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Une dizaine de Luxembourgeois ont pu faire connaissance de la paroisse de Padrao da Legua à Porto. Certain(e)s ont su maintenir le contact et sont attristés par les évolutions récentes qui y ont eu lieu:
Lorsque nous avons fait la connaissance de la paroisse Padrao da Legua il y a 5-6 ans il y existait une véritable communauté chrétienne autour du père Lionel. Dans ce quartier délaissé les pauvres redécouvraient le Christ. Une vie simple, une participation intense des chrétiens à la vie liturgique mais aussi aux combats sociaux avaient éloigné les riches. Le dégoût de ceux-ci était d’autant plus grand que la communauté avait décidé de continuer à célébrer dans des locaux provisoires au lieu de construire une nouvelle église. D’autres priorités s’imposaient: une coopérative de construction pour en finir avec les logements insalubres, l’aide à l’enfance et aux tziganes.
La première pierre de la future église, posée avant l’arrivée du père Lionel trônait au milieu du ‚terrain‘ paroissial: c’était bien la seule pierre morte de cette nouvelle cellule d’église qui vivait et se développait ici.
L’évêque de Porto pourtant connu par son opposition au régime fasciste, voyait cette évolution d’un mauvais oeil. Toute une campagne de calomnies finit par le convaincre qu’il fallait mettre un terme à cette ‚expérience‘. Il n’y a pas de doute quant à l’origine de ces attaques: les messieurs bien pensants savaient bien manier la plume.
Pour remettre de l’ordre l’évêque envoya un prêtre ‚bâtisseur‘ qui prenait la construction en main.
L’église de béton a pris le dessus: la voilà qui domine maintenant un paysage de misère. La communauté certes, continue à se voir, à partager l’évangile et à agir ensemble, indépendamment du monstre en béton et de la nouvelle maison prestigieuse du curé.
Pour le financement de ces constructions tous les moyens sont bons. L’essentiel des sermons est consacré aux problèmes financiers; le curé a été jusqu’à louer les pauvres qui faisaient des sacrifices en ne mangeant pas à leur faim pour aider au financement!
Lors d’une des nombreuses fêtes de bienfaisance – au profit de l’église – on a annoncé: ‚Beaucoup de musique, beaucoup de joie, de jolies femmes.‘
Outre l’église le curé construit aussi sa maison. En pensant à l’ancienne préfabriquée, qui ne logeait pas seulement le curé, mais pas mal de pauvres du village, ou des voyageurs et des amis (dont le soussigné) bien des souvenirs renaissent d’une ambiance simple, accueillante. Dire que tous ces gens n’auront plus de refuge, plus de lieu de rencontre et de partage et que le prestige aura pris de nouveau le dessus!
Disons pour être complet que la nouvelle paroisse a prévu la construction d’une crèche et d’un foyer pour le 3e âge, une fois l’église et la maison du curé construites et payées. Tout est une question de priorités!
Mais au fait pourquoi enquérir au Portugal et y déplorer pareils choix alors que la paroisse du Grand vient de se faire construire une ‚chapelle‘ au Cents. Certes personne n’a dû faire de sacrifice personnel, mais l’argent public que les fidèles ont su mobiliser aurait pu être employé à autre chose dans la paroisse.
Il est certes regrettable que les politiciens de tous bords se laissent toujours prendre pour construire des églises, mais ne les voilà pas d’accord avec des priorités imposées par le corps électoral chrétien! ?
Les chrétiens qui militent pour la construction d’édifices de prestige, de plus en plus délaissés savent quand même que par ce choix ils rendent impossible la réalisation d’autres priorités.
Faudra-t-il attendre le jour où tous les hameaux auront une nouvelle église pour que les chrétiens se mettent à imposer autre chose aux politiciens. Il est à craindre que tous les politiciens – à ce moment-là – ne conseillent à ces chrétiens de se retirer dans leurs églises et chapelles pour s’occuper du spirituel tandis qu’eux, en professionnels, s’occuperont du reste.
Serge
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