/pricking-the-picketty-bubble/.
18 « La comptabilité économique, au mieux, c’est une étude du flux, des variations du revenu national, non pas la mesure des patrimoines, des fortunes nationales. Or cette masse, elle aussi accessible, doit être étudiée. Il y aura toujours, pour les historiens […] une Amérique à découvrir. » : Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Paris, 2008, p. 121.
19 Il est vrai que les conclusions politiques appelant à une augmentation massive de l’imposition du capital et des hauts revenus sont assez loin des propos du physiocrate libéral Quesnay, qui était favorable à la seule taxation de la rente foncière, mais à condition qu’un tel impôt ne soit pas « destructeur » ni « disproportionné » : cf. Pavlos Giannella, « Quesnay and the single tax », Land and Freedom, mars-avril 1942, http://www.cooperativeindividualism.org/giannella-pavlos_quesnay-and-the-single-tax-1942.html).
20 « The Piketty Panic », article d’opinion de Paul Krugman dans le New York Times du 24 avril 2014 ; http://www.nytimes.com/2014/04/25/opinion/krugman-the-piketty-panic.html?_r=0.
21 Le hasard veut que j’aie lu A capitalism for the people. Recovering the lost genius of American prosperity, New York, 2012, de Zingales juste avant le livre de Piketty ; d’où ma surprise de le retrouver en référence p. 830.
22 La caractérisation est de Georges Canto, « Pourquoi un tel succès ? », d’Lëtzebuerger Land du 16 mai 2014.
23 En fait, Piketty invite pratiquement à la mise en question de ses résultats, soulignant que les sources sont « imparfaites et incomplètes » et ses conclusions « par nature fragiles » (p. 941). Les récentes mises en doute des chiffres avancés par Piketty sur l’inégalité au Royaume-Uni émises par le journaliste Chris Giles du Financial Times n’ont donc pas pu le surprendre ; cf. http://www.nytimes.com/2014/05/24/upshot/did-piketty-get-his-math-wrong.html?_r=1. Je ne veux et ne peux me prononcer ici sur cette question, dont la résolution appartient plutôt aux spécialistes des statistiques historiques. À noter que la super-star du moment de la statistique, Nate Silver, appelle au scepticisme face aux deux protagonistes ! (cf. http://fivethirtyeight.com/features/be-skeptical-of-both-piketty-and-his-skeptics/).
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